Le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages on compte le recueil des lettres écrites par le Saint Starets et Confesseur de la foi Nikon d’Optina, dont le journal fait l’objet d’une traduction depuis des mois sur le présent blogue. Nous proposons ici la traduction du recueil de ces lettres de Saint Nikon. Il ne s’agit plus du Novice Nicolas, auteur du journal précité, mais déjà du Hiéromoine Nikon, qui a intégré et mis en pratique dans son podvig les enseignements de son starets Saint Barsanuphe d’Optina, héritier de la tradition du Désert d’Optina.
(Suite de la lettre à) Lydia Mejekova
(…) Je remarque du désespoir en toi, à cause duquel tu te considères indigne de l’aide de Dieu et du pardon. Combien de fois ne t’ai-je déjà dit que parler ainsi est offensant envers Dieu, car «Dieu est amour» (1 Jean 4,8). Aucun péché ne peut dépasser la bonté et la miséricorde de Dieu si nous nous en repentons et demandons pardon. Personne ne te méprise, et les Anges de Dieu se réjouissent de ton salut, et ils pleurent quand tu désespères et doutes de la miséricorde de Dieu. Tu as aussi écrit que tu es embarrassée par mon inquiétude au sujet de ta situation financière, si tu te retrouvais sans emploi, et donc sans revenus. Et je suis surpris par ton embarras. Tous les mots et exemples que tu as donnés ne conviennent pas du tout ici. Ce qui nous convient, ce sont les paroles de Saint Jean Climaque : « S’émerveiller des travaux de ces saints est une chose louable ; les jalouser est salutaire, mais vouloir soudainement devenir un imitateur de leur vie est une chose imprudente et impossible.» (Paroles : 4;42). Je joins également des extraits des lettres de l’Évêque Ignace (Briantchaninov). Et Batiouchka Barsanuphe m’a dit ceci : « Nous aimerions laisser notre ventre derrière la clôture de la Skite, mais nous ne pouvons pas, il reste avec nous tout le temps », et il exprime donc ses propres revendications. Si nous étions Saint Antoine ou Saint Macaire, nous pourrions accomplir leurs actes, mais puisque nous ne les approchons même pas, nous devons reconnaître notre faiblesse et nous humilier pour accomplir l’exploit qui est en notre pouvoir, car par manque de modération ou à cause des conditions difficiles de la vie, certains ont complètement abandonné le podvig. Que cela ne soit pas ton cas, mon enfant. Avançons lentement vers le salut, en compensant notre manque et notre faiblesse par les reproches que nous nous adressons, et en chassant le désespoir démoniaque par l’espoir en la miséricorde de Dieu, mais sans jamais tomber volontairement dans le péché. L’Évêque Ignace (Briantchaninov) n’est pas non plus une personne ordinaire, et il n’est donc pas possible de se comparer à lui en tout ; mais on peut aussi dire de lui qu’il ne voulut pas rester dans plusieurs monastères à cause de besoins matériels et de faiblesses corporelles, rendant un hommage involontaire à la faiblesse humaine en général. Je ne veux pas te refroidir avec ça, ni te plonger dans des soucis pour le bien-être matériel et le confort, non, je veux seulement que tu suives la voie du milieu, identifiée par les saints Pères, afin que tu puisses être prudemment modérée dans tes aspirations et comprendre qu’il est possible et nécessaire de prendre soin du corps, mais pas au détriment de «notre âme», comme il est dit dans l’Évangile, car dans l’Évangile toute préoccupation n’est pas interdite, mais seulement celles qui engloutissent notre âme, et ne permettent pas qu’elle se consacre au service de Dieu. Le travail de la terre est un travail honnête, béni par Dieu, mais il exige qu’on s’en préoccupe tout le temps, presque un an à l’avance ; dès que le fermier récolte la récolte, il sème et laboure déjà pour la récolte de l’année suivante, et cela il doit le faire, mais c’est de la volonté de Dieu qu’il doit attendre la récolte, car elle dépend vraiment seulement de Dieu ; cela devient évident pour quiconque se souvient des pluies, des sécheresses, des tempêtes de grêle, des vents, des vers, des sauterelles et d’autres circonstances qui dépendent de la providence de Dieu. Après tout ce qui est écrit ici et dans l’extrait joint, je pense que tu ne seras plus embarrassée et comprendras pleinement comment nous devrions envisager la préoccupation envers notre vie corporelle.
Les paroles de l’Apôtre dans Corinthiens (1Cor.15,10) «C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis» doivent être comprises ainsi : regardant sa vie antérieure, et constatant qu’il était un persécuteur de l’Église du Christ, le Saint Apôtre Paul se considère comme le plus petit des apôtres, voire un monstre, mais en même temps il ne peut s’empêcher de voir la grâce qui lui a été accordée, avec laquelle il a travaillé plus que tous les apôtres. Et ainsi il dit : quoi que j’aie été avant, et peut-être même encore aujourd’hui, en tant qu’homme, je suis maintenant ce que la grâce de Dieu a fait de moi : je suis un apôtre, je suis un prédicateur, et je travaille, mais je comprends que tout cela dépend de la grâce de Dieu, qui m’est donnée, et non de moi personnellement ; personnellement, je ne mérite pas d’être appelé apôtre. Ces paroles de l’Apôtre ont été répétées par beaucoup et sont encore répétées. J’ose aussi les prononcer, car je suis pleinement conscient qu’en tant qu’homme je ne suis rien, mais en tant que prêtre, j’ai la grâce du sacerdoce sur moi, et j’agis selon cette grâce. Je reviens maintenant un peu en arrière. Jusqu’à ce que ton nouveau lieu de résidence soit déterminé, je trouve tout à fait permis de prendre des cours particuliers pour gagner de l’argent, mais n’y épuise pas tes forces.
Ensuite, je trouve possible, en cas de changement de résidence, d’écrire au propriétaire de certaines choses pour lui dire que tu quittes Kalouga pour une durée que tu ne connais pas, et tu as donc décidé de donner la clé de ces choses à ta sœur Valentina. Tu pourras adapter la formulation de la lettre.
Sur la question concernant l’école, Batiouchka Nectaire partage mon avis selon lequel tu peux poursuivre les cours à l’école, mais sans faire de concessions dans la foi, et si cela implique de négocier avec ta conscience, alors, bien sûr, il faut abandonner, en t’appuyant sur la volonté et la miséricorde de Dieu.
Que le Seigneur te garde. De tout cœur, je te souhaite les miséricordes de Dieu, la paix de l’âme et la joie dans le Seigneur.
Le Pécheur Hiéromoine Nikon
Kozelsk
4/17 octobre 1924
Traduit du russe
Source 
Saint Père Nikon, prie Dieu pour nous.