Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

A l’automne de cette année [1864], l’hospice fut construit. Il était conçu pour une douzaine de personnes, et une pièce séparée était prévue pour chacune. Dans la partie Est du bâtiment se trouvait une grande salle-réfectoire à deux fenêtres, qui servait également de lieu de prière pour les résidentes. Au moment où la construction fut terminée, Basile envoya deux jeunes filles s’y installer. Elles avaient exprimé le désir d’entrer dans un monastère et lui demandèrent sa bénédiction pour cela. Toutes deux, qui devinrent plus tard moniales, étaient encore très jeunes. Elles parcoururent à pieds le chemin qui les séparait du monastère nouvellement construit. Les ayant bénis pour ce podvig, le Starets leur dit : «Je vous bénis pour ouvrir la voie à vos semblables, travailler pour la Reine des Cieux.» En chemin, les futures moniales entrèrent dans la hutte du fol-en-Christ. Près de sa cabane se trouvait un carillon fait de trois poteaux avec vingt-cinq cloches de tailles différentes, qu’il sonnait lors des fêtes. Après leur avoir donné de l’eau fraîche de son puits, Dimitri envoya les jeunes filles vers leur destination. Elles endurèrent alors de nombreuses afflictions, supportant le froid, la faim et la peur dans la forêt épaisse, dans un bâtiment non clôturé. Elles ne connaissaient la joie que lorsque venait Dimitri, le fol-en-Christ, leur apportant à manger, les consolant et les encourageant.
Deux mois plus tard, trois autres jeunes filles envoyées par Basile vinrent les voir. L’une d’elles, Neonila Chestnova, la plus âgée et plus au fait des règles de la vie monastique, fut considérée, avec la bénédiction du Starets, comme la supérieure de l’hospice, qu’elle dirigea pendant dix ans et demi.
Stricte avec elle-même, patiente vis-à-vis des besoins des membres de la communauté, inconditionnellement soumise et toujours reconnaissante envers le fondateur du monastère, elle surveillait strictement le comportement des sœurs, leur enseignait à endurer humblement toutes les peines, besoins et chaque aspect de la vie monastique, leur inculquait l’amour pour leurs prochains, le renoncement à acquérir quoi que ce soit, et la simplicité. Conformément aux règles de leur communauté, elles n’avaient dans leurs cellules aucun objet leur appartenant, tout devait être commun entre elles. La rigueur de l’abstinence était telle que tous les jours de la semaine, sauf le samedi, le dimanche et les fêtes, elles mangeaient sans huile. Même les douceurs les plus simples et les moins chères n’étaient pas autorisées. Ainsi, un jour, les sœurs, remarquant que beaucoup d’airelles poussaient autour de leur clôture, avec la bénédiction de la supérieure, les cueillirent et les préparèrent pour l’hiver. Imaginez leur surprise et leur affliction lorsqu’elles apprirent que le Starets non seulement ne partageait pas leur joie, mais qu’il ordonna même que tout ce qui avait été cueilli sans sa bénédiction soit jeté hors de la clôture, et qu’après cela, elles-mêmes ne quittent plus le territoire de l’hospice à l’intérieur de la clôture. Et les sœurs durent jeter les airelles qu’elles avaient préparées. En même temps, l’une des jeunes sœurs cacha des airelles chez elle et murmura contre le Starets pour sa sévérité, à son avis, inappropriée. La rebelle ne resta pas impunie. Peu après, elle perdit la paix d’esprit et, même la santé, et elle fut contrainte de quitter d’elle-même le monastère.
Mère Neonila, la supérieure, suivant toujours strictement les instructions et préceptes du père Barnabé, ne lui dissimulait rien, veillant avec zèle sur le bon comportement des sœurs qui lui étaient confiées.
Mais lorsque l’hospice fut transformé en communauté, Mère Neonila, plutôt analphabète et simple, fut écartée de la direction, avec son propre consentement. Lors de la création de la communauté, pour sa profonde humilité et sa vie monastique exemplaire, elle fut parmi les premières à être tonsurée au monachisme sous le nom de Nektaria, et plus tard du Starets lui-même elle reçut le signe angélique, le saint grand schème avec le nom de Neonila.
Le 25 mai 1865, alors qu’elle était encore supérieure, l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères, envoyée par Basile, arriva dans la communauté, qui venait tout juste d’être créée. En l’honneur de cette icône, le monastère devint connu sous le nom de monastère des Ibères. Avec crainte une joie révérencieuses, les sœurs sortirent en procession pour rencontrer l’icône sainte à douze verstes de là, sur la jetée de Dostchatoe. Au chant des tropaires et des hymnes de louange, elles rentrèrent au monastère avec la grande icône sacrée.
À cette époque, le Seigneur envoya un nouveau bienfaiteur au monastère, qui fit don de deux cloches et fit construire un grand bâtiment à moitié en pierre, avec trente cellules pour les sœurs. À ses frais, un ambon à cinq niveaux pour l’autel fut érigé devant le mur Est de la salle de prière, une iconostase sculptée fut placée devant l’autel, des chœurs assez spacieux furent disposés sur des élévations, de même qu’un clocher sous chapiteau, sur piliers. Ce généreux bienfaiteur était D.V. Kiselev.
Pour consoler le petit nombre des premières moniales, et surtout la supérieure de l’époque, Mère Neonila, qui endura patiemment de nombreuses privations et difficultés de diverses sortes, le bienheureux Dimitri disait souvent : «Ne vous affligez pas, soyez patientes, le moment viendra et vous verrez toute la beauté et la gloire de votre monastère.»
En 1866, le 1er octobre, le Starets Basile vint au monastère et, après avoir donné quelques instructions pour la construction, annonça aux sœurs que dans un avenir proche elles feraient face à une profonde affliction, et que la gloire du monastère et leur bien-être s’en suivraient.
Après avoir béni et réconforté les moniales, le Starets retourna aux «Grottes». Bientôt, toutes les sœurs furent convoquées devant l’huissier du bourg de Vyksa. Dimitri le fol-en-Christ fut également interrogé. L’huissier, souhaitant obtenir des informations sur l’identité de chaque sœur, et surtout pour déterminer si elles ne constituaient pas une secte particulière, interrogea chacune d’elles séparément. On demanda à Dimitri où il vivait, s’il était alphabétisé, pourquoi il portait des vêtements si étranges, et pourquoi il allait à l’hospice auprès des jeunes filles. Selon sa coutume, il ne donna pas de réponses ouvertes, mais des réponses couvertes par la folie.
– «Je vis», dit-il à l’huissier, «sur des os morts, je lis les caractères civils, mais je n’ai pas appris à lire et à écrire les caractères religieux, Saint Serge m’a ordonné de m’habiller ainsi, je vais à l’hospice non pas chez les sœurs, mais chez la Souveraine, à qui je demande de la nourriture pour les corneilles, sinon elles n’ont rien à picorer.»
À la question de l’huissier, sur quels os des morts il vivait, Dimitri répondit : «J’ai une maison là-bas, j’ai une cathédrale à cinq dômes, et bientôt il y aura une grande cloche, dès que la cloche aura sonné, alors tout l’univers sonnera.» (A suivre)
Traduit du russe.

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