Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer (?) à l’histoire de sa vie.
La clairvoyance du hiéromoine Barnabé est également attestée par deux autres événements relatés par le même prêtre, Vladimir Orlov. «Souvent en tant que missionnaire, je séjournais dans l’appartement du prêtre académicien Paul Ivanovitch Drobov (à Gratchi). Homme religieux et ami sincère, il ne reconnaissait pas pleinement les mérites du Hiéromoine Barnabé. La dernière Pâque (1907), j’étais à Moscou et, selon la coutume, j’ai de nouveau rendu visite au Père Paul. Les larmes aux yeux, il commença à me parler du don du bienheureux Starets Barnabé de prévoir les événements futurs. Pendant la dernière guerre japonaise, dans sa paroisse «Saint Nicolas à Gratchi» vivait la famille d’un soldat de réserve affecté à un service de réserve en Mandchourie. Sa femme se faisait du mauvais sang, jour et nuit elle pleurait parce que son soutien de famille serait emmené à la guerre, tué. Qu’allait-elle faire avec son paquet de sept d’enfants? C’est dans de telles difficultés, qu’elle vint un jour voir le Père Paul, lui demandant de lui dire quand le Père Barnabé arriverait au bureau du marchand Ivan Fiodorovitch Roubtsov. Peu de temps après, le Père Paul fut le témoin de la conversation suivante entre le Starets et cette femme.
En apprenant que le Hiéromoine Barnabé se trouvait dans le bureau des Roubtsov, elle vint le voir en pleurant des larmes amères. Mais avant que la femme puisse dire quoi que ce soit à travers ses larmes, le Père Barnabé se tourna vers elle : «Eh bien, insensée, tu pleures! Ton mari ne sera pas appelé comme soldat. Mais ce serait mieux pour toi qu’ils l’emmènent, mais pour ton chagrin, ils ne le prendront pas. Et tu donneras naissance à un fils, appelle-le Seraphim, il sera moine dès le ventre de sa mère». Et, en effet, son mari ne fut pas pris comme soldat, et la femme, comme le rapporta le Père Paul, donna naissance à un bébé (qui fut eunuque dès le ventre maternel) de la taille d’un enfant de deux ans et sans douleur. Le Père Paul le baptisa et le nomma Seraphim. Et le mari de cette malheureuse femme commença à boire, abandonna sa femme et ses enfants, les tourmenta de nombreuses fois sans pitié, se trouva une femme illégitime, si bien que, par chagrin, sa malheureuse épouse tenta à plusieurs reprises de se suicider».
Et voici ce qui arriva à l’une des connaissances du père Vladimir, une vieille fille au cœur pur, mais qui croyait d’une manière quelque peu particulière, bien qu’elle restât en étroite communion avec l’Église mère, mais n’aimait ni les monastères ni les moines. Tatiana Egorovna, c’était le nom de cette dame, vivait à Moscou, près de la Cathédrale du Christ Sauveur. Elle était sage-femme de profession, avait une très bonne pratique dans les riches maisons moscovites, mais elle était toujours dans le besoin, car elle considérait toujours ses gains, assez importants, comme la propriété de tous les pauvres. «Sous l’impression de ma rencontre avec Batiouchka,» se souvient le Père Vladimir, «j’ai commencé à parler de lui à Tatiana Egorovna et lui ai demandé si elle le connaissait». «Je le connais,» fut la réponse, «non seulement je le connais, mais je vénère en lui un clairvoyant de Dieu». Il a brisé toutes mes convictions erronées sur les monastères et les moines, et par son exemple, il m’a assuré que même à notre époque, il y a encore des saints sur notre terre pécheresse. C’est ce qui m’est arrivé… Vous souvenez-vous du remue-ménage dans l’intelligentsia, provoqué par l’Anglaise Kate Marsden, qui organisa parmi les peuples locaux en Sibérie des colonies pour ceux qui étaient infectés par la lèpre? Se levèrent alors tous ceux qui, en Russie, n’avaient pas encore perdu leur cœur. Cela m’a touché le cœur aussi. Alors j’ai décidé d’abandonner tout et d’aller en Sibérie auprès des lépreux. J’ai entamé une correspondance à ce sujet avec les autorités du district de la région mentionnée par Kate Marsden. Je reçus des réponses, et en un mot, je me réparai obstinément à me sacrifier pour l’amour du Christ. Ma démarche prit forme et j’en étais déjà arrivée au point où j’allais vendre ma grande propriété, prendre quelques-uns de mes biens et partir vers la lointaine Sibérie. À personne, à absolument personne, je n’ai dit ni mon intention ni évoqué ma correspondance, j’ai tout caché en moi et je n’ai fait confiance qu’à Dieu, devant Qui j’ai versé toute mon âme, lui demandant de bénir mon podvig qui s’annonçait. Presque à la veille de mes derniers préparatifs secrets, je suis allé voir mes proches connaissances pour leur dire au revoir, et j’ai appris qu’ils attendaient le Père Barnabé d’une minute à l’autre.
