Taras Sidash. Qui sont les Vieux-Croyants Unis? 3/4

Taras Sidash 3Edinoverie (Единоверие, prononcé à peu près, ‘yedinəverié’) est le nom de la communauté de Vieux-Croyants de Russie qui sont parvenus à un accord avec le Patriarcat de Moscou, et sous la juridiction duquel ils se sont placés, tout en conservant leurs particularités. On recourt parfois aussi au terme ‘coreligionnaires’  pour les nommer. L’expression ‘Vieux-Croyants Unis’ est la traduction reprise dans le «Dictionnaire russe-français des termes en usage dans l’Église Russe», de l’Institut des Études slaves. Taras Sidash, traducteur du grec ancien, écrivain, philosophe russe vivant à Saint-Pétersbourg, dont nous avons publié la traduction de quelques textes, fait partie de cette communauté de Vieux-Croyants Unis. En 2011, Taras Sidash a accordé un entretien au magazine russe ‘Valeurs Familiales’, au cours duquel  il présente sa communauté, la manière dont les Vieux-Croyants comprennent le schisme, et son analyse, acide, des événements de l’histoire de l’Église. Voici la seconde partie de l’entretien, les deux  premières parties se trouvent ici.

L’Hellénisme russe
Les Editions Oleg Abyshko publient votre livre consacré à Ivan Neronov. Pourquoi l’avoir intitulé «Hellénisme russe»?
Il ne s’agit pas d’un petit livre consacré à… C’est, pour la première fois dans l’histoire de Russie, l’édition sous forme de livre des œuvres du grand ascète et des documents concernant les jugements prononcés à son encontre. L’article que j’ai rédigé à propos de ce livre s’intitule «Hellénisme russe». Je Ioann neronovlui ai donné ce titre dans la mesure où j’y montre comment, à travers les œuvres de Saint Jean Chrysostome, les idées de la tradition philosophique hellénistique, surtout stoïque et cynique, atteignirent la Russie. Je montre comment ces idées prirent corps dans les discours et prises de position du bienheureux archiprêtre Ivan. Cette analyse rend possible un regard un peu différent sur cette époque de façon générale et une observation (comme on aurait déjà dû le faire depuis longtemps) du lien entre les traditions philosophiques russes et celles de l’Antiquité, qui s’est tissé à travers ce pan de la théologie byzantine, qui elle-même s’inscrit dans le courant de l’antique philosophie hellénistique.
Effectivement, dans la Rus’, on a eu du mal avec ce genre de choses: «Nous n’avons pas appris les finesses helléniques…» [Expression issue d’un texte manuscrit du XVe siècle. N.d.T.]
Souvent, c’est précisément cela qui induit les chercheurs en erreur. L’hellénisme russe s’est concrétisé dans la vie pratique, de sorte qu’en effet il n’y eut rien de comparable à l’engouement théorique et aux études de la Renaissance. Toutefois, la sphère du discours scientifique est loin de constituer la seule dimension susceptible de relier les époques entre elles. Le Cercle des Pieux Zélotes était composé de gens qui avait grandi dans les mêmes idéaux que les intellectuels chrétiens des premiers siècles du Christianisme impérial, de sorte que les mentions désapprobatrices «hellénique» et «sagesse mondaine»qui parsèment tous leurs écrits ne sont pas du tout «non-hellénistes» ; il s’agit d’un trait incontournable de l’hellénisme, trait qui se fixa dès le début des premiers cyniques. Curieusement, ce point de vue hellénistique se heurta, à travers les ‘savants de Kiev‘, à la vision du monde latine de la Renaissance dans le cadre de laquelle il fut souvent de bon ton d’exalter les Hellènes et en faire des modèles. Il se fit que ceux qui décrièrent les Hellènes furent plus hellénistes que ceux qui les exaltaient. Cet élément échappe régulièrement aux historiens évidemment peu informés des mouvements philosophiques de l’Antiquité et de la patristique à ses débuts, qui y est liée.
Qui considérez-vous comme vos prédécesseurs ?
Je suis un helléniste convaincu et non un byzantiniste. Cet empire bureaucratique me fut toujours profondément étranger. Les gens qui me sont les plus proches sont bien sûr ceux de l’ère de la patristique, ceux, une fois encore, dans la conscience desquels revit et se reflète l’Antiquité : Grégoire le Théologien, Jean Chrysostome, Synésios de Cyrène,… Pour ce qui concerne mes racines russes, je St André d'Oufane ferai pas preuve d’originalité en pensant que les premier Vieux-Croyants Unis furent les  croyants du vieux rite qui décidèrent de lutter contre la réforme, sans pour autant quitter l’Église. Des gens pareils, il y en eut toujours beaucoup. Dans la première génération, nous avons déjà mentionné le plus connu, Ivan Neronov (le moine Grégoire) et l’évêque Alexandre de Viatka.  A une époque plus proche de nous, j’estime surtout l’ascèse du saint martyr André Oukhtomski, évêque vieux-croyant uni de Satka (Oufa). J’ai de l’estime pour la manière dont il confessa sa foi, tant  face au pouvoir athée que devant l’épiscopat siliconé du Patriarche Serge. J’accepte pleinement son républicanisme, tant politique qu’ecclésiologique.

