En guise d’introduction à la traduction d’homélies et de textes du Saint Évêque Luc de Crimée qui seront publiées à l’avenir sur ce site, le texte ci-dessous, traduit du russe sur le site «Pravoslavie.ru», propose une brève notice biographique de ce «nouveau» Saint de Dieu, vénéré dans tout le monde orthodoxe, particulièrement en Russie, mais aussi, et avec beaucoup de chaleur, en Grèce, où son icône est présente dans de très nombreuses églises.
Luc, le Saint Serviteur qui plut à Dieu, et qui rayonne dans le chœur des Saints de l’Église du Christ en tant que confesseur de la foi, se manifesta sous l’aspect du bon pasteur qui guérit les maladies du corps et de l’âme. Par son exemple, il manifesta la coïncidence du service archiépiscopal et du service médical. Ses traités de théologie réveillent la foi et convainquent ceux qui doutent de l’existence de Dieu, et réfute différentes théories pseudo-scientifiques. Il montra à travers son immense exploit ascétique ce que signifie porter la croix du Christ.
L’Archevêque Luc, dans le monde Valentin Felixovitch Voïno-Yacenetski, naquit à Kertch le 27 avril 1877. Lorsqu’il eut terminé ses études secondaires et après avoir conclu de sa réflexion en matière de choix de vie, qu’il était obligatoire de s’occuper de ce dont ont besoin ceux qui souffrent, il décida d’entreprendre des études de médecine. A l’issue de son cycle d’études universitaires, le futur saint évêque pratiqua la médecine et la recherche scientifique en ce domaine. Pendant les années ’20, il travailla en qualité de chirurgien à Tachkent, participant en même temps et de façon active à la vie de l’Église et visitant les institutions religieuses.
SaintLuc et le Métropolite de Tachkent et du Turkestan
Les paroles de l’Évêque Innokentii de Tachkent «Docteur, vous devez devenir prêtre» firent l’effet d’un appel de Dieu. Après avoir servi trois ans en qualité de prêtre, le Père Valentin reçut la tonsure monastique et le nom de l’apôtre évangéliste et médecin, Luc. Et le 30 mai 1923, le hiéromoine Luc fut secrètement ordonné évêque. Dès ce moment commença pour Vladika Luc son chemin de croix en tant que confesseur de la foi. Les nombreux emprisonnements, interrogatoires et arrestations n’affectèrent pas le zèle du Saint Évêque dans l’accomplissement de ses devoirs archipastoraux, ni dans son service de médecin envers les souffrants.
Entre 1946 et 1961, Vladika Luc dirigea l’Éparchie de Crimée. Son Éminence Luc finit ses jours le 11 juin 1961, alors que l’on fêtait ce jour-là ‘Tous les Saints qui illuminèrent la Terre de Russie’. Mais le pasteur n’abandonna pas son troupeau ; par ses prières survinrent d’innombrables guérisons miraculeuses. En 1996 se déroula l’invention des saintes reliques de l’Archevêque Luc, conservées jusqu’à ce jour en la Cathédrale de la Sainte Trinité à Simferopol. Que Dieu nous donne, par les prières du Saint Évêque Luc, la force de porter notre propre croix et de confesser fidèlement la Sainte Foi Orthodoxe. Source.
Geronda Gabriel est l’un des ‘anciens’ athonites contemporains les plus connus. Depuis de nombreuses années, il mène son exploit ascétique dans la kelia de Saint Christodoulos, près de la capitale de l’Athos, Kariès. Il est impossible de dénombrer les pèlerins qui s’efforcent de rencontrer Geronda. Le site Pravoslavie.ru a publié le 1er avril 2014 un entretien qui se déroula entre Geronda Gabriel , et un des auteurs du site lors d’un pèlerinage à la Sainte Montagne.
Geronda, partout nous voyons s’effondrer des fondements qui au cours des millénaires paraissaient inébranlables. Plus que tout, c’est la chute des valeurs familiales qui suscite l’inquiétude. Comment les Chrétiens d’aujourd’hui peuvent-ils élever des enfants dans de telles circonstances ?
