Le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages on compte le recueil des lettres écrites par le Saint Starets et Confesseur de la foi Nikon d’Optina, dont le journal fait l’objet d’une traduction depuis des mois sur le présent blogue. Nous proposons ici la traduction du recueil de ces lettres de Saint Nikon. Il ne s’agit plus du Novice Nicolas, auteur du journal précité, mais déjà du Hiéromoine Nikon, qui a intégré et mis en pratique dans son podvig les enseignements de son starets Saint Barsanuphe d’Optina, héritier de la tradition du Désert d’Optina.

A Lidya Mejekova
Mademoiselle Lydia, bien-aimée de Dieu !
Que la bénédiction de Dieu soit sur toi pour les siècles.
J’ai reçu ta lettre avec retard et j’ai moi-même tardé à cause de circonstances compliquées.
Si ton affaire n’est pas encore réglée, je te bénis pour aller auprès de Batiouchka Nectaire, si c’est possible pour toi, si tu en as les moyens, et compte tenu des circonstances. Mais chaque voyage vers ton père spirituel ou vers un Starets, tu dois toujours l’accomplir dans la prière, comme je te l’ai déjà dit. Que le Seigneur arrange tout pour le bénéfice de ton âme et ton salut. Que Dieu te bénisse, mon enfant, pour commencer une vie de renouveau de l’esprit, qu’Il t’aide et que cela s’accomplisse.
Récite la prière de Jésus avec humilité d’esprit et de cœur. Il est bon que tu reçoives du réconfort dans ce labeur, mais souviens-toi fermement que chercher consolation et plaisir dans la prière est considéré par les Saints Pères comme nuisible à l’âme. Par conséquent, sois plus attentive aux sentiments d’humilité et de repentir. Alors tu ne te perdras pas sur le chemin de la prière. Le seul sacrifice acceptable par Dieu c’est un esprit est brisé par ses péchés, sa chute, ses passions. Dieu ne méprisera pas un cœur broyé et humilié. Il y a beaucoup à ce sujet chez les Saints Pères et chez l’Évêque Ignace (Briantchaninov). Que Dieu te vienne en aide.
Je suis reconnaissant pour l’envoi de l’argent et des cadeaux. Que Dieu te protège. Je te souhaite de tout cœur toute la miséricorde de Dieu.
Le pécheur Hiéromoine Nikon
Kozelsk
23 janvier / 5 février 1925

