Les trois traductions proposées à partir d’aujourd’hui sur ce site à propos du Saint Archimandrite Sophrony l’Athonite n’ont pas tant pour objet d’exposer sa vie ou ses enseignements que de tenter de faire percevoir la sainteté qui émanait de lui, la vie en Dieu dont il était un splendide luminaire. Ses œuvres et celles de ses enfants spirituels sont accessibles en maintes langues, entre autres sur le site du monastère qu’il a fondé en Angleterre, le Monastère Saint Jean le Précurseur, dans l’Essex. La qualité du service d’expédition est exceptionnelle.
Le texte proposé en deux partie et dont la première est ci-dessous, est la traduction d’un article original russe accessible sur le site du Saint Monastère Sainte Élisabeth de Minsk. Deux hommes très différents partagent successivement leurs souvenirs de leur première rencontre avec Saint Sophrony l’Athonite, qui était encore alors le «Père Sophrony». Le premier est Monsieur Antoine-Emile Takhiaos (†10.04.2018), qui a reçu de nombreux prix pour son travail en faveur de l’Église, dont l’Ordre de Saint-Vladimir de l’Église Orthodoxe russe (1968) .
L’Archimandrite Aimilianos (Vatheidis) de bienheureuse mémoire a écrit ceci, au sujet du Saint Archimandrite du Grand Schème Sophrony (Sakharov)
«J’aimerais beaucoup que l’Église fasse croître pour nous plus d’une «telle manifestation vivante de Dieu» parmi les hommes, grâce à laquelle nous nous réjouissons par la gratitude en le Seigneur , Qui est, Qui était, et Qui vient (Apoc. 1:8), glorifié en Ses saints. »
Le 11 juillet 2023, il y aura trente ans que décéda l’archimandrite du Grand Schème Sophrony (Sakharov). La personnalité du Starets laissa une empreinte indélébile dans l’âme de milliers de gens bien que la plupart d’entre eux ne le virent que quelques fois dans leur vie.
«Le Starets, de taille moyenne, ne se distinguait pas par aucun de ses traits, mais avait un air calme, lumineux et des manières aristocratiques. Il nous a parlé en français. Après qu’on nous eut présentés au Starets, il m’a invité à m’asseoir dans une pièce modeste. Je me suis assis, et pendant un instant régna le silence. Puis le Starets m’a regardé avec ses yeux brillants et m’a demandé d’où je venais. Sa question suivante, dans laquelle il y avait une sorte d’impatience à peine contenue, était de savoir si j’avais visité la Sainte Montagne. Ma réponse, que j’y étais allé de nombreuses fois et que je connaissais personnellement de nombreux pères de la Sainte Montagne, ainsi que mes paroles selon lesquelles, avant de venir à Paris, j’étais allé au Mont Athos pour recevoir la bénédiction, suscitèrent une impatience encore plus grande chez le Starets. le Père Sophrony n’arrêtait pas de me poser des questions sur différents pères athonites, qu’il connaissait bien et respectait profondément.
Dans la conversation avec moi, il se rappela les années passées au Monastère Saint-Pantéleimon, aux côtés du Starets Silouane, puis plus tard dans un lieu désert près de Nea Skiti, à côté du monastère Saint-Paul, où il était confesseur de la fraternité. Il se souvint du Père Gerasimos Menagia, un moine remarquable de ce monastère, qui avait autrefois été chimiste en Suède, et avec qui il tint des conversations spirituelles inoubliables. Pendant que je me trouvais avec le Starets, je le regardais avec joie et gratitude, car le parfum spirituel qui émanait de lui me transportait dans l’atmosphère de la Sainte Montagne, que j’aimais, et ravivait en ma mémoire les images des vénérables pères que j’y connaissais. À côté de lui, j’avais l’impression de n’avoir jamais quitté le Mont Athos. Nous parlâmes des moines, des monastères, des événements de l’histoire moderne de la Sainte Montagne, des détails de la vie de la Sainte Montagne. Le Starets parlait avec une nostalgie évidente de tout cela, il parlait de ce qu’il avait vécu et de ce qui était sa vie même.
