Le texte ci-dessous est la suite et la fin d’un «entretien» accordé par le Saint hiérarque Mardaire Ouskokovitch (1889-1935) le 8 février 1910 à la Métropole de Chisinau, et publié le 05 mars 2021 sur le site Pravoslavie.ru.Saint Mardaire est un Saint de l’Église Orthodoxe de Serbie, glorifié, en présence du Patriarche Irénée en juillet 2017 aux États-Unis, où il a terminé sa vie. Il vécut de 1912 à 1917 à Saint-Pétersbourg – Petrograd, et en 1917 il fut nommé dirigeant de la Mission Serbe en Amérique.
Les âmes des morts apparaissent non seulement en rêve mais aussi en réalité. L’âme immortelle de l’homme apparaît alors de façon plus précise et se dévoile plus clairement. Alors, l’homme voit de ses yeux le mort comme un vivant, et puisqu’il connaissait bien le défunt avant la mort de celui-ci, il peut dire sans erreur qu’il voit untel, son ami ou parent. Les raisons pour lesquelles les âmes des morts apparaissent aux vivants sont diverses. Très souvent, ils apparaissent pour améliorer leur situation d’une manière ou d’une autre dans la vie d’outre-tombe.
Car, comme nous, Chrétiens Orthodoxes, le savons, la prière des vivants, et en particulier la prière de l’Église, apporte de grands bénéfices à l’âme des défunts: elle allège leur sort difficile si après une vie terrestre pécheresse, ils souffrent de tourments dans l’au-delà. Et dès lors les âmes de nombreux morts apparaissent sur terre pour demander des prières pour eux-mêmes. Parfois, les âmes de morts apparaissent sur terre, par la volonté de Dieu, pour le bien de l’un ou l’autre de ses parents, voulant lui apporter un avantage spirituel. Le plus souvent, ce sont les parents qui se sont mis à mener une vie mauvaise, impie ou dépravée. Dans ce cas, ils aident d’une manière ou d’une autre leur parent à se corriger, l’aident à se remettre sur le chemin de la vérité. Ou ils font quelque chose de bien pour leur proche, chose qu’ils n’avaient pas réussi à faire pendant leur vie sur terre. Par conséquent, l’âme sans corps est pendant un certain temps comme un continuateur des affaires de la vie de l’âme dans le corps. Parfois, les âmes des morts apparaissent à leurs parents simplement à cause du sentiment de parenté, comme si ils leur manquaient. De toute évidence, l’âme, à sa sortie du corps pendant un certain temps, ne perd pas la connexion qu’elle avait avec eux, quand elle était dans le corps, et par la volonté de Dieu, d’une manière ou d’une autre, et elle montre cette connexion. Dans le même temps, les âmes des morts apportent souvent à leurs proches des bénéfices quotidiens, dissipant un malentendu qui n’aurait pas été clarifié pendant leur vie terrestre, ou leur indiquant ce qu’ils doivent faire pour obtenir un bénéfice. Après les parents, les gens les plus proches sont les amis ou bienfaiteurs. Pour les amis et les bienfaiteurs, l’homme nourrit une affection et une gratitude sincères. L’âme de l’homme, qui ne meurt jamais, qui est immortelle, retient ces sentiments après avoir quitté son corps et elle apparaît à ses amis et bienfaiteurs vivants pour leur témoigner de l’amitié ou de la gratitude.
Si le temps le permettait, nous pourrions raconter de nombreux cas sur les apparitions d’âmes des morts à ceux qui vivent sur terre. Ces apparitions, ainsi que le témoignage de la parole de Dieu, indiquent clairement que l’âme de l’homme ne meurt pas après avoir quitté le corps, mais vit et vivra éternellement; l’âme de l’homme est immortelle. Et si l’âme est immortelle, alors l’homme, ayant foi en son immortalité, doit être préparé à cela; il doit disposer de sa vie sur terre de façon telle qu’elle soit une préparation à sa vie future. La vie terrestre peut ne durer que quelques décennies mais ce n’est que le début de la vie de l’homme; la vie principale, la vraie vie pour l’homme vient après et ne dure pas des dizaines, mais d’innombrables années, éternellement. C’est ce que chaque chrétien doit penser. Il est nécessaire pour chacun de croire que la mort n’est pas la fin, mais seulement le début de la vie, et donc, en temps voulu, à l’avance, vous devez vous y préparer. Elle peut arriver à tout moment. Si pas aujourd’hui, demain, le rideau tombera et tout le monde ira là d’où on ne revient pas. Là, il y aura une contrepartie pour tout ce qui aura été fait en cette courte vie terrestre.
