Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

(…)
– Écoute, si tu veux, reste près de moi dans ma cellule, nous allons parler.
Tous sortirent et nous restâmes à deux. Notre conversation dura plus de trois heures. Ce qu’il me dit et comment il me le dit, je ne peux le raconter ici. Je me souviens d’une chose : j’ai quitté sa cellule en larmes et j’ai erré seul dans la forêt du monastère jusqu’à la nuit sombre. Après les paroles du confesseur de la Skite, ma vie antérieure, mon apostasie pernicieuse de la Sainte Église Orthodoxe, m’a semblé terrible. Toute la nuit, je n’ai pu fermer les yeux. Je croupis ainsi jusqu’à la sonnerie des matines. Avec une horreur inexplicable et des tremblements, j’ai franchi le seuil de l’église. Les pensées qui me tourmentaient même ici, dans le sanctuaire de l’église, ne me laissaient pas en paix. Une tristesse insupportable me broyait le cœur.
Mais peu à peu, l’office monastique empreint de piété des moines a commencé à éveiller mon attention et à avoir un effet réconfortant sur mon âme souffrante. Les matines furent suivies de la première liturgie du jour. En l’écoutant, je pleurai, mais non plus de tristesse et de découragement, plutôt de tendresse et de gratitude envers le Seigneur, le Sauveur, qui par Sa grâce m’avait retrouvé, moi qui périssais dans le schisme. À partir de ce moment, j’ai fermement décidé d’abandonner à jamais mon ancienne erreur, et c’était comme si une lourde pierre était tombée de mon cœur, si bien que je me suis senti léger et joyeux. Plus d’une fois lors de ma visite, j’ai rencontré le Starets; je fus renforcé par sa conversation sincère. Ici, dans la communauté de la Skite de Gethsémani, j’ai de nouveau été uni à l’Église Orthodoxe et j’ai été autorisé à communier aux Saints Mystères du Christ. Une seule chose me troublait encore : parmi mes proches, il y avait beaucoup de schismatiques sans prêtre. Il n’y aurait pas de fin à leurs moqueries et aux insultes pour ma conversion à l’Orthodoxie. J’ai même décidé de ne pas retourner dans ma terre natale. Basile avait une opinion différente. «Mon ami,» me dit-il, « le Seigneur miséricordieux, dans Sa bonté ineffable, t’a appelé des ténèbres à la lumière, de l’erreur à la vérité. Et combien de temps, peut-être, tes parents et proches stagneront-ils encore dans l’obscurité de l’erreur pernicieuse? «Il n’est pas bon de prendre le pain des petits enfants», dit le Sauveur. Par conséquent, retourne auprès des tiens et contribue par tous les moyens à leur illumination et à leur conversion à l’Orthodoxie. Tu as peur de leur moquerie à ton égard et des désagréments qui pourraient en découler. Mais ne fuis jamais l’épreuve : le monde entier, selon les paroles des Écritures, se trouve dans le mal. N’oublie pas que c’est à travers de nombreuses afflictions, qu’il nous appartient d’entrer dans le Royaume de Dieu, et que les souffrances pour l’amour du Seigneur, pour la gloire de Sa Sainte Église, sont véritablement bénies. «Bienheureux serez-vous quand on vous insultera, quand on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi», dit-on de ceux qui sont affligés de la sorte. Et dans le monde aussi bien que dans la solitude, quiconque a soif de salut peut plaire au Seigneur, car en tout lieu est Sa domination.»
Le Starets m’a dit bien d’autres choses dans le même esprit instructif, m’exhortant à retourner dans ma patrie et de toute la force de mon âme à contribuer à la conversion à l’Orthodoxie de mes proches schismatiques et des autres villageois. En même temps, mon maître et bienfaiteur m’a indiqué les mesures par lesquelles je pouvais les influencer, et m’a béni pour une vie nouvelle et difficile.»
Avec stupéfaction, les villageois virent arriver Dimitri, qui apparut après une longue absence, sous un aspect étrange. Il portait un caftan aux écussons multicolores, une casquette haute et de longues bottes jaunes. Dans sa main, il tenait un bâton avec une colombe. Des mouvements étranges et des discours incohérents donnaient l’impression qu’il était dépourvu de toute saine raison. Ce fut le début du grand podvig de folie-en-Christ qu’il mena, et pour lequel le Starets l’avait béni. Sous couvert de folie, Dimitri commença à mener son podvig de missionnaire parmi ses compatriotes.
Il est lourd, le podvig de la folie-en-Christ! Il faut renoncer intégralement aux biens de ce monde, et à soi-même, afin que tout en étant sain d’esprit, on paraisse fou, supportant les moqueries, les insultes et même les coups, endurant tout patiemment et supportant tout avec douceur et humilité. Ainsi, Dimitri erra dans le village, ne prêtant pas attention aux moqueries de ses compatriotes, et par ses discours mystérieux de fol-en-Christ, leur exposant leurs erreurs et leur impiété.
Avant la fondation du monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères, il vécut pendant environ quatre ans en toute solitude en dehors du village, dans un ancien cimetière abandonné depuis longtemps. D’abord dans un abri, puis dans une petite cellule, que gens bienveillants lui construisirent.Là, abandonné et méprisé de tous, étranger non seulement pour les étrangers, mais aussi pour ses plus proches parents selon le sang, il mena son podvig secrètement, épuisant sa chair et passant du temps dans les labeurs du jeûne et de la prière. Parfois, il sortait de sa solitude, assistait aux offices, mais ne priait jamais devant les gens.
– Dimitri, pourquoi ne pries-tu jamais Dieu?, demandèrent certains d’entre eux.
– Mais tu es venu dans l’église, et tu as pensé à… et le fol-en-Christ se mettait à révéler les pensées secrètes qui se cachaient derrière les questions, et il ne se trompait pas.
Sous couvert de folie, il exposait hardiment les vices et les faiblesses humains. Dimitri se rendit aussi chez les habitants de Vyksa : il réconfortait les attristés, aidait, quand il le pouvait, les nécessiteux, réconciliait lors des conflits. Avec le temps, les gens ont commencé à écouter ses discours apparemment incohérents, à examiner de près diverses pitreries «étranges». Et en même temps, ils savaient à quel point cet homme menait une vie ascétique et stricte, et ils devinrent de plus en plus convaincus qu’il n’était pas celui qu’il prétendait être, mais un véritable serviteur de Dieu, digne de tout le respect. (A suivre)
Traduit du russe.

Source :