Sommes-nous Ennemis des Grecs ? (2/2)

Ce texte de Konstantin N. Leontiev fut publié pour la première fois en 1878 dans le n°9 du magazine 4421-1-bigPétersbourgeois «Le Monde Russe» («Русский мир»). Il a ensuite été intégré dans le recueil d’articles paru sous le titre «L’Orient, la Russie et le Monde Slave» à Moscou en 1885-1886, et réédité en langue russe pour la dernière fois en 1996. Jusqu’à présent, il n’avait pas fait l’objet d’une traduction en Français, du moins à notre connaissance. En voici la deuxième partie. La première est ici.

Entre le soulèvement crétois et l’affaire d’Herzégovine se produisit une chose, très grave aux yeux du public russe, ainsi que triste et importante pour les Grecs : la rupture entre Grecs et Bulgares.
Le schisme bulgare a séparé les Bulgares de l’Église Œcuménique, les plaçant en Thrace et en Macédoine immédiatement sous la direction de leur exarque, de leurs évêques choisis directement par le peuple, et offrant aux dirigeants de la nation bulgare la possibilité de tenter pour la première fois de détacher «des Grecs», pourrait-on dire, toute la population bulgare, jusqu’au dernier des villages macédoniens. L’hellénisation des Bulgares jusqu’aux Balkans, et la Grande Idée des Grecs devinrent dès lors impossibles. Read more

L’église comme Lieu de la Culture russe.

Pere_Jean_RobertiLe numéro 121 du Message Orthodoxe (III -1992) proposait un long et très beau texte de l’Archiprêtre Jean Roberti, intitulé l’apport russe à l’Orthodoxie. En voici un court extrait.                                                                        L’importance de la liturgie dans l’histoire de  vie spirituelle russe ne se réduit donc pas au rôle qu’on lui accorde traditionnellement dans la décision de Vladimir, elle constitue le vecteur principal de l’acculturation et de la survie du christianisme en Russie. On peut dire que , jusqu’à la fin du XVIIe siècle, la liturgie a joué un rôle fondateur dans le savoir de la culture russe. Mais à la différence de ce qui se passa en Occident, celui-ci ne disparut pas avec l’arrivée du pluralisme culturel et idéologique des trois derniers siècles, mais continua, parfois clandestinement, à vivifier la spiritualité russe jusqu’à nos jours.
La liturgie, c’est avant tout l’église, la «sainte maison». Qu’elle fût la première cathédrale bâtie sur l’ordre de Vladimir ou la simple église de village, elle demeure le signe visible de la réunion du ciel et de la terre. «Comme des fleurs, comme des étoiles du ciel, comme des rayons resplendissants du soleil, ornées magnifiquement et retentissantes de saints cantiques», les églises constituent l’élément essentiel du paysage spirituel de la Russie chrétienne. Toutefois, jamais, dans la tradition russe, l’église-bâtiment ne fut une fin en soi, jamais elle ne prit le pas sur l’église-assemblée. L’organisation extérieure y gagna en simplicité, l’intérieure demeura centrée sur la présence des fidèles, vivants et morts, tout particulièrement celle des saints figurés sur les icônes et les fresques. Dans cette perspective, l’iconostase, même dans sa variante monumentale à partir du XVIe siècle, y fonctionne moins comme une barrière que comme un miroir du monde transfiguré, au-delà duquel «il n’y a plus rien à voir, en ce sens que le mystère célébré ne se situe plus au niveau de la vision, mais de la communion». Il faut ajouter que le sentiment si profond de l’église comme lieu de l’assemblée liturgique fit qu’elle n’était que rarement utilisée par les fidèles pour leur prière personnelle. Toutefois, au lieu de l’isoler dans une fonction sacrée, ce fait même la rapprochait, tant pour un noble de province du XVIIe siècle, un paysan du XIXe ou un chrétien d’Union soviétique, de la chambre, de la maison, de la chapelle ou plus généralement, de la nature.church_painting_actual

Sommes-nous Ennemis des Grecs ? (1/2)