Il faudrait que les parents donnent des conseils à leurs enfants seulement de façon limitée. Donner sans cesse des conseils est une grande erreur pédagogique. Les enfants n’ont pas besoins de conseils ; ils ont besoins de bons exemples à imiter. Les enfants se bouchent les oreilles et dirigent leur regard vers leurs parents : ils observent leurs bonnes actions. Celui qui donne un bon conseil construit avec une seule main, mais celui qui donne un bon conseil ainsi que le bon exemple, il construit à deux mains. Celui qui donne de bons conseils et de mauvais exemples, construit d’une main et détruit sa maison de l’autre. Lorsque par mon bon exemple j’essaie de corriger mon frère, je le corrige et je m’aide moi-même. Si je m’efforce de corriger mon frère sans donner le bon exemple, seulement par des mots, je besogne en vain. Autour de nous se répand une atmosphère spirituelle que l’on ne distingue pas au son, mais que les yeux voient. Nous n’éduquons pas nos enfants à travers ce que nous voulons, ou ce que nous savons, mais à travers ce que nous sommes. Read more
Geronda Gabriel est l’un des ‘anciens’ athonites contemporains les plus connus. Il mène sont exploit ascétique dans la kellia Saint Christodoulos, proche de Kariès. Des centaines de pèlerins y vont recevoir sa bénédiction, et ils sont bien plus nombreux encore à l’approcher quand il sort des limites de la Sainte Montagne. Ce message de Geronda Gabriel a été publié en russe sur le site Tsargrad.tv.
Que la Grâce de Dieu soit avec les dirigeants de la Russie et avec le peuple de Russie!
A mon humble avis, le peuple de Russie est digne d’admiration. C’est un peuple éminent, remarquable, brillant, beau, doué et béni de Dieu. C’est le nouveau peuple de Dieu, le nouveau peuple d’Israël sur lequel est la grâce de Dieu. Parmi tous les peuples de la terre, le peuple russe est le plus béni de Dieu. Dieu a marqué le peuple russe d’une multitude de grâces et de dons. La joie éternelle du peuple russe, c’est son armée d’innombrables saints, saints moines et saints martyrs.
A mon humble avis, par comparaison aux autres peuples vivant aujourd’hui sur terre, le peuple russe est le plus parfait, le plus remarquable, dans la mesure où il est doué d’amour, de toutes sortes de vertus, de grandeur et de bonnes mœurs. Il s’agit en outre du peuple le plus humble et le plus modeste et il se distingue par sa piété et sa consécration à Dieu et au prochain. Le peuple russe est incomparablement plus digne d’être admiré et imité que n’importe quel autre peuple vivant sur terre. Le peuple russe est incomparable, insurpassable, unique en son genre sur la terre entière.
Les dirigeants de Russie doivent veiller avec attention à ne promulguer aucune loi qui soit contraire à la Loi de Dieu, pour que ne soient pas légalisés la prostitution, l’adultère, l’avortement, la cohabitation libre, le mariage civil, la crémation, les unions de même sexe, car tout cela mène à la dépravation et à la privation de la Grâce de Dieu. La renaissance spirituelle du peuple de Russie viendra de ce qu’il ira à l’église, se confessera, priera, jeûnera, apprendra les Saintes Écritures et fera l’aumône. Alors, Dieu sera toujours avec le peuple de Russie et l’aidera toujours. Mais si comme nous le mentionnions, les dirigeants de Russie venaient à légaliser la prostitution, l’adultère, l’avortement, la cohabitation libre, le mariage civil et le unions de même sexe, et si un rapprochement devait s’opérer avec le Pape et aller vers une union, alors, Dieu ne donnera plus sa bénédiction et commencera alors un mouvement de destruction. Je souhaite que le Patriarche de Moscou et de Toute la Russie observe la Parole de Vérité et n’entretienne pas l’amitié avec le Pape. Nous ne pouvons pas nous réunir. Le Pape est l’ennemi du Christ et de la Très Sainte Mère de Dieu.
Le «huitième Concile Œcuménique» est illégitime. Nous ne devons pas accepter tout ce dont on essaie de nous convaincre. Les hiérarques russes sont insuffisamment informés. Il est nécessaire de les mettre au courant. L’essentiel est qu’il ne faut pas se coaliser avec le Pape. Nous ne pouvons entretenir de relation avec les hérétiques, ni prier ensemble. Nous admettons dans l’Église des partisans du Pape et nous prions avec eux. Le quarante-cinquième canon apostolique dit : «L’Évêque, ou le prêtre, ou le diacre qui prie avec des hérétiques, qu’il soit excommunié. S’il leur a permis d’exercer la fonction de clerc, qu’il soit déposé».
Par référence à ce canon, notre patriarche est déjà déposé et excommunié car il a par deux fois invité le Pape lors d’une célébration officielle et l’a fait entrer dans le sanctuaire, lui permettant de proclamer la prière du «Notre Père…» et de bénir le peuple. Les canons des apôtres sont toujours en vigueur, c’est pourquoi le Patriarche est potentiellement excommunié et déchu de sa dignité. Il suffirait pour ce faire, de convoquer le Saint Synode.
De tout cœur je prie pour que la bénédiction de Dieu soit sur vous et sur vos familles. Je prie aussi pour que notre Dieu, le seul et unique vrai Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, protège toujours la Russie et le peuple russe sur la terre entière. Je prie Dieu de donner paix et repentance à l’humanité, afin qu’au jour de la Seconde Venue, tous soient placés à Sa droite, et afin que nous entendions Son ordre ardemment désiré : «Venez, bénis de Mon Père, héritez le royaume qui a été préparé pour vous». Je prie Dieu de renforcer dans ces temps présents la foi sainte et immaculée des Chrétiens orthodoxes et Sa Sainte Église, comme Il l’a fait au cours des siècles quand vivaient nos saints pères.
Le peuple russe est digne de toute admiration. Il s’est dressé et a enduré de nombreuses épreuves à travers lesquelles il conserva héroïquement sa foi, sans s’effondrer, au cours de plus de septante années d’athéisme communiste. Au contraire, il a manifesté de nombreux saints, parmi lesquels on compte les membres de la famille du dernier tsar, Nicolas II; toute entière elle endura une fin martyre, le Tsar lui-même, son épouse Alexandra et leurs enfants, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et le jeune Alexis.
Des liens spirituels étroits unissent les peuples russe et grec. On compte de nombreux Grecs parmi le Chœur des Saints en Russie, comme Saint Maxime le Grec, dont on vénère les reliques dans, pardonnez du peu, le plus célèbre des monastères russes : la Laure de la Trinité Saint Serge. Ou le Saint Moine Aristokles, supérieur du métochion moscovite du Saint Monastère russe de Saint Panteleimon. De même en Grèce, on vénère de nombreux Saints russes, comme Saint Seraphim de Sarov et le Saint Évêque Luka de Crimée. Des liens particuliers unissent la Sainte Montagne et la Russie. C’est pourquoi nous nous réjouissons d’accueillir des pèlerins venant de Russie. Au cours des dernières années, nous avons eu l’honneur de recevoir des dirigeants politiques de Russie, et surtout, le Président Vladimir Poutine. Ce lien qui nous unit a été particulièrement renforcé par Saint Païssios l’Athonite envers qui on fait preuve en Russie, nous le savons, d’une grande piété. Je prie le Seigneur de permettre que d’autres pères suivent cette tradition que Saint Païssios l’Athonite a rendue vivante.
Le tome 6 de la série « L’Athos russe aux XIXe et XXe siècles », intitulé «История Русского Свято-Пантелеимонова монастыря на Афоне с 1912 до 2010 года» (Histoire du Monastère russe de Saint Panteleimon sur l’Athos de 1912 à 2015) reprend en son chapitre 1, pages 108 à 117, l’article rédigé en russe par Madame Olga Petrounine, Docteur en Histoire, Doyenne de la Faculté d’Histoire de l’Université d’État Lomonossov de Moscou, dont nous proposons la suite et la fin de la traduction ci-après.