Le Vieux Rite.
Qu’est-ce qui est si beau dans le vieux rite?
Tout d’abord son naturel. Ensuite vraisemblablement sa conformation, c’est-à-dire des proportions parfaitement réglées dans la corrélation des différentes parties. Il est difficile de le qualifier de gracieux, du fait de l’inadéquation de toutes les traductions slavonnes prosaïques de l’original grec poétique. Et de même, la lourde poétique rhétorique byzantine ne me captive pas toujours. De toutes façons, le plus intéressant dans le rite ancien, ce n’est pas sa dimension grecque, mais ce que le fondement grec a fait naître chez nous. Cela concerne le genre mélodique, le rite, la littérature. Le pratiquant de l’ancien rite s’investit en permanence dans les différents niveau de profondeur et d’intensité de ces «réminiscences», car il s’agit de son propre rite et il lui est cher. Manifestement, il n’existe pas pour lui de chemin direct vers le spirituel, c’est-à-dire ce qui d’un côté se situe au-delà des frontières nationales et culturelles, et d’un autre côté s’avère être à leur source.
Les serviteurs du culte «pratiquent» effectivement le rite, mais les laïcs demeurent plantés comme des colonnes pendant tout l’office…
Taras Sidash domaC’est la même chose dans le nouveau rite. Pour tout Vieux-Croyant, l’office divin est littéralement une liturgie, c’est-à-dire une démarche commune. Les laïcs se répartissent dans les chœurs et y contribuent à l’office.Si l’on s’en tient à la tradition liturgique laïque (celle des Pomores), on n’a besoin du prêtre que dans des cas exceptionnels; ce sont les laïcs eux-mêmes qui peuvent et doivent accomplir l’écrasante majorité des offices.
Et il est possible de communier sans prêtre ?
Si les Saints Dons ont été présanctifiés, pourquoi pas? La communion des laïcs sans prêtre était un lieu commun dans l’Église antique, de même dans le monachisme oriental et dans la Rus’ du Moyen-Age. Dans le Grand Potrebnik (Euchologion), il y a même un rituel de la communion avec l’eau de la Théophanie. Le fait que rares sont aujourd’hui ceux qui y recourent, c’est une autre question à laquelle s’ajoute le fait que rares sont ceux qui le savent.

Traduit du Russe

Source.

Taras Sidash. Qui sont les Vieux-Croyants Unis? 2/4

Taras Sidash 5Edinoverie (Единоверие, prononcé à peu près, ‘yedinəverié’) est le nom de la communauté de Vieux-Croyants de Russie qui sont parvenus à un accord avec le Patriarcat de Moscou, et sous la juridiction duquel ils se sont placés, tout en conservant leurs particularités. On recourt parfois aussi au terme ‘coreligionnaires’  pour les nommer. L’expression ‘Vieux-Croyants Unis’ est la traduction reprise dans le «Dictionnaire russe-français des termes en usage dans l’Église Russe», de l’Institut des Études slaves. Taras Sidash, traducteur du grec ancien, écrivain, philosophe russe vivant à Saint-Pétersbourg, dont nous avons publié la traduction de quelques textes, fait partie de cette communauté de Vieux-Croyants Unis. En 2011, Taras Sidash a accordé un entretien au magazine russe ‘Valeurs Familiales’, au cours duquel  il présente sa communauté, la manière dont les Vieux-Croyants comprennent le schisme, et son analyse, acide, des événements de l’histoire de l’Église. Voici la seconde partie de l’entretien, la première partie se trouve ici.