Frères! Croyez en l’au-delà, croyez en l’immortalité de l’âme humaine, croyez que vous vivrez éternellement après la mort. Si vous ne croyez pas en cela, si vous ne croyez pas que le Seigneur Jésus Christ est ressuscité, alors votre foi est vaine. Méfiez-vous des faux enseignements et des faux enseignants qui prêchent et voient dans la mort la destruction totale de l’âme humaine. Courants à notre époque.
Mais que le présent siècle s’inquiète donc, qu’il essaie, au nom de la raison, de fonder la foi dans la vie éternelle; qu’il trouve, pour défendre son œuvre, des apologistes plus éloquents que Rousseau ou des penseurs plus profonds et plus perspicaces que Platon, nous, chrétiens, nous pouvons sans crainte attendre leurs résultats. Je ne vous rappellerai que la dernière conversation du plus grand des anciens philosophes avec ses disciples dans son cachot à Athènes. Socrate mourait, le poison coulait dans les veines du grand sage, et ses membres étaient déjà glacés. Mais à quoi ses efforts ont-ils abouti? N’a-t-il pas révélé une vérité désirée? Hélas! Lui, le plus grand génie et philosophe, ne pouvait que dire: «Peut-être …». Son avenir lui semblait sombre, obscur, et la veille, devant ses juges, il prononça ces mots pleins de mélancolie: «Si être détruit est mon destin, je le préférerai malgré tout à la vie, car j’ai senti que le meilleur de mes jours ne valait pas une nuit de sommeil réparateur». Voilà ce qui mit un terme aux efforts du plus grand philosophe et génie. Mais la philosophie moderne a, comme l’ancienne, fait fausse route. Elle pensa fonder, par ses propres efforts, une croyance dans l’immortalité de l’âme humaine. Il suffit de rappeler la mort de tels que Roland de la Platière, Dufriche de Valazé, Le Bas, Condorcet, 1 etc… On n’entendit parmi eux aucune voix parlant de l’éternité.
La philosophie ne parviendra jamais être le fondement de la foi dans la vie éternelle. Et aucune théorie philosophique ne satisfera l’âme humaine. Nous avions besoin d’une voix du ciel pour annoncer la vie éternelle, et cette Voix a résonné, et nous l’avons cru de toute notre âme et de tout notre cœur. Cette voix nous a encouragés, nous et toute l’humanité sensée. Notre Sauveur, Jésus-
Christ, a détruit la mort et révélé la vie et l’incorruptibilité par l’Évangile (2Tim.1;10). À partir de Jésus-Christ, l’humanité sensée confesse sa foi en la vie éternelle. À partir de Lui, cette foi a pris possession du cœur de millions d’hommes et de femmes de tous les âges avec une telle force miraculeuse que certains allèrent jusqu’au martyre comme à une fête, non pas pour se débarrasser de la vie comme un hindou qui se suicide, ni pour goûter au plaisir d’un paradis sensuel comme les disciples de Mahomet, mais pour entrer dans la vie de vérité, de sainteté et d’amour.Nous, fidèles au Christ Dieu, dirons avec le Juste Job, qui a tant souffert : «Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour, il fera se relever de la poussière cette peau qui se décompose, et dans ma chair, je verrai Dieu. Je le verrai moi-même; mes yeux, pas les yeux d’un autre, Le verront» (Job 19: 25-27).
