Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.
La splendeur du monastère
(…) Le 17 août 1897, au milieu de la place du monastère, sur le site de la chapelle démolie, à huit sagènes de l’église de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères, on commença la construction d’une nouvelle église en pierre à cinq dômes au nom de la Sainte Trinité Vivifiante, grandiose, superbe, dans le style architectural russe-byzantin. Cette église devint l’ornement non seulement du monastère et de l’Éparchie de Nijni-Novgorod, mais aussi de toute la Russie Orthodoxe. Elle pouvait accueillir jusqu’à quatre mille fidèles. Une iconostase métallique remarquable, de magnifiques fresques sur les murs, les objets d’église les plus riches, et un sol en mosaïque en dalles de Mettlach complétaient l’ornementation de ce bâtiment majestueux.
La nécessité de cette nouvelles construction s’expliquait par le fait que les églises existantes dans le monastère ne pouvaient accueillir fût-ce la moitié des pèlerins qui affluaient en grand nombre et de partout lors des fêtes. La cérémonie de pose de la première pierre de l’église fut célébrée par Son Éminence Arkady, Vicaire de l’Éparchie de Nijni-Novgorod, et concélébrée par une multitude de clercs. Grande fut la joie des moniales. Voulant prendre part à cette solennité spirituelle, de nombreux bienfaiteurs et dignitaires généreux vinrent au monastère. Un nombre incalculable de pèlerins intensifiait la dimension festive de l’événement.
À la fin de la Divine Liturgie, une procession avec la croix eut lieu sur le site de la nouvelle église. Là, après la bénédiction de l’eau, se déroula la pose solennelle de la première pierre de l’église. A la suite de Son Éminence Arkady, le Père Barnabé, V. K. Sabler, A.N. Stolpakov, l’higoumène Paule et de nombreux autres présents posèrent leur brique sur les fondations de l’édifice. Ensuite Vladyka Arkady prononça un sermon adapté aux circonstances. Tout se termina par la proclamation du «Mnogaïa Lieta» , et, comme chaque année lors de la fête de la Dormition, une procession de la croix fit le tour des murs d’enceinte du monastère.
En plus de ses églises, le Monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères était célèbre pour ses nombreux bâtiments, qui impressionnaient par leur taille et leur beauté architecturale. Il y avait au total vingt-quatre immeubles résidentiels.
Il s’agissait d’un réfectoire construit en 1894 aux frais de l’aristocrate moscovite Nikolaï Arkadievitch Jouravlev. Au rez-de-chaussée se trouvaient un vaste réfectoire, une cuisine, une boulangerie, des réserves et d’autres pièces utilitaires. Les voûtes et les murs étaient décorés de fresques. Dans la vaste pièce, de grandes tables et des bancs de bonne menuiserie étaient disposés en longues rangées formant une immense croix à huit branches. Un lutrin pour lire la vie des saints et d’autres récits édifiants était disposé sur un socle. Il y avait aussi trois armoires sculptées avec de la vaisselle et du drap de table fins, qui se distinguaient par leur propreté impeccable. L’étage supérieur comprenait plusieurs cellules ainsi que des ateliers pour la peinture d’icônes, la broderie en fil d’or et la couture d’ornements liturgiques. En plus du réfectoire, il y avait l’immeuble de l’higoumène, celui des chantres, ceux des sœurs, là où vivaient les moniales, des lieux pour conserver les victuailles, une épicerie, des boutiques, une ciergerie, une boutique de fleurs, un atelier de reliure, un atelier de tailleur, une cordonnerie. Il y avait une blanchisserie, des bains et toutes sortes de dépendances.
Les sœurs éprouvaient des désagréments suite au manque d’eau, car le contenu des puits existants ne suffisait pas. Le nombre des sœurs augmenta, et le manque d’eau ne pouvait qu’inquiéter le Starets. Faisant fermement confiance en la miséricorde de la Toute Pure Mère de Dieu, il encourageait toujours les sœurs :
– Soyez patientes ! La Très Sainte Mère de Dieu vous consolera, et il y aura tellement d’eau qu’on ne saura où la mettre !
Et effectivement, la Très Sainte Mère de Dieu ne tarda pas à leur fournir une abondante et inépuisable source d’eau. Une pieuse dame, A.I. Rechetnikova, fit don au monastère du capital nécessaire à la construction d’un puits artésien. On trouva aussi un homme versé dans ce domaine : V.S. Chsherbakov, sous la supervision de qui tout fut arrangé. Il est significatif que l’eau du nouveau puits soit apparue et ait coulé en un ruisseau abondant le jour même de la célébration du 250e anniversaire du transfert de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu d’Iviron du mont Athos à Moscou sous le patriarche Nikon.
Une machine à vapeur avec un réservoir était située dans une des tours de l’enceinte du monastère. De là, l’eau s’écoulait par des canalisations vers tous les locaux de vie et de travail du monastère. Pour les besoins des cellules et l’arrosage des jardins, en plus de cet approvisionnement en eau, le monastère disposait de deux petits étangs, de plusieurs puits et d’une petite fontaine. Sur un terrain entre les jardins derrière la cour de la ferme, un grand étang d’eau courante pour laver le linge fut creusé aux frais de N.A. Jouravlev.
Derrière les murs Sud et Est de la clôture du monastère se trouvaient deux hôtelleries. Il n’y avait pas de frais de logement, mais les visiteurs nantis pouvaient déposer leur obole dans une cruche suspendue dans le couloir. Des repas étaient également servis gratuitement aux hôtes.
Une des auberges jouxtait la cour de l’écurie, entourée d’un mur de pierre avec des auvents. À l’intérieur de la cour, il y avait un local en pierre qui servait pour le hangar à voitures, une forge et un atelier de serrurier. Il y avait aussi une réserve et une écurie avec des boxes séparées pour les chevaux; il y en avait jusqu’à vingt dans le monastère.
Près de la clôture Est fut aménagé un vaste enclos à bestiaux avec une grande étable pour les vaches et un bâtiment à étage, où les sœurs fermières vivaient à l’étage. Au rez-de-chaussée se trouvaient une salle à manger, une laiterie et une cave pour stocker les produits laitiers. Jusqu’à soixante têtes de bétail étaient élevées au monastère.
Derrière la cour s’étendaient de vastes potagers avec des serres et des puits. Les légumes produits au monastère suffisaient presque toujours jusqu’à la récolte suivante. Ils étaient entreposés dans des caves aux équipements les plus avancés de la technologie. Certains venaient spécialement pour voir comment tout cela était organisé. L’été, en plus de l’obédience assignée à chaque sœur, tout le monde travaillait dans les potagers et les jardins. Les moniales du saint Monastère de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères ne savaient pas rester oisives. Tout le temps pendant lequel elles ne priaient pas, elles le consacraient à des travaux et ouvrages confiés par leurs aînées selon la force et les capacités de chaque sœur. Selon leurs obédiences, elles étaient réparties en peintres, couturières en fil d’or, sacristines, relieuses, couturières, cordonnières, guides, tailleuses, corroyeuses, fleuristes, fabricantes de cierges etc. Toutes les novices-couturières devaient venir aux ateliers après la première liturgie et travailler jusqu’au repas de midