
Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».
28 Décembre 1908. Saints jours de la Nativité.
Aujourd’hui, nous pouvons dire ceci : parmi les différents endroits où on recherche le Christ, vous êtes venus ici, mes enfants. Que le Seigneur vous récompense pour cela et vous envoie paix et joie du Saint-Esprit dans vos cœurs. Heureux soyez-vous, car vous aimez le Seigneur et vous passez cette grande fête de la Nativité du Christ à l’intérieur des murs du saint monastère. Le monde sombre désormais dans les vices et les iniquités, et beaucoup périssent irrémédiablement, mais vous êtes en sécurité ici, dans un havre saint et paisible, en visite auprès de la Très Sainte Mère de Dieu. C’est par Ses prières maternelles et Son intercession que vous êtes arrivés ici. Rendez grâces à Dieu, de ce qu’Il vous protège des malheurs et des attaques. Et peut-être que l’un d’entre vous sera plus tard honoré du rang angélique. Je ne vous dirige ni vers le monastère ni hors du monastère. Dans le monde aussi, il est possible d’être sauvé, mais il ne faut pas oublier Dieu. Les gens vont dans les monastères pour atteindre la perfection la plus élevée. Certes, il y a plus de tentations ici, mais à cause de cela, le Seigneur vient à l’aide, et plus que dans le monde. Un certain saint voulait savoir comment le Seigneur aidait les moines, et il eut une vision : il vit un moine entouré d’une foule d’anges avec des lampes allumées. On dit qu’il y a moins de tentations dans le monde. Mais imaginons un homme poursuivi par un méchant. Supposons qu’il parvienne à s’échapper, mais que ce dernier lui agite le poing à distance, disant : «Attends un peu que je t’attrape!» et supposons qu’un homme marche et soit attaqué par toute une foule d’ennemis, il n’y a nulle part où fuir. Mais soudain, de nulle part, un régiment de soldats se précipite à sa défense, et les ennemis prennent la fuite tout meurtris. La seconde option est sans doute plus sûre que la première, n’est-ce pas? Il en va de même au monastère : bien que l’ennemi attaque plus fort, la puissance de la Grâce de Dieu est proche. Au monastère, il faut des efforts, mais il y aussi de grandes consolations, dont le monde n’a aucune idée. Il est difficile de bien commencer, mais une fois qu’on a posé les bases, il devient plus facile et plus joyeux d’œuvrer pour Dieu, car l’espérance du salut nous inspire. Le visage même d’une personne qui travaille pour Dieu exprime son avancement spirituel. Une fois, j’ai vu un évêque à l’église, dont le visage a attiré mon attention. Je me suis souvenu des paroles de l’Évangile : «Il entrait à Jérusalem.» En effet, cet évêque menait une vie ascétique et se rendait régulièrement dans la Jérusalem céleste.
Au contraire, le visage d’un homme vicieux reflète son humeur spirituelle. Mais ce qui est particulièrement triste, c’est que parfois des gens au bon cœur sont inattentives à la vie, vivent jour après jour sans avoir conscience de leurs actions et meurent ainsi.
Du passé lointain, le visage de l’une de mes bonnes connaissances, le musicien et compositeur Paskhalov, se présente à moi. Il avait un grand talent, des milliers de personnes se rassemblaient lors des concerts qu’il donnait. Dans le monde, j’étais un grand amateur de musique et je jouais moi-même de l’harmonium. Pour améliorer mon jeu, j’ai commencé à prendre des leçons chez Paskhalov. Au début, il a demandé un montant élevé pour les cours, mais j’avais l’argent et j’ai accepté. Puis il m’a apprécié, moi, l’indigne, et m’a proposé d’étudier gratuitement, ce que j’ai bien sûr refusé. Nos cours se passaient bien, mais la chose qui me rendait triste, c’est que Paskhalov s’était complètement éloigné de l’Église. J’ai dû lui en parler plus d’une fois.
– «Sans l’Église, il est impossible d’être sauvé,» lui dis-je, «vous croyez tout de même en Dieu, alors pourquoi rejetez-vous les moyens du salut?»
– Qu’est-ce que je fais? Je vis comme tout le monde, comme la majorité, pourquoi avons-nous besoin de rituels? Est-il impossible d’être sauvé sans aller à l’église?
– Impossible, répondis-je. Il y a sept portes pour le salut. Vous en avez déjà passé une, mais vous devez aussi entrer par les autres.
– Quelles sont les sept portes? Je n’ai jamais rien entendu de tel.
– Les sept portes sont les sept Mystèress. Le Saint-Baptême, vous l’avez reçu, donc une porte a été franchie, mais il est nécessaire d’entrer par la porte du Repentir, de s’unir au Christ dans le Mystère de la Sainte Communion…
– Mais, que me racontez-vous, Paul Ivanovitch, chacun sert Dieu du mieux qu’il peut, de la manière qu’il pense nécessaire. Vous par exemple, vous allez à l’église, vous observez les jeûnes, etc., et je sers Dieu par la musique, est-ce que ça n’a pas d’importance? Et sans attendre de réponse, Paskhalov commença à jouer. Je n’avais jamais entendu une telle musique, il joua de façon inimitable ce soir-là. Je vivais dans un appartement meublé, et voilà que tous les couloirs étaient remplis de monde, les portes de toutes les pièces s’ouvraient, tout le monde voulait écouter le brillant compositeur. Enfin, il termina.
– Merveilleusement beau, fis-je remarquer, mais la musique est la musique, et elle ne peut toujours pas remplacer l’Église, il y a un temps pour tout.
Notre conversation s’éternisa ce soir-là, bien après minuit. Il partit d’humeur particulière, apaisé et joyeux. Le lendemain, il revint me voir.
– Vous savez, Paul Ivanovich, toute la nuit j’ai réfléchi à quel grand pécheur j’étais, depuis combien d’années je n’avais pas jeûné. Quand le Grand Carême approchera, je me préparerai certainement et communierai.
– Pourquoi attendre le Grand Carême? Communiez maintenant.
– Non, c’est gênant maintenant, parce que le Grand Carême n’est plus très éloigné.
Paskhalov pensait bien, mais il avait oublié qu’il y avait un ennemi qui n’aimait pas ce changement en lui, et qu’il devait se préparer à lutter, tout cela, il l’avait négligé. Tard un soir, arriva lui et demanda à la bonne de payer le cocher. Elle sortit dans la rue, mais au lieu d’un cocher, elle vit un monstre sur le siège du fiacre. Son apparence était si terrible que la servante s’évanouit. On ne sait pas où l’ennemi emmena ensuite Paskhalov, mais dès le lendemain il mourut subitement. Et son âme périt à jamais. Je le plains du fond du cœur. L’ennemi pose son piège partout, souhaitant détruire l’homme, et détruisant les imprudents. (A suivre)
Traduit du russe
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