En relisant le Nouveau Testament de notre Seigneur Jésus-Christ, j’y ai trouvé les mots «vie éternelle» quarante fois. Et, sans aucun doute, je peux affirmer que le Sauveur a fixé la vie éternelle comme but de Ses enseignements. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et Sa justice (Math.6: 33), dit-Il. Et comment chercher le Royaume de Dieu s’il n’y a pas de vie après la mort? Le Royaume de Dieu et Sa vérité commence ici à l’intérieur de nous, mais il sera complet et éternel après la mort seulement, car notre cité est dans les Cieux (Phil.3;20), et ici sur terre, nous sommes des étrangers, cette vie est une vie d’attente, nous sommes temporairement des voyageurs qui aspirons au calme et éternel havre céleste. Je ne comprends pas l’état d’âme de ces gens qui vivent leur vie terrestre avec toutes ses difficultés sans Dieu et Son aide, sans foi et sans espoir. Dans les moments les plus difficiles de ma vie, dans les souffrances les plus terribles, j’ai eu et j’ai encore dans mon cœur un espoir triomphant qui me fortifie sur le chemin épineux. Je raisonne ainsi: je n’appartiens pas entièrement à la terre, ma vie terrestre est temporaire, mais je peux souffrir, car je sais que mes souffrances ont un but que l’éternité m’expliquera; je sais aussi que celui dont Dieu a pitié, il est châtié. Avec cette conviction, je peux souffrir. Vous aussi, mes frères, souffrez, dans l’espoir que vos souffrances vous mèneront au but. Semez partout derrière vous et autour de vous vos espoirs vivants, répandez cet espoir dans la nuit du doute, annoncez la vie future, sans laquelle la vraie vie terrestre serait la plus stupide, inutile et sans but. Croyons que le Christ, ressuscité des morts, est les prémices de ceux qui sont morts (1 Cor.15;20). Amen.
Traduit du russe
Mais laissons-les dire et affirmer tout cela. Nous savons que l’âme est, et qu’elle est immortelle. Cela nous est confirmé par les Saintes Écritures. Dans le livre de l’Ecclésiaste dans l’Ancien Testament, il est dit: «L’homme s’en va dans sa maison éternelle (c’est-à-dire après la mort corporelle)… et en poussière (c’est-à-dire le corps) il retournera à la terre. Qu’il était. Mais l’esprit retournera à Dieu qui l’a donné» (Eccl. 12;5,7). Il en est de même dans le livre de la Sagesse: «Les Justes vivent pour toujours; leur récompense est dans le Seigneur et leur garde est auprès du Très-Haut»(Sag.5;15).
Le texte ci-dessous est la première partie de la traduction en deux parties d’un original russe préparé par Madame Olga Orlova et mis en ligne le 25 septembre 2018 sur le site Pravoslavie.ru sous le titre Будем как дети у Пресвятой Шесть рассказов о том, как подвижники чтили Божию Матерь (Devant la Très Sainte Mère de Dieu, soyons comme des enfants. Six récits de la vénération de héros de l’ascèse envers la Très Sainte Mère de Dieu). Six serviteurs de Dieu racontent leur vénération de la Très Sainte Mère de Dieu, leur relation avec Elle de fils et de fille, qui fit d’eux Ses enfants, Ses proches, Ses disciples. .
