Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

En 1905, il y eut une mauvaise récolte dans la province d’Orenbourg, si bien que beaucoup de cosaques ignoraient ce qu’il adviendrait de leurs familles face à la famine imminente, de plus, beaucoup d’entre eux furent envoyés en Extrême-Orient à l’occasion de la guerre contre les Japonais. Dans cette situation difficile, un des cosaques d’Orenbourg écrivit une lettre à son frère, un moine de la Skite de Gethsémani, le Père Serge, dans laquelle il demandait d’informer le Père Barnabé de la situation difficile et lui demandait conseil sur la marche à suivre et sur la vente du bétail faute de nourriture.
Batiouchka répondit calmement : «Dieu pourvoira, tout ira bien »
– Déjà le temps passe, Batiouchka, quand cela adviendra-t-il?
– Oh, comme tu as peu de foi! Pour Dieu, le temps n’est pas encore passé, et en septembre, il y aura une récolte !
Et qu’est-il advenu ? Lorsque le Père Serge reçut la lettre de son frère, dès ce moment-là, il commença à pleuvoir, l’herbe et le blé poussèrent, et la récolte fut bonne. En septembre, selon une information du frère du Père Serge, tout le village avait fait des réserves de blé, et de fourrage pour le bétail et pour la semence.
«Mon fils unique Serge», rapporta le célèbre écrivain spirituel S. Nilus au monastère en 1907, «diplômé du gymnase en mai 1901, entama le cursus universitaire du Lycée de Moscou Tsarévitch Nicolas.
Sa nouvelle vie indépendante commençait, et nous avons décidé de l’accompagner auprès du Père Barnabé pour demander sa bénédiction pour ce nouveau chemin. Ayant appris à la Laure que Batiouchka était chez lui, nous avons pris un taxi et sommes allés à la Skite de Tchernigov. Là, dans le porche de la cellule du Starets, une vingtaine de personnes attendaient son retour de Posad, où il était allé, comme nous l’avons appris plus tard, rencontrer l’épouse d’un général qui dirigeait un orphelinat. Pour ne pas perdre de temps, mon fils et moi sommes allés à Béthanie pour vénérer le tombeau de Saint Serge et prier devant le tombeau du grand métropolite Platon. En route vers Béthanie, je n’arrêtais pas de penser au Père Barnabé, et j’ai beaucoup souffert à l’idée que nous pourrions peut-être ne jamais le voir, et que mon fils ne puisse pas recevoir sa bénédiction de Starets, pleine de grâce, «pour le nouveau chemin». Et soudain, de façon inattendue pour moi, une pensée me traversa l’esprit : j’aspirais encore à ce que le Starets me donne son portrait avec sa propre inscription manuscrite. J’y pensai et puis j’oubliai. À Béthanie, il n’y avait personne d’autre que nous. Un novice se tenait aux Saintes Portes, et un autre novice nous conduisit aux sanctuaires de Béthanie. Nous vénérâmes le tombeau du Saint de Dieu et venions juste de nous incliner devant la dernière demeure terrestre du Métropolite Platon, lorsque nous avons vu un novice courir vers nous, celui qui nous avait accueillis à la porte.
– Batiouchka Barnabé vous demande de venir auprès de lui tous les deux!
Ce novice nous héla de la sorte, de loin.
– Où est-il? Et comment savait-il pour nous?
– Je ne sais rien. Batiouchka vous attend aux Saint Portail.
Nous avons couru du mieux que nous pouvions. Au portail de Béthanie se trouvait un cheval harnaché, une calèche en osier, au sommet surélevé ; Un cocher était assis sur sa banquette, et du haut de la calèche nous observait la tête d’un vieux moine aux cheveux gris, avec des yeux d’une vivacité inhabituelle, pleins de lumière, de gentillesse, d’affection, mais en même temps, pénétrant l’homme qu’ils regardaient.
C’est là que nous avons vu pour la première fois celui qui est connu par son âme pétrie de compassion, cet homme Russe au nom inoubliable de Batiouchka Barnabé.
– Vous souhaitez recevoir ma bénédiction?
Le Père Barnabé nous accueillit mon fils et moi par ces mots.
– Et toi, dit-il en s’adressant à mon fils qui se tenait là en uniforme d’étudiant, as-tu besoin de ma bénédiction pour ton nouveau chemin? Alors viens avec moi… Et comment va votre santé?
Demanda-t-il de façon inattendue, s’adressant à moi personnellement. J’étais en parfaite santé.
– Par vos saintes prières, Gloire à Dieu ! Répondis-je
– Eh bien, c’est comme ça! Suivez-moi jusqu’à chez moi !
Et Batiouchka, nous ayant bénis, roula rapidement dans sa calèche fermée en direction de la Skite de Tchernigov. Bien sûr, nous l’avons suivi, dans deux petites calèches tirées au galop sous les incitations des cochers.
– C’est moi qui t’ai ramené le Père Barnabé, dit le cocher. Il passait devant Béthanie, je l’ai rattrapé et lui ai fait faire demi-tour, disant que des messieurs voulaient le voir. C’était comme si on m’avait versé de l’eau froide sur la tête. Le pauvre homme avait pensé me plaire et gagner de l’argent pour le thé, mais n’avait pas vu que ceux de notre sorte cherchent des signes et des merveilles, et que dans nos cœurs, ce discours de cocher avaient instantanément abaissé la clairvoyance du Starets au plus profond des rencontres humaines banales… Nous arrivâmes à la Skite de Tchernigov en même temps. Batiouchka entra dans la boutique du portail, prit de la monnaie, et la donna à son cocher, et il marcha rapidement avec nous en direction de sa cellule. (A suivre)
Traduit du russe.

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