Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.
(…) Le commerçant moscovite Ivan Fiodorovitch Roubtsov rapporta le cas suivant.
Son fils, élève d’un lycée à Iaroslavl, s’enfuit pendant la guerre des Boers, il s’enfuit de chez lui avec des camarades pour aller en Afrique aider les Boers. «Et ainsi, ma femme et moi», dit le marchand, «avons vécu un chagrin terrible pendant trois jours, nous avons envoyé des télégrammes dans toutes les régions de Russie concernant l’interception de notre fils et nous désespérions déjà de le retrouver. J’ai décidé d’aller à la Laure de Saint Serge auprès du Père Barnabé pour lui demander ses prières et ses conseils sur ce qu’il fallait faire.
J’étais accompagné par un étudiant, un athée. Ayant appris le but de mon voyage chez le Hiéromoine Barnabé, il voulut immédiatement me persuader de l’emmener voir ce «faiseur de miracles», et je l’emmenai. En entrant dans la cellule du Père Barnabé, j’ai reçu, en larmes, sa bénédiction, et lui, sans écouter un mot, a dit : «Eh bien, pourquoi pleures-tu?! Votre fils sera amené à Moscou demain avec dix-huit autres camarades dans telle gare.» Et il s’approcha de l’élève et, le bénissant, lui dit : «Tu termineras le cours comme premier de classe, tu te marieras, tu seras un merveilleux homme de famille et tu croiras en Dieu.» Et tout cela s’accomplit exactement.»
Une des admiratrices du Père Barnabé raconta, après la mort de celui-ci, un cas remarquable de clairvoyance du Starets. Après s’être séparée de son frère, elle ne reçut aucune information à son sujet pendant longtemps. Par hasard, elle apprit que son frère était mort. Arrivée chez le Starets, elle lui demanda s’il était vivant ou mort. Le Starets réfléchit, devint d’une certaine façon un peu triste, puis, se tournant vers elle, dit : «Non, ton frère est vivant, mais par ses péchés il est mort.» En effet, après un certain temps, elle rencontra son frère, mais en même temps elle apprit des détails à son sujet qui lui firent comprendre que son frère avait emprunté la voie d’un grave vice.
«Pendant les trente années pendant lesquelles j’ai connu Batiouchka, j’ai eu l’occasion de lui rendre visite à de nombreuses reprises pour divers besoins pratiques», écrit le propriétaire mocovite V. G., «et à de nombreuses reprises j’ai ressenti la puissance de ses prières. Je vais maintenant vous raconter une histoire qui témoigne du don de clairvoyance du Starets rempli de grâce.
Une fois, je me suis adressé à Batiouchka pour obtenir une bénédiction pour une certaine entreprise. L’ancien déconseilla de commencer ce travail et dit : «Vous aurez beaucoup de difficultés.» Malgré cela je continuai à lui demander de le bénir. Alors Batiouchka sortit de la cellule sur le porche, regarda le ciel, réfléchit et dit : «Si tu le demandes de cette façon, je te bénis.» Ayant reçu la bénédiction, je me suis mis aux travail. Tout se passa bien jusqu’à ce que j’édite une publication, qui occasionna tous les ennuis. Le service des droits d’accise est venu chez moi, a rédigé un procès verbal et m’a accusé en vertu de deux articles criminels, qui indiquaient ma culpabilité. Selon un article de la loi, j’étais passible d’une amende de six cents roubles, selon l’autre, de trois mois de prison. L’affaire passa du juge de paix au tribunal où elle fut entendue trois fois, et, malgré tous les arguments du département des accises, le tribunal m’acquitta. Au moment où mon cas était examiné, je me suis tourné vers le Père Barnabé pour demander conseil et je lui ai parlé de ma situation. Le Starets m’a béni, a promis de prier, a réfléchi un moment et a dit : «Il ne t’arrivera rien.» Les paroles de Batiouchka se sont pleinement réalisées.»
Le Père Barnabé aida le colonel Pavel Ivanovitch Plikhankov (le futur Starets Barsanuphe) à entrer à la Skite d’Optina. Le vénérable Hiéromoine Ambroise d’Optina ordonna à Plekhankov de terminer toutes ses affaires officielles en trois mois, et s’il n’arrivait pas à temps, il mourrait. Sur le chemin du retour, probablement avec la bénédiction du Starets Ambroise, Pavel Ivanovitch fit escale à la Skite de Tchernigov. Il y resta six jours, se confessa et communia. Il vit aussi le Starets Barnabé, autour de la cellule duquel une multitude de personnes se rassemblait toujours, comme dans la Skite d’Optina près de la «cabane» du Père Ambroise. Dans ses «Notes de cellule» de 1892, le Père Barsanuphe rédigea une brève note à propos de cette visite : «En chemin, je me suis arrêté à la Laure de la Trinité-Saint Serge et de là je suis allé à la Skite, où j’ai été trouvé digne de voir le Père Barnabé. Quand il me regarda, il ma dit : «Tu dois te marier! Tu vivras très, très longtemps. Tu as une maladie due à un rhume… » En effet, je souffrais de la grippe à l’époque et je ne m’attendais pas à m’en remettre. J’ai compris plus tard les mots «tu dois te marier»; ils signifiaient entrer dans une union spirituelle avec le Christ.» Les paroles du Starets Barnabé furent interprétées pour Pavel Ivanovitch à Optina par le Père Anatole (Zertsalov) : «Chaque âme chrétienne est l’épouse du Christ, il est donc nécessaire de «se marier», c’est-à-dire de s’unir au Christ ; le mot «froid» signifie une maladie spirituelle dont une personne souffre jusqu’à ce que le Christ soit présent en elle.» Le 28 décembre 1909, le Père Barsanuphe déclara à son futur successeur, le novice Nikolaï Beliaev : «Je n’en ai jamais parlé à personne, mais je vous le dis. Quand je suis allé voir le Père Barnabé, il m’a prédit beaucoup de choses, et beaucoup de choses se sont déjà réalisées. Il m’a dit : «Tout le monde s’inclinera devant toi…», et en effet, ils le font… Et ensuite : « Tu vivras et feras la prière de Jésus.» Pavel Ivanovitch devint moine, puis Supérieur de la Skite, puis higoumène du monastère, et il commença à réciter la prière de Jésus en tant que novice et atteint un grand succès dans cette démarche… Et puis, quand il quitta le monde, toutes sortes d’obstacles se sont présentés. Plikhankov vint à Saint-Pétersbourg offrir sa démission, et on lui proposa d’autres perspectives brillantes, sa démission en fut retardée. Ses camarades se moquaient de lui, on ne le payait pas, il ne pouvait rembourser tout le monde, il cherchait à emprunter de l’argent et n’en trouvait pas. Mais le Starets Barnabé l’aida, lui montrant où en trouver, et le fit se hâter d’accomplir le commandement de Dieu. (A suivre)
Traduit du Russe
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