Je me souviens qu’un jour, Boris Kortchevnikov a demandé quelque chose à Batiouchka Élie pour sa fille. On lui avait diagnostiqué un cancer. Elle se faisait soigner en Allemagne. Elle avait été opérée, on avait prélevé des cellules souches et la chimiothérapie avait commencé… Mais on ne constatait pas d’évolution favorable. Les médecins allemands décidèrent d’entreprendre une nouvelle tentative, à l’aide de cellules-souches du père, et ils se concertèrent avec des collègues des États-Unis, qui leur répondirent que cela ne servirait à rien, seul un pourcent des patients survit…». Et voilà que les parents de cette jeune fille téléphonèrent. Rencontrer le Père Élie, c’était leur dernier espoir… Mais à l’époque, Batiouchka voyageait et ce n’était pas facile de le trouver. Toutefois, je sentais que leur prière était tellement instante… «De toutes façons, on prend l’avion et on arrive!». J’étais mis devant le fait accompli. Ils arrivaient d’Allemagne avec leur fille. «Comme le Seigneur voudra». Ce fut tout ce que je pus dire. Mais que dire d’autre? Les voici donc qui arrivent et soudain, Batiouchka débarque de Dieu seul sait où! Je me souviens, nous étions dans une pièce, l’Archimandrite Élie, la maman, la jeune fille et moi. La maman expliqua brièvement la situation à Batiouchka et demanda s’il fallait faire une nouvelle opération. Le Starets était jusque là resté silencieux, la tête inclinée. Visiblement, il priait. Soudain, il dit : «Vous savez quoi ?!! Ne faites rien. Priez la Très Sainte Mère de Dieu. Elle est ici, vraiment tout juste ici!». Et il se tourna comme s’il tournait tout son être vers la Très Sainte Mère de Dieu qui Se trouvait entre la jeune fille et sa maman d’un côté et moi-même de l’autre… En moi, mon âme fut renversée! De façon très claire, je ressentis la présence de la Très sainte Mère de Dieu. Il est impossible d’expliquer le tremblement de crainte et de joie qui saisit l’âme en pareil moment. «Priez-La!», entendis-je répéter Batiouchka…
A Diveevo, nous sommes toutes des servantes de la Reine des Cieux. Et notre Abba, ici, c’est Batiouchka Seraphim. Il ne fait rien de sa propre volonté, même pas, selon ses propres paroles, bouger un petit caillou. De la même manière, nous devons vérifier si tout ce que nous entreprenons correspond à la volonté de l’Higoumène d’en-Haut. Rien qu’il soit ne peut être accompli par notre propre volonté dans l’Apanage de la Très Sainte Mère de Dieu. La règle de vie intérieure au monastère exige de chaque membre de la communauté, de la novice à l’higoumène, le respect de ce principe. C’est en cela, jusque dans notre prière, que se reflète avant tout notre amour et notre vénération pour la Toute Sainte.
C’était comme dans une immense ville. On aurait dit Moscou… Mais à la limite des faubourgs. I n’y avait déjà plus de rues, juste quelques petites maisons jetées ici et là… Un lieu au relief accidenté… Des trous boueux. Plus loin, juste des mauvaises herbes et une prairie à perte de vue. Je me trouvais dans une de ces maisonnettes, ou plutôt dans l’isba du paysan. J’étais en rason, sans la panagie épiscopale, mais je savais que j’étais évêque. Dans l’isba s’entassaient entre dix et quinze hommes. Tous issus du simple peuple. Aucun riche, aucun aristocrate, aucun érudit. Le silence régnait. On se déplaçait doucement comme des mouches d’automne sur la fenêtre avant le gel hivernal… Je ne dis ris. Je ne peux rien dire : ils sont incapable d’écouter les reproches et les exhortations, ni d’ailleurs rien qui ait trait à Dieu. Leur âme est tellement blessée, par les péchés, les malheurs, l’incapacité de se relever de la chute qu’ils sont juste des hommes à la peau tellement brûlée qu’on ne peut la toucher fût-ce légèrement… Et je ressens cela et je me tais… C’est suffisant que je sois parmi eux, qu’ils ne me «supportent» pas mais se sentent tout simplement là avec moi (sans aucune familiarité, rien d’émotionnel), ne se gênent pas me considèrent «un des leurs». Silencieusement leurs cœurs me disent : «Seulement, tais-toi. Il suffit que nous soyons ensemble… Ne nous touche pas : nous n’en avons pas la force». Je suis triste pour moi-même et je ne puis rien y faire, mais plus encore, je les plains : ce sont des malheureux.


Le texte ci-dessous est la traduction d’un article de l’Archiprêtre Alexis Chargounov, paru sur le portail Pravoslavie.ru le 2 mai 2012, à l’occasion de l’anniversaire de la glorification de la Bienheureuse Matrone de Moscou. Le 2 mai 1999, en présence d’un grand rassemblement de personnes, a eu lieu l’office de glorification de la Bienheureuse Staritsa Matrone, pieuse héroïne de l’ascèse au XXe siècle, consolatrice du peuple tout entier pendant les années d’athéisme et d’afflictions pour l’Église. Cette Bienheureuse qui plut au Christ resplendit d’une lumière particulière au sein du grand chœur des saints russes devant le trône de Dieu. Aveugle de naissance, la grâce la dota de la vision spirituelle, et du don de clairvoyance.