La proposition russe de tenir à Saint-Pétersbourg une conférence des États balkaniques fut en fait sabotée par les Bulgares, qui surestimèrent leurs propres forces. Tentant de prendre de vitesse ses alliées d’hier et adversaires de l’heure, la nuit du 30 juin, la Bulgarie passa à l’offensive contre les positions serbes et grecques en Macédoine. La Seconde Guerre Balkanique avait démarré. Le commandement bulgare avait planifié une guerre-éclair pour obtenir satisfaction des exigences de son pays. Mais dès le lendemain de cette offensive, la faillite de ce plan apparaissait clairement. Les troupes bulgares reçurent l’ordre de cesser le feu, mais il était déjà trop tard. Les Grecs et les Serbes avaient une excellent prétexte pour la mise en œuvre de leurs propres plans. Et ils décidèrent de contre-attaquer. Constantin, le nouveau Roi de Grèce, chassa les Bulgares de Thessalonique et engrangea plusieurs victoires sur l’armée bulgare. Apprenant cela, le 10 juillet, la Roumanie entra en guerre, de même que, le 13 juillet, la Turquie. Nonobstant son potentiel de puissance dominante du moment dans les Balkans, la Bulgarie ne put combattre sur les quatre fronts en même temps. Le 31 juillet, elle capitula. Read more
Le tome 6 de la série «L’Athos russe aux XIXe et XXe siècles», intitulé «История Русского Свято-Пантелеимонова монастыря на Афоне с 1912 до 2010 года» (Histoire du Monastère russe de Saint Panteleimon sur l’Athos de 1912 à 2015) reprend en son chapitre 1, pages 108 à 117, l’article rédigé en russe par Madame Olga Petrounine, Docteur en Histoire, Doyenne de la Faculté d’Histoire de l’Université d’État Lomonossov de Moscou, dont nous proposons la première partie de la traduction ci-après.
Entre le 3 et le 9 octobre 1912 la Première Guerre balkanique éclata, entre l’Empire Ottoman et l’Union Balkanique, formée par la Bulgarie, la Serbie, le Monténégro et la Grèce. A l’issue de cette guerre l’Empire Ottoman perdit presque l’entièreté de ses territoires en Europe, y compris la péninsule de l’Athos sur laquelle il régnait depuis le XVe siècle.
La majeure partie de la Macédoine ainsi que l’Ouest de la Thrace furent intégrées à l’État grec. Les événements s’enchaînèrent très rapidement. Le 2 novembre, les troupes de la Marine grecque prirent le quai de Daphni et y hissèrent le drapeau grec. Ce jour-là, dès son arrivée à Daphni, le Contre-Amiral P. Koundouriotis, Commandant de la Flotte de la Mer Egée remit à la députation du Protaton un décret selon lequel «Nous (l’armée grecque) sommes déployés sur toute la Péninsule de l’Athos et celle-ci se trouve désormais sous notre occupation. En outre, les taxes en vigueur ainsi que toute nouvelle redevance à charge des moines athonites devront être payées au commandant de nos troupes, celui-ci disposant du droit de prononcer tout jugement dans un délai de 24 heures et de prononcer des peines de mort. En vertu du présent document, le fonctionnement intérieur des monastères est placé inconditionnellement sous le contrôle des autorités militaires grecques ». Read more
Edinoverie (Единоверие, prononcé à peu près, ‘yedinəverié’) est le nom de la communauté de Vieux-Croyants de Russie qui sont parvenus à un accord avec le Patriarcat de Moscou, et sous la juridiction duquel ils se sont placés, tout en conservant leurs particularités. On recourt parfois aussi au terme ‘coreligionnaires’ pour les nommer. L’expression ‘Vieux-Croyants Unis’ est la traduction reprise dans le «Dictionnaire russe-français des termes en usage dans l’Église Russe», de l’Institut des Études slaves. Taras Sidash, traducteur du grec ancien, écrivain, philosophe russe vivant à Saint-Pétersbourg, dont nous avons publié la traduction de quelques textes, fait partie de cette communauté de Vieux-Croyants Unis. En décembre 2011, Taras Sidash a accordé un entretien au magazine russe ‘Valeurs Familiales’, au cours duquel il présente sa communauté, la manière dont les Vieux-Croyants comprennent le schisme, et son analyse, acide, des événements de l’histoire de l’Église. Voici la seconde partie de l’entretien, les trois premières parties se trouvent ici.
