Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

22 décembre 1909
A la Skite existe l’habitude de demander la bénédiction du Starets pour la nuit, et pour la journée. Le matin et le soir, toute la Skite se rend chez l’higoumène, et il bénit chacun. Le signe de croix revêt une grande signification. Personne ne sait ce qu’apportera la nuit qui approche, c’est pourquoi il est tellement important de se protéger avec la force de la Croix Pure et Vivifiante. Parfois chez nous, on entend des choses étranges dans les cellules.
Voici peu, en 1907, un moine du grand schème mourut à la Skite, le Père Pamphile. Auparavant, il était militaire. Il a participé à la guerre de Hongrie et à la campagne de Crimée. Alors, il abandonna tout cela et entra au monastère.
Un jour, il est arrivé très troublé aux matines, gémissant et un doigt bandé. On lui demanda :
– Qu’est-il arrivé ?
– Eh bien voilà, frères, cette nuit, les esprits malins ont pris le dessus. Je venais juste de me coucher et je n’étais pas encore endormi, quand j’ai vu toute une file de personnes portant la même veste venir vers moi, comme des domestiques dans les tavernes. Je me suis demandé : d’où viennent ces gens, les deux portes sont verrouillées? Puis j’ai compris qui c’était.
– Pourquoi êtes-vous ici, maudits ? Qui vous a appelés ?
– On va te montrer ! Répondirent-il. Crucifiez-le!
Ils m’ont attrapé, mais j’étais confus et je n’ai pas eu le temps de me signer de signe de croix. Ils m’ont étiré les bras et les jambes, et l’un d’eux m’a frappé avec un marteau, apparemment il voulait me frapper dans la paume, mais il a manqué, il a touché mon doigt et l’a complètement brisé. J’ai ressenti une grande douleur et j’ai crié : «Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur!». Les esprits malins disparurent immédiatement. J’ai regardé; ma chemise était couverte de sang, mon doigt me faisait terriblement mal. Je lui ai fait un bandage. J’ai vu qu’il était temps d’aller aux matines. Croyez-moi, frères, je ne vais pas mentir, je sens que le Seigneur m’a permis de vivre cela parce que, dans ma jeunesse, suite à mes lectures, je doutais que les esprits malins puissent se manifester de façon qui nous soit perceptible.
En effet, il est connu d’après la vie des saints que les esprits malins peuvent aussi infliger des blessures corporelles à une personne. Saint Antoine le Grand était souvent attaqué physiquement par des esprits mauvais, qui le frappaient. Un jour, apparaissant très nombreux, ils commencèrent à frapper le saint moine avec des scorpions, c’est-à-dire avec des sangles se terminant par des dents acérées, avec lesquelles des lambeaux entiers de chair furent arrachés de son corps. C’était la torture la plus terrible chez les Romains. Saint Antoine ressentit des douleurs insupportables et cria : «Seigneur ! Seigneur!» Les esprit mauvais disparurent. Le saint demeura allongé, tout ensanglanté, immobile et soudain, le Sauveur lui apparut. En un instant, Il guérit Saint Antoine, qui cria :
– Seigneur, où étais-Tu? Comment se fait-il que Tu aies permis que Ton serviteur soit malmené de la sorte?
Le Seigneur répondit :
– J’étais ici et je voyais ton podvig, mais Je ne te suis pas apparu plus tôt pour que tu infliges toi-même la honte aux esprits malins.
Il y eut un autre cas à Optina. Un infirmier nommé Ivan vint chez nous comme novice à la Skite. Batiouchka Ambroise le prit sous sa direction. Cet Ivan raconta ce qui suit à propos de lui-même.
Il vivait dans le Gouvernorat de Toula et fit un jour la connaissance d’un jeteur de sorts, à l’origine un Hébreux, mais on ne savait s’il s’était fait baptiser ou pas. L’infirmier voulut apprendre l’art des magiciens. L’homme accepta de le prendre comme élève. La première fois, il prit un petit banc et ordonna à Ivan de poser ses mains dessus. Il le fit, et le banc s’éleva jusqu’au plafond. L’élève fut effrayé et voulut s’enfuir, mais le maître l’arrêta et lui dit : «Où vas-tu, froussard? Tu veux acquérir toute la sagesse et pour un petit rien tu prends peur». Calmé, Ivan fit demi-tour. Depuis lors, l’enseignement se donnait avec succès. Rapidement, il commença lui-même à voir des esprits. D’un côté, cela lui paraissait étrange, que des esprits incorporels puissent apparaître de façon perceptible, et de plus sous de nombreuses formes : l’un sous la forme humaine, l’autre sous celle d’un chat, et même (comme ce récit nous rappelle les séances de spiritisme!) sous forme de rayon de lune, comme le virent le sorcier et son élève. On peut supposer que les esprits se choisissent un corps à partir de matière située dans l’espace, à laquelle ils donnent l’une ou l’autre forme. L’infirmier courait à sa perte. Mais le Seigneur ne veut pas que l’homme se perde, et par les voies connues de Lui seul, Il envoya l’infirmier dans notre saint monastère. Il vécut quelque temps chez nous. Une nuit, il vint chez le Père Ambroise et demanda à l’auxiliaire de cellule d’éveiller Batiouchka.
– Mais comment se fait-il que tu viennes ici la nuit ? Demanda l’auxiliaire de cellule, Batiouchka dort. Il est fatigué, revient demain.
– Non, répondit Ivan. Batiouchka m’a ordonné de venir à toute heure du jour ou de la nuit.
Batiouchka fut réveillé. Il écouta attentivement celui qui était venu et qui lui raconta ceci :
«Après la règle du soir, j’ai voulu me coucher pour dormir. Soudain, je vis qu’un homme était assis chez moi. Il avait déjà un âge avancé. Les portes de ma cellule étaient solidement fermées, et personne n’aurait pu entrer. Je devinai qu’il s’agissait d’un esprit mauvais. Il me dit :
– Tu as agi de manière très désobligeante : tu étais notre ami, nous t’avons déjà confié quelques secrets, et soudain tu as tout abandonné pour t’attacher à ce vieil homme.
– Que dois-je faire ? Demandai-je.
– Voici ce que tu dois faire. Comme tu nous a lâchés, lâche-le. Il suffit que tu le souhaites, et je te transporterai en un instant hors d’ici, chez ton ancien maître.
– Oui, mais je n’ai pas de pelisse et dehors, il gèle.
– Ne t’inquiète pas, il y a tout ce qu’il faut, cheval et pelisse.
– La Skite est fermée à clef.
– Nous nous glisserons à travers la clôture, une troïka nous attend déjà.
– Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur ! Criai-je. Et le malin disparut immédiatement. Mais je fus envahi par un effroi inexplicable. Je pensai : il reviendra bientôt et m’étouffera. Et donc, j’ai couru jusqu’ici, Père».
Tous les esprits ne sont pas semblables. C’est comme à l’armée, il y a des soldats des officiers, des généraux et des généraux supérieurs aux généraux. C’est la même chose dans l’armée des esprits mauvais. On connaît le récit évangélique de la guérison du possédé gadarénien. Lorsque le Seigneur demanda à l’esprit qui demeurait en cet homme : «Quel est ton nom?», il répondit «Légion». Dans l’armée romaine une légion comptait six mille quatre cents hommes. Par conséquent, dans le possédé demeurait un commandant de la légion d’esprits mauvais.
Quand le Père Ambroise eut entendu le moine, il dit :
– Tu as bien fait de venir. Tu avais en toi un esprit malin de la huitième légion, une force terrifiante et quasi personne ne peut s’en défaire.
– Mais comment m’en suis-je débarrassé ?
– Le Seigneur m’a averti que tu étais en danger, et j’ai commencé à prier. Gloire à Dieu que tu te sois souvenu de Son nom saint et terrible ; par Lui tu as chassé l’esprit mauvais.
Je ne sais pas ce que ce moine est devenu. Il est parti au service militaire et n’est plus revenu au monastère.
Nous, les croyants, nous avons une arme puissante : la force de la Croix Vivifiante.
Comme vous le pensez, tout devient effrayant pour les incroyants, ils sont complètement démunis. C’est comme si une personne totalement désarmée allait dans une forêt dense la nuit. Oui, sans rien pour se défendre, il sera déchiré par le premier animal qu’il croisera. Mais nous n’aurons pas peur des esprits mauvais. La puissance du signe de croix et du nom de Jésus, terrible pour les ennemis du Christ, nous sauvera des pièges maléfiques du malin. Amen. (A suivre)
Traduit du russe
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