Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

(…) Le 11août 1995, Ludmila Vassilievna Kouzina parla de sa babouchka, sa grand-mère Élisabeth Mikhaïlovna Raevska, qui avant de se marier, en 1904 ou 1905 alla avec sa mère demander la bénédiction du Starets Barnabé. «Pourquoi te marier, demanda le Starets à Lisa, ma grand-mère. Les temps qui vont venir seront difficiles». La demoiselle répondit qu’elle n’était pas plus mal que les autres, et ses amies étaient toutes mariées. Le Starets bénit, mais ensuite, se tournant vers la mère, dit : «Toi, abandonne ton accordéon. Il est temps de penser aux enfants!» (Elle avait sept enfants.) Mon arrière-grand-mère fut abasourdie par ces paroles. Comment le Père Barnabé savait-il qu’elle ne s’occupait guère des enfants, mais jouait de l’accordéon? Lorsqu’ils rentrèrent chez eux au village de Kolychevo, non loin de Podolsk, alors, comme l’avait commandé le Starets, elle jeta son accordéon dans un coin du grenier. Ma mère m’a raconté cette histoire, et je m’en souviens bien, c’était pendant mon enfance.»
Comme on l’a remarqué, le Starets appelait tous ceux qui venaient «fiston» et «petite fille» et ne disait jamais à personne «vous», toujours «tu». Parmi les «fistons» on comptait, par exemple, le futur procureur en chef du Saint-Synode, V. K. Sabler, et enfin le Tsar Nicolas II, qui vint chez le Starets avec repentir au début de l’année 1905. Il n’existe pas d’informations exactes sur le contenu de la conversation entre le Tsar et le Père Barnabé. On sait seulement avec assurance que cette année-là, Nicolas II reçut la bénédiction d’accepter une mort en martyre, lorsque le Seigneur trouverait bon de le charger de cette croix.
Dans l’entourage du merveilleux Starets, il y avait de futurs apostats. Parmi ses enfants spirituels se trouvait V. N. Lvov, déjà mentionné plus haut. Comme l’écrit le Prince N. D. Jevakhov à son sujet, ce «triste sire», devenu célèbre pendant la révolution pour ses actions zélées visant à renouveler le Synode, et pour avoir écarté le métropolite Macaire (Nevski) du siège archiépiscopal de Moscou par des menaces et des piétinements des règles canoniques. Mais le fait est que ce réformateur, si je puis dire, a toujours été loin d’obéir au Starets, et bien avant la révolution, selon Jevakhov, le Père Barnabé «parlait de lui comme ‘possédé par des esprits malins’.»
Le Starets Barnabé a prédit à beaucoup de futures persécutions pour leur foi, à certains de façon discrète, à d’autres de façon très claire, et il donna des conseils sur la façon de vivre dans les décennies de tribulations. Il prédit également la future renaissance de l’Église Orthodoxe Russe. Dans une lettre adressée à N. Kiter, Batiouchka écrivit : «La persécution contre la foi continuera d’augmenter. Un malheur et des ténèbres jusqu’alors inconnus envelopperont tout et tout le monde, et les églises seront fermées. Mais quand on ne pourra plus le supporter, alors la libération viendra. Et le temps de la prospérité viendra. Les églises vont recommencer à être érigées. Il y aura une floraison avant la fin.»
Fondateur d’un monastère
Localisation du monastère
Parmi les labeurs spirituels et les podvigs monastiques du hiéromoine Barnabé, la fondation du Monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères occupe une place glorieuse. Ce travail, que le Starets de Gethsémani entreprit sur ordre de son guide, le moine du grand schème Grégoire, peut sembler dépasser les forces d’un homme. En tant que moine devant par obédience porter la Skite et Père spirituel pour toute la Russie, avec des centaines de gens venant à lui chaque jour, chacun avec ses propres afflictions, besoins et maladies, pouvait-il porter la croix d’un bâtisseur, d’un éducateur de moniales, d’un missionnaire éclairé dans une terre «complètement infectée par le schisme»? Il pleura même dans sa jeunesse lointaine, lorsqu’il entendit parler des podvigs qui l’attendaient. Pour consoler son disciple bien-aimé choisi par Dieu, le moine du grand schème lui promit le Seigneur Lui-même aide.
La foi dans les paroles de son starets théophore, l’espérance dans l’intercession de la Très Sainte Mère de Dieu et certaines circonstances extérieures contribuèrent au fait que le monastère fut effectivement construit.
Il naquit à l’intérieur des limites de la Terre de Nijni-Novgorod, presque à la frontière avec la Terre de Vladimir, au cœur de la dense forêt de Mourom. En le regardant, les habitants des environs étaient remplis d’une admiration respectueuse, voyant dans sa croissance rapide et sa prospérité une aide de la grâce venue d’en haut.
La légende populaire raconte qu’à l’endroit où le monastère a été construit, des cierges allumés étaient visibles la nuit et qu’on entendait un mystérieux son de cloches… Ce lieu était qualifié de saint par les habitants. Quand il n’y avait pas de monastère ici, une femme pieuse alla un jour aux matines dans l’église de Vyksa. «Près de l’endroit où se trouve aujourd’hui le monastère, » dit-elle, «une femme majestueuse et pleine de grâce, vêtue de noir, apparut soudain devant moi et demanda avec douceur : «Où vas-tu?» «Je vais», répondis-je, «aux matines à Vyksa.» « Pourquoi aller là? Allons au monastère», dit l’Inconnue. Sans avoir le temps de demander dans quel monastère je devais aller, et en regardant accidentellement du côté droit, j’y ai vu un monastère merveilleux et je l’ai suivie en silence. Nous avons franchi la clôture du monastère. Au-delà de la clôture, elle m’a conduite dans une magnifique église et de là m’a conduite aux grottes de cette même église, où j’ai été très émerveillée par tout. En quittant l’église, j’entendis la cloche sonner pour les matines à Vyksa, et à ce moment-là le monastère, et avec lui la merveilleux Inconnue, disparurent instantanément.»
Il était encore impossible de s’émerveiller devant les majestueuses églises à cinq dômes avec un gigantesque clocher, devant les magnifiques bâtiments en pierre blanche et autres bâtiments monastiques situés sur une superficie de trente acres, érigés en trente-six ans sous les yeux des habitants environnants dans un lieu où il y avait autrefois un désert nu. (A suivre)
Traduit du russe.

Source :