Une École de Formation des Laïcs. Mais pour servir l’office de façon autonome, il faut suivre une formation. Où est-ce possible?
Dans les séminaires du Patriarcat, évidemment. Chez nous, à l’École de Formation des Laïcs, c’est possible également. Chez les Vieux-Croyants, c’est possible si vous entrez dans la communauté. Qu’est-ce que l’École de Formation des Laïcs?
L’École de Formation des Laïcs est le séminaire «en chambre» des Vieux-Croyants Unis. Une des raisons de sa création fut la nécessité de maîtriser les anciennes formes liturgiques. Évidemment la différence entre nous et les ‘nouveaux croyants’ dans la représentation de ce qu’est l’Église se fait sentir partout, et entre autre dans le système d’enseignement, c’est pourquoi lorsque j’utilise le terme ‘séminaire’, il ne s’agit que d’une lointaine analogie. Cela ressemble beaucoup plus aux écoles de catéchisme des IIe et IIIe siècles à Alexandrie. Mais encore?
Dans la mesure où pour nous, la vraie Église est l’Église conciliaire, autrement dit, celle du Vétché, et considérant qu’aucun pouvoir n’est utile à l’Église à l’exception d’une autorité morale, au sein de l’École de Formation des Laïcs, la verticale du pouvoir ‘étudiant-enseignant’ a été supprimée et l’expérience d’enseignement qui s’y déploie est une expérience de vie de l’Église fondée sur la conciliarité. Cela n’a toutefois bien entendu rien à voir avec la familiarité lumpen-prolétarienne ; il s’agit d’une forme d’auto-organisation dans laquelle il n’y a pas d’autre organisation que celle créée par les gens concernés eux-mêmes. Dès lors, dans l’école, les groupes sont petits. De plus, tout qui souhaite enseigner est également obligé d’apprendre, et tout ceux qui veulent apprendre doivent s’efforcer de faire preuve d’une capacité d’enseignant. Ainsi, la rotation des gens ‘à la chaire’ détruit complètement non seulement l’autoritarisme du discours ex-cathedra, inapproprié à une pédagogie démocratique pour adulte, mais également son ombre inévitable, l’aliénation de l’étudiant vis-à-vis de cette même ‘chaire’. Chaque groupe élabore naturellement son programme d’études et s’y tient. Seul le module de ‘Liturgie’ est obligatoire, il reprend le chant Znamenny, le typikon, et le slavon. Tous les autres cours, langues, histoire, théologie, sont déterminés en fonction des possibilités du collectif d’étudiants. Il s’agit d’une pédagogie différente, et elle n’est pas facile à mettre en œuvre du fait que dans le monde contemporain, l’expérience et les habitudes des gens les ont désaccoutumés complètement à être libres, à avoir du temps libre, dont la sacralité est infiniment supérieure à celle du temps de travail. Il est clair que nous allons à contre-courant de l’immense masse de la société et de sa loi de base car la société actuelle de production et de consommation a créé un véritable culte de l’occupation (occupation à produire tout autant qu’occupation à consommer). Nous renvoyons les gens à l’expérience d’un type de vie toute autre. A mon avis, ce qui est essentiel dans la pédagogie de l’École de Formation des Laïcs est l’élaboration de nouvelles habitudes de vie, et après seulement, un savoir nouveau. On commence par être libre, apprécier les loisirs, avoir des loisirs, ne pas les abandonner, à lutter avec le monde pour les conserver, à se priver de tout ce qui n’est pas nécessaire, afin de pouvoir continuer à en jouir. Ensuite, on apprend à consacrer ses loisirs à Dieu (car Dieu n’est extérieur à aucune chose, ni en nous, ni dans le monde, pour autant qu’il s’agisse de choses divines). C’est uniquement dans le cadre d’une telle intention «consacrée», «sacrificielle» (dans le sens védique du terme, dans lequel le sacrifice constitue le centre et le sens de la vie), qu’existe notre école. Ce système pédagogique n’existe dans aucun autre contexte, aucune autre perspective.
