Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements sprituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer (?) à l’histoire de sa vie.
(…) Je ne pouvais rien dire, je continuait à gratter les gouttes de cire… Batiouchka traça le signe de la Croix sur moi, sur ma tête, trois fois, en prononçant d’une voix sonnante :
– Au Nom du père … et du Fils… et du Saint Esprit !
Gorkine me murmura à l’oreille : «Sa main, embrasse la main de Batiouchka!»
J’embrassai la main pâle de Batiouchka. Les larmes me serraient la gorge. Je vis la main pâle fouiller dans la poche du rason et entendit une voix précipitée :
– Et pour mon… et il prononça mon nom avec tendresse… une croix, une croix…
Il regardait mon visage avec tendresse et un peu tristement. J’entendis à nouveau répéter précipitamment :
Et pour mon… une croix, une croix…
Et il me donna une petite croix en bois de cyprès, comme bénédiction. A travers mes larmes involontaires, qu’est-ce qui les a causées? Je ne sais pas, je vis un visage lumineux et affectueux, j’embrassai la croix qu’il posa sur mes lèvres, j’embrassai la main pâle, je pressai mes lèvres dessus… Je regardais à travers les larmes qui coulaient… Là où se trouve le petit porche, le soleil brillait de mille feux, et en lui, comme dans une lumière aveuglante, le Père Barnabé, bénissait».
Certains, non seulement des laïcs mais aussi des moines, se plaignaient parfois du Starets que, lorsqu’il recevait des visiteurs, il préférait apparemment des gens plus prospères. Les plus impatients des visiteurs le lui firent même remarquer. Mais même en cela, la sagesse profonde du Starets se manifestait, il savait comment s’éloigner des embrouilles du monde et indiquer le but suprême du chrétien aux gens de toutes les classes. Bien conscient que le fardeau de la Croix du Christ provoque des attaques humaines et n’est pas compris par ceux qui vivent selon leur propre volonté, il parlait parfois timidement des raisons de cette préférence apparente pour les gens importants.
«Serviteur de Dieu», a-t-il déclaré une fois lors d’une conversation sincère avec ceux qui le connaissaient de près, «en tant que père spirituel, je connais mieux la vie des uns et des autres. Les nobles et riches ont plus d’occasions de tentations et de vie pécheresse que les simples… C’est pourquoi ils ont davantage besoin de soutien spirituel.» C’est dans cette influence du Starets non seulement sur les simples, mais aussi sur les personnes de haut rang que réside la particularité de l’activité moralement régénératrice d’un père spirituel expérimenté, une activité particulièrement précieuse en temps de corruption générale… Sans aucun doute, le Starets avait aussi un motif particulier, de recevoir dans sa misérable cellule des gens se tenant aux plus hauts échelons de l’échelle sociale. Il ne l’a jamais fait pour lui-même, mais pour le bien des frères de rangs inférieurs. Il arrivait que vienne pleurer près de Batiouchka une veuve inconsolable, qu’un humble serviteur de l’autel pleure devant lui, que l’higoumène d’un monastère partage ses peines avec lui, et que le Starets calme aussitôt le visiteur attristé : «Attends, nourricier (ou ma petite fille), comme Batiouchka Barnabé appelait souvent ses visiteurs, je connais une bonne personne, elle t’aidera.» Et, en effet, vous voyiez que la personne affligée était réconfortée par l’espoir d’aide et d’intercession. Ainsi, le Starets unissait le noble et le roturier avec son amour. Préservant saintement le commandement apostolique : «Soyez dans l’amour», Batiouchka Barnabé ne vécut vraiment que dans cet amour pour tous. Et l’amour est vraiment une grande force !
Extirpant constamment l’amour de soi du fond de son cœur et le remplaçant par l’amour lui-même, celui-ci se déversait irrésistiblement sur tout ce qui l’entourait. Telle était la vie du Starets Barnabé : dans chaque acte et chaque parole, son amour se manifestait toujours. Et ce n’était autre que l’amour évangélique qui, ayant pris possession de toute son âme, éleva le Père Barnabé à la hauteur de consolateur et de réconfort des tristesses du peuple.
Ne prêtant aucune attention à lui-même, à ses infirmités, le toujours joyeux, et vif Hiéromoine Barnabé, même par son apparence, inspirait et semblait animer tout le monde autour de lui. Avec quelle patience les pèlerins fatigués, souvent malades, qui venaient d’endroits à des centaines de kilomètres, attendaient la bénédiction et la conversation spirituelle! Et la façon dont ils quittaient la cellule de leur «cher Batiouchka», leur faisait oublier toute fatigue. Avec une attention et une bonté véritablement paternelles, le Père Barnabé recevait chaque enfant spirituel, qui, avec une confiance enfantine, lui ouvrait tous les recoins de son âme et cherchait une guidance paternelle. Il le traitait comme un enfant malade, prudemment, avec compassion, quand il le voyait faible, et plus sérieusement, strictement, quand l’homme pris en charge commençait à se renforcer spirituellement.
«Toute ma vie,» dit K., l’un des enfants spirituels les plus dévoués du Starets, «s’est passée sous la garde paternelle de mon cher Batiouchka, et sans lui, je ne sais pas ce que je serais devenu aujourd’hui, après tout ce qui m’est arrivé!» Il s’agit de la confession sincère d’un homme financièrement très aisé, plein de force et de santé, mais complètement découragé par certaines circonstances difficiles de sa vie personnelle. En un mot, l’amour, l’amour seul, était chez le Starets la force qui le poussait à la communion mutuelle avec tous ceux qu’il rencontrait. Et ce pouvoir était formidable. Il accomplit des miracles de renaissance spirituelle et, selon les paroles de saint Jean Chrysostome, sauva des âmes malades prêtes à périr, soit en les soumettant à une punition douce, soit en les empêchant de tomber dès le début, non seulement par l’enseignement et l’instruction, mais aussi par la prière. Et combien sont encore ceux qui aujourd’hui gardent en eux le secret de leur renaissance spirituelle?
La nouvelle du service grand et utile du Starets ne put que parvenir à la hiérarchie, et en récompense de ses efforts et de son encouragement, en 1885, le Père Barnabé obtint le droit de porter la palitsa. Le 29 septembre 1888, le Conseil Constituant de la Laure de la Trinité-Serge demanda au Saint-Synode d’attribuer au Hiéromoine Barnabé la croix pectorale en or. (A suivre)
Traduit du Russe
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