Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.
(…) «En octobre 1905», raconte la moniale M., trésorière du Monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères, «alors que j’étais à Moscou pour les affaires du monastère, j’y suis restée deux semaines suite aux grèves des chemins de fer. Par le premier train qui roulait, je me suis précipitée chez le Starets, «aux Grottes» et je l’ai trouvé dans un état d’esprit un peu abattu pour lui : il était tout penché, affaibli et le visage sombre. Batiouchka, lui ai-je dit, qu’est-ce qui se passe, quelque chose de jamais vu ni entendu se déroule, des sortes de grèves?! Mais le Starets ne me répondit que brièvement : «Toute la puissance obscure s’est levée contre la Russie! Mais le Seigneur est fort, et Il sauvera le tsar! Nous devons prier l’Archange Mikhaïl. Et toi, ma petite fille,» ajouta Batiouchka, «dépêche-toi de rentrer au monastère : tout n’est pas encore fini… le sang sera versé…» Et, en effet, fin novembre, l’armée fut envoyée à Moscou pour réprimer le soulèvement armé.»
Les mémoires d’Evgenia Leonidovna Chetverukhina, née Grandmaison, concernant sa rencontre avec le Starets Barnabé, datent du 10 septembre 1904. Elle écrit : «Pendant notre séjour à la Laure, nous avons décidé d’aller auprès de l’icône (miraculeuse) de Tchernigov de la Très Sainte Mère de Dieu , et nous avons engagé un cocher.
En approchant de la Skite de Tchernigov, je me suis souvenue que le Starets Barnabé, connu pour sa vie sainte, y vivait, et nous avons décidé de lui rendre visite. Mon frère Anatole avait peur d’entendre l’une ou l’autre terrible prophétie du Starets clairvoyant, alors il nous a quittés et est demeuré à la porte ; nous sommes montés sur le porche et entrés dans le vestibule de Batiouchka. J’ai commencé à lire les «Feuillets de la Trinité». Une joie inattendue saisit mon âme, je ne sais pas pourquoi. Le Starets sortit et vint directement vers moi :
«Eh bien, jeune fille, qu’en dis-tu?»
«Gloire à Dieu!»
« Quoi? », demanda à nouveau le Starets.
«Gloire à Dieu, Batiouchka. Je ne peux rien dire de plus.»
«Quel âge as-tu? »
«Vingt ans »
«Il faut te marier.»
«Je ne veux pas.»
«Et je te bénis pour que tu te maries.»
À ce moment-là, ma mère intervint : «Batiouchka, notre fille aînée s’est mariée, mais elle n’a que des afflictions.»
«Là y a des afflictions, et ici il y aura de la joie.»
Quelques mois plus tard, Evgenia Leonidovna rencontra son futur mari E. N. Chetverukhine, qui était lui-même en relation avec le Père Barnabé. Élisée Nikolaïevitch lui rendit visite à deux reprises. La première fois, c’était en 1905, avec son père et son frère Igor. Alors, Batiouchka prédit que le plus jeune, Igor, serait le soutien de famille de son père. L’aîné, Élisée, fut offensé de ne pas être le soutien de famille. Mais les circonstances se déroulèrent précisément selon les paroles du Starets. La deuxième fois, Élisée vint voir le prêtre juste avant sa mort, lors du Grand Carême de 1906.
Il se rendit à la Skite de Gethsémani pour se préparer à la communion et assister à tous les longs offices du monastère. Il essaya de voir le Starets, mais les gens se rassemblaient invariablement autour de la maison et il ne parvenait pas à parler au Père Barnabé. Le jeudi, après les vêpres, Batiouchka, accompagné d’un moine, passa devant la foule, laissant tout le monde, sans regarder personne. La porte se referma derrière lui, le cœur d’Élisée Nikolaïevitch se serra, mais après quelques secondes, le Starets regarda et appela : «L’étudiant, tu viendras près de moi… Viens demain à cinq heures du matin, nous devons parler.»
Tôt le matin, comme sur des ailes, Élisée Nikolaïevitch vola vers le Starets. Il le fit asseoir à côté de lui, le serra dans ses bras et commença à parler : «Tu es mon cher héros de l’ascèse, tu es un confesseur de la foi en Dieu.» Élisée Nikolaïevitch raconta ses projets : à ce moment-là, il se préparait juste à entrer à l’Académie de Théologie. Il mentionna qu’il avait une fiancée, mais qu’il ne convenait pas que les étudiants de l’Académie se marient. Le Starets écouta le jeune homme et répondit d’un ton décisif : «Dieu te bénit pour entrer à l’académie, mais quant à la mariée, si Dieu le veut, en deux ans beaucoup d’eau aura coulé.» Puis il ajouta : «Tu vas t’élever, fais juste attention à ne pas être fier»… Tout se déroula ans la vie d’Élisée Chetverukhine, comme l’avait prédit le Starets Barnabé. Il étudia à l’Académie théologique, et au moment de son mariage avec Evgenia Leonidovna, les étudiants étaient autorisés à se marier. Il devint recteur de l’église Saint-Nicolas de Tolmatchi à Moscou, et les paroissiens le vénéraient et l’aimaient. La confession de la foi en Dieu du Père Élisée, prédite par le Starets de Gethsémani, eut lieu dans les années post-révolutionnaires. Il fut arrêté deux fois pour «trop grande popularité parmi les paroissiens». En sa présence, l’église Saint-Nicolas fut fermée sans ménagement et les objets sacrés furent retirés et emmenés. En 1930, il fut arrêté pour la deuxième fois, condamné à trois ans de prison et envoyé dans l’un des camps de Perm sur la rivière Vichera. Là, il mourut tragiquement dans une salle remplie de prisonniers, avec les sorties verrouillées et gardées, lorsqu’un incendie éclata pendant la projection d’un film. Beaucoup furent brûlés vifs, dont l’Archiprêtre Élisée Chetverukhine, aujourd’hui intégré par l’Église Orthodoxe russe au sein de la foule des néo-hiéromartyrs. (A suivre)
Traduit du russe.
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