La Chapelle Il est de notoriété publique que vous avez aménagé une chapelle dans votre appartement le long du Canal Griboedov. Pourquoi ? Car enfin, le centre de Saint-Pétersbourg est rempli d’églises, et à deux pas se trouve la Cathédrale Saint Nicolas… Il existe à Saint-Pétersbourg une seule église des Vieux-Croyants Unis, rue Marat. Sa superficie atteint peut-être 20 m², peut-être moins. Donc, notre chapelle de 12m² signifie un agrandissement de la surface de prière des Vieux-Croyants Unis à Saint-Pétersbourg de plus de 50%. Voilà pour commencer. Ensuite, je suis profondément convaincu de ce que le futur ne se trouve pas dans les églises habituelles, dont on promeut encore la construction à Moscou. Tout ça relève du passé et du mauvais goût du Synode. Le futur, ce sera les églises dans les maisons.
Il convient sans doute de rappeler que pendant tout le Moyen-Age russe, les églises domestiques étaient incomparablement plus nombreuses que les églises publiques. Chaque homme ‘bien-mis’ avait à la maison sa chapelle, ou même une église avec un prêtre ; il s’agissait de formes de piété couramment admises en Russie. C’est pourquoi, quand je vois les hectares de nouvelles constructions et propriétés privées dans la région, sans qu’une seule fut ornée d’une croix, et pas une seule chapelle, sans bien sûr parler d’une petite église, je comprends que le christianisme tel que le connurent nos pères et ancêtres est fondamentalement oublié et n’est pas en train de se redresser… De même dans les villes. Une réelle réanimation du christianisme ce serait une situation dans laquelle on trouverait à l’entrée de chaque immeuble à appartement (dans un seul de ces immeubles vivent autant de gens que dans un village) un homme qui organiserait les offices chez lui. Dans l’entrée ou, naturellement, aux étages.
En réalité, le Patriarcat fortuné restaure la mélancolique Orthodoxie impériale, malgré qu’ils soient déjà nombreux, ceux qui sont enterrés sous ses ruines. Il est impossible d’aimer contre son gré. L’absence de goût, l’ignorance de la théologie, la non-conscience de l’histoire, tout cela n’est pas une hérésie. Et que ceux qui veulent restaurer l’Église impériale aillent dans la multitude d’églises qu’on leur a ouvertes ; nous irons notre propre chemin. Il semble que vous promouviez le principe du «do-it-yourself» dans la sphère religieuse. Cette décision de vous distancier des «producteurs» épiscopaux ne vous facilite sans doute pas la vie…
Je dirais plutôt, le principe consistant à rendre les choses ‘miennes’. Si l’homme ne fait pas sien le Christianisme, il ne peut appartenir au Christianisme, à l’Église, au Christ. Et le contraire est vrai aussi. Pendant vingt ans j’ai observé ce qu’a fait l’éparchie, et à plusieurs reprises, j’ai même participé à ce qu’elle faisait. Il ne faut jamais construire sur de mauvaises fondations, et l’héritage soviétique était une fondation très mauvaise, tant pour l’État de Russie que pour l’Église de Russie. J’ai fini par comprendre que soit je renonçais à faire quelque chose de cohérent, soit je devais le faire sans me reposer sur les structures de l’éparchie. Il faut encore préciser ce que veut dans ce cas ‘faire soi-même’. La communauté ne peut rien créer ‘d’elle-même’. Il s’agit plutôt de ‘liturgie’ dans le sens littéral du terme, d’une ‘affaire commune’. Mais commune entre les gens et le Seigneur, leur Seigneur. Ainsi, tout ce que j’ai fait ‘moi-même’ fut de proclamer un principe, indiquer le fondement; tout le reste est entre les main des gens (dont les miennes font partie) et de Dieu.
Résumé Chaque année, à bord de votre petit bateau, vous naviguez sur les grands lacs et fleuves. Quelle impression vous fait la Russie profonde?