Pour autant que je sache, vous-même faites partie des Vieux-Croyants Unis. De quoi s’agit-il?
Du point de vue formel, l’appellation ‘Vieux-Croyant Unis’ s’applique à un conglomérat de paroisses, communautés et monastères de la ‘Vieille Foi’ qui reconnaissent la réalité et l’efficacité des Mystères [sacrements] du Patriarcat de Moscou. Les Vieux-Croyants Unis s’efforcent de préserver le rituel et l’ordre canonique de l’Église d’avant le schisme. Le dernier document attributif du droit est la «Situation des Vieux-Croyants Unis» datant de 1918. Dans la mesure où les Vieux-Croyants Unis comptent autant d’années que les autres Vieux-Croyants et que les «nouveaux croyants», il est tout à fait compréhensible qu’après tout ce temps, les gens de différents lieux utilisent cette appellation pour désigner des choses différentes. On compta parmi les Vieux-Croyants Unis des traîtres avérés à la cause de la Résistance orthodoxe, achetés par les autorités au moyen, banal, d’argent sonnant et trébuchant. Il y eu des éclaireurs et des partisans qui revêtirent l’uniforme de l’ennemi pas du tout pour servir ce dernier. Il y eu des gens indifférents et las, et d’autres, au contraires qui furent zélés et doués pour l’exploit ascétique. Il y eu des esthètes attirés par la dimension ancienne et des bourgeois traînant stupidement dans leur vie l’héritage vieux-croyant. Si on veut définir les Vieux-Croyants Unis de façon empirique, on obtient un spectre balayant toutes les possibilités. Je conçois les Vieux-Croyants Unis comme un mouvement de Résistance qui tout d’abord veut modifier l’Église patriarcale mais pas sa mort. Ensuite, il n’estime pas que pour atteindre son but, il soit efficace de sortir du Patriarcat de Moscou.
Un changement dans quelle direction?
Dans la direction de la forme de vie en Assemblée (l’Église) de Croyants telle que la créa le Sauveur Lui-même, et qui est décrite dans les derniers chapitres de l’Évangile de Jean.
Bien sûr, on trouve là beaucoup de choses à propos de l’amour… mais concrètement?
Il existe une proposition fondamentale : il n’est possible de connaître le Seigneur qu’en «lisant» sa révélation kénotique, c’est à dire en apprenant à Le connaître dans notre prochain et en mettant en œuvre vis-à-vis du prochain la loi surnaturelle de l’amour. L’amour, dans les derniers chapitres de Prologue de Saint JeanJean, ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas quelque chose d’humain, ce n’est pas quelque chose qui pourrait être ou ne pas être. C’est une exigence (un ‘commandement nouveau‘), un acte et un mode d’action, visible et reconnaissable par tous en tant que signe et bannière d’une autre connaissance du monde, de l’homme et de Dieu. Concrètement? Au temps des événements décrits par Jean, naquit la communauté apostolique. Ensuite, toutes les autres ont mis en place les formes au sein desquelles elles souhaitaient pouvoir accomplir ce ‘commandement nouveau‘. Bien entendu, depuis lors, des fonctionnaires ont fait leur apparition dans l’Église aussi. A travers leurs rapports sur «l’état d’avancement de l’incarnation des béatitudes évangéliques dans la vie», ils ont éloigné infiniment la plus grande partie de l’Église de la compréhension de l’Évangile et de la nécessité d’agir. Toutefois, la conscience de l’Église du Grand et Saint Jeudi, la conscience apostolique, cette conscience que le Sauveur Lui-même appela à la vie, ne cessa jamais d’exister; elle ne mourut pas.
Cela signifie que l’Église est une confédération de communautés? Mais l’évêque, vous le casez où?
Aux Vieux-Croyants Unis, Dieu a, en grande partie, fait grâce des évêques… Il y en eu quelques-uns entre 1918 et 1936; des bons. Plus sérieusement, seule une chose est inadmissible: concentrer dans les mêmes mains les pleins pouvoirs en matière de sacré-liturgique et de l’économique-juridique. Dès évêque vieux croyantlors, s’ils le veulent, qu’ils s’occupent de liturgie et de prêche, mais alors qu’ils ne se mêlent pas de gestion ou de jugement et d’arbitrage. Et s’ils le veulent, qu’ils gèrent et qu’ils dirigent, mais qu’ils ne prêchent pas en enseignant et en servant l’office. Ceci relève de l’Évangile et du bon sens. Qu’est-ce que le Seigneur a dit à ses apôtres d’emmener avec eux pour aller annoncer la parole : leur compte en banque, une protection contre les bandits? Je le répète, que ceux qui ne sont pas capables de prêcher comme les apôtres ne prêchent pas. Et il y a encore autre chose. Enseigner autrement que comme les apôtres, c’est un grand péché, pour lequel Dieu punit l’Église et le peuple, même jusqu’à la mort. Tout l’idéalisme prophétique de nos Panurges portant le rason ne suscite qu’une indifférence profonde. Mais eux, de leur côté, sont indifférents à tous, sauf bien entendu aux rangs de ceux qu’ils oppressent. Voilà une face de la pièce. Pour ce qui est de l’autre face, en quoi les évêques seraient-ils pires que des pères-noël municipaux? Il faut permettre à toutes les fleurs de fleurir. Les Anglais entretiennent leur reine, et ses gaillards. C’est bien ainsi. Pourquoi de notre côté n’entretiendrions-nous pas un patriarche? Pour vivre dignement, il faut vivre généreusement. La communauté est incomparablement plus ancienne que l’Église, pas seulement au nombre des années, mais dans son sens. Ainsi, l’épiscopat et beaucoup d’autres «choses ecclésiastiques» ne sont qu’une sorte d’ornement face à la moindre et la plus misérable communauté, pour autant que celle-ci vive selon la parole du Seigneur. Tous ceux qui ne considèrent pas (ou qui ne sont pas obligés de considérer) qu’il s’agit là d’une icône, sont autorisés à en profiter tel qu’il est. Pour ma part, disons que je vois non sans satisfaction un épiscopat bien tempéré. Il ne faut pas augmenter, mais plutôt diminuer le nombre des évêques ; mieux vaut qu’ils soient moins nombreux et meilleurs. Chacun bénéficiera d’un avion de service et dînera chez Lucullus, afin d’assurer le standing ; qu’ils s’achètent donc de luxueux palais, ceux que les excursions peuvent visiter, et qu’ils n’aillent pas se réfugier dans les baraques diocésaines à l’intérieur d’auberge soviétique. Ce sont les princes de l’Église. Et non sa tête. Seulement sa face, son poing, sa bedaine. C’est une affaire d’honneur, que d’engraisser les bons vieux princes de l’Église pur jus.
Pour parler de nouveau plus sérieusement, après que les découvertes de Qumran nous aient amenés à considérer les auteurs de tout le corpus de textes du tout début du christianisme comme des gens qui réfléchissaient tout à fait de la même façon que les autres sectes juives de l’époque, la provenance pré-chrétienne de la dignité épiscopale est devenue claire : dans les communautés esseniennes, ce rang s’appelait mevaqqer. Notre épiscopat n’est pas du tout le descendant des apôtres du Nouveau Testament, mais bien de «l’organe de supervision et de contrôle» d’une secte juive. Il ne s’agit pas de mon analyse ou de mon explication, mais d’un fait tout simple, élucidé dès le départ par notre qumraniste national, I.D. Amusine. Nous souvenant aujourd’hui de cela, l’épiscopat devient quelque chose de semblable à la circoncision: si tu as été appelé par Dieu dans ce genre de conditions, et ce genre d’Église, et bien, vis en celle-ci et n’aie crainte. Si tu es appelé dans une Église et que celle-ci n’a pas d’évêques, cela n’a aucun sens de s’enfuir pour cette raison. La pratique d’une hiérarchie à trois rangs doit être admise, comme toute pratique, dans les limites de l’utilité qu’elle peut présenter.
Quand vous êtes devenu Vieux-Croyant Uni, vous avez recommencé le rite du baptême, vous avez en fait été rebaptisé. La première fois, ce n’était pas vraiment un baptême?
kreshchenieCela revient au même que de demander à un soldat: comment se fait-il que vous, un Russe, ayez prêté serment? Y avait-il un risque de vous voir servir un autre État l’arme à la main? Vos parents vous ont-ils mal élevés? Et le soldat répondrait: non, mais voilà, sans serment, on ne me donnerait pas de fusil, et je ne pourrais pas combattre. Vous lui diriez alors: non, en fait cela signifie que tu pensais que c’était nécessaire parce que tu étais convaincu qu’à la maison, on ne t’avait pas élevé normalement… Il m’apparaît que certaines tautologies rituelles sont admissibles et ont un sens. Le baptême par la triple immersion est une exigence de l’Église chrétienne pour tout qui souhaite y entrer. On admet qu’au cours du temps, il soit estropié d’une façon ou d’une autre. Et si la possibilité existe de rectifier la situation, il faut la rectifier. Ou, disons-le plus gentiment, il n’y a aucune raison de se priver du plaisir de la rectifier. Le malheur consiste en ce que nos contemporains ignorants n’ont en général pas la moindre notion de la rigueur requise de tout temps, dans tout le monde orthodoxe en matière de rite baptismal. Ils ne savent pas que notre actuel libéralisme n’est pas une forme de spirituelle hauteur, mais la conséquence du pragmatisme du pouvoir impérial, qui commença par accueillir dans l’Orthodoxie des hérétiques occidentaux sans les baptiser, et ensuite adopta certaines formes de rite occidental. Tous ceux que n’excuse pas cette ignorance éveillent en moi une profonde incompréhension soit dans la mesure où ils pervertissent consciemment et sans y être forcés une tradition remontant à Jésus, soit dans la mesure où ils ne veulent pas réparer une erreur qui n’a pas été commise de leur faute. (A suivre)

