Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani (40)

Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

(…) À l’invitation particulière de la Supérieure, qui rendait souvent visite à Vladyka Macaire à Nijni-Novgorod, le 28 juin 1881, celui-ci se présenta lui-même, soi-disant pour calmer la situation. Mais pour une raison inconnue, il n’interféra pas avec l’intention de la Supérieure d’expulser à nouveau celles qui ne lui plaisaient pas. À la fin de l’office, Vladyka sortit de l’autel et nomma, selon la liste préparée, les moniales sélectionnées pour être expulsées et il ordonna strictement à l’officier civil d’éloigner immédiatement tous celles qui avaient été nommées. Avant de rentrer chez elles, les victimes décidèrent de demander la bénédiction du Starets Barnabé. Batiouchka lui-même, calomnié aussi à cette époque, sali par de fausses accusations portées contre lui, subissait également l’oppression de ses supérieurs. Mais, inébranlable dans la foi et l’espérance en la miséricorde et la justice de Dieu, il trouva en lui la force non seulement de supporter les peines et le déshonneur sans le moindre murmure, mais aux sœurs exilées, qui se plaignaient amèrement de l’injustice de l’évêque, il interdit sévèrement même de se révolter mentalement contre le saint évêque de Dieu. Leur enseignant avec humilité, d’endurer patiemment les afflictions infligées par les gens; il leur ordonna de les accepter comme si elles venaient de la main de Dieu Lui-même. Il les bénit toutes pour qu’elles rentrent chez elles et attendent que la Reine du Ciel daigne les rassembler à nouveau sous Sa protection. Par la volonté de Dieu, il en fut bientôt ainsi. Le bon défenseur, qui assuma la part la plus active pour alléger le sort de celles qui étaient persécutées pour la vérité, fut l’administrateur de la Chancellerie synodale, Vladimir Karlovitch Sabler, qui devint plus tard Ober-Procureur du Saint-Synode. Ayant fait sa connaissance par hasard, le Père Barnabé évoqua dans une conversation l’état lamentable du monastère qu’il avait fondé. Le Starets demanda de l’aide. Sabler promit de s’en occuper et d’intervenir auprès de qui il s’indiquait pour rectifier la situation. La personnalité même du Hiéromoine Barnabé suscitait en Sabler une fort chaleureuse sympathie. L’esprit brillant, l’humilité profonde et la simplicité des manières, la douceur et la bénignité authentiques de Batiouchka, ainsi que la grandeur de son esprit, voilà les traits qui rendirent Sabler bienveillant et éveillèrent en lui une profonde confiance dans le Starets.
Bientôt, un décret particulier du Saint-Synode ordonna aux autorités diocésaines de Nijni-Novgorod de s’occuper de la nomination d’une moniale fiable issue d’un des monastères locaux au rang de supérieure de la communauté de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères. La nouvelle supérieure était chargée d’accueillir à nouveau dans la communauté celles parmi les sœurs expulsées, qu’elle jugerait possible de faire revenir. Dès le début de 1882, Maria Pivovarova fut éloignée de la direction du monastère, et toutes les affaires furent transférées à la trésorière, jusqu’à l’élection d’une nouvelle supérieure. Le doux Père Barnabé ordonna strictement de ne pas embarrasser l’ancienne dirigeante de quelque manière que ce soit et de ne pas l’inquiéter. Mais elle continua à créer des dommages.
Elle tenta de toutes ses forces de conserver une partie des terres dont la propriété n’avait pas encore été confirmée au monastère, mais elle ne put y parvenir. Ses conseillères proches continuaient à troubler son esprit instable et la menèrent au point où Maria sombra dans une folie violente. Elle fut placée à l’infirmerie, où une infirmière et plusieurs sœurs furent affectées à ses soins. Ses auxiliaires de cellule n’avaient plus le droit de la voir. Grâce à de bons soins, elle commença peu à peu à reprendre ses esprits et se calma complètement. Elle fut retirée de l’infirmerie par des parents, et bientôt, le 7 mai 1883, elle mourut. Elle fut enterrée au cimetière du monastère.

