Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

26 décembre 1909. Saints jours de la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ.

Je viens de raccompagner une femme affligée, et je vais vous parler un peu d’elle. Voici trois ans, elle est venue me voir, accompagnée de son mari. Elle est originaire de Koursk et ce sont des négociants très riches. A cette époque, la vie était belle. Mais maintenant, elle vient d’enterrer sa mère et c’est tout juste si elle n’a pas été enterrée elle-même.
Le commerce n’est pas un milieu facile pour les femmes. Elle a fait faillite et de tout son capital, il ne demeure que quarante mille roubles. Elle marchait un soir, et deux hommes l’ont attaquée, l’un lui a pris son argent, six cents roubles, et l’autre l’a frappée d’un objet à la tête. Depuis, elle souffre d’une douleur sourde permanente dans la tête. Maintenant, elle voulait liquider ses affaires, car on menace de la tuer. Eh bien, j’ai conseillé à L.P.Karaceva de ne pas arrêter les affaires; l’avenir nous montrera, mais maintenant il faut revenir à la raison, et Gloire à Dieu. Oui, il est difficile de commercer, et nous sommes maintenant occupé à mener un commerce, mais un commerce différent. Nous sauvons nos âmes, nous les nourrissons spirituellement, et pour elles, nous nous accrochons nous-mêmes à des saintes prières et nous sommes sauvés. Ainsi, tout tourne en rond. Par exemple, je n’échangerais pas ma pièce de prière, mon coin de prière, contre un superbe palais royal, comme à Moscou, par exemple, le palais du Kremlin. Quelles salles on voit là-bas! Des colonnes de malachite, du marbre, du luxe ! Mais chez moi, c’est encore mieux, et pas seulement chez moi, des gens vivent dans les sous-sols, partout c’est bon, avec le Christ.
Vous avez déjà entendu l’histoire de Menchikov? Un jour, Pierre Premier se déplaçait, et un garçon avec un plateau arriva face à lui.
– Qu’est-ce qu’il y a sur ton plateau?
– Des crêpes épaisses.
– Des crêpes épaisses? Fais-moi goûter ça.
Il goûta.
– Ben oui, des petites crêpes. Elles sont bonnes. Et toi, tu viens d’où?
– De paysans du Gouvernorat d’Orlov.
– Viens avec moi. Tu me connais?
Le jeune garçon répondit :
– Non, et mes crêpes, je les emmène?
– Oui tu emmènes les crêpes.
Le Tsar Pierre Premier avait un esprit pénétrant, et il savait choisir ses gens. C’est ainsi qu’Alexandre Danilovitch Menchikov devint généralissime de toutes les armées. Une de ses filles devint la fiancée du Tsar. Menchikov atteignit son plein épanouissement sous Catherine I, mais sous Pierre II, il se trouva des calomniateurs. Et Menchikov se brûla aussi les mains, il était dominé par l’appât de l’argent.
Un jour, on attendait le Tsar Pierre II à l’église. On avait préparé le trône, mais il ne venait pas. Alors, Menchikov prit sa place. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone, mais cela arriva rapidement aux oreilles du tsar. Celui-ci entra en colère, et il ordonna de transférer tous les biens de Menchikov au Trésor Public (il y avait pour 125 pouds d’or sans compter l’immobilier), et de l’envoyer lui et sa famille en exil.
Pendant qu’Alexandre Danilovitch se tenait à la place du Tsar, un bienheureux sautillait à cloche-pied autour de lui et criait : «Danilytch, tsar, Danilytch, tsar!». Tous s’étonnaient et demandaient au bienheureux ce que cela signifiait. Mais il répéta seulement «Danylitch, tsar!».
L’épouse de Menchikov mourut et n’atteignit pas Berezovo. Sa tombe se trouve jusque aujourd’hui à Kazan. Mais ses filles vécurent avec lui. En exil, Menchikov changea complètement. Il allumait des lampades ou des cierges et lisait le psautier (ce qui n’est pas d’usage chez nous; on dit qu’il serait juste bon pour être lu par les vieilles femmes devant les morts), et il répétait sans cesse : «C’est un bien pour moi que Tu m’aies humilié», Seigneur (Ps.118,71). Menchikov fut pardonné par Pierre III, mais il n’attendit pas le pardon et mourut à Berezovo. Ses filles rentrèrent à Saint-Pétersbourg et se marièrent.
Nous croyons que Menchikov fut trouvé digne d’une couronne impériale dans la Maison de Dieu, comme il est dit dans l’Apocalypse de Saint Jean le Théologien (Apoc. 2,10). C’est cela que lui avait prédit le bienheureux avec ses paroles : «Danilytch, tsar!».
