Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.
(…) Les communications entre le monastère et le chef-lieu de Province, Nijni-Novgorod, située à deux cents verstes de celui-ci, s’effectuaient par deux voies principales : par train depuis Mourom et par vapeur le long de l’Oka depuis la jetée la plus proche, Dostchatoe, située à dix verstes du monastère. Vers Ardatov, la ville chef-lieu de district, à quatre-vingts verstes du monastère, il y avait une route à travers campagnes et forêts. Les désagréments dus à l’éloignement des deux grandes villes provinciale et de district étaient compensés largement par la proximité du gros bourg commercial et industriel de Vyksa, où, à tout moment de l’année, il était possible de faire les provisions de tout ce qui était nécessaire dans la vie quotidienne. La proximité d’un endroit aussi fortement peuplé embarrassa grandement le père fondateur du monastère, l’amenant plus d’une fois à envisager de trouver un autre lieu plus isolé pour le monastère.
À propos de l’événement qui mit fin à tous ses doutes, le Starets lui-même déclara ceci : «Une fois, lors d’une de mes premières visites au refuge d’origine des moniales, tard dans la soirée, je suis sorti sur le perron. Il faisait complètement noir, et le ciel très nuageux était morose. Et comme le refuge dans les bois m’a paru alors misérable, comme il avait l’air abandonné! Dans une profonde tristesse pour les moniales ermites sans défense, j’ai involontairement levé les yeux vers le ciel, plaçant mentalement tout mon espoir dans la miséricorde du Père de tous les orphelins et des veuves. Soudain, au-dessus du bâtiment du refuge, le firmament, jusque-là complètement sombre, fut tranché par une vaste bande lumineuse, brillante, scintillant doucement de couleurs arc-en-ciel. Ce phénomène dura près d’un quart d’heure. Alors j’ai compris que le Seigneur voulait sanctifier et glorifier cet endroit… Après cette consolation remplie de grâce, tout doute disparut en moi, et mes pensées lourdes furent remplacées par la joie devant la bienveillance de Dieu envers le monastère naissant des fiancées du Christ.»
Le monastère fut érigé dans cette région dont les habitants étaient composés non seulement d’orthodoxes, mais aussi d’un grand nombre de schismatiques et même de non-croyants. Ici, à la suite de la contagion du schisme, de nombreux orthodoxes avaient adopté une attitude froide envers l’Église et le typikon. Dès lors, ce monastère parfaitement organisé remplit sans aucun doute un rôle spirituel important pour les habitants de la région. En tant que centre de vie spirituelle, le monastère, tant par l’aspect extérieur de ses églises que par ses offices divins quotidiens, rappelait aux habitants des environs la seule chose nécessaire : plaire à Dieu et sauver notre âme. L’âme de chacun fut involontairement remplie de sentiments de joie et de tendresse, lorsque, lors de la dédicace, les pèlerins commencèrent à affluer ici au son solennel des cloches.
Les offices monastiques fervents soutenus par le chant harmonieux et la lecture intelligible des religieuses, leur vie pieuse selon le typikon strict, leur courtoisie amicale et leur attitude bienveillante envers tous, ainsi que la distribution, à des prix très modérés, parfois gratuitement, d’icônes, petites et grandes, des feuillets « De la Trinité» et «De l’Athos», tout cela ensemble produisit un effet bénéfique sur le peuple. Les églises du monastère étaient toujours remplies de monde. C’était particulièrement bondé pendant les fêtes. Parmi celles-ci, des offices solennels étaient célébrés le 8 juillet, jour de la transformation de la communauté de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères en monastère cénobitique, et le 15 août, jour où l’Église orthodoxe commémore la Sainte Ascension de la Mère de Dieu au ciel. La veille, des vigiles nocturnes particulièrement émouvantes étaient célébrées, composées en lien avec l’office divin du Grand et Saint Samedi selon le rite de Jérusalem. Sa particularité réside dans le fait que l’office festif habituel des matines du jour de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, est complété par des tropaires spéciaux, chantés dans la même mélodie que «Le Noble Joseph ». En même temps, le clergé en riches ornements liturgiques sortait de l’autel, portant solennellement l’icône de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu brodée d’or sur un velours en forme de suaire, et il la plaçait à l’endroit préparé à cet effet au centre de l’église. Des cierges étaient distribués aux moniales et à tout le monde ce jour-là. Après encensement du suaire, la lecture touchante concernant la Toute Pure commençait. Les cœurs des fidèles brûlaient de prière profonde à ces moments. Tous étaient agenouillés…
Les trois hôtelleries du monastère pouvaient accueillir quatre cents personnes, où les pèlerins bénéficiaient d’un logement gratuit et du repas copieux du monastère. Cela contribuait également grandement à attirer les pèlerins.
