
Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».
4 août 1909
En fait, aucun autre pays ne compte d’hommes aussi colossalement riches que l’Amérique. Actuellement, par exemple, le millionnaire Rockefeller y est célèbre. En plus de tout son avoir immobilier, il possède un milliard d’argent. Après tout, c’est tout de même 1000 millions ! Imaginez : 1000 coffres, et dans chaque coffre un million, et près de chaque coffre un soldat armé; tout de même, cela fait tout un régiment de soldats. Humainement parlant, cet homme ne devrait-il pas être heureux?
Et pourtant, c’est l’homme le plus malheureux du monde. Il souffre d’une maladie incurable de l’estomac. On lui a placé une valve triangulaire, où la nourriture est pompée dans des sondes en or. Le reste des liquides nutritifs est introduit dans son corps par friction. De plus, il ressent parfois une douleur si atroce qu’il aspire à mourir, pensant que ce sera plus facile en enfer. Il passe tout son temps à lire toutes sortes de journaux, voulant savoir si une nouvelle célébrité est apparue dans le monde médical. Et dès qu’il lit quelque chose à propos d’une telle célébrité, il équipe immédiatement un navire et la fait venir. Mais jusqu’à présent, il n’a reçu aucun soulagement de la part de personne. Ça vous semble étrange que j’aie commencé à parler de Rockefeller, qu’est-ce que ça peut vous faire? J’en ai parlé pour vous montrer que la richesse en elle-même ne peut pas apporter le bonheur à un homme. La joie n’est qu’en le Seigneur, et si une personne est loin de Dieu, alors elle est loin du vrai bonheur.
Récemment, un enseignant de Penza m’a rendu visite avec son fils incroyant. J’ai dit au père : «Sans la foi, ton fils n’aura aucun bonheur sur terre». Il en fut offensé. L’Apôtre Paul, voyant notre époque, a écrit : «j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi». Cela signifie que c’est très difficile, particulièrement à notre époque. Beaucoup de voleurs ont fait leur apparition chez nous. Pas ceux qui plongent la main dans les poches ou pillent des maisons, non, il s’agit de voleurs plus méchants et dangereux. Ils viennent à vous en costume de gentleman, prononcent des phrases sonnantes, et en fin de compte, ils volent la chose la plus précieuse : la foi. Quand la foi d’un homme est volée, il demande à ses enseignants : «Et que vais-je faire pour vivre maintenant?» «Vivez selon votre raison» répondent-ils. La raison sans la foi, comme vous le savez, n’est pas toujours une bonne conseillère, car alors, l’homme commence à suivre les désirs de sa chair et tombe de plus en plus bas. Mes petits enfants, gardez votre sainte foi, c’est un trésor inestimable, avec lui vous entrerez dans le Royaume : après tout, nous ne travaillons pas pour peu de chose, mais pour la conquête du Royaume, et quel Royaume c’est ! le Royaume des Cieux! Nous voulons en devenir citoyens. Me voilà, higoumène pécheur, du matin au soir je ne connais pas la paix, et à cause de quoi? Parce que je veux vraiment entrer dans le Royaume, sinon soudainement, Dieu nous en préserve, j’irai en enfer, toute ma vie partira en fumée. Amen.
En chemin de l’église à la Skite
Aujourd’hui, je voulais dire un mot après la liturgie, mais je n’en ai pas demandé la bénédiction au Père Archimandrite hier. Bien sûr, il aurait volontiers accepté, mais sans bénédiction, on ne doit rien faire. Si les gens du monde, dans des affaires plus ou moins importantes, demandent conseil à d’autres plus expérimentés, alors combien plus encore le moine doit-il rester obéissant!
Le cas suivant est arrivé dans notre Skite. C’était en hiver. Un moine s’apprêtait à aller à la boutique du monastère, et il se dit : cela ne vaut pas la peine d’aller demander au Starets et l’embêter avec de telles broutilles; aller à la boutique ne prendra pas plus d’un quart d’heure. Certes, une autre pensée lui vint aussi : il vaudrait mieux recevoir la bénédiction. Mais le premier désir l’emporta, et le moine partit sans demander.
Il commençait à faire sombre. Le chemin traversait le bois. Il marchait et marchait, mais n’arrivait jamais à destination. Les ténèbres s’intensifièrent. Que se passait-il ? Une sorte de village apparut, il s’avéra qu’il était déjà arrivé à Pryski. Soudain, un monstre apparut devant lui. Marc (c’était le nom du moine) cria d’effroi. En s’approchant, il vit que c’était une meule de foin. Le pauvre moine fut complètement vidé de ses forces. Il se blottit dans la meule et appela au secours. Des paysans accoururent, le tirèrent de la meule et, sur leur télègue, le ramenèrent à la Skite. Le pied droit de Marc était complètement gelé et le docteur recommandait même de l’amputer. Mais Marc refusa l’opération et dit : que mon pied aille comme il veut, je souffrirai jusqu’au bout. Et effectivement, Marc commença à souffrir horriblement. Il resta allongé douze ans. Son pied noircit et du pu suintait. Il était infesté de vers et l’odeur qui en émanait était terrible. Quand quelqu’un lui rendait visite, il disait au visiteur :
– Voilà, regardez celui qui fait comme il veut.
– Sois tranquille, Frère Marc, le Seigneur t’a pardonné, lui disait-on.
– Oui, bien sûr, c’est caractéristique de Sa miséricorde, mais moi je ne dois pas me pardonner.
Frère Marc atteignit une grande humilité. Après sa mort, il apparut à un frère et lui annonça que le Seigneur lui avait pardonné et que maintenant, il se consolait au paradis. Amen. (A suivre)
Traduit du russe
Source