Traduit du russe

Source.

Taras Sidash. Qui sont les “Vieux-Croyants Unis”? 1/4

Taras Sidash et son épouse Sophia Sapojnikova
Taras Sidash et son épouse Sophia Sapojnikova

Edinoverie (Единоверие, prononcé à peu près, ‘yedinəverié’) est le nom de la communauté de Vieux-Croyants de Russie qui sont parvenus à un accord avec le Patriarcat de Moscou, et sous la juridiction duquel ils se sont placés, tout en conservant leurs particularités. On recourt parfois aussi au terme ‘coreligionnaires’  pour les nommer. L’expression ‘Vieux-Croyants Unis’ est la traduction reprise dans le «Dictionnaire russe-français des termes en usage dans l’Église Russe», de l’Institut des Études slaves. Taras Sidash, traducteur du grec ancien, écrivain, philosophe russe vivant à Saint-Pétersbourg, dont nous avons publié la traduction de quelques textes, fait partie de cette communauté de Vieux-Croyants Unis. En 2011, Taras Sidash a accordé un entretien au magazine russe ‘Valeurs Familiales‘, au cours duquel  il présente sa communauté, la manière dont les Vieux-Croyants comprennent le schisme, et son analyse, acide, des événements de l’histoire de l’Église.
Taras Gennadievitch, dans la conscience commune, l’évocation des Vieux-Croyants fait surgir l’image du barbu obstiné fronçant les sourcils,  l’idée de la Sainte Rus’, le signe de croix à deux doigts, les longs offices sans interruption, la boyarine Morozova de Sourikov, et l’une ou l’autre chose à propos de l’Archiprêtre Avvakoum. Dans quelle mesure ces stéréotypes correspondent-ils à la réalité ?

La Boyarine Morozova
La Boyarine Morozova

Les stéréotypes que vous avancez relèvent clairement du genre de l’affiche politique, et même de la caricature politique. Comme c’est chaque fois le cas pour ce genre d’image, cela en dit plus long sur son créateur que sur la «réalité». Cela nécessite d’admettre qu’il existe quelque part une réalité à laquelle cela correspond. Mais, en même temps, pourquoi seul le Vieux-Croyant devrait-il faire penser aux longs offices et pas les moines du nouveau rite orthodoxe, ou les moines catholiques dans ces ordres qui remontent au Moyen-Age? Et j’ose à peine parler de ceux sur les visages desquels s’imprime, de nos jours, «l’idée de la Sainte Rus’» (Sourire).
Comment doit-on dire, ‘Croyant de la Vieille Foi’ (старовер) ou ‘Croyant du Vieux Rite’ (старообрядец )? Quelle est la différence ?
Le terme correct est ‘Croyant de la Vielle Foi’, car le désaccord avec les successeurs de Nikon ne consiste pas seulement en divergences de rite, mais surtout en une conception différente de ce qu’est la foi, l’homme et l’Église. Toutefois, les appellations intervenues au cours de l’histoire, et même celles utilisées par les intéressés recourent à l’autre terme. Par exemple, la hiérarchie la plus ancienne et la plus imposante, s’opposant à l’Église synodale/patriarcale, se nomma elle-même Église Orthodoxe Russe du Vieux Rite. (Русская Православная Старообрядческая Церковь). Selon moi, ce qui est tout à fait correct c’est l’appellation «Vieil-Orthodoxe» utilisée par certaines communautés, comme par exemple les Pomores : Église Vieil-Orthodoxe du Pomorié. L’expression ‘Vieil-Orthodoxe‘ reflète le mieux ce qui a réellement été changé, renouvelé par les uns et préservé dans son état antique par les autres.

Le Schisme.