Les sœurs apaisées

En 1882, avec la bénédiction du Saint-Synode, la moniale Mitrophania, du Monastère Sainte Sophie de Rybinsk, fut élue et son élection confirmée par l’Évêque Macaire de Nijni-Novgorod. Dans l’éparchie locale, on ne trouva aucune moniale disposée à diriger le Monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères.
La moniale Mitrophania, dans le monde Maria Mikhailovna Krioukova, était née dans une famille de paysans du Gouvernorat de Tver, dans le district de Novotorjski. Elle commença sa vie monastique au monastère Sainte-Sophie, où elle remplit pendant vingt et un ans diverses obédiences, la dernière étant celle de trésorière. Mère Mitrophania prit la fonction de Supérieure de la communauté de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères à l’âge de soixante ans.
Le saint monastère accueillit joyeusement cette vénérable vieille femme expérimentée dans la vie spirituelle, plaçant en elle de grands espoirs. Tout le monde s’attendait à ce qu’elle soit une vraie mère chaleureusement aimante pour les sœurs. Et les sœurs ne se trompèrent pas : leurs attentes furent satisfaites. Les moniales expulsées et les sœurs qui avaient quitté volontairement la communauté furent de nouveau accueillies avec amour par la nouvelle Supérieure pour poursuivre leur vie monastique de façon paisible et stricte.
Les dons qui avaient cessé affluèrent à nouveau dans le monastère très appauvri. Grâce au Père Barnabé, de nouveaux philanthropes généreux apparurent, parmi lesquels le négociant de Saint-Pétersbourg G.F.Choustrov et l’aristocrate moscovite M.A.Jouravlev méritent d’être mentionnés en premier lieu.
Ce fut à cette époque, que la grande église principale du monastère fut décorée de fresques, et son iconostase magnifiquement dorée. En 1886, la chapelle de la nef gauche de l’église fut consacrée, une église en pierre fut construite avec en annexes une infirmerie de deux étages et un asile pour les pauvres. Des bâtiments en pierre avec étage furent érigés, le réfectoire et la résidence de l’higoumène, sans parler d’autres bâtiments relativement plus petits. En 1887, par décret du Saint-Synode, la communauté des moniales fut élevée au rang de monastère de troisième classe. À cette époque, la construction de l’église de la Dormition, dans la nouvelle infirmerie, était achevée. S’ensuivit une bénédiction du Synode pour élever Mère Mitrophania au rang d’higoumène et lui décerner la croix pectorale en or. L’Évêque de l’Éparchie, Son Éminence Modeste (Strelbitski), fut invité au monastère pour célébrer officiellement ces joyeux événements.
V.K.Sabler accompagna Vladyka. De nombreux philanthropes se joignirent également. À l’arrivée des invités aux Saintes Portes du clocher, Son Éminence daigna lire l’Acathiste à la Mère de Dieu devant Son icône des Ibères. Tout le peuple pria avec ferveur et chaleur. (A suivre)
Traduit du russe.
Source :

Saint Barsanuphe d’Optina. Entretiens (15)

Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

11 août 1909
De la Prière de Jésus

La prière de Jésus revêt une signification énorme dans la vie du chrétien. C’est le chemin le plus court pour atteindre le Royaume des Cieux, bien que ce chemin soit long et quand nous l’entamons, nous devions être prêt aux afflictions. Il est vrai que d’autres prières ont aussi une grande importance. L’homme qui pratique la prière de Jésus écoute les prières et les hymnes à l’église, et il accomplit les règles obligatoires en cellule, mais la prière de Jésus est la plus susceptible de mettre l’homme dans un état l’esprit du repentir et de lui montrer ses faiblesses, ce qui le rapproche ainsi de Dieu. L’homme commence à se sentir le plus grand pécheur ; et Dieu n’a besoin que de cela. Prenons un exemple : à Optina, il y a une hôtellerie dédiée à l’Archistratège Michael. Comment y arriver depuis la Skite? C’est très simple. Allez tout droit dans l’allée, puis passez devant l’église, franchissez les portes saintes et prenez à droite, puis montez les escaliers, et vous arrivez à votre chambre. Mais vous pouvez faire autrement. Allez jusqu’à la Jizdra, prenez le bac pour la traverser, vous arrivez à Kozelsk, vous traversez le pont sur la Jizdra et la forêt jusqu’à l’hôtellerie. Bien sûr, tous ceux un tant soit peu familiers avec Optina n’auront aucune difficulté à dire quel chemin est le plus court.
L’ennemi tente de toutes les manières possibles de détourner le chrétien de cette prière, qu’il craint et déteste par-dessus tout. En effet, la puissance de Dieu protège des pièges de l’ennemi l’homme qui prie toujours cette prière. Mais lorsque l’homme est pleinement imprégné de cette prière, elle lui ouvre les portes du paradis, et même si sur terre, il ne reçoit aucun don ni grâce particuliers, son âme criera avec audace : Ouvrez-moi les portes de la justice (Ps.117,19).
C’est pourquoi l’ennemi inspire diverses pensées pour embrouiller ceux qui ne réfléchissent pas, leur disant que la prière demande concentration, tendresse, etc., et si ce n’est pas le cas, elle ne fait qu’irriter Dieu. Certains écoutent ces arguments et abandonnent la prière pour la plus grande joie de l’ennemi.
Celui qui commence la prière de Jésus est comme l’élève du gymnase entrant en première année et ayant endossé l’uniforme. On peut penser qu’il obtiendra plus tard son diplôme au gymnase, et qu’il ira peut-être même à l’université. Mais alors viennent les tentations de la toute première leçon : par exemple, l’élève ne comprend pas l’arithmétique, et sa pensée lui dit : «Tu n’as pas compris la première leçon, tu comprendras encore moins la seconde, alors, tu vas être convoqué. Tu ferais mieux de te dire malade et de rester à la maison.» Si l’étudiant a des compagnons plus éveillés, il y aura encore plus de tentations, la même voix séduisante dira : «Ta tante et ton oncle sont riches, pourquoi devrais-tu étudier, ils accueillent les hôtes.» Un élève écoute ces discours, arrête d’étudier et perd son temps. Et quelques années passent, un dadais a grandi, un bon à rien. Le temps a filé, quel genre d’étude était-ce ?… Et il est expulsé du gymnase.
La même chose peut arriver ici. Il ne faut pas écouter les pensées tentatrices, il faut les éloigner de soi et, sans se troubler, continuer le labeur de prière. Même si les fruits de ce travail sont imperceptibles, même si l’homme ne ressent pas l’extase spirituelle, la tendresse, etc., la prière ne peut rester inefficace. Elle fait son travail discrètement. Lorsque le célèbre Starets, Père Lev était à Optina, un certain moine, qui avait prié la prière de Jésus pendant vingt-deux ans, est tombé dans le désespoir car il ne voyait aucun résultat favorable à son travail. Il alla voir le Starets et lui exprima sa tristesse :
– Voilà, Père, ça fait vingt-deux ans que je dis la Prière de Jésus et je n’y vois aucun sens.
– Et quel sens voudrais-tu y voir ? Lui demanda le Starets.
– Comment-ça, Père, poursuivit le moine, j’ai lu que beaucoup, en priant cette prière, ont acquis la pureté spirituelle, ont eu des visions merveilleuses et ont atteint la pleine impassibilité. Et moi, l’endurci, je réalise sincèrement que je suis le plus grand pécheur, je vois toute mes souillures, et, en y pensant, en marchant sur la route du monastère à la Skite, je tremble souvent de peur que la terre ne s’ouvre et n’engloutisse le vilain si impur que je suis.
– As-tu déjà vu des mères tenir leurs enfants dans leurs bras?
– Bien sûr que oui, Père, mais quel rapport cela a-t-il avec moi?
– Voici de quoi il s’agit : si un enfant est attiré par le feu et pleure même pour qu’on le lui donne, sa mère permettra-t-elle que son enfant soit brûlé parce qu’il pleure? Bien sûr que non ; elle l’emmènera loin du feu. Ou le soir, des femmes sortent prendre l’air avec leurs petits enfants, et un petit, tendant la main vers la lune pleure pour qu’on la lui donne et qu’il puisse jouer avec. Que peut faire la mère pour le consoler? Elle ne peux pas la lui donner, la lune. Elle doit l’emporter dans l’isba, le secouer un peu et lui dire : «Petit, petit, allons tais-toi!» Voilà comment Dieu procède, mon enfant. Il est bon et miséricordieux, et Il pourrait bien sûr offrir à l’homme n’importe quel cadeau, mais s’Il ne le fait pas, c’est pour notre propre bénéfice. Le sentiment du repentir est toujours utile, mais les grands dons entre les mains de l’homme inexpérimenté peuvent non seulement lui causer du tort, mais aussi le perdre définitivement. L’homme peut s’enorgueillir, mais l’orgueil est pire que n’importe quel vice : Dieu s’oppose aux orgueilleux. Il faut souffrir pour tout, puis seulement, il faut le maîtriser. Bien sûr, si le Tsar offre un cadeau, alors on ne peut le lui renvoyer à la figure. Il faut l’accepter avec gratitude, mais aussi essayer de l’utiliser avec bénéfice. Le Seigneur accorde parfois des dons spirituels particuliers à ceux qui manquent d’expérience suite à leurs demandes persistantes, mais Il dit : «Soyez prudents.» Il y eut des cas où de grands ascètes, ayant reçu des dons particuliers, par fierté et jugement d’autres qui eux n’en avaient pas, tombèrent dans les profondeurs de la perdition.
– Pourtant, j’aimerais recevoir un petit cadeau de Dieu, poursuivit le moine, alors, travailler serait plus calme et plus joyeux.
– Ne penses-tu pas que ce soit la miséricorde de Dieu envers toi qui te permet de te reconnaître sincèrement comme pécheur alors que tu pratiques le labeur de la prière de Jésus? Continue à faire de même, et si cela plaît au Seigneur, Il te donnera la prière du cœur.
Quelques jours après cette conversation, grâce aux prières du Père Lev, un miracle se produisit. Un dimanche, alors que le moine, par obédience, servait à manger aux frères, il posa le bol de soupe au chou sur la table, et dit comme d’habitude : «Recevez, frères cette obédience venant de moi, le pauvre.» Il ressentit alors quelque chose de spécial dans son cœur, comme si un feu béni l’avait soudainement brûlé. D’enthousiasme et de stupeur, le visage du moine changea et il chancela. Les frères, l’ayant remarqué, se précipitèrent vers lui.
– Frère que t’arrive-t-il ? Demandèrent ceux qui s’étaient approchés.
– Rien, j’ai un mal de tête.
– Ne t’es-tu pas brûlé?
– Oui, je me suis sans doute brûlé, aidez-moi par amour du Seigneur à rejoindre ma cellule.
Ils l’emmenèrent. Allongé sur son lit, il oublia tout, la nourriture et tout ce qui existe au monde et il sentait seulement que son cœur s’enflammait d’amour pour Dieu et le prochain. Bienheureuse situation ! Depuis lors, il ne récita plus la prière des lèvres, mais du cœur et de l’esprit, celle qui ne s’interrompt jamais, et dont parle la Sainte Écriture : je dors, mais mon cœur veille. (A suivre)
Traduit du russe
Source

Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani (39)

Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

(…) Pénible était le sort de ces souffrantes sans défense et sans abri, privées de tout moyen de subsistance. Mais un homme bienveillant prit part avec cœur au sort des sœurs exilées. Il s’avéra que ce fut le directeur des usines de Vyksa, G. Mechkov. Il s’occupa de leur fournir un abri dans un premier temps : il les logea dans une maison louée pour elles. Après tant d’années de solitude, il leur fut difficile de s’habituer à un nouvel environnement, avec partout autour des gens ivres, des chansons mondaines, des cris, et parfois même des propos grossiers. Les sœurs se souvenaient avec tristesse de leur ancienne vie bienheureuse.
Deux mois plus tard, dix autres moniales furent chassées du monastère, puis douze autres encore les rejoignirent. Elles furent expulsées sous le prétexte fallacieux selon lequel l’une d’elles aurait rencontré une des premières renvoyées. La Supérieure agissait comme elle l’entendait, sans accepter de justification. Tous les effets personnels des moniales étaient immédiatement jetés hors de la clôture du monastère, et elle recevait l’ordre de «déguerpir» sur le champ. Le magistrat de Vyksa et Mechkov, qui hébergeait toutes les «sanctionnées», se rendirent auprès de la Supérieure afin de lui demander de faire preuve de miséricorde. Mais, comme il ressort de la déclaration du magistrat de Vyksa, soumise par celui-ci à l’Évêque de l’Éparchie, Macaire, leur requête fut rejetée. La déclaration, accompagnée de la plainte des bienfaiteurs de la communauté au sujet des actes inappropriés de Maria Pivovarova, fut soumise au Saint-Synode, qui en 1881 entendit à deux reprises l’affaire des troubles au monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères.