Ce texte de Konstantin N. Leontiev fut publié pour la première fois en 1878 dans le n°9 du magazine 4421-1-bigPétersbourgeois «Le Monde Russe» («Русский мир»). Il a ensuite été intégré dans le recueil d’articles paru sous le titre «L’Orient, la Russie et le Monde Slave» à Moscou en 1885-1886, et réédité en langue russe pour la dernière fois en 1996. Jusqu’à présent, il n’avait pas fait l’objet d’une traduction en Français, du moins à notre connaissance. En voici la première partie
Voilà que dure maintenant depuis quasi deux années déjà le combat en Orient…
Toute les nations qui confessent la foi orthodoxe y ont été aspirées l’une après l’autre. Le soulèvement en toute apparence anodin de quelques villages d’Herzégovine fut l’étincelle jugée cette fois responsable du départ du gigantesque incendie qui s’est propagé des rives du Danube aux sources de l’Euphrate, du Nil aux Dardanelles. Bosniaques sans terre, Monténégrins pourchassés par les beys, Serbes, paisibles Bulgares soumis par les Turcs, et même Moldo-valaques, qui n’avaient plus pris les armes depuis des siècles, tous les uns après les autres se sont intégrés au mouvement devant, selon toute vraisemblance, mettre un terme à la domination musulmane de ce côté du Bosphore. Read more

Le Monachisme athonite sous le joug de la turcocratie.

La Grèce subit de nos jours des pressions insupportables de la part de l’Union Européenne, visant à détruire le rôle séculaire de l’Église Orthodoxe dans la vie spirituelle, morale, sociale, culturelle, économique, et politique du pays.
Au cours de maintes période de son histoire, l’Église Orthodoxe en Terre Grecque eut à vivre sous le joug oppresseur. Voici un texte présentant quelques aspects pris par ce joug, pendant la période de la turcocratie. Ce texte a été constitué à partir d’extraits de deux articles de Kriton Chrysochoidi, spécialiste du monachisme athonite, publiés en février 2016 dans les pages anglaises du site Pemptousia, auquel reviennent également les crédits des photos illustrant le texte.

La coopération avec les Autorités Ottomanes s’avérait essentielle afin de préserver l’autonomie de la communauté athonite et les propriétés foncières de ses monastères.
Par comparaison au traitement infligé aux autres chrétiens, dans les premiers temps un sort plus favorable fut réservé au Mont Athos. L’autonomie de la communauté fut respectée et les taxes sur les propriétés monastiques de la péninsule s’avérèrent légères. Une taxe fixe  sur la globalité du Mont Athos était prélevée, la répartition de la taxe étant du ressort des autorités monastiques. La tentative des moines d’obtenir un traitement similaire pour leurs propriétés sises hors du Mont Athos ne rencontra qu’un succès partiel. Read more

V. Karpets. Le Social-Monarchisme russe. 3

karpec-00Vladimir Igorievitch Karpets, juriste, orthodoxe Vieux-Croyant, a écrit entre autres un ouvrage intitulé Социал-Монархизм (Le Social-Monarchisme), publié en 2014.  La traduction ci-dessous en est un extrait dans lequel l’auteur évoque les éléments de l’histoire et de la civilisation russes qui prédestinent la Russie au système du Monarchisme social.. Nous avons déjà proposé des extraits traduits de ce livre ici. Aux lecteurs initiés à la langue russe, nous conseillons la lecture du blog de Vladimir Igorievitch.

Le type d’économie d’un pays doit correspondre à l’histoire de celui-ci, à sa culture à son «lieu de développement» (expression utilisée par les eurasistes). Et le système économique d’un État dans lequel il n’y a pas de capitalisme, mais où existe la propriété privée, doit porter un nom particulier. La question du socialisme et du capitalisme, qui surgit toujours dans ce contexte, ne doit pas être posée en termes de formations socio-économiques, mais en termes de civilisation. Et donc, non pas dans le sens où le capitalisme remplace le féodalisme et sera remplacé à son tour par le socialisme. Pas selon la vision de Marx. D’autant plus que celui-ci a indiqué que son schéma «fonctionne» seulement pour l’Europe et les États-Unis ; c’est pourquoi il a inventé le concept de «mode asiatique de production», qu’il appliqua également à la Russie. Read more