– Qui est-ce ? Demandai-je.
– Ne dites pas que vous ne connaissez pas le Hiéromoine Barnabé de la Skite de Tchernigov, à la Laure de la Trinité-Saint Serge ?
J’avais entendu quelques histoires à son sujet, mais je n’y accordais aucune importance ; Je n’aimais pas beaucoup les moines à l’époque. Et j’ai été offensée de ce que la soirée avec ces proches soit gâchée. J’ai décidé de rester un moment par souci de décence et de rentrer ensuite chez moi. Mais avant que je ne puisse exécuter mon intention, la cloche sonna dans le hall, et un vieux moine avec une croix pectorale sur la poitrine entra dans la salle à manger, où nous étions assis à la table de thé. Il était accompagné d’une foule de membres de cette riche maison, que je connaissais. Je me suis écartée pour ne pas interférer dans l’émoi des sentiments des chefs de famille et, profitant d’un peu de trouble, j’ai voulu m’éclipser sans être remarquée. Mais je ne me suis pas cachée au Père Barnabé. «Et elle, qui est-ce?» demanda-t-il aux hôtes en me regardant. J’ai été présentée. «Oh, comme tu es bonne!» un sentiment hostile s’éveilla dans mon cœur : pourquoi a-t-il soudainement décidé de se faire bien voir de moi? Il ne me connaît pas, il me voit pour la première fois, mais il dit que je suis bonne… Tout cela est de l’hypocrisie et de l’hypocrisie monastique… Mais Batiouchka ne s’est pas calmé, il m’a pris par la tête et a dit :
-«Elle est bonne, mais elle ne pense pas bien!» Viens avec moi dans une autre pièce et discutons en toute confiance!» Me soumettant à moitié consciemment à une autorité inconnue dans la voix du Starets, je le suivis humblement dans le salon voisin. Le Starets a fermé la porte derrière lui, s’est assis sur le canapé et m’a fait asseoir. «Assieds-toi près de moi!» dit-il gentiment, mais avec la même autorité dans la voix. Je me suis déplacée et me suis assise à côté de lui. Encore une fois, quelque chose de vil et d’hostile s’est éveillé dans mon cœur. Le Starets m’a pris la main. Mon cœur est devenu encore plus lourd, encore plus hostile. «Dis-moi, ma petite fille, que manigances-tu dans ta petite tête?» Tu n’aurais donc rien à faire ici? Ou bien es-tu complètement inutile ici et personne n’a besoin de toi? Pourquoi, ma chère enfant, te prépares-tu à t’en aller? J’étais stupéfaite et hors de moi. Ne ressentant rien, sans rien réaliser, j’ai répondu doucement au Starets comme s’il était un ami, comme un père ou une mère : «Batiouchka! Là-bas, il y a un podvig, il y a de la souffrance : il n’y a personne pour consoler, personne pour venir à la rescousse… Oubliés de tous, rejetés par tous… Les gens meurent là-bas, étrangers à tous, inutiles pour tous !…»
«Est-ce que tout cela est vrai, ma petite fille? Et ici, dans l’œuvre à laquelle le Seigneur t’a menée, n’y a-t-il pas de souffrance? N’ont-ils pas besoin de consolation, les gens ne pourraient-ils pas périr ici aussi, tous ceux que le Seigneur t’enverra sur ton chemin? A qui vas-tu refiler ces gens que tu connais? Et pour quoi? Courir vers on ne sait où, qui sait pourquoi, vers une affaire que tu n’as pas étudiée, vers des gens dont tu ne connais même pas la langue?.. Sur ton chemin, pour ta croix, tu as reçu la force… Mais te sera-t-elle donnée pour la croix que tu choisis par ta volonté? C’est de l’orgueil, ma petite fille, et non du podvig : nous ne voulons pas de petites choses qu’on ne remarque pas, discrètes, déterminées par Dieu selon notre force, mais nous nous accrochons à ce qui est plus grand, mais pas pour nous… Écoute, ma petite fille, ce que moi, le Hiéromoine pécheur Barnabé, je vais te dire : tu n’as pas de bénédiction de Dieu pour cela, reste ici, et ici le Seigneur bénira ton podvig. Et là-bas, si Dieu en a besoin, d’autres iront, que le Seigneur appellera.»
Moi, comme un petit enfant, j’ai sangloté sur l’épaule de Batiouchka, et mon cœur était léger, lumineux et joyeux. Le Starets a renouvelé toute mon âme en moi. Et lui, plein de grâce, s’assit à côté de moi, caressa ma tête de sa main et se contenta de dire :
«Eh bien, eh bien, ma petite fille!» Que le Seigneur te bénisse, te console et t’apaise. C’est tout, ma chère petite ! Je ne suis donc pas partie et maintenant, chaque jour, je remercie Dieu et je crois même qu’il y a des saints parmi les moines, et qu’il n’y a aucune trace de superstition dans la foi orthodoxe. (A suivre)
Traduit du Russe
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