J’observe l’infinie dégradation des écosystèmes, des îles brûlées, des kilomètres et des kilomètres de terres salies par les déchets de plastique et de verre, des lacs dont on a pêché tout le poisson, des forêts rasées, des villages misérables dans lesquels il n’y a rien à voir, et à côté, des villas dépourvues de goût, et dont une seule est aussi chère que tout le village ; il est très clair que quand on retirera à ce peuple la terre qu’il a salie, ce ne sera que justice. Racontez-nous comment vous avez eu la foi qui vous a mené au baptême, et ce genre de choses…
Très vaste sujet. Je pourrais l’expliquer de façon résumée : je suis né dans une famille d’ingénieurs militaires, étroitement liée à la mer. Depuis ma petite enfance j’ai lu avidement, en donnant la préférence aux classiques russes. Pour mon plus grand bonheur, une déficience visuelle m’a interdit l’admission à l’école navale militaire Nakhimov à Saint-Pétersbourg. Je fut baptisé vers 16 ans avec la perspective d’entrer à l’école militaro-politique (à l’époque, j’avais déjà perdu toute illusion à propos du pouvoir soviétique, mais les idées du communisme rejoignaient la manière dont j’imaginais alors des idéaux chrétiens). C’est à ce moment que j’ai commencé à écrire de la poésie. En dixième classe, je rompis avec ma famille et avec l’État, voyant dans l’un et l’autre des défauts identiques et indéracinables. Cela se produisit après une période de volontariat pour les «fouilles » qui furent organisées après le tremblement de terre de 1988 en Arménie. A partir de cette époque, mon christianisme commença a adopter des contours plus ou moins religieux. Pendant deux ans j’ai vagabondé. Je vivais dans les monastères, et comme gardien de bétail, d’Odessa à la Transbaïkalie. Après, j’ai lu Nietzsche. La rencontre avec la philosophie, alors seulement en tant que genre, me terrassa à un point tel que j’abandonnai tout le reste et pour étudier : les langues classiques, la philosophie et la patristique, en même temps. Cela se déroulait en partie à l’Université d’État et en partie à l’Institut de Philosophie et de Théologie, où je fus l’un des premiers étudiants. Ensuite, j’enseignai à quelques endroits, et nulle part je ne parvins à me trouver moi-même. C’est pourquoi je m’évadai vers la terre ; je me mis à travailler dans l’agriculture. Mais je me retrouvai dans une pauvreté extrême. Je commençai alors de longues traductions : Plotin, Julien, Plutarque, Porphyre, Grégoire le Théologien, Dion Chrysostome… Tout cela, au village, ou entre ville et village. Sans cesse j’essayais de comprendre comment il se faisait que non seulement nous souffrons, mais en plus, nous souffrons sans que cette souffrance n’ait un sens. Pendant les dernières années, une réponse à cette interrogation commença à se former en moi. Jamais je n’ai changé de foi ou de juridiction ; le seule changement dont il y ait un sens de parler, c’est celui de mes opinions politiques ; avant que je n’entre chez le Vieux-Croyants Unis, j’étais non seulement monarchiste, mais aussi impérialiste convaincu. Aujourd’hui, je suis complètement indifférent à la politique ; je promeus juste le républicanisme dans le cadre des communautés religieuses. Cela ne signifie pas que je serais désenchanté ; cela correspond à un changement de regard sur l’homme et sa constitution intérieure. Il est possible de parler de cela longuement. Pendant toute ma jeunesse, j’ai vécu ce que je pourrais nommer une religion de la souffrance. Plus tard, elle grandit et devint religion de la connaissance, et voici seulement quelques années je parvins à ce par quoi il faudrait commencer, la religion du regard. Je ne peux expliquer cela ici, mais, ce qu’on nomme «islam» dans la sphère de la volonté, c’est à dire, obéissance et confiance, possède un corrélatif dans la sphère de la contemplation ; c’est ce qu’aujourd’hui j’appelle ‘regard’. Je ne m’accroche pas particulièrement à ce mot, mais revenons sur terre : à quarante ans, je continue à cheminer, sans perdre goût ni à la pensée, ni à l’activité, ni à la beauté des mots. Si le Seigneur bénit, j’espère pouvoir Le louer encore pendant longtemps.
Traduit du russe. Source.