Constantinople et l’Hymne Acathiste

panagia_h_blaxerna_01Texte de Sotirios Sarvanis, étudiant en théologie, publié le 18 mars 2016 en grec et le 25 mars en anglais sur le site Pemptousia (Site géré par l’association des «Amis du Monastère de Vatopedi»).
Le Saint et Grand Carême a commencé voici quelques jours et l’atmosphère est déjà empreinte de solennelle tristesse, comme il convient. Voici la période la plus douce et belle de l’année; elle nous offre une grande occasion de prier, et de nous repentir. Une profonde contrition renforcera ce désir.
Des offices magnifiques et solennels rythment la vie liturgique de l’Église, telles les Vêpres, les Grandes Complies et les Salutations à la Très Sainte Mère de Dieu, qui nous remplissent de force. Et nous savons que la Panagia est notre intercesseure auprès de Dieu. Pourquoi l’Église a-t-elle placé les Salutations à la Très Sainte Mère de Dieu pendant le Grand Carême? Quels liens peuvent-elles avoir avec la Passion et la Résurrection de notre Seigneur, que nous allons vivre prochainement?
Énorme est le rôle de la Panagia dans la vie de chacun d’entre nous. Elle intercède auprès du Père pour le salut de notre âme. Voilà précisément la raison pour laquelle l’Église a décidé de placer l’Office des Salutations dans le Grand Carême. A travers cet office, nous demandons à notre Mère de nous soutenir dans le combat que nous venons d’entamer voici quelques jours. Nous lui demandons de prier Dieu le Père pour le salut de notre âme, pour une fin heureuse de cette lutte, et pour que l’âme pure, en paix et sans péché, nous vivions la sainte et terrible Passion de notre Seigneur et ensuite son éclatante Résurrection. La présence en ce monde de la Panagia est grande et salvatrice pour notre vie de chaque jour mais aussi tout particulièrement lors de graves conflits.
Il convient de se remémorer un événement historique, en guise d’exemple et de preuve de l’intervention opportune de la Panagia au cours de l’histoire du monde.
En l’an 626, alors que l’Empereur Heraklios était en campagne à la tête de l’armée impériale contre 01-blachernitissa-icon-of-the-most-holy-mother-of-god1les Perses, Constantinople fut soudain assiégée par les Arabes. Ceux-ci ayant repoussé toutes les propositions de cesser-le-feu, ils prirent, le 6 août, Notre Dame des Blachernes. (NdT. :  Située dans la partie Nord de la ville). Ils se préparèrent à l’attaque finale, en collaboration avec les Perses. Le Patriarche Sergios emmena alors l’icône de la Blachernitissa en procession sur les remparts et encouragea le peuple à résister. La nuit suivante, une tempête terrible, attribuée à l’intervention divine, causa la perte de la flotte de l’ennemi et les défenseurs infligèrent des pertes dévastatrices aux Arabes et aux Perses qui n’eurent d’autre choix que de lever le siège et s’en retourner les mains vides. Le 8 août, la cité était sauvée de ce qui alors était le péril le plus grand qu’elle ait connu de son histoire.
Le peuple voulut célébrer sa libération, qu’il attribua à l’intervention de la Panagia, et il se rassembla en l’église des Blachernes. C’est alors que, selon la Tradition, la foule se dressa et chanta ce qui fut dès lors appelé l’Hymne Acathiste (c’est-à-dire, l’hymne chantée sans s’asseoir), une ode en remerciement à la protectrice et conductrice de l’État byzantin, hymne de victoire et d’action de grâce: «Invincible conductrice de nos armée…».
Il s’agit bien d’un exemple saisissant de l’intervention de la Panagia dans l’histoire du monde. Son intercession peut racheter une nation entière. Combien plus facile n’est-il pas alors pour elle d’obtenir par ses prières à Dieu la rédemption de nos âmes, et de nous débarrasser des nos passions? Par Elle sont «dressés les trophées de victoire,… et nos ennemis sont renversés» (4e stance), Elle est la «clé des portes du paradis» (2e stance) et le «pont reliant la terre au ciel» (1ère stance). (…)
L’hymne est également connu sous l’appellation de Salutations à la Mère de Dieu, chanté, par stance les quatre premiers vendredis soir du Grand Carême et en son entièreté le cinquième vendredi. On croit que l’hymne fut composé par Saint Romain le Mélode, alors que le Canon des Salutations est upermaxoattribué à Saint Joseph l’Hymnographe.
De tout ceci, il ressort que les Salutations à la Très Sainte Mère de Dieu n’ont pas été placée accidentellement dans le Grand Carême. Ce que nous allons vivre bientôt est une expérience extraordinaire et notre âme doit être pure pour traverser la Sainte Passion et la Splendide Résurrection de notre Seigneur. Et dès lors nous demandons à la Panagia de nous soutenir de son affection maternelle au cours de cette période, de prier notre Père pour nous, afin de nous permettre de mener à bien ce combat entrepris au cours du Grand Carême, de façon paisible, et sans péché, de même que toutes nos luttes pour le salut de notre âme, afin qu’il nous soit donné de jouir du Royaume de Dieu. C’est précisément ce qu’exprime les versets «Réjouis-toi, porte du Royaume du Christ» et «O Mère de toute louange,… reçois maintenant notre offrande, délivre-nous de tout mal, et préserve du châtiment futur ceux qui te crient : Alléluia », qui termine la quatrième stance.

Traduit de grec et de l’anglais.
Sources 1, 2.