Le schisme du XVIIe siècle ne survint-il pas surtout à cause de divergences rituelles ? Dans tous les livres d’histoire, on lit à peu près ceci : les zélateurs de la piété, Avvakoum, Neronov et les autres, se sont élevés contre les «nouveautés» grécophiles du Patriarche Nikon et tout le grabuge commença ainsi…
Il nous suffit de nous pencher sur les œuvres des opposants à Nikon pour constater que la «nouveauté grécophile» fondamentale fut la définition du pouvoir épiscopal et tsariste sur l’Église toute entière, selon laquelle on reconnaissait à ces pouvoirs le droit de prescrire, à leur seule discrétion et volonté, n’importe quoi à l’Église entière.
Il est très clair qu’à la fin de leur vie, renonçant à leurs nouveautés rituelles, le Patriarche Nikon et le Tsar Alexis Mikhaïlovitch, relativement omnivore en matière de rituel, pensaient que l’essentiel dans la réforme n’était pas son contenu, c’est-à-dire le refus de certaines dispositions, mais bien l’obéissance totale au pouvoir dans les questions concernant la foi. Comme l’a dit à cette époque le bourreau sanguinaire, le Patriarche Joachim : «Vielle foi, nouvelle foi, crois ce qu’on ordonne». Je cite de mémoire. Le sens de la réforme de Nikon  ne fut pas l’introduction de l’une ou l’autre nouveauté en matière de rituel, mais la confirmation par la Chrétienté russe du renoncement au statut proclamé par l’Apôtre Paul, des Chrétiens comme «peuple de Dieu» et «prêtrise royale». De nombreux Russes ne purent évidemment admettre une telle «nouveauté».
Il suffit de lire les lettres du dirigeant de la première génération d’opposants, l’Archiprêtre JeanIoann neronov Neronov, pour se convaincre une fois pour toutes que pour lui, c’était la toute puissance injustifiée du patriarche qui était tout à fait inacceptable. Quand aux rites, ils étaient seulement, pour un côté comme pour l’autre, des signes: pour les uns ils permettaient de montrer son pouvoir papal illimité, pour les autres, ils manifestaient la dénonciation de la nature non-orthodoxe de pareille ambition. Bien sûr, pour les gens simples, les rites peuvent revêtir une signification suffisante en soi, mais pour les «héroïques archiprêtres» formant l’élite intellectuelle et morale du peuple et le noyau de l’opposition anti-nikonienne, les choses ne pouvaient en être ainsi. Bref, la dimension véritablement grecque de la «grécophilie» de la cour d’Alexis Mikhaïlovitch se concentrait dans la ‘philia’ qui jusqu’à cette époque n’était pas vraiment une caractéristique des Russes ; car évidemment le contenu de cet emballement singulier, la nouvelle conscience ecclésiologique, n’avait rien de grec. Il s’agissait d’une importation latine de seconde main, une marchandise facile à écouler, sortie des bagages de certains évêques grecs vagants, réduits au négoce d’une foi de provenance inconnue.
Je comprends. Le pouvoir aurait du faire preuve de plus de douceur. Mais auparavant les choses se passaient-elles autrement ? C’était bien l’empereur et les évêques qui représentaient l’Église toute entière lors des Conciles Œcuméniques. C’était tout de même dur à cette époque-là également.
Effectivement, c’est ainsi que les choses se déroulaient alors. Et des schismes pareils au nôtre, l’Église Œcuménique en a connu quelques-uns. A quoi tout cela a-t-il mené? Ne serait-ce pas à cause de cela que les Orthodoxes du Patriarcat Œcuménique occupent encore juste un quartier d’Istamboul et quelques îles? Ne serait-ce pas à cause de cela que les schismatiques catholiques-romains sont plusieurs fois plus nombreux que tous les Orthodoxes pris ensemble? Ne serait-ce pas à cause de cela que tout le Moyen-Orient ensanglanté par les confrontations entre ceux qu’on nomme les Nestoriens et l’Église impériale constantinopolitaine, est devenu le terreau idéal pour la propagation de l’Islam ?
L’époque des Conciles Œcuméniques est celle du fiasco de la mission chrétienne. La mission fut accomplie par les méthodes impériales, en politique et en matière de spéculation, et mis à part quelques icônes miraculeusement sauvées des iconoclastes et une liste, obtenue à l’arraché, des erreurs dogmatiques qui furent rejetées, cette mission ne laissa rien pour le futur, rien sur quoi nous puissions nous appuyer dans les temps de détresse de l’Église. Cela devint évident dès que survint la première situation problématique; les Russes ne purent la résoudre sans s’appuyer sur l’autorité extérieure, grecque. De ce qu’on nomme l’héritage patristique, il est possible de déduire des conclusions très différentes, de sélectionner des précédents diamétralement opposés pour résoudre certains problèmes. Et ainsi, ni le Patriarche Nikon, ni ses opposants ne durent se priver du plaisir de se lancer à la tête toutes sortes de citations bibliques et autres. La déchéance la plus profonde qui atteignit, dès les premières décennies qui suivirent le schisme, la partie de l’Église qui avait remporté la victoire, s’explique, et sûrement pas en dernier ressort, par le fait qu’aucun de ceux qui «participèrent au débat» ne conservait après une décennie de conciles et de disputes, la moindre considération pour l’Église grecque, dont traditionnellement, l’Église russe (et particulièrement son secteur ‘nikonien’) se qualifie de prolongement et de protubérance. (A suivre)

Traduit du russe.

