Saint Barsanuphe d’Optina

Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».

27 Décembre 1909

Gloire à Toi Seigneur, nous sommes à nouveau réunis. J’aime ces soirées : j’y repose mon âme. J’aime m’asseoir ici seul, dans cette cellule : beaucoup y ont trouvé la paix spirituelle. Gogol, notre grand écrivain renaquit spirituellement sous l’influence de conversations avec le Starets Macaire, qui eurent lieu dans cette cellule même. Un grand tournant se produisit en lui. D’une nature entière, il était inébranlable, incapable de compromis. Réalisant toutefois qu’il était impossible de continuer à vivre comme il avait vécu auparavant, il s’est tourné vers le Christ sans regarder en arrière et s’est élancé vers la Jérusalem Céleste.
Depuis Rome et les lieux saints qu’il visitait, il écrivit à ses amis, et ces lettres formèrent un livre entier, pour lequel ses contemporains le condamnèrent. Gogol n’avait pas encore commencé à vivre en Christ, il désirait seulement cette vie, et déjà le monde, hostile au Christ, le pourchassait de ses persécutions et prononça une sentence cruelle contre lui, le qualifiant de demi-fou. Alors qu’en Russie, des petites pointures littéraires, telles que Tchernychevski et compagnie, déploraient la perte du génie de Gogol, des esprits aussi grands que Johannes Scherr, l’historien de la littérature allemande et universelle, l’appréciaient différemment. Luthérien, Allemand, peu familier avec la vie russe et l’âme russe, Scherr exprime notamment sa surprise qu’à l’époque où le génie de Gogol s’était développé de manière extraordinaire, où ses horizons s’étaient élargis et où sa pensée s’était élancée vers l’infini, ses compatriotes ne le comprirent pas, mais le condamnèrent. Et toute âme qui aspire à une vie nouvelle, une vie en Christ, fait face à une grande lutte contre les ennemis intérieurs. Ces tentations sont inévitables selon la parole du Sauveur : ils m’ont persécuté, et ils vous persécuteront aussi. Mais immédiatement le Seigneur console : s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. (J.15;20). Ces tentations doivent être abordées différemment : il faut lutter obstinément contre les ennemis intérieurs, les vaincre avec l’aide de la grâce de Dieu, tout en pardonnant aux ennemis extérieurs. Il n’y a pas lieu d’avoir peur de cette lutte. Le Seigneur nous renforce en elle et nous donne des joies si ineffables que, comparées à une minute en elles, toutes les joies terrestres ne sont rien. Je dis cela par expérience personnelle. Il fut un temps où je vivais, non pas étranger à Dieu, mais, comme tout le monde. Par toute une série de coïncidences, qui me semblèrent à l’époque de simples hasards et que je n’ai comprises que plus tard, le Seigneur m’a conduit à une renaissance spirituelle. Cette guidance de Dieu a commencé de la manière suivante. Une fois à Kazan, pendant le Grand Carême, j’ai repoussé la préparation spirituelle à la dernière semaine. Le jeudi de la Semaine Sainte, je me rendis à l’église de l’armée pour me confesser. En chemin, j’ai remarqué une petite église, que je ne connaissais pas, à l’architecture étrange. Je demandai comment s’appelait cette église. On me répondit que c’était le Monastère Saint Jean, du nom du Saint Précurseur, fondé, déjà, à l’époque d’Ivan IV. J’y entrai et demandai où vivaient les prêtres. (A l’époque, je ne savais pas qu’on les appelait hiéromoines).
– Mais de qui avez-vous besoin ?
– D’un prêtre, pour me confesser.
On m’indiqua un hiéromoine d’âge avancé, le Père Serge. Je m’avançai jusqu’à lui. Il me demanda :
– Qu’y a-t-il pour vous plaire?
Je lui exprimai mon souhait et me confessai auprès de lui. Après la confession, je lui demandai :
– Où mène cette porte?
– Chez l’higoumène de notre monastère, le Père Barsanuphe.
– Quel nom étrange.
– En quoi serait-il étrange? Dans notre ville, nous pouvons vénérer les reliques du Saint Évêque Barsanuphe. Vous devriez aller y prier.
Depuis lors, j’ai commencé à fréquenter ce monastère, au grand embarras de mes collègues. Et dès ce moment, le monde se dressa contre moi. D’innombrables rumeurs au sujet de mon étrange mode de vie commencèrent à circuler.
– Mais qu’est-ce qui lui arrive? Lui qui a porte ouverte dans de nombreuses demeures d’aristocrates, les Oboukhov, les Molostov, il trouve de la satisfaction à converser et boire le thé avec des moines.
– Il a tout simplement perdu la tête!
Une voix timide s’éleva en ma défense :
– Cependant, ses supérieurs sont satisfaits de lui, son service se passe bien, il monte de grade en grade, de distinction en distinction.
– Et il occupe un poste à responsabilité : la mobilisation de toute l’armée de la Russie orientale, une affaire qui exige vigilance, est entre ses mains, et il s’en sort très bien.
– Oui mais, je ne sais pas comment ça se fait, mais il ne rencontre que les moines.
Ce dernier argument semblait si convaincant que les voix qui tentaient de me défendre se turent, et tout le monde se contenta d’une conclusion : on avait pitié de lui, mais c’était un homme intelligent. Ces rumeurs et d’autres similaires contribuèrent encore plus à mon éloignement du monde.
Et dix années entières passèrent entre tentations et recherches avant que je ne trouve le vrai chemin. Cependant, le Seigneur ne m’a pas laissé sans consolation en cette période difficile : j’ai vécu des moments d’une telle extase spirituelle que j’accepterais volontiers que mon corps soit coupé et brûlé, qu’on en fît quoi que ce soit, ne serait-ce que pour préserver ces extases en moi.
Pendant trois ans, je visitai de nombreux monastères, mais je n’en trouvai qui plaise à mon esprit. Il ne m’était plus possible de vivre ainsi, mais que faire? Il n’y avait personne vers qui je pouvais me tourner. Trois années de plus passèrent dans cette langueur. Pendant ce temps, j’ai voyagé le long de la Volga, visité et observé de nombreux monastères, mais aucun ne m’a attiré. Où aller? A Kazan, tout le monde me connaissait. Je voulais m’éloigner de tout ceux qui m’étaient proches, même s’il me fallait aller jusqu’en Haute Égypte, où personne ne me reconnaîtrait. (A suivre)
Traduit du russe
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