Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements sprituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer (?) à l’histoire de sa vie.
Tonsure Monastique
Paternité Spirituelle
Le novice Basile garda soigneusement dans son cœur et accomplit saintement les ordres de ses pères spirituels, ressentant auprès d’eux le soutien sur les chemins de sa vie. Son entrée dans la voie de la paternité spirituelle s’accomplit naturellement. Déjà à l’époque du Père Daniel, le novice Basile, sur décision de Batiouchka et en son nom, donnait souvent des conseils aux visiteurs et répondait à leurs questions et leurs doutes. Dans les dernières années de sa vie, le Starets Daniel, qui était auparavant réticent à recevoir des visiteurs, se mit à renoncer complètement à ce genre de conversations, ce qui conduisit presque tous ceux qui venaient avec leurs problèmes à se tourner vers le novice Basile. Lui ne refusait personne. En conséquence, et très vite, son nom devint connu parmi les pèlerins.
La vie ne fut pas facile pour Basile après la mort du Starets Daniel : il avait l’habitude de toujours et en toutes choses consulter son père spirituel. Sa perte a exacerbé le sentiment de solitude, alourdi la charge de la paternité spirituelle, et la responsabilité même envers Dieu et le peuple crut fortement. On peut dire que le jeune starets faillit perdre courage, supportant à peine le fardeau qui pesait sur lui.
Il convient de noter qu’extérieurement la vie du novice Basile ne changea pas fondamentalement. Comme du temps de son Starets, son service envers le prochain, qu’il percevait comme une obédience, se poursuivait. Mais maintenant, alors que son nom gagnait en popularité, le nombre de ceux qui voulaient venir le voir et s’entretenir avec lui augmentait fortement.
Un an après la mort du Starets Daniel, un changement important eut lieu dans la vie du novice Basile. Le 30 juillet 1866, il attendait une décision du Conseil Spirituel de la Laure pour recevoir la tonsure monastique. Dans le rapport du Conseil, établi par le Métropolite Philarète de Moscou et Kolomna, la demande suivante était formulée :
« Convaincu par la bonne vie menée pendant l’épreuve du noviciat de Basile Merkulov, lequel souhaite entrer dans la vie monastique en prononçant ses vœux monastiques, Le Conseil établi la demande de permission et la bénédiction archipastorales pour le tonsurer moine, suite à sa bonne vie et à l’accomplissement zélé de l’obédience qui lui a été confiée.»
Le 20 novembre 1866, le novice Basile Merkulov fut tonsuré moine par le fondateur de la Skite de Gethsémani, le Hiéromoine Anatole, sous le nom de Barnabé (qui signifie « enfant de miséricorde, fils de consolation ») en l’honneur du saint Apôtre Barnabé. «Les moines connaissent», écrit l’un des biographes de l’ancien Barnabé, «la signification que la tonsure a pour les tonsurés. Ce moment est inexplicable, il régénère vraiment l’homme dans sa totalité. À ce moment-là, le moine tonsuré oublie tout sauf Dieu. Le moment de la tonsure reste dans l’âme pour la vie. Ces mêmes sentiments, probablement, furent ressentis par le moine débutant. Il vit et comprit qu’il n’y avait désormais qu’une seule route devant lui, un seul objectif : les podvigs monastiques, la prière, le jeûne et la vigilance constante sur lui-même.»
Lorsque l’homme s’exerce à un travail, il développe des muscles, devient plus fort physiquement, plus fort corporellement, et c’est ainsi dans la vie spirituelle : plus il y a une lutte tenace et incessante avec le monde, «gisant dans le mal», la chair et le malin, plus la puissance spirituelle du combattant augmente, jusqu’à atteindre la maîtrise complète de son «je» spirituel et la soumission totale de sa chair à l’esprit. Ainsi, menant son podvig tout au long de sa vie monastique, le moine Barnabé grandit peu à peu et se fortifia en esprit, appelé d’en haut à porter le fardeau des infirmités des gens.
Ayant vécu toute sa vie dans le repentir, la contrition de cœur, le podvig de la prière, invisibles aux yeux indiscrets, préservant une profonde humilité, une pureté enfantine et la chasteté, l’ascète du Christ s’efforça de toutes les manières possibles de cacher son œuvre au monde. Mais même le côté extérieur de son podvig monastique : les travaux de son obédience, son humilité, sa douceur, sa patience, sa compassion pour tous, surtout pour les démunis, suscitait l’admiration du peuple.
Comme pour satisfaire le désir des pèlerins d’avoir le moine Barnabé comme père spirituel, les autorités du monastère le présentèrent pour les rangs sacerdotaux. La Providence de Dieu prépara pour le moine de pieuse vie un nouveau fardeau de service.
Le 20 août 1871, le Conseil Constitué de la Laure adressa une lettre au Métropolite Innocent (Veniaminov-Popov) de Moscou et Kolomna concernant l’ordination du moine Barnabé au rang d’hiérodiacre. Dans le registre des célébrants, il est noté que le moine Barnabé «se comporte bien et accomplit son obédience avec diligence». Le 29 août 1871, l’Évêque Léonide (Krasnopevkov) l’ordonna hiérodiacre dans l’église Saint-Nicolas du Monastère Saint Nicolas-Ougrechski. «Après son ordination», écrit l’un des biographes, «lorsque le Père Barnabé devait souvent célébrer, son âme était remplie d’une extase inexplicablement élevée, et la prière du pieux hiérodiacre était brûlante».
Mais avant que le hiérodiacre nouvellement ordonné ait eu le temps de s’habituer au service du diaconat, il fut élevé au rang de prêtre. Le 10 janvier 1872, le Conseil Constitué de la Laure adressa une pétition au Métropolite Innocent de Moscou et de Kolomna pour l’ordination du Hiérodiacre Barnabé au rang de hiéromoine. Avant l’ordination, le Hiérodiacre Barnabé signa ce qui est nommé le serment du hiéromoine.
«Je, soussigné, observant le serment d’allégeance à Sa Majesté Impériale, que j’ai donné de façon sacrée et inviolable , et qui suis désormais appelé au rang de hiéromoine, je prête serment devant Dieu Tout-Puissant et me prosterne devant le Saint L’Évangile, de ce que je désire et, avec l’aide de Dieu, m’efforcerai de mener, les services de ce rang de toutes les manières possibles conformément à la parole de Dieu, aux règles de l’Église et aux instructions des autorités ; de célébrer obligatoirement les offices divins et les sacrements selon l’oustav de l’Église, sans rien changer arbitrairement ; de conserver l’enseignement de la foi et d’enseigner aux autres sous la direction de la Sainte Église orthodoxe et des Saints Pères ; de protéger les âmes confiées à ma garde contre les hérésies et les schismes, et d’éclairer ceux qui se sont égarés et les orienter vers le chemin de la vérité ; de mener une vie pieuse et sobre, éloignée des vains usages du monde, dans un esprit d’humilité et de douceur, et de conduire les autres à la piété par un bon exemple ; dans chaque œuvre de mon service, d’avoir en mes pensées non pas mon honneur ou mon gain, mais la gloire de Dieu, le bien de la Sainte Église et le salut de mon prochain ; qu’en cela le Seigneur Dieu m’aide par Sa grâce, par les prières de la Très Pure Mère de Dieu et de tous les saints. En conclusion de ce serment que je fais, j’embrasse la parole et la Croix de mon Sauveur. Amen. Le Hiérodiacre Barnabé s’engage par ce serment.»
Le 20 janvier 1872, dans l’église du pokrov du monastère Vysokopetrovsky, le Hiérodiacre Barnabé fut ordonné hiéromoine par l’évêque Ignace (Rojdestvenski) de Mojaïsk. Un nouveau pasteur et homme de prière se tenait devant le trône du Seigneur Dieu, destiné à rassembler autour de lui une grande multitude d’enfants spirituels et à servir fécondement ses prochains, instillant paix et amour dans leurs âmes.
Seul le Seigneur Dieu sait quel feu de révérence et d’amour brûlait dans le cœur du nouveau prêtre lorsqu’il apparut pour la première fois devant Son trône.
La maturité spirituelle du Hiéromoine Barnabé ne pouvait être cachée à ceux qui le connaissaient. Bientôt, sa grande popularité au sein du peuple poussa l’higoumène de la Laure, l’Archimandrite Antoine, à confirmer le Père Barnabé dans le titre de Père spirituel pour les pèlerins des «Grottes» de la Skite de Gethsémani.
Peu importe combien le jeune moine rejeta une telle responsabilité, les autorités décidèrent fermement qu’il devait «se conformer à cela», et le prêtre se soumit. Élevé jusqu’alors par des startsy qui le guidaient et un podvig monastique secret, le Père Barnabé devint lui-même l’éducateur et le médecin spirituel du cœur des gens, qui répondaient à sa voix d’amour et de compassion. Nous étions le 24 janvier 1873. À partir de ce moment, le Starets devint un Père reconnu de ses enfants spirituels, qui renaissaient spirituellement dans une nouvelle vie, totalement dévoués et profondément aimants envers lui. (A suivre)
Traduit du Russe
Source : 