Source.avvakum-siberia

Saint Athanase le Reclus de la Laure des Grottes de Kiev

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Un pieux moine du nom d’Athanase vint à décéder à la suite d’une longue maladie, après une vie monastique pieuse. Deux moines lavèrent son corps, le préparèrent pour les funérailles et se retirèrent. D’autres frères vinrent le voir et  ayant constaté qu’il était décédé, partirent eux aussi. Son corps demeura toute la journée là où il se trouvait sans que qui que ce fut l’emmène pour l’enterrer, car ce moine étant très pauvre, et ne possédant aucun bien, personne ne s’en occupa. Les gens aiment à servir les riches pendant qu’ils vivent et surtout à l’approche de leur mort, afin d’en tirer quelque héritage.
A la fin de la nuit suivante, l’higoumène vit arriver à lui un étranger, qui lui dit : «Tu te réjouis, alors que le corps d’Athanase l’homme de Dieu gît sans sépulture pour la deuxième journée d’affilée». Suite à cette apparition, le matin du troisième jour l’higoumène se hâta, accompagné de tous les frères, vers la cellule d’Athanase afin de procéder à l’inhumation.
st-athanase-le-reclusLorsqu’ils arrivèrent, ils le trouvèrent assis et pleurant. Terrifiés face à cette résurrection, ils lui demandèrent : «Mais comment as-tu pu revenir à la vie? As-tu vu ou entendu quelque chose?» Ne répondant à aucune question, il répétait sans cesse : «Sauvez-vos âmes!» Les frères l’implorèrent : «Raconte-nous, afin que cela nous soit utile à nous aussi!» Il leur dit alors : «Si je vous le dit, vous ne me croirez pas et vous ne m’écouterez pas». Ils lui promirent alors tout ce qu’il voulait. «Respecterez-vous ce que je vais vous dire?» Les frères répondirent «Nous observerons tout ce que tu nous diras». Athanasios dit alors «Obéissez à votre higoumène, vivez en permanence dans le repentir et, en respectant notre typikon, priez Notre Seigneur Jésus Christ, Sa Très Sainte Mère et nos Saints Pères, Antoine et Théodose, afin qu’il vous soit donné de finir votre vie ici et d’être inhumé dans les grottes près de nos Saints Pères Antoine et Théodose. Voilà les trois choses les plus importantes pour vous. Observez-les scrupuleusement et ne vous en vantez pas. Et maintenant, ne m’interrogez plus, et pardonnez-moi».
Ensuite, il entra dans une grotte et en ferma l’entrée. Il y vécut douze années durant lesquelles il ne prononça plus un mot à qui que ce soit. Quand vint le moment, il appela les frères et leur répéta ce qu’il leur avait dit douze ans auparavant, à propos de l’obéissance et du repentir, et il mourut.
st-athanase-le-reclus-reliquesDe nombreux miracles eurent lieu devant ses reliques. Depuis des années, un des moines souffrait beaucoup des jambes. Les frères l’emmenèrent auprès des reliques de Saint Athanase, et lorsque le moine les vénéra, les serrant contre lui, il fut instantanément guéri et plus jamais il ne souffrit. Son nom était Babylas. Après sa guérison, il expliqua : «J’étais allongé et gémissais sur mon lit de souffrance. Et soudain, ce bienheureux arriva et me dit «Viens à moi, je te guérirai». J’ai voulu lui demander comment et quand je devais aller à lui, mais il avait disparu. Je vous ai donc demandé de me conduire auprès de ses reliques».
Les frères comprirent qu’Athanase avait plu à Dieu par son exploit ascétique. Pendant douze années, il vécut dans la grotte sans voir la lumière du soleil, priant avec larmes et se nourrissant de pain et d’eau, en petite quantité et pas tous les jours.

Ceux qui prétendraient que de telles choses sont impossibles doivent lire le récit de la vie de nos Saints Pères Antoine et Théodose qui fondèrent le monachisme à Kiev. La parabole du Seigneur s’est réalisée: «Un semeur sortit pour semer sa semence. Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin: elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Une autre partie tomba sur le roc: quand elle fut levée, elle sécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité. Une autre partie tomba au milieu des épines…» Les soucis du monde étouffent les hommes. Il est écrit à leur propos : «le cœur de ce peuple est devenu insensible; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux», et encore «Qui a cru à ce qui nous était annoncé? Qui a reconnu le bras de l’Éternel?» (Isaïe 53,1) Toi, mon fils, ne suis pas leur exemple…
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Saint Jean de Kronstadt : Je prévois la restauration d’une Russie puissante.

st Jean de KronstadtSaint Jean de Kronstadt a prophétisé le rôle nouveau et la puissance nouvelle de la Russie, devenus évidences aux yeux contemporains. Le texte de cette prophétie est repris à la page 29 de la préface du recueil d’enseignement et d’écrits du Saint Père Jean intitulé «Je prévois la restauration d’une Russie puissante» (Я предвижу восстановление мощной России), publié en 2001 par les Éditions de l’Institut de la Civilisation Russe.
Le Père Jean pressentait de nouvelles et pénibles épreuves pour la Russie. Le 19 février 1908, lorsqu’il prononça son homélie pendant la Divine Liturgie, il dit, s’adressant aux fidèles «Matouchka Rus’, il va t’arriver quelque chose». Et après une longue pause : «Et vous, petit troupeau, soyez fidèles, et faites preuve de courage!». Mais il prophétisa la renaissance future de la Russie : «Je prévois la renaissance d’une puissante Russie, encore plus forte et plus puissante. Sur les ossements d’incroyables martyrs, sur cette robuste fondation, vous vous en souviendrez, sera érigée une Russie Nouvelle, fidèle au modèle ancien, forte en sa foi dans le Christ Dieu et la Sainte Trinité ! Et l’Église sera unie, selon le commandement du Saint Prince Vladimir. Les Russes ont cessé de comprendre ce qu’est la Russie : elle est le piédestal du trône du Seigneur ! Les Russes doivent comprendre cela et rendre grâce à Dieu de ce qu’ils sont russes!»st-jean-de-kronstadt-2

Traduit du russe

Saint Théodose du Caucase.

saint-theodose-livreSaint Théodose du Caucase fut déjà considéré comme un saint par ses contemporains. A chacun son destin. Théodose (dans le monde, Théodore [Fiodor]) naquit pour devenir moine… et saint.
Saint Païssios l’Athonite nous dit que «Le moine est un phare lointain planté au sommet de la falaise et par sa lumière, il éclaire mers et océans afin que les navires conservent le bon cap et atteignent Dieu, leur destination».
Le texte ci-dessous consacré à ce grand saint de nos temps modernes est traduit à partir d’un site dédié à Saint Théodose, ainsi qu’à d’autres saints du Caucase,  complété par des extraits du livre «Преподобный Феодосия Кавказский. Житие, чудеса, акафисты», publié en 2003 par les Éditions AKSIOS à Moscou.