L’activité du monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères ne se limitait pas à la seule pastorale des orthodoxes, elle s’étendait bien au-delà des murs du monastère dans le but particulier de contrer le schisme, ainsi que de protéger les croyants orthodoxes contre l’intégration dans les rangs des croyants du Vieux Rite.
Pour mener des entretiens avec les schismatiques, il fallait une littérature spéciale, qu’on achetait avec l’argent des dons. Aux frais du monastère, une église-école fut construite dans l’un des villages défavorisés. Grâce à ce type d’efforts du monastère, le nombre de schismatiques convertis à la foi orthodoxe s’éleva à des centaines. Tout commença par la rencontre du Père Barnabé (alors encore le novice Basile) avec un natif de Vyksa, Dimitri Pivovarov.
Fol-en-Christ
Fils de parents orthodoxes, Dimitri Pivovarov, fréquentait les schismatiques «sans prêtres», qui constituaient la majorité de la population de Vyksa, et il adhéra bientôt lui-même au schisme. Son mariage avec la fille d’un schismatique y contribua beaucoup. Pendant longtemps, Pivovarov et toute sa famille vécurent dans les logements de l’usine Lepechkine, parmi les gens d’usine tumultueux. Doté par nature d’un caractère joyeux et vivant, il se soumettait facilement à l’influence de son environnement et passa sont temps de façon peu morale jusqu’à l’âge adulte. S’étant éloigné de l’orthodoxie, Dimitri, noyé dans les reproches de sa conscience face à ses réjouissances immorales, oublia complètement Dieu et pendant dix-sept années entières n’entra pas dans une église de Dieu.
Mais le Seigneur miséricordieux força l’homme à revenir à la raison. Le chagrin soudain qui le frappa, la terrible mort de sa fille de sept ans, (la fillette tomba de l’étage supérieur du logement dans d’immenses latrines et en mourut) choqua tellement l’impressionnable Dimitri qu’il changea complètement, et devint pensif et triste. Réveillée, sa conscience le poussa à aspirer à Dieu et à chercher consolation en Lui seul. Mais l’esprit curieux de Dimitri voulait savoir avec certitude s’il se trompait sur la vraie foi ou non. Cette question douloureuse le hantait. Ainsi, sur les conseils et les instructions de bonnes gens, il partit en pèlerinage au saint monastère du grand ascète russe Saint Serge de Radonège, vénéré même par les schismatiques. Depuis la Laure, avec d’autres pèlerins, Dimitri se rendit à la Skite de Gethsémani, où il rencontra pour la première fois le novice Basile. A propos de cette rencontre, Dimitri raconta ce qui suit : «En entrant dans la cellule, je me suis arrêté derrière tout le monde et j’ai commencé à écouter attentivement les conversations et instructions que le père spirituel donnait à diverses personnes. J’avoue que je ne pouvais être qu’étonné de son inventivité pour répondre aux besoins de chacun. Il parlait très simplement, mais avec tant de force et de conviction que beaucoup pleuraient même à ses paroles. Tout cela m’a énormément surpris, et j’ai ressenti un profond respect pour lui. En prenant congé, le Starets commença à donner à chacun une petite croix de cyprès à porter autour du cou. Avec une telle croix, il s’approcha de moi et, me la tendant, dit :
– Voici pour toi, une bénédiction, prends-la.
– Merci, je n’en ai pas besoin, répondis-je, et je ne pris pas la croix.
Ce refus déconcerta, apparemment, le Starets, il me lança un long regard perçant. Honteux, je baissai les yeux… (A suivre)
Traduit du russe.
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