Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

(…) «Mais Lui, passant au milieu d’eux, s’en alla». Dans son aspiration à s’élever, il convient que notre esprit passe à travers les soucis et les tentations. Et souvent, il est troublé par des pensées blasphématoires. Certains se disent qu’il sont perdus, car des pensées leur ont traversé l’esprit, blasphémant Dieu, les saints, les sacrements ; or le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera pardonné ni dans ce monde ni dans le monde à venir.
Beaucoup de choses sont mal comprises ici. Le blasphème contre le Saint-Esprit, péché impardonnable qui mène à la chute de l’âme, c’est l’incroyance obstinée et le déni de l’existence de Dieu, malgré les miracles qui se produisent sous ses propres yeux, malgré la multitude de faits qui prouvent sans faille l’existence de Dieu. Le déni et l’incroyance obstinés sont un blasphème contre l’Esprit de Dieu, ils ne sont pas pardonnés ni dans ce monde ni dans l’autre ; et l’homme qui meurt sans se repentir de son incroyance, son âme est perdue.
Un exemple de ce genre de blasphémateur impénitent est Léon Tolstoï, qui rejeta obstinément l’Église et ne reconnut pas la Divinité du Seigneur Jésus-Christ, peu importe ce qu’on lui dit et peu importe comment cela prouvait le non-fondement de son opinion. S’il meurt sans se repentir, il est perdu. Si avant la mort il se repent, il lui sera pardonné.
Par ailleurs, beaucoup comprennent par blasphème contre le Saint-Esprit, les pensées mauvaises et odieuses qui surgissent quelque part dans l’esprit d’un croyant, et ils considèrent une telle personne comme perdue. Ils se trompent profondément. Comment, celui qui croit en Dieu, qui L’aime, qui espère en Lui, pourrait-il blasphémer contre Lui ? Il est évident qu’une telle pensée ne vient pas de lui-même, elle lui est inspirée par l’ennemi de notre salut, pour lequel il est particulièrement profitable que l’homme tombe dans le désespoir, considère qu’il est tombé loin de Dieu car alors, il est entre les mains du malin.
Je vous demande aussi ceci. Vous marchez sur la rue. Un homme ivre vous croise en crachant les jurons les plus terribles. Que devez-vous faire? Passer à côté de lui le plus rapidement possible, essayant de ne pas entendre ce qu’il dit. Si vous vous souvenez de quelque chose en dépit de votre volonté, Dieu vous jugera-t-Il pour cela comme si c’était un blasphème? Non, Il ne le fera pas. Ce serait une autre affaire si vous approchiez de cet ivrogne et commenciez à lui dire : «D’accord, eh bien, dis autre chose, et maintenant ça…», si vous passiez votre bras sur son épaule et marchiez avec lui, en appréciant ce qu’il dit. Dans ce cas, vous seriez condamné avec lui. Il en va de même pour les pensées : si vous essayez de les chasser hors de vous, sachez que vous n’êtes pas responsable du fait qu’elles soient apparues en vous. Vous les attribuez à tort à vous-même, mais elles ne sont pas vôtres, elles sont insufflées en vous par l’ennemi. Ce n’est que lorsque vous vous attardez volontairement sur une mauvaise pensée et que cela vous procure du plaisir que vous êtes coupable et que vous devez vous repentir de ce péché. Amen.

Juin 1909
À l’heure actuelle, non seulement parmi les laïcs, mais aussi parmi les jeunes clercs, la conviction suivante commence à se répandre : le tourment éternel est incompatible avec la miséricorde sans limites de Dieu, et par conséquent, le tourment n’est pas éternel.
Une telle idée fausse découle d’un manque de compréhension de la question. Le tourment éternel et la félicité éternelle ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais se trouvent principalement à l’intérieur de l’homme lui-même. «Le Royaume de Dieu est en vous» (Lc.17;21). Les sentiments que l’homme adopte au cours de sa vie, ils partiront avec lui vers la vie éternelle. Un corps malade souffre sur terre, et plus la maladie est forte, plus le tourment est grand. De la même manière, une âme infectée par diverses maladies commence à souffrir cruellement lors du passage vers la vie éternelle. Une maladie corporelle incurable se termine par la mort, mais comment une maladie de l’âme peut-elle se terminer lorsqu’il n’y a pas de mort pour l’âme? La malveillance, la colère, l’irritabilité, la fornication et d’autres maux de l’âme sont des reptiles qui rampent derrière l’homme même dans la vie éternelle. Ainsi, le but de la vie est d’écraser ces reptiles ici sur terre, afin d’en purifier complètement l’âme et, devant la mort, dire avec notre Sauveur : «le prince du monde vient. Il n’a rien en moi»(J.14;30).
L’âme pécheresse qui ne s’est pas purifiée par le repentir ne peut exister dans la communion des saints. Si on la mettait au paradis, cela serait insupportable pour elle d’y demeurer et elle s’efforcerait d’en sortir. En effet, comment celui qui ne connaît pas la miséricorde peut-il vivre parmi les miséricordieux, le fornicateur parmi les chastes, le malicieux parmi ceux qui débordent d’amour, et ainsi de suite?
Un professeur pauvre s’est un jour retrouvé dans un dîner de la haute société. Il était assis parmi les généraux. Il ne se sentait pas bien : il ne tenait pas son couteau et sa fourchette de la même manière que ses voisins élégants. Il noua sa serviette et il vit que ce n’était pas correct, les voisins ne le faisaient pas, il la posa sur ses genoux, et elle roula traîtreusement au sol, il dut se pencher pour la ramasser par terre. Il y avait de nombreux plats, le professeur en refusa certains parce qu’il ne savait pas comment les manger. Tout le dîner, il resta assis comme sur des fourmillements et des aiguilles, ne faisant que rêver : quand cela finira-t-il? Mais tout les autres se comportaient comme chez eux, goûtaient tous les plats, parlaient joyeusement, riaient. Enfin, le dîner se termina. Après le dessert, le dernier plat fut servi : de petits verres remplis d’un liquide blanchâtre, placés dans de grandes tasses en verre. D’abord, ils servirent le général, qui était assis à côté de l’enseignant. Le général prit la tasse et la posa à côté de lui. Le professeur avait très soif, il prit le verre et le but d’une seule gorgée. Ce n’était pas particulièrement bon; l’eau était tiède et goûtait la menthe. Mais quelle fut la confusion du pauvre professeur en voyant que tout le monde commençait à se rincer la bouche avec l’eau mais personne n’en buvait. Complètement embarrassé, il se leva de table et, au fond de son cœur, jura de ne jamais plus assister à des dîners de la haute société.
Si sur terre il est tellement désagréable de ne pas se trouver dans son propre milieu, plus encore en est-il ainsi au Ciel. (A suivre)
Traduit du russe
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