Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.
La splendeur du monastère
Peu de temps après la fin de la moniale du grand schème Daria, un pèlerin parut devant le Père Barnabé pour lui demander sa bénédiction, écrasé par l’affliction suite au décès de son père. Il s’agissait de Nicolas Arcadievitch Jouravlev, qui souhaitait recevoir des conseils sur la meilleure manière d’accomplir les dernières volontés de son père : construire une église dans l’hospice pour les plus âgées. Le Starets lui montra le monastère qui avait été construit, et qui ne possédait ni infirmerie ni hospice. Moins de trois ans s’écoulèrent après cette conversation, pour que, avec l’aide de la Reine du Ciel, une nouvelle église à cinq dômes fut érigée, avec une infirmerie et un hospice attenants. L’équipement des bâtiments, leur décoration extérieure et intérieure, ainsi que l’approvisionnement en tout ce qui était nécessaire fut mis en place exclusivement aux frais du généreux philanthrope. N. A. Jouravlev ne s’en tint pas à cette œuvre de charité et dans son généreux élan de service à son prochain, il continua par la suite à faire bénéficier le jeune monastère de donations répétées. Bienheureux les miséricordieux car il leur sera fait miséricorde.
Cette église se distinguait par la beauté de sa décoration. Tout son socle était paré de pierre blanche taillée jusqu’à deux archines de hauteur. Les bulbes des cinq coupoles étaient en fer, peints en bleu, et couronnés de croix dorées. L’autel fut consacré le 8 juillet 1887 en l’honneur du très glorieux Transfert au Ciel de la Très Sainte Mère de Dieu après Sa Sainte Dormition, dont la célébration eut lieu le 17 (30 août). Le rite de consécration fut célébré par l’Évêque Modeste-de Nijni Novgorod. Les fresques des murs de l’église furent peintes par des maîtres de Palekh en 1894. L’iconostase sculptée devant le sanctuaire, couverte de multiples icônes, était ornée dans le style byzantin. Près des portes Nord de l’église, derrière le kliros de gauche, se trouvait une sorte de sombre «cachot», dans lequel était placé la sculpture du Sauveur souffrant, portant une couronne d’épines, une robe écarlate et une canne de roseau à la main. Le Père Barnabé a expliqué que ce «cachot» avait été conçu par lui suite à un vœu : «Une fois, je suis allé à l’église de l’infirmerie de la Laure, où se trouve un cachot, sur le modèle duquel celui-ci est aménagé. À ce moment-là, je souffrais fortement d’un mal de tête. Avec une foi profonde, je tombai aux pieds très purs du Divin Sauveur souffrant, priant pour guérir. Et merveille… ! L’ayant vénéré, j’ai ressenti un grand soulagement et immédiatement, avant de partir, j’ai fait le vœu à mon Médecin Miséricordieux, en signe de ma profonde gratitude spirituelle envers Lui, de construire et de placer dans le monastère de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères exactement la même sculpture du Christ Souffrant. Bientôt, ma douleur disparut complètement.»
Du côté Ouest, le bâtiment de l’hospice jouxtait l’église de la Dormition. A l’étage supérieur se trouvait une infirmerie magnifiquement aménagée et meublée, qui outre son hall d’entrée et les autres pièces utilitaires, se composait de six salles, spacieuses, hautes, lumineuses et sèches. L’air à l’intérieur était purifié par des ventilateurs spéciaux. Une propreté et un ordre impeccables y étaient toujours maintenus. La pharmacie de l’infirmerie du monastère était suffisamment approvisionnée en toutes sortes de médicaments. Une porte à vitre translucide menait du couloir de l’hôpital à l’église, près du chœur et les malades pouvaient assister librement aux offices, à côté de la chorale ; il était aussi possible d’entendre l’office sans même quitter les services infirmiers. Pour s’occuper des patients, il y avait deux infirmières et plusieurs novices . De plus, deux fois par semaine, à certains jours et heures, un médecin des usines de M. Kolendo de Vyksa venait à l’infirmerie. Sur instructions du médecin, les infirmières fabriquaient des médicaments, les donnaient gratuitement aux sœurs, et celles-ci les administraient aux patients. L’étage inférieur du bâtiment était l’hospice proprement dit. Ici, comme à l’étage supérieur, en plus de divers locaux de service, il y avait six chambres pour les sœurs malades et âgées. Emmenées par le couloir, elles pouvaient accéder directement à l’église, ce qui leur était très pratique. L’hospice disposait d’une salle à manger commune. La prise en charge des anciennes était confiée aux novices.
Isolé à une distance considérable des églises, au centre du mur Sud, la face avant du monastère, s’élevait un immense clocher en pierre à quatre niveaux, de trente-deux sagènes de haut. Il fut construit en 1876. La solution technique des fondations du clocher est assez simple : elles sont enfouies dans le sol sur cinq archines et, en raison de l’humidité de ce sol, elles reposent sur un radeau composé de deux rangées de rondins de pin épais, solidement reliés entre eux. Dix-huit cloches d’un poids total de plus de deux mille pouds, offertes à différentes époques par divers bienfaiteurs, furent suspendues au clocher. Une grande cloche pesant 1076 pouds fut offerte au monastère en 1895 par un donateur inconnu. La deuxième cloche, pesant 550 pouds, fut offerte par l’un des principaux bienfaiteurs du monastère, V.T. Rybakov. Au niveau supérieur, il y avait une horloge avec des cloches spéciales sélectionnées selon les tons. Tous les quarts d’heure, elle sonnait selon l’hymne «Qui peut t’échapper, heure de la mort? », appelant les moniales pour l’heure de prière, de travail et de l’étude. Cette remarquable horloge fut offerte par G.F.Choustrov.
Le clocher était jouxté de chaque côté par deux bâtiments de briques. Le premier abritait le magasin où l’on vendait des icônes, des livres liturgiques et spirituels, des croix, des chotkis et d’autres objets d’église, et aussi certains produits d’artisanat des sœurs du monastère. Dans l’autre bâtiment se trouvaient celles qui s’occupaient de la porterie et du magasin. Deux sœurs sonneuses de cloches y vivaient également.
Les pèlerins entraient dans le monastère par les Saintes Portes, marchaient sur la route principale asphaltée, posée jusqu’à l’église de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères, longée de magnifiques barrières de fer et bordée de bancs pour se reposer. Une vue magnifique s’ouvrait depuis les Saintes Portes du monastère. Cela semblait être un paradis. (A suivre)
Traduit du russe.
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