Mendicité du Monastère
Un an après le début des troubles au Monastère, au lieu de deux cents sœurs, il n’en restait pas plus d’un quart. De même, la prospérité du Monastère s’effondra complètement. Pendant près de deux ans, ni le Père Barnabé ni les donateurs ne s’impliquèrent plus dans les affaires de la communauté, jusqu’à ce que l’ordre intérieur change, à la suite des mesures prises par le Saint-Synode.
Mais dès janvier 1880, sur ordre des autorités de l’Éparchie de Nijni-Novgorod, son fondateur arriva dans la communauté pour ramener la paix parmi les sœurs, séjournant chez le prêtre du monastère, Père Lebedev.
Apprenant que «leur nourricier était arrivé», les sœurs se rendirent aux Saintes Portes pour l’accueillir. La Supérieure et ses proches y allèrent également. En bénissant chacune d’elles, le Starets demandait aux sœurs avec un sourire amer :
– Et toi, tu n’as pas encore été chassée ?
La Supérieure l’amena dans sa cellule, où il ne resta pas longtemps, et, après en être parti, il alla auprès de sa propre mère, la moniale Dorothée, qui, avec les autres sœurs, endura maintes afflictions et même l’oppression. Voyant son cher fils, sa mère, par joie ou par la simplicité provenant de l’âge, l’accueillit avec ces mots :
– Mon nourricier, mon doux enfant, pourquoi le coucou ne chante-t-il plus sur mon horloge ? Il ouvre la bouche, mais il n’a plus de voix…
Souriant, le Père Barnabé répondit aux paroles de sa matouchka en disant paisiblement :
– Calme-toi, matouchka. Nous allons faire chanter le coucou et toutes vous serez consolées et apaisées. Il faudra seulement endurer avec soumission la volonté de Dieu qui nous est envoyée sous forme d’afflictions. Je crois fermement que par les prières des startsy, mes pères spirituels, la Très Sainte Mère de Dieu ne nous abandonnera pas tous sans défense et ne laissera pas la communauté s’effondrer. Nous ne devons pas nous attrister, mais nous réjouir en esprit lorsque nous sommes calomniés et méprisés, car le Seigneur bénit ceux qui supportent cela, en disant : «Heureux êtes-vous quand on vous persécutera».
Je suis venu ici au nom des autorités pour rétablir la paix, et je vous demande, sœurs, de vous réconcilier avec la Supérieure ; il faut aussi faire revenir dans la clôture toutes celles qui en ont été chassées.
– Nourricier, lui dirent-elles, nous n’avons plus la force de supporter tout ce harcèlement! On ne nous donne pas assez de pain, on nous nourrit avec des aliments moisis, on nous impose des obédiences au-delà de nos forces, et, pire encore, on nous fait avoir peur : on menace de nous chasser du monastère.
Le cœur du bon Batiouchka souffrit quand il entendit ces plaintes amères. Pour consoler les sœurs, il dit : «Ne vous affligez pas, mes enfants! J’espère sincèrement en la miséricorde de Dieu, et je pense que vous devrez endurer encore environ deux ans, puis tout cela sera terminé, vous serez de nouveau dans la paix!». Et en effet, les troubles au Monastère prirent fin en 1882 avec le renvoi de Maria Pivovarova.
Entre-temps, après les matines, le Père Barnabé se rendit au village de Vyksa pour rendre visite aux sœurs exilées. Elles l’accueillirent en larmes et demandèrent sa protection.
«Vous ne perdrez pas votre récompense», leur dit avec douceur Batiouchka. «Remettez vos chagrins à la Très Sainte Mère de Dieu, et si il Lui plaît d’apaiser votre chagrin, Elle révélera bientôt toute la vérité. S’il Lui plaît de nous laisser encore dans cette situation pénible, alors il ne convient pas, mes enfants, de murmurer et de résister aux desseins de Dieu. Soyez patientes, endurez et vous serez consolées!
Paternellement et avec compassion, le Père Barnabé interrogea les sœurs au sujet de leur vie, et il leur annonça qu’il avait été envoyé par les autorités pour ramener la paix et que la Supérieure avait accepté de toutes les reprendre, à condition que les sœurs fassent preuve d’humilité devant elle. Se soumettant sans poser de questions à la parole de leur guide concernant le retour au monastère, les sœurs se présentèrent à l’église avant le début de l’office. À la fin de celui-ci, elles se réconcilièrent avec Maria, qui les répartit immédiatement dans leurs cellules, et leur attribua des obédiences.
Mais les choses ne se calmèrent pas longtemps. Bientôt, celles qui avaient été réintroduites commencèrent à subir une oppression encore plus grande. Maria Pivovarova était tourmentée dans son âme par la conscience de son injustice. Et elle ne parvenait pas à révéler ses blessures spirituelles à Batiouchka, par orgueil.
Elle ne se réconcilia pas sincèrement, d’un cœur pur, avec le Starets. Elle ne réalisait pas sa culpabilité. Il s’en rendit compte et ne s’impliqua toujours pas dans les affaires de la communauté. Entre-temps, les fonds pour l’entretien du monastère devinrent si réduits que la Supérieure, contrairement au commandement du Starets, exigea auprès du Consistoire trois livres de collecte et envoya les sœurs «soumises à Barnabé» demander l’aumône.
«Nous sommes parties du Monastère avec l’intention de rendre visite à notre «nourricier» déclara l’une des collectrices, «afin de lui demander sa bénédiction pour cette collecter de fonds, que non seulement il n’avait pas approuvée pas, mais avait aussi strictement interdite. Arrivées à Sergiev Posad, nous avons remarqué, à notre horreur, que nous avions oublié dans le wagon les livres rassemblés, et quand nous allâmes les chercher, ils n’y étaient plus. Que fallait-il faire maintenant? La Supérieure ne croirait pas que nous ayons perdu les livres par accident. Plongées dans notre pénible réflexion, nous approchions des «Grottes» de la Skite de Gethsémani et vîmes Batiouchka. Il nous appela et dit joyeusement :
– Eh quoi, mes Sœurs, Saint Serge a-t-il emporté vos livres? Vous ne les retrouverez pas, car l’argent collecté ne servirait pas aux besoins du Monastère, mais à offrir des cadeaux aux avocats et secrétaires, et cela ne plaisait pas à la Reine du Ciel…
Il nous surprit par sa clairvoyance. Nous nous apprêtions en effet seulement à l’informer de notre mésaventure.
– Que devons-nous faire ? La Supérieure va de nouveau nous renvoyer.
– Endurer patiemment, dit Batiouchka, endurer !
La Supérieure refusa de nous écouter, elle nous ordonna de «dégager» immédiatement, ne nous permettant pas même de loger au monastère»… (A suivre)
Traduit du russe.
Source :

