
Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».
Six janvier 1909. Baptême du Seigneur
Une grande récompense est préparée pour ceux qui aiment le Seigneur. L’Apôtre Paul dit : «Mais ce sont, comme il est écrit, des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme, les choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment» (1Cor.2,9). Oui, ils seront infiniment bienheureux, ceux qui seront dignes de recevoir la vie éternelle. Qu’est-ce que le paradis? Nous ne pouvons pas le comprendre maintenant. A certains, le Seigneur a montré le paradis sous forme d’images sensibles, le plus souvent sous la forme d’un beau jardin ou d’un temple. Quand je vivais encore dans le monde, le Seigneur m’a consolé deux fois avec des visions du paradis dans un rêve.
Un jour, j’ai vu une ville magnifique située au sommet d’une montagne. Tous les bâtiments de la ville étaient extraordinairement beaux, d’une architecture particulière que je n’ai jamais vue. Je me tenais debout, dans un ravissement, dans l’admiration. Soudain, j’ai vu le fol-en-Christ Micha approcher de cette ville. Il portait seulement une chemise qui lui arrivait aux genoux, et il avait les pieds nus. Je le regardais et vis qu’il ne touchait pas le sol, mais traversait l’air en courant. Je voulais lui demander quelque chose, mais je n’eus pas le temps; la vision prit fin et je m’éveillai. Je m’éveillai avec le sentiment d’une joie exceptionnelle dans l’âme. Je sortis. Soudain, j’aperçus Micha. Comme d’habitude, il se hâtait, il courait. Je lui dis : «Micha, je t’ai vu dans un songe, aujourd’hui». Il m’observa et répondit : «nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir» (Hébr.13;14). Ayant dit cela, il poursuivit sa course.
Une autre fois, je vis que j’étais dans une église somptueuse. Les portes royales étaient ouvertes, on célébrait l’office pascal. Un diacre d’une église de Kazan se trouvait à l’ambon. Il chantait les tropaires du canon de Pâques et le chœur les répétait. Les mots suivants impressionnèrent particulièrement mon âme : «le sacrifice parfait» [4e ode du canon de Pâques]. Le chœur chantait divinement. De ma vie, je n’avais jamais entendu pareil chant. On aurait dit que chaque atome de l’air chantait. Ce chant me touchait et m’élevait dans une joie indescriptible. Maintenant, moi, le pécheur, je ne vois plus de tels rêves, le Seigneur ne me donne plus de telles consolations. C’est ainsi que va le chemin de la vie, mais j’aimerais vivre encore ces délices au moins une fois.
Je me souviens que je vécus longtemps sous l’impression de ce songe. J’essayais de me rappeler chacun de ses détails. Je pensai aussi : comment se fait-il que dans ce songe, j’ai vu un de nos diacres? J’ai commencé à parler de lui à des gens qui le connaissaient. Au début, je recevais des réponses insatisfaisantes. On disait qu’il était une basse exceptionnelle. Une basse, et puis quoi! Ce n’est pas cela qui mène au paradis! Par la suite, j’ai appris qu’il menait un podvig en secret.
Oh, si seulement le Seigneur nous garantissait à tous d’accéder au paradis céleste ! Mais cela, nous devons l’espérer : le désespoir est un péché mortel. Il existe différents degrés de béatitude, selon les mérites de chacun : certains seront avec les chérubins, d’autres avec les séraphins, et ainsi de suite, et nous ne devrions être que parmi les sauvés. De grands héros de l’ascèse comme Saint Seraphim recevront la plus haute bénédiction. Saint Seraphim était un séraphin selon l’esprit et hérita dès lors de leur splendeur. Bien sûr, tout le monde ne peut pas atteindre une telle sainteté. Batiouchka Macaire, aujourd’hui décédé, disait : «Des luminaires tels que Saint Antoine le Grand, Saint Macaire d’Égypte et d’autres sont des généraux auprès du Seigneur, et ils occupent des places de généraux. Nous ne sommes que des soldats, et nous serons très heureux d’occuper fût-ce la dernière place parmi les sauvés».
L’esprit du mal, flambant d’envie envers le genre humain, cherche à séduire tout ceux qui sont sur la bonne voie, et il séduit même les paresseux et les négligents. Autrefois, le malin apparut à un certain ascète de façon perceptible. L’ascète lui demanda :
– Pourquoi attaquez-vous le genre humain avec tant de malice?
– Et pourquoi prenez-vous nos places laissées vacantes? Répondit l’esprit du mal.
Pour leur orgueil, les esprits mauvais ont perdu leur bonheur céleste, et maintenant des gens prennent leur place grâce à leur humilité ! Grande est l’humilité ! Elle nous place au-dessus de tous les pièges du malin.
Un jour, Saint Antoine eut une vision de la façon dont l’ennemi tendait ses pièges partout et à tous. Le héros de l’ascèse fut troublé et, soupirant, dit : « eigneur, qui donc pourrait échapper à ces pièges?» Et il entendit la réponse : «Les humbles». Nous devons essayer d’acquérir l’humilité. Sans elle, tous nos podvig ne signifient rien. Si l’homme pense qu’il est quelqu’un, c’est qu’il est tombé. L’humble pécheur est plus agréable au Seigneur que le juste fier.
Saint Macaire d’Égypte se distinguait par ses dons spirituels particuliers. On ne le qualifie pas simplement de saint, mais de grand saint. Mais un jour, il eut l’idée qu’il accomplissait son service comme un centre spirituel dans une région où il vivait , un soleil auquel tout le monde aspirait. En fait, c’était vrai. Mais lorsque le moine pensa cela de lui-même, une voix lui vint, disant que dans le village le plus proche vivaient deux femmes, plus agréables à Dieu que lui. Le Starets prit sa houlette et partit chercher ces femmes, qui étaient plus agréables à Dieu. Par la Providence divine, il les trouva bientôt et entra dans leur demeure. Voyant Saint Macaire, les femmes tombèrent à ses pieds et ne trouvèrent pas les mots pour exprimer leur surprise et leur gratitude. Le moine les releva et commença à les supplier de lui révéler comment elles plaisaient à Dieu.
– Saint Père, dirent les femmes, nous ne faisons rien qui plaise à Dieu, prie pour nous, au nom du Seigneur.
Mais le saint se mit à insister pour qu’elles ne lui cachent pas leurs vertus. Les femmes, craignant de désobéir au Starets, lui parlèrent de leur vie.
– Nous étions étrangères l’une pour l’autre, mais après avoir épousé deux frères, nous avons commencé à vivre ensemble et n’avons pas été séparées depuis quinze ans. Pendant cette période, nous ne nous sommes jamais disputées et nous ne nous sommes pas adressé un seul mot offensant. Nous essayons, si possible, de nous rendre à l’église de Dieu aussi souvent que possible, nous observons les jeûnes établis. Autant que possible, nous aidons les pauvres… Nous vivons avec nos maris comme avec des frères, et nous n’avons absolument rien d’autre de bon.
– Et quoi, demanda le Starets, vous considérez-vous comme saintes ou justes pour le bien que vous faites?
– Saintes? S’étonnèrent les femmes. Mais quelles saintes ou quelles justes serions-nous? Nous sommes les plus grandes pécheresses, prie pour nous, Saint Père, et que le Seigneur nous fasse miséricorde!
Le Saint leur donna sa bénédiction et se retira dans le désert, remerciant Dieu pour l’avertissement qu’il avait reçu. Il ne dit pas un mot de sa vision aux femmes, craignant de leur nuire par ses louanges. (A suivre)
(A suivre)
Traduit du russe
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