Théodose du Caucase fut un tel phare dans les ténèbres de l’incrédulité, non seulement pour ceux qui étaient proches de son cœur, les habitants de Mineralnye Vody [Eaux Minérales], mais aussi pour ceux qui venaient de loin pour le voir. Après sa mort et après qu’il fût reconnu comme membre du chœur des saints, sa renommée dépassa la limite des frontières de notre pays. Et ils venaient de loin pour voir le ‘Grand-père tout maigre à la barbe blanche’, comme on l’appelait souvent, et planter leur âme pour toujours auprès de lui. Aucun d’entre eux ne repartit ‘les mains vides’. Le starets savait voir au plus profond de l’âme de chacun. Il vécut plus d’un siècle sur cette terre et Dieu seul sait combien sont ceux qu’il aida, qu’il sauva, qu’il consola. Il confessait et donnait la Communion à ses enfants spirituels, car sans la foi et le repentir, il n’y a pas de salut.
Et aujourd’hui encore, Saint Théodose du Caucase ne renvoie pas les mains vides ceux et celles qui se tournent vers lui et demandent son aide, car c’est par des miracles que Dieu glorifie ses élus. Dans l’église du Pokrov à Mineralnye Vody reposent les reliques du starets, et sa tombe, au cimetière, en est éloignée de trois kilomètres… Et le flux des pèlerins ne tarit pas.