Saint Barsanuphe d’Optina. Entretiens (14)

Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

4 août 1909
En fait, aucun autre pays ne compte d’hommes aussi colossalement riches que l’Amérique. Actuellement, par exemple, le millionnaire Rockefeller y est célèbre. En plus de tout son avoir immobilier, il possède un milliard d’argent. Après tout, c’est tout de même 1000 millions ! Imaginez : 1000 coffres, et dans chaque coffre un million, et près de chaque coffre un soldat armé; tout de même, cela fait tout un régiment de soldats. Humainement parlant, cet homme ne devrait-il pas être heureux?
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Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani (38)

Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

(…) Les sœurs racontaient que leurs repas étaient devenus très austères, on ne leur donnait même pas assez de pain. Contrairement au commandement du Starets selon lequel chaque sœur devait vivre dans une cellule séparée, elles furent placées en groupes de plusieurs, et les bâtiments vacants furent barricadés. Dans la froidure hivernale, le bois de chauffage était distribué à raison de deux bûches chacune. Read more

Saint Barsanuphe d’Optina. Entretiens (13)

Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

(…) Un moine athonite du grand schème raconta un jour ce qui suit à un starets d’Optina.
«Dans mon enfance, j’étais très riche et je menais une vie des plus joyeuses. Le bonheur me souriait partout. A l’âge mûr, j’étais devenu un gros entrepreneur, aux revenus qui se comptaient en millions. Je jouissait d’une excellente santé et je ne m’interrogeais jamais au sujet de la vie. La rétribution d’outre-tombe me semblait une fable.
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