A Lydia Mejekova
Mon enfant, Mademoiselle Lydia !
Que Dieu te bénisse et te garde. Je prie pour toi. Le p. H. N.
Réponse : Tout en reconnaissant pleinement le pouvoir soviétique, et en m’y soumettant sans réserve dans ma conscience en tant que puissance d’État, je suis en même temps totalement étranger à toute vie politique et à tout parti politique ; je suis complètement apolitique. Si on t’interroge à ce sujet, tu peux répondre ainsi : comment puis-je compatir avec quelque chose auquel je suis complètement étranger ; si je suis un total étranger à une affaire ou à une science, je ne peux pas m’y intéresser ni compatir, par exemple l’agriculture, l’hypnotisme, l’astronomie, l’architecture, etc. J’utilise les productions de tous ce que je viens d’énumérer, mais je n’arrive pas à m’y impliquer ou à m’y intéresser. Ici aussi je fais usage du pouvoir soviétique, car sans pouvoir je ne peux concevoir la vie d’État, je reçois de ce pouvoir protection et défense dans ma vie civile, en tant que citoyen libre, par exemple, s’il n’y avait pas de pouvoir, alors je pourrais toujours être offensé en toute impunité, mais les autorités ne le permettent pas, elles respectent l’ordre, etc., mais étant étranger à tous les partis politiques, je ne sympathise personnellement pas avec eux et ne m’intéresse à personne. Globalement, quelque chose comme ça.
Le pécheur Hiéromoine Nikon
29 janvier / 11 février 1925
Kozelsk
A Lydia Mejekova
Mademoiselle Lydia, bien-aimée de Dieu!
Que la bénédiction de Dieu soit sur toi pour les siècles.
J’ai reçu ta lettre et je l’ai lue, ainsi que la lettre jointe, de la personne que tu connais. Que le Seigneur t’aide. Bien sûr, on ne doit donner aucune réponse à cette lettre. Je suis tout à fait d’accord, elle n’est pas sincère, tout est emprunté. Je considère que tout est clair, aucune explication n’est nécessaire… Remets-toi à la volonté de Dieu, de même que toute cette affaire et garde le silence. Dieu voit dans les cœurs. Utiliser et faire appel au nom de Dieu dans de tels cas (comme cela se passe de leur côté), je considère cela comme un blasphème. Mais ne les juge pas, car le jugement ne nous appartient pas, il appartient à Dieu, Qui rendra à chacun selon ses œuvres.
Je te félicite, mon enfant, à l’occasion de ton jour de l’Ange. Je viens de recevoir une invitation de célébrer dans notre église principale à la place du père archiprêtre (qui n’est pas en bonne santé) et j’espère élever mon humble prière au sujet de ta santé et de ton salut à notre Seigneur Dieu devant Son autel. Que le Seigneur te console par Sa miséricorde, que ton cœur se réjouisse de la Joie de l’Esprit-Saint et que soient exaucés tes bons souhaits. Accepte ces vœux de ma part comme un salut sincère de tout mon cœur pour ton jour de l’Ange.
Maintenant, je réponds, brièvement, toutefois, à tes questions. Les explications données par Saint Abba Isaïe sur le signe du pardon du péché, et non sur le trouble de la compassion pour le péché, car c’est tout différent, doivent être comprises dans le sens de la guérison des passions pécheresses, et non des péchés individuels, car les péchés sont pardonnés par une confession sincère, bien que certaines personnes continuent à s’en rappeler longtemps, par exemple, il existe une tradition sur le Saint Apôtre Pierre selon laquelle il pleura jusqu’à la fin de sa vie lorsqu’il entendait le chant d’un coq, il se souvenait de son reniement. Mais nous savons que le Seigneur, apparaissant après Sa résurrection, lui pardonna et lui rendit sa dignité apostolique : «Pais mes brebis», «Pais mes brebis», «Suis-Moi» (J. 21, 15-16,19), comme nous le lisons dans le Saint Évangile de Jean. Lis ce passage attentivement.Si Dieu le veut, lors d’un entretien personnel nous pourrons en parler plus en détails. Et donc, ne désespère pas. Il n’existe pas de péché qui soit plus fort que la miséricorde de Dieu. Je ne bénis pas et je ne peux bénir de cesser d’aspirer à vivre selon dieu. Que fuie loin de toi l’ennemi qui te souffle pareilles pensées mortelles. Affermis-toi, prends courage ! Considère toi comme la pire de tous, mais ne t’écarte pas de Dieu. En vérité, « «Le Seigneur est proche de tous ceux qui L’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité ; Il fera la volonté de ceux qui Le craignent, et Il exaucera leurs prières et Il les sauvera. » (Ps.144, 18-19). N’imagine pas que tes afflictions sont incompréhensibles pour tous. Je ressens et comprends tes afflictions, mais je ne peux rien faire pour l’instant, je dis juste : Seigneur, aide-moi, sauve-moi, aie pitié ! Seigneur, que Ta volonté soit faite !
Je me hâte de terminer la lettre pour pouvoir l’expédier avec le courrier du jour. Une fois encore, j’appelle sur toi les bénédictions de Dieu et je te place sous la toute-puissante protection de la Reine des Cieux.
Je me souviens de toi, mon enfant, et je prie pour toi.
Le pécheur Hiéromoine Nikon
21-22 mars / 3-4 avril 1925
Kozelsk
Salutations et bénédictions de Dieu à ta sœur V.
(A suivre)
Traduit du russe
Source

Saint Père Nikon, prie Dieu pour nous.