saint-theodose-du-caucaseLe futur saint naquit dans une famille de paysans pauvres, dans le Gouvernorat de Perm, un 16 mai selon le nouveau calendrier, en l’an 1800, d’autres disent en 1841. Les parents, Fiodor et Ekaterina Kachine, appelèrent leur fils Fiodor. La tradition dit que la sage-femme prédit au nouveau-né un destin de prêtre d’importance, le voyant coiffé du klobouk monastique. Et effectivement, dès son enfance, Fiodia aima la prière. Tout jeune encore, il s’enfonçait dans la solitude au cœur de la forêt, et, agenouillé sur une grande pierre, il priait Dieu. Il entendit une voix lui dire «La pierre sur laquelle tu pries s’appelle Paradis». Un autre événement indique que l’enfant était élu par Dieu. Un jour, du coin d’icônes s’envola une colombe qui vint se poser sur sa main. Après, elle s’éleva, décrivit un cercle autour de lui et alla se placer derrière les icônes.
La tradition rapporte également que Fiodia quitta la maison paternelle alors qu’il était encore tout jeune, et il accompagna des pèlerins jusque la Sainte Montagne. A l’entrée du monastère de la Déposition de la Ceinture de la Mère de Dieu, il demanda «Prenez-moi avec vous, je prierai le Bon Dieu et je ferai tout ce que vous me direz». L’higoumène lui-même veilla sur l’enfant, qui fut admis dans la communauté. Son chemin fut sinueux. A quatorze ans, l’adolescent guérit l’épouse d’un général, possédée du démon. Quand on lui demanda qui il avait prié, il répondit : «La Petite Mère de Dieu dorée». Mais l’higoumène le renvoya au pays pour qu’il remplisse ses obligations militaires. Toutefois, Fiodor fut déclaré inapte au service et il s’en retourna au monastère.
En 1859, le jeune novice reçut la tonsure monastique et le nom de Théodose. Il servit durant cinq ans à Constantinople, au ‘podvorié’ athonite nommé «L’Hôtellerie russe de la Déposition de la Ceinture de la Mère de Dieu». Après cela, la tradition indique que le saint moine servit à Jérusalem et s’en revint à la Sainte Montagne en 1879.En 1901, après la mort de l’higoumène Joanice, Théodose fut choisi pour diriger la communauté, mais le poids des obligations matérielles de sa charge l’incita à renoncer et il retourna à Jérusalem et y reçut le grand schème. Ensuite le starets revint en Russie, accompagné par sa fille spirituelle, la moniale Tatiana, et emmenant de précieux trésors sacrés. Le Père Théodose s’installa à 27 kilomètres de la stanitsa de Krimsk, là où se trouve aujourd’hui le village de Gornyi. Il bâtit une petite église, et des cellules, travailla la terre, élevant quelques chèvres et des abeilles, et fit sourdre de l’eau des entrailles de la terre là où régnait auparavant la sécheresse. Le petit ermitage attira des aspirants à la vie monastique, parmi lesquels de nombreux enfants, et en particulier, Liouba et deux Anne. Les parents de l’une des deux Anne refusaient que leur fille demeure auprès du starets. Le Père Théodose donna un œuf à la maman en lui disant: «Tu auras un petit coq, et il chantera comme lorsque Pierre renia le Seigneur». De cet œuf sortit un petit coq batailleur, et Anne épousa une nommé Pierre, ivrogne et bagarreur, dont elle enfanta deux estropiés.
Le starets était clairvoyant; il avait ainsi prévu son arrestation : «Vous romprez le jeune, mais je ne serai plus avec vous. Vous irez vivre à  Mineralnye Vody». En 1927, lors de la Théophanie, de nombreux petits poissons apparurent dans l’eau. Le starets annonça qu’il n’en resterait que quatre. Et à la suite de son arrestation seulement quatre novices restèrent à l’ermitage.
saint-theodose-du-caucase-2Le Père Théodose lava  les pieds et nourrit ceux qui étaient venus l’arrêter, un jour de mars 1927, deux semaines avant Pâques. Il fut emmené à Novorossiisk et mis en prison. Bientôt Liouba y fut envoyée aussi. Les autres novices, dont Tavifa et Natalia déménagèrent à ‘Minvody’ où elles acquirent une petite maison. C’est là que le starets Théodose les retrouva lorsqu’il sortit de prison, en 1932. Et c’est là qu’il demeura jusqu’à la fin de ses jours, recevant tous ceux qui venaient à lui. Il donnait la Communion, confessait, conseillait, et à certains, il conférait la tonsure monastique. Les visiteurs amenaient des présents, mais le saint homme ne les acceptait pas toujours : «Est-ce vers Dieu que tu es venu?» leur demandait-il.
Un jour il sauva du suicide un homme qui venait d’être abandonné par sa femme. Et celle-ci revint à lui. Il guérit la main de Vassa, l’épouse d’un Commandant de Rostov, dont les doigts avaient été coupés. Un jour il fit manger à Anatonina Pophyrievna Dontchenko (qui devint la moniale du grand schème Angelina) et à sa fille un plat de pilaf inhabituel. «C’était incroyable, on en prenait, on en mangeait, on en reprenait, et la quantité de nourriture ne diminuait pas», se rappelait-elle. Un jour qu’elle rendait visite à Saint Théodose, Antonina ne parvenait pas à se concentrer sur les paroles du starets. Celui-ci prit alors sa croix et commença à bénir les quatre coins de la pièce. Le démon fut expulsé, et immédiatement elle saisit le sens des mots du Père Théodose ; la beauté des jardins célestes, les rivières de lait et de miel qui y courent, les fruits de taille énorme, les fleurs si odorantes dont la tête ondule sans la moindre brise et les anges qui volent tout contre les fleurs. Saint Théodose guérit de la tuberculose Julia, la sœur d’Antonina, et il lui prédit une vie maritale empreinte d’amertume. Il voulait donner la tonsure monastique à Paraskevi, leur mère, mais elle ne parvint pas jusqu’à lui, et mourut en chemin, gelée dans la forêt. Nombreux furent ceux et celles que le Saint tonsura en secret. Il tonsura Grégoire, Chef du Bureau du Recrutement Militaire de Minvody, et toute sa famille, ayant au préalable célébré le mariage des époux et le baptême de leur fille Zoé. Ils vécurent ensuite paisiblement, observant en famille la règle de la vie monastique cénobitique. Le père, devenu le moine Mikhaïl, fut une réelle incarnation des vertus chrétiennes. Saint Théodose tonsura Fiodia, un jeune homme de seize ans, qui allait devenir l’Évêque Lazare, et lui dit : «Et voilà, Fiodia, je t’attache des ailes». La moniale Mariamna reçut elle aussi la tonsure des mains de Saint Théodose. Le Seigneur lui donna le don de la connaissance du Slavon. Le starets convainquit Vera Athanasievna Mozi, qui était malade, de recevoir la tonsure monastique et le nom de la Mégalomartyre Barbara, et il lui répéta souvent que lorsqu’il mourrait, il lui confierait son troupeau. Elle mourut en 1961 et  fut enterrée non loin de la tombe du Saint.
saint-thedose-avec-enfantsDurant la guerre, Saint Théodose sauva des enfants ; il s’agit d’événements connus. Un jour il accourut au jardin d’enfants et attirant les enfants à lui par ses facéties, ils les emmena soudain de force. Quelques instants plus tard, une bombe pulvérisait la petite école. Une autre fois, un train stationnait sur les voies. Le saint homme se mit à le pousser en priant «Seigneur bénis!». Une patrouille s’approcha. Les soldats demandèrent : «Mais que fais-tu grand-père?» «Ce que le Bon Dieu qui m’a ordonné!» Le Père Théodose s’en alla, et quelques instants après,  une bombe tomba sur les voies là où se trouvait auparavant le train. Celui-ci transportait des obus. Si la bombe était tombée dessus, la ville entière aurait été transformée en un champ de ruines. Le starets prédit également à Antonina Porphyrievna l’approche de la grande famine. Et à ceux dont certains des membres de leur famille étaient partis à la guerre, il leur disait s’ils étaient encore vivants ou non.
Il adopta le comportement des fols-en-Christ au cours des seize dernières années de sa vie qui suivirent sa sortie de prison; il se mit à parler de lui-même à la troisième personne, se nommant ‘mon tonton’. «Quand mes petits enfants tiennent bien sur leurs jambes, mon petit tonton se repose. Mais quand mes petits tombent, mon tonton prie pour eux jour et nuit». Il déambulait dans les rues, vêtu de chemises bariolées, et jouait avec les enfants, qui l’appelaient ‘grand-père Kouziouk’.
Alexandra, une disciple du starets se rappelait qu’il disait de ne pas l’appeler ‘batiouchka’, ‘petit-père’, car il n’était qu’un grand-père. Il dit un jour à Maria, une autre de ses disciples : «A ton avis, quel âge ai-je?» «Dieu seul le sait, moi, je n’en sait rien», répondit-elle. «Tu dis vrai, car sans mentir, et Dieu peut en témoigner, j’ai cent quatre ans». A la gare du Caucase, il donna les Saints Mystères du Christ au Père Evguenii, moine athonite.
Au cours de l’hiver de sa dernière année de vie, Saint Théodose tomba et se blessa sérieusement. On le ramena à la maison sur un traîneau. Le Saint homme annonça sa fin prochaine. Et trois jours avant celle-ci, il dit : «Dans trois jours, c’est la fin du monde. Quand le fermier partira, tous les animaux vont pleurer, les vaches, les poules,…». Et il en alla réellement ainsi, les vaches meuglèrent, les poulets gloussèrent, les chats miaulèrent pitoyablement. Peu avant sa mort, une femme vit un nuage. Dans celui-ci, le Seigneur portait l’âme du saint Homme. «Je devrais déjà être mort depuis longtemps, mais j’ai demandé au Bon Dieu de me laisser vivre encore un peu», avouait le starets.
saint-theodose-du-caucase-reliquaireIl mourut à l’été 1948. On l’enterra sans musique, car on savait que le ‘grand-père’ n’aimait pas cela. De sa tombe irradiait une lumière telle qu’il était quasiment impossible de prendre des photos. Quand il s’est agi de transporter le cercueil jusqu’au cimetière situé aux confins de la ville, quatre jeunes gens se présentèrent. Ils étaient beaux et portaient de longs cheveux jusqu’aux épaules et portaient chacun une chemise blanche à longs pans, des pantalons noirs et des sabots légers. Ils portèrent le cercueil, sans changement, sans être relayés, jusqu’au cimetière. Quand on convia les participants au repas commémoratif, les quatre jeunes gens avaient disparu.

Saint Théodose disait à ses enfants spirituels  «Tous ceux qui feront appel à moi, je serai à leurs côtés, pour toujours».

 

Traduit du russe

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