Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements sprituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer (?) à l’histoire de sa vie.
A la Skite de Gethsémani
Le 22 août 1857, Basile adressa une requête au synode de la Laure de la Trinité-Saint Serge pour être accepté comme novice à la Skite du Gethsémani : « Moi, le soussigné, ayant été libéré par mon propriétaire terrien, me sens disposé à la vie monastique, et donc, à partir de septembre 1851, comme épreuve initiale dans ma vie, j’ai vécu à la Skite de Gethsémani, attachée à la Laure, et j’éprouve maintenant un désir résolu d’entrer au monastère, et donc, je demande humblement au synode en place de me bénir pour m’accepter comme novice de la Skite de Gethsémani. »
Le 6 septembre 1857, l’Archimandrite Antoine, higoumène de la Laure, adressa au fondateur de la Skite de Gethsémani, un décret acceptant Basile à l’essai et signifiant qu’il devait faire rapport au synode deux mois plus tard sur ses capacités et son comportement. Le 9 novembre 1857, le Hiéromoine Anatole, fondateur de la Skite, rédigea un rapport, dans lequel il confirmait que «Basile Ilitch Merkulov est de bonne conduite, capable de vie monastique, d’obéissance et de zèle envers l’Église de Dieu. » Le 23 décembre 1857, un décret fut émis par le fondateur de la Skite, le Hiéromoine Anatole, traduisant la décision du Conseil d’inclure Basile Merkulov parmi les novices de la Skite.
Dans les premières années de la vie monastique, Basile fut enrichi par la force de l’esprit….. Comme un arbre planté près des eaux courantes donne ses fruits en son temps [Psaume 1er].
Il travailla plusieurs années dans l’atelier de serrurerie. Sa première rencontre avec sa mère remonte à cette époque, à propos de laquelle lui-même, alors qu’il était déjà un starets, raconta l’histoire suivante : «Un jour, je rentrais dans ma cellule après mon travail d’obédience, fatigué et sale, quand soudain j’appris qu’un vieille vagabonde, une errante, me demandait à la porte. J’étais surpris par cette visiteuse inattendue, je suis allé à la porte en me disant : qui cela pourrait-il être? J’ai regardé : c’était ma chère mère debout dans ses laptis, avec un sac à dos sur les épaules, voûtée, fatiguée par le long voyage. Quand elle m’a vu, elle s’est précipitée vers moi et n’a pas pu détacher ses yeux de moi pendant longtemps. «Je ne t’aurais pas reconnu,» dit-elle, « mon doux enfant, comme tu as changé. Et à quel point tu es sale et maculé. Si mon cœur de mère ne m’avait pas dit que c’était toi, mon nourricier, je ne t’aurais pas reconnu…». Elle est restée un temps avec moi, vivant à l’hôtellerie, elle a observé ma vie parmi les moines, et elle est tombée amoureuse de ma nouvelle vie.
«Mon nourricier! Comme je suis heureuse maintenant que tu sois dans un saint monastère. Je ne sais comment remercier Dieu, qui t’a choisi pour ce chemin. Vis avec Dieu! Maintenant, je serai calme à ton sujet, et je vivrai moi-même d’une manière ou d’une autre en mangeant des croûtes!» Son humilité et sa soumission à Dieu me touchèrent au plus profond de mon âme.
«Non, dis-je, petite mère, j’espère fermement en la miséricorde de Dieu, non seulement tu ne mangeras pas de croûtes, mais tu auras beaucoup de pain blanc, et ta vieillesse sera paisible».
En effet, la mère du Père Barnabé, Daria Grigorievna Merkulova, passa les quinze dernières années de sa vie dans le monastère paisible où œuvrait activement son fils, par lequel elle fut tonsurée sous le nom de Dorothée, et peu avant sa mort, fut tonsurée au grand schème sous son ancien nom dans le monde, Daria.
Le zèle et l’amour du travail de Basile furent remarqués par le supérieur de la Skite, et il fut assigné au comptoir à cierges, et de plus, pendant les offices, Basile lisait l’Apôtre et les enseignements du Prologue.
On ne sait pas si Basile rendait déjà visite à ses parents lorsqu’il était novice  à la Skite. Mais plus tard, alors qu’il était déjà hiéromoine, il venait parfois rendre visite à ses parents, pendant trois heures, il y restait rarement une journée, et généralement, en réponse à toutes les tentatives de persuasion de ses proches de le faire rester plus longtemps avec eux, il disait qu’il n’avait « plus rien à faire ici. »
Cette bonne habitude de ne pas perdre son temps, acquise par lui dans sa jeunesse, il la conserva jusqu’à la fin de ses jours. Il est évident que la vie de la Skite, remplie de travaux quotidiens, donnait un tel élan aux forces spirituelles et physiques de Basile qu’il ne put rester inactif une minute jusqu’à la tombe. Mais Basile n’eut à vivre la vie solitaire à la Skite que pendant une période relativement courte. Par la volonté de ses supérieurs, avec une grande tristesse, il fut contraint de quitter son Gethsémani tranquille et de se rendre aux «Grottes». La section des grottes de la Skite fut fondée pour le fol-en-Christ Philipouchka (Philarète dans le monachisme, Philippe dans le grand schème). C’était un homme juste bien connu, un homme de Dieu. «De ses lèvres sont sorties des paroles venant du ciel», disait-on à son sujet à Moscou (c’est ainsi que le peuple comprenait l’essence de la paternité spirituelle). Philipouchka provenait des serfs de la province de Vladimir, il quitta ses terres natales et mena une vie d’ermite errant en Russie. Lorsqu’il fut arrêté pour ne pas avoir de passeport, il déclara : «Je n’ai pas de mots morts du roi mortel (comme il appelait toutes sortes de documents), mais du Roi vivant j’ai des paroles vivantes.» L’apparition de l’homme de Dieu à Moscou ne resta pas inconnue du Saint Métropolite Philarète. Avec la bénédiction de celui-ci, Philippe se retrouva à la Laure, puis à Gethsémani. Au bout d’un moment, il demanda au Supérieur de la Skite, le Père Hilarion, sa bénédiction pour creuser une «cave». Il fut autorisé à le faire, et reçut deux novices pour l’aider. Il s’avéra bientôt qu’ils ne creusaient pas une cave, mais des grottes «pareilles à celles de Kiev», ce dont on fit rapport au Supérieur, le Père Antoine. L’affaire fut soumise au Métropolite de Moscou pour examen. Saint Philarète approuva ce qui avait été commencé pour l’amour du Christ par le fol-en-Christ Philipouchka : «Que Dieu le bénisse dans l’obscurité des grottes.»Par la providence Divine, Basile se retrouva de nouveau face à face avec le monde; dans sa nouvelle obédience, il était guide des pèlerins. Peu importe à quel point il lui était difficile d’être privé de calme et de silence, il gardait, digne héritier de ses prédécesseurs, son cœur en paix et dans une activité nouvelle. Avec une telle pieuse disposition, une telle douceur et une grande bonne humeur, il acquit une bonne réputation auprès des pèlerins et visiteurs des «Grottes». Ainsi, le jeune novice, sans le savoir, devint progressivement un starets-consolateur pour ceux qui l’entouraient. (A suivre)
Traduit du Russe
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