J’ai rendu visite au Starets Sophrony pour la deuxième fois le 17 juin 1955. Je ressentis les mêmes moments spirituels que la fois précédente. J’ai ressenti à nouveau ce que j’avais souvent ressenti sur la Sainte Montagne lorsque je parlais avec les vieux moines : une certaine puissance spirituelle émanait de leurs corps et un sentiment de sainteté se transmettait. On a l’impression de communiquer avec le moine et que sa sainteté semble nous envelopper. Malheureusement, dans ces moments, nous considérions que l’existence de saints à côté de nous était une sorte de réalité qui allait de soi dans notre vie. La même chose s’est produite avec le Père Sophrony. J’ai discuté avec ce saint homme et j’ai pensé qu’il n’était pas inhabituel d’avoir de tels saints près de nous. Plus tard, j’ai réalisé quel trésor spirituel nous avions perdu.
La dernière fois que j’ai vu le Starets Sophrony, c’était pendant la Semaine Lumineuse en 1956. Une connaissance m’a appelé et m’a dit que le Père Sophrony allait célébrer la Divine Liturgie dans une chapelle du cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, et qu’il irait à la cérémonie. Il m’a demandé si je voulais l’accompagner. J’ai répondu que j’irais avec grand plaisir.
Nous étions déjà sur place au début de la Divine Liturgie. Il y avait plusieurs paroissiens âgés dans l’église. Le Starets Sophrony célébra seul. Il était littéralement hors de l’espace et du temps. Sur son visage se reflétaient une radiance spirituelle et une lumière, qui me rappelaient la lumière évoquée dans la Vie de Saint Serge de Radonège, lorsque ses disciples Isaac et Simon furent émerveillés de voir le Saint pendant la liturgie dans l’éclat de la lumière divine. Le Starets Sophrony a connu de tels états ou similaires, comme en témoigne son immersion totale dans l’atmosphère spirituelle de la Divine Liturgie, où les Chérubins et les Séraphins concélèbrent invisiblement avec le prêtre. Il semblait qu’il avait complètement quitté la réalité terrestre et vivait déjà dans la réalité vraie et céleste. La Divine Liturgie prit fin, et les fidèles commencèrent à se disperser un à un. Seuls mon ami et moi sommes restés. Bientôt, le Père Sophrony sortit par la porte nord de l’autel et se tint devant les Portes Saintes. Il se signa trois fois et s’inclina, puis resta silencieux un moment, levant les yeux. Un silence calme et mesuré régnait dans l’église. Puis le Père Sophrony est venu vers nous et a dit d’une voix basse, à peine audible : «Oh, si seulement cette Divine Liturgie n’avait jamais pris fin…». Nous avons quitté l’église, remplis de tendresse, qui nous avait saisis pendant la célébration du Starets et à ses paroles. Je ne l’ai jamais revu de ma vie, mais cela ne signifie pas qu’il ait quitté ma vie.
Ses écrits restent un témoignage constant de sa présence spirituelle dans mon cœur. Les souvenirs vifs de lui m’ont toujours soutenu dans les moments de désespoir. En 1987, je lui ai envoyé mon livre, dans lequel j’ai publié les œuvres autobiographiques du Starets Paissii Velitchkovsky. Le Père Sophrony m’a répondu en m’envoyant son livre exceptionnel « Voir Dieu tel qu’il est » avec l’inscription dédicatoire : «Au très vénéré professeur M. A.A.N. Takhiaos avec amour et de nombreuses prières. †Archim. Sophrony, 6 janvier 1988.» Ce livre est la continuation de la tradition ascétique et spirituelle du monachisme athonite russe sous la forme qu’elle a brillamment incarnée au XXe siècle à travers le Starets Silouane et son disciple égal à lui, le Starets Sophrony. Je crois que les prières qu’il a mentionnées dans l’inscription dédicatoire de son livre m’accompagnent dans ma vie.» (A suivre)
Traduit du russe