Pourquoi ai-je raconté tout cela? Pour qu’une couronne impériale vous soit préparée à vous aussi, si vous y avez droit. Et comment y avoir droit? C’est une longue histoire; en résumé, c’est l’accomplissement des commandements de l’Évangile, et surtout, l’amour. Sur lui reposent toute la loi et les prophètes : ne juger personne, n’offenser personne, prier à la mesure de nos forces et de nos capacités. Quand vous atteindrez la fin de votre vie, on ne sait quand, mais elle viendra tôt ou tard, peut-être pourrez-vous recevoir une couronne royale et devenir rois et prêtres de notre Dieu Très Haut, pour les siècles des siècles. Aujourd’hui, évidemment, je ne peux pas encore voir ces couronnes, mais peut-être les recevrez-vous.
Le récit suivant est bien connu. Un jour, le Tsar Ivan IV se rendit à la Liturgie. Le peuple, ôtant les chapkas, s’inclinait profondément devant lui. Seul Basile le fol-en-Christ sautillait sur une jambe sans lui prêter aucune attention. On lui dit «Vassenka, ôte ta chapka, le tsar passe devant toi.» «Le tsar passe, le tsar passe» dit le bienheureux, en montrant un femme toute simple. Ainsi, on ne parvint pas à le convaincre de s’incliner devant le tsar. Il agit de la sorte, car de ses yeux spirituels, il voyait la couronne royale, non pas sur la tête d’Ivan IV, mais sur la femme toute simple. La Providence Divine est merveilleuse et mène l’homme sur le chemin de la vérité.
A Koursk vivait le riche négociant bien connu, Antimonov,, qui disposait de millions. Il avait un fils unique, Ivan, qui aspirait constamment à la vie monastique, alors que ses parents voulaient absolument le marier. La mère mourut, et sur son lit de mort, elle dit à son fils : «Vania, va au monastère». Mais une année s’écoula, et le père, ayant trouvé une riche et jeune beauté alla lui rendre visite pour son fils. Autrefois, on ne discutait pas sur cette question, on faisait ce que les parents disaient. Au retour du père, le fils lui demanda :
– Eh bien, petit papa, elle est bien la fiancée?
– Très bien.
– Quand me bénis-tu pour que j’aille l’examiner?
– Il n’y a rien d’urgent.
– Comment ça, petit papa, je dois me marier, non? Il faut bien que j’aille voir à quoi ressemble la fiancée.
– Il n’est pas nécessaire d’aller la voir. Il y a une fiancée, mais ce n’est pas pour toi.
– Comment ça?
– C’est comme ça, moi je vais l’épouser.
– Toi tu te maries, et moi, tu m’envoies à la pêche.
– Vas à Dieu.
Il se leva et partit, mais au lieu d’aller à la pêche, il vint directement à Optina. Il conduisait une troïka, et le cocher dépassa accidentellement l’hôtellerie. Le père aubergiste sortit au son de la cloche et vit : une troïka roulait et un laïc était assis dessus, et sur sa tête il portait une mitre.
– Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur! Qu’est-ce que c’est que ça? Je perds la tête car je n’ai pas dormi !
Il rentra à l’hôtellerie et raconta. Voilà ce que je viens de voir.
– Mais Père, vous avez encore toute votre tête?
– Sortons sur le porche et voyons.
Ils sortirent. Pendant ce temps, le cocher avait fait faire demi-tour au cheval et arrivait à nouveau. Antimonov inclina la tête.
– Vous êtes arrivé aujourd’hui?
– Oui, le cocher est allé plus loin par distraction… Mais qu’as-tu Père, pourquoi me regardes-tu ainsi?
– Mais sur votre tête, il y avait quelque chose?
– Une casquette.
– Une casquette?
L’hôtelier se rendit auprès du Père Archimandrite Moïse et raconta tout. Mais le Père Moïse n’eut aucune information à donner.
– Je ne sais que dire, vas chez Batiouchka Macaire.
Mais c’est le Père Macaire qui vint lui-même à sa rencontre :
– Et alors, tu as vu un archimandrite? Quelle mitre il portait! Il sera grand, notre Archimandrite Isaac!
Et il en fut ainsi. Mais sur le moment, on ne dit rien à Antimonov. Le père fut tellement fâché sur son fils qu’il ne le vit pas pendant trois ans. Ensuite, il vint et dit :
– Eh donc, montrez-moi le novice.
Optina lui plut tellement que c’est tout juste s’il ne voulut pas y rester lui aussi. Mais Batiouchka Macaire lui dit :
– Non, continuez à vivre comme vous vivez, vous n’en avez plus pour très longtemps.
Le Père Isaac dirigea le monastère pendant trente huit ans. Ils sont variés les chemins que Dieu indique pour mener les gens au salut. Amen. (a suivre)

Traduit du russe
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