Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

(…) La Mère trésorière alla voir le Père Barnabé et l’informa de la maladie de la Supérieure et de ses dispositions pas du tout amicales envers lui. Le gentil et doux Batiouchka envoya plus d’une fois la mère trésorière auprès de la Supérieure à Moscou, pour tenter de la calmer, de la persuader d’abandonner ses prétentions inutiles et avides de pouvoir. Mais c’est peut-être cette douceur du Starets qui nourrit une fierté et une confiance en elle-même encore plus grandes chez Maria, guère évoluée du fait de ses capacités intellectuelles limitées.
À son retour dans la communauté au début de 1879, Maria Pivovarova ne quitta pas sa cellule pendant deux mois en raison de son état de santé. Quand, enfin, elle commença à apparaître parmi les sœurs, le changement qui s’était opéré en elle stupéfia tout le monde. La Supérieure de bonne humeur, d’une humeur joyeuse, était devenue irritable, hautaine et soupçonneuse. Rapidement, la communauté se divisa en deux parties. A la tête de la première, comptant le moins de moniales, se tenait la Supérieure. La deuxième partie rassemblait les trois quarts des moniales et défendait Batiouchka avec désintéressement, endurait patiemment, au nom de la vérité, toutes sortes d’afflictions, d’oppressions et de moqueries de la part de la partie à la tête de laquelle se tenait Maria, la supérieure morbidement irritable, qui regardait toutes et tout avec méfiance. Par souci d’équité, il faut dire que ce n’était pas tant la Supérieure elle-même qui était responsable de tous ces ennuis, une jeune femme de faible volonté qui était d’accord avec tout le monde et faisait confiance à tous, mais plutôt les sœurs de son entourage. Quoi qu’il en soit, Maria n’était pas en paix. Tout le temps, elle souffrait et était tourmentée, consciente de sa culpabilité vis-à-vis du Starets. Dans ses moments de clarté d’esprit, elle se levait souvent, surtout la nuit, silencieusement et, tombant à genoux devant les icônes, priait en larmes : «Seigneur, que dois-je faire, je suis en train de périr! Papa, tu devrais me voir maintenant. J’ai été retournée contre mon guide et père, et je ne sais pas si je parviendrai à racheter ma faute et me faire humble devant lui.»
Les sœurs du monastères étaient placées dans une situation très difficile. Ressentant le besoin pressant de la direction, des instructions, des conseils et des leçons spirituelles du Starets, et pleinement conscientes de la dépendance matérielle du monastère envers lui, elles exprimèrent le désir d’avoir une autre supérieure, partageant leur attitude. Embarrassée par un tel retournement inattendu, lors de la fête de l’Annonciation, la Supérieure, passant de l’église au réfectoire, voulut calmer les sœurs et dit que tout reviendrait comme avant, demandant seulement que personne n’interfère dans ses affaires et ses ordres.
Pour découvrir la véritable disposition des sœurs, le doyen suggéra que la Supérieure établisse une liste signée, mentionnant les noms de celles qui étaient du côté du Père Barnabé et de celles qui étaient du côté de la Supérieure.
Il s’avéra en fin de compte que sur deux cents moniales, pas plus de quinze étaient derrière la Supérieure. Un tel résultat eut un effet déprimant sur Maria Pivovarova. Voyant qu’elle avait perdu la considération des sœurs, elle décida de renoncer à demeurer supérieure. Ce retournement de la situation la fit prendre en pitié par les sœurs, qui étaient prêtes à pardonner Marie du fond du cœur. L’aînée d’entre elles disait :
– Matouchka, nous souhaitons seulement une chose, que vous vous réconciliez avec le Starets. En nous détournant de ses bons conseils et instructions, vous et nous, nous éloignons de lui. Mais si bien sûr vous ne souhaitez pas vous réconcilier avec le Starets, alors, il est mieux, évidemment, de renoncer à être supérieure et de faire revenir le calme en vous, et en nous. La Reine des Cieux ne vous abandonnera pas et nous toutes vous respecterons.
Mais alors Marie fut arrêtée dans son effort de changement, par ses soi-disant proches. Elle resta supérieure.
Les paroles prononcées par le Père Barnabé concernant la période des troubles et adressées aux sœurs lors d’une de ses visites à la communauté à Pâques, ont été conservées. Batiouchka commença son adresse ainsi :
«Le Christ est ressuscité ! Bien-aimées mère et sœurs dans le Seigneur. Je rends maintenant visite à votre saint monastère et à toute votre assemblée aimant Dieu, peut-être pour la dernière fois, car, premièrement, de nombreux obstacles ont surgi de la part de mes supérieurs. Deuxièmement, il y a beaucoup de murmures et de mécontentement chez les sœurs elles-mêmes à propos de mon incapacité à être un guide dans leur vie spirituelle. Troisièmement, et surtout, il y a la proximité de l’heure de notre mort, dont nous devons toujours nous souvenir. Notre vie est dans Sa sainte volonté, et peut-être ce jour ou cette heure sont-ils les derniers pour moi. C’est pour cela que j’ai souhaité vous parler en ce moment de séparation, sinon de tout, du moins de ce qui est le plus proche de nous tous et qui n’a pas encore quitté notre mémoire.
C’est premièrement le murmure et le mécontentement de nombreuses sœurs, en particulier les anciennes, qui se croient plus sages, peut-être pas pour leur âge, ou à cause de leur long séjour au monastère, mais surtout celles qui, ayant vécu dans d’autres monastères, ont adopté pour elles-mêmes des manières et des coutumes qui ne servent pas le bien commun et la paix. Elles veulent que tout soit fait à leur manière, et non conformément à ce que l’obéissance exige, et dès lors elles ne font pas montre de la due obéissance envers la supérieure et s’opposent à mes conseils et instructions…
C’est vrai, je dois l’avouer, et je le confesse devant vous toutes, mes conseils et instructions, venant d’un homme maladroit et inexpérimenté dans la guidance spirituelle, et le plus grand des pécheurs, peuvent être incommodes à mettre en pratique ou indignes d’attention. J’admets que moi-même je vis dans la négligence, et par mes actions, mes manières, mes paroles et mes actes, et en général par toutes les choses inconvenantes caractéristiques des grands pécheurs, c’est par tout cela que je suis peut-être le premier à avoir suscité de telles tentations et reproches… C’est pourquoi je vous demande humblement pardon à toutes.
… En même temps, je vous demande humblement d’écouter attentivement ce que je voudrais vous dire. (A suivre)
Traduit du russe.
Source :