Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

Entretiens à Optina Poustin
Entretiens en 1907.
Batiouchka Barsanuphe à propos de lui-même
Mon grand-père et mon arrière-grand-père étaient des négociants millionnaires. A Samara, toute une rue leur appartenait, qui s’appelait Rue de Kazan. De façon générale, toute notre famille se trouvait sous la protection particulière de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan.
Quand j’avais trois ou quatre ans, mon père et moi allions souvent à l’église, et bien souvent, lorsque je me tenais devant l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu, il me semblait que la Très Sainte Mère de Dieu, comme vivante, me regardait depuis l’icône, souriante, elle me faisait signe. Un jour, je courus vers mon père.
– Papa, papa, Elle est vivante, répétai-je.
– Qui, mon enfant? Demanda mon père.
– La Très Sainte Mère de Dieu.
Mon père ne me comprenait pas. Un autre jour, alors que j“avais six ans, le cas suivant se produisit. Nous vivions dans la datcha de notre propriété d“Orenbourg. Notre maison se trouvait dans un immense parc-jardin et était surveillée par des gardiens et des chiens, si bien qu’il était impossible à un inconnu de s’introduire secrètement dans le parc.
Nous nous promenions, mon père et moi dans le parc, et soudain surgit d’on ne sait où une sorte de starets. Avançant vers mon père, il dit :
– Souviens-toi, père, que cet enfant, en son temps, tirera les âmes hors de l’enfer. Ayant dit cela, il disparut. On fit des recherches partout pour le retrouver, en vain; aucun des gardes ne l’avait vu.
Ma mère décéda lorsque je vins au monde, et mon père se remaria. Ma belle-mère était profondément croyante, et une femme exceptionnellement bonne, si bien qu’elle remplaça pleinement ma mère. Et même, ma mère n’aurait peut-être pu me donner une telle éducation.
Elle se levait très tôt chaque jour et allait aux matines avec moi chaque jour, malgré mon jeune âge. Je m’éveillais tôt le matin, mais je ne voulais pas me lever. La bonne aidait ma belle-mère à se laver et pendant ce temps, je m’enfonçais dans mon édredon. Ma belle-mère était prête :
– Ah, Paul dort encore, disait-elle. Amène-moi ici de l’eau bien froide, disait-elle à la bonne.
Instantanément je sortais de mon édredon.
– Mais petite-maman, je suis déjà éveillé, disais-je.
On m’habillait et j’allais à l’église avec ma mère. Il faisait encore complètement noir. Par moment je trébuchais dans les congères de neige en me hâtant pour suivre ma mère.

Elle aimait aussi prier à la maison. Elle chantait parfois l’acathiste et moi, je poussais ma voix fluette : «Très Sainte Mère de Dieu, sauve nous!».
A neuf ans, on me mit au Gymnase. L’es années d“école s’écoulèrent rapidement. Après, je suis entré au service, basé à Kazan, sous la protection de la Reine des Cieux.
Quand j’eus atteint vingt-cinq ans, ma mère me proposa de me marier. Sur son insistance, je me suis approché des femmes pour la première fois et j’ai entamé la conversation avec elles. « Mon Dieu! Quel ennui insupportable, pensais-je, tout le monde ne parle que de voyages, de vêtements, de chapeaux. De quoi vais-je parler avec ma femme si je me marie? Non, je vais laisser tomber.» Cinq autres années passèrent. Ma petite mère recommença à me conseiller : «Réfléchis, Pavloucha, peut-être que tu voudras aussi te marier, regarde de plus près les jeunes filles, certaines te plairaient-elles? » J’obéis à ma mère, mais comme la première fois, je retirai une telle impression de la conversation avec les femmes que je pris dans mon âme la décision de ne pas me marier. Quand j’atteignis trente-cinq ans, ma petite mère remit le sujet sur la table : «Eh bien , Pavloucha, tu continues d’éviter les femmes? Bientôt tes années passeront, personne ne voudra plus t’épouser, veille à ce que tu ne t’en repentes pas plus tard. » Par obéissance, je suivis le conseil de ma mère et me remis à m’entretenir avec les femmes. Un jour un grand dîner fut organisé chez une de mes connaissances. «Eh bien,» pensai-je, celle à côté de qui on me fera m’asseoir, j’entamerai avec elle une longue conversation.». Et soudain, on plaça un prêtre à côté de moi pour le dîner. Il se distinguait par l’élévation de sa vie spirituelle et s’entretint avec moi de la prière de Jésus.
Je fus tellement absorbé par ce qu’il disait que j’en oubliai complètement mon intention de parler à de possibles fiancées. Quand le dîner fut terminé, j’ai décidé de ne pas me marier, ce que j’ai dit à ma mère. Matouchka en fut très heureuse. Elle avait toujours voulu que je consacre ma vie au Seigneur, mais ne m’en avait jamais parlé d’elle-même.
Par des voies impénétrables, le Seigneur me conduisit au monachisme. Par la miséricorde de Dieu, j’ai découvert Optina et le Père Ambroise, qui m’a béni pour entrer au monastère.
Un an avant mon entrée à la Skite, le deuxième jour de la Nativité du Christ, je revenais d’une liturgie très matinale. Il faisait encore nuit, et la ville venait tout juste de commencer à s’éveiller. Je marchais dans les rues complètement désertes. Soudain, un petit vieux est venu vers moi, et me demanda l’aumône. Je me suis rendu compte que je n’avais pas emmené mon portefeuille et qu’il n’y avait que vingt kopecks dans ma poche. Je les ai donnés au vieil homme en disant : «Je suis désolé, je n’ai rien de plus avec moi.» Il m’a remercié et m’a donné une prosphore. Je l’ai prise, mise en poche, et je voulais juste dire quelque chose au mendiant mais il avait disparu. En vain, j’ai cherché partout, il avait disparu sans laisser de trace. L’année suivante, ce jour-là, j’étais déjà à la Skite. Si vous regardez attentivement la vie , vous verrez qu’elle est pleine de miracles, mais souvent, nous ne les remarquons pas et passons indifféremment à côté. Que le Seigneur nous accorde la sagesse de vivre les jours de notre vie dans l’attention, accomplissant notre salut avec crainte et frémissement. Amen. (A suivre)
Traduit du russe
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