Les trois traductions proposées à partir d’aujourd’hui sur ce site à propos du Saint Archimandrite Sophrony l’Athonite n’ont pas tant pour objet d’exposer sa vie ou ses enseignements que de tenter de faire percevoir la sainteté qui émanait de lui, la vie en Dieu dont il était un splendide luminaire. Ses œuvres et celles de ses enfants spirituels sont accessibles en maintes langues, entre autres sur le site du monastère qu’il a fondé en Angleterre, le Monastère Saint Jean le Précurseur, dans l’Essex. La qualité du service d’expédition est exceptionnelle.
Le texte proposé en deux partie et dont la première est ci-dessous, est la traduction d’un article original russe accessible sur le site du Saint Monastère Sainte Élisabeth de Minsk. Deux hommes très différents partagent successivement leurs souvenirs de leur première rencontre avec Saint Sophrony l’Athonite, qui était encore alors le «Père Sophrony». Le second est l’écrivain et éditeur Klaus Kenneth. .
Le Seigneur jugea que le Saint Archimandrite du Grand Schème Sophrony devait accomplir son service spirituel pendant des décennies parmi des personnes peu familières avec l’orthodoxie. Le Starets ouvrit la voie vers Dieu à beaucoup de gens. Klaus Kenneth partage ses souvenirs de sa rencontre avec son futur père spirituel .
« Un jour, je traversais Lausanne avec mon amie Ursula. Soudain, une silhouette inhabituelle apparut devant nous : un homme âgé, grand, légèrement voûté, à la barbe blanche et portant une longue soutane noire, traversait la route. À ses côtés marchait son compagnon plus jeune, habillé exactement de la même façon. Le vieil homme était familier à Ursula. Elle m’a demandé de me garer à proximité dès que possible pour qu’on puisse lui parler. Nous sommes sortis de la voiture et nous nous sommes présentés. Le moine âgé nous a invités dans un bâtiment voisin pour discuter.
– C’est un starets très célèbre, réussit à me chuchoter Ursula.
– Qu’est-ce que ça veut dire, ai-je demandé dans un même chuchotement.
– Cela signifie qu’il est une autorité spirituelle, un mentor respecté de tous. Ses livres ont façonné toute une génération, et il compte de nombreux adeptes à travers le monde.
– Alors c’est un gourou?
– Bien sûr que non. Mais quelque chose de plus. On peut le comparer aux apôtres, Paul ou Pierre.
– Tu plaisantes ! Je n’y croyais pas.
Mais en regardant le vieil homme de plus près , je compris qu’il y avait vraiment un pouvoir secret en lui. Nous sommes arrivés dans une pièce étrange. Cela ressemblait à un bureau ou un boudoir. Pour ne pas immédiatement commencer par des choses élevées, j’ai entamé la conversation par une remarque ironique :
– La vie est si belle et colorée. Pourquoi portez-vous des vêtements aussi sombres et ternes?

En guise de réponse, le vieillard fit un signe de la main, m’invitant à regarder par la fenêtre.
– Regardez attentivement cette rue.
Je voyais passer un flot de voitures de différentes marques et couleurs. Voici une Ford bleue, une Honda argentée, une Volkswagen rouge, une Mercedes noire, un taxi Fiat jaune, et ainsi de suite. Nous les avons regardés en silence un moment. Puis il s’est tourné vers moi.
— Quelle voiture aimez-vous le plus parmi tous ces modèles?
– Eh bien, la plus élégante, la Mercedes noire.
– Voilà pourquoi nous sommes vêtus de noir, dit-il, en souriant légèrement.
Sa plaisanterie me plut. Ursula dit qu’elle voulait rester ici un moment pour parler de quelque chose d’important avec le mystérieux vieil homme. Moi, je devais aller plus loin, jusqu’à la ville voisine de Neuchâtel, où j’avais un rendez-vous. Et j’ai annoncé cela au monsieur âgé. Il répondit sur le même ton légèrement taquin.
— Vous savez, j’ai un peu d’expérience en matière de prise de parole en public. Me permettrez-vous de vous donner quelques conseils?
– Bien sûr, rendez-moi ce service.
– Il vaut mieux commencer une conférence par une petite plaisanterie pour que les gens rient un peu. En les faisant sourire, vous gagnerez leur sympathie. On pourrait dire qu’ils seront dans votre poche et vous suivront partout. Essayez, puis dites-moi, quand vous reviendrez si ça a marché.
Je l’ai vu rire doucement et joyeusement en même temps, tout son corps vibrant de rire. Encore une fois, il m’a semblé qu’il émanait quelque chose de mystérieux. Il y avait quelque chose de très attachant et profond chez lui. À mon retour de Neuchâtel, je ne manquai pas de lui rendre visite, et je lui dis que j’avais suivi son conseil. Bien sûr, il avait tout à fait raison dans sa prédiction.
Le Starets s’appelait Père Sophrony, il avait quatre-vingt-sept ans. Dès la toute première rencontre, mon cœur a su que j’avais rencontré un saint. Il n’y avait aucun doute là-dessus. Un vrai chrétien s’était présenté devant moi. En une fraction de seconde, il avait réussi à me faire une impression très profonde et très puissante. J’ai été frappé par sa gentillesse et sa perspicacité, qui, cependant, ne l’empêchaient pas de traiter tout le monde avec amour.
Il ne théorisait ni ne théologisait pas, en aucune manière il ne mettait en valeur son statut élevé, mais il communiquait simplement, avec humour, chaleur et sincérité. Et surtout, il ressentait un amour et un respect sans limites pour l’interlocuteur. Il me semblait que de tels «vieux hommes sages» n’existaient que dans les films et les livres pour enfants (comme «Le Seigneur des anneaux» ou «Les Chroniques de Narnia»), et qu’ils n’existent pas dans la vie réelle. En même temps, toute ma vie, j’ai cherché une telle personne. Et quand je l’ai rencontré, j’étais absolument certain que c’était l’Amour en chair et en os.
Une telle personne, pensais-je, ne pouvait appartenir qu’à la vraie et véritable Église, celle même que le Christ a fondée. Presque immédiatement, j’ai appris que le Père Sophrony était un clerc de l’Église Orthodoxe. Je pensais que cette Église avait probablement échappé à la corruption causée par les conflits, scandales, scissions, conflits internes, jalousie, compétitivité et prosélytisme. Bien sûr, j’ai appris plus tard que toutes ces maladies ne contournaient pas du tout l’Église orthodoxe. Mais pour une raison quelconque, l’essence de son enseignement restait inchangée et pure.
L’Ancien me semblait être le symbole de la communauté idéale de croyants, unissant le Christ et tous ses saints, les Pères de l’Église, les premiers apôtres. Et l’Orthodoxie a embrassé toute une époque, de l’aube du christianisme jusqu’à aujourd’hui. Auparavant, je ne voyais que des fragments de vérité dans diverses églises, mais maintenant tout cela s’était assemblé chez ce prêtre et moine, le Starets Sophrony.
Lors de ma deuxième visite, alors que je parlais de la conférence à Neuchâtel, j’ai ressenti une telle joie à communiquer avec lui que je n’ai pas pu retenir mes larmes. La rencontre avec le Starets est devenue un cadeau de Dieu, directement adressé à moi. Ainsi, le Père céleste m’a conduit vers un père spirituel terrestre. À la fin de notre deuxième rencontre, j’ai demandé la permission de le photographier.
« Non!» Il répondit avec une netteté inattendue dans la voix.
J’étais gêné. Qu’est-ce que cela signifiait? Heureusement, il a rapidement expliqué sa réaction inhabituelle à ma demande :
– Vous comprenez, cher Klaus, constamment on me photographie. Il y a des centaines de portraits de moi, mais je n’y ressemble pas du tout à moi-même. Ce n’est tout simplement pas moi ! Et j’en ai assez. J’espère que vous me comprendrez.
J’étais bouleversé. J’aimais tellement cet homme ! Apparemment, il a perçu ma déception et a donc rapidement changé d’avis.
– Bon, d’accord» soupira-t-il. «Prenez des photos si vous voulez. Mais le problème, c’est que je manque déjà d’humilité…
Il manquait d’humilité? J’étais stupéfait ! Un homme aussi généreux et respecté se considère-t-il comme pas assez modeste? Il retira ses lunettes et se prépara à être photographié. Mon cœur s’est réjoui, bien que je ne savais pas encore que cette photo allait faire le tour du monde et préserver l’image d’un homme cher à beaucoup pendant de nombreuses années.
Après plus de vingt ans, mon épouse visita un monastère dans les Balkans et parla de ses rencontres avec le Père Sophrony. Les religieuses lui montrèrent un portrait, qu’elle reconnut instantanément et dit à l’higoumène surprise qu’il avait été réalisé par Klaus Kenneth lors du premier jour de sa rencontre avec le Starets.
Des milliers de personnes de différents pays vinrent auprès du Saint Archimandrite Sophrony pour recevoir des conseils spirituels. Par les prières du Starets, de nombreux cas de guérison ne cessèrent pas, même après son passage dans l’éternité. Le Starets Sophrony, qui souffrait lourdement d’une maladie oncologique chronique, reposa en Dieu le 11 juillet 1993 au monastère Saint Jean le Précurseur dans l’Essex. Là, dans une crypte aménagée à l’avance, son corps fut inhumé. Le 27 novembre 2019, le Patriarcat Orthodoxe de Constantinople a glorifié le Père Sophrony sous le nom de Saint Sophrony l’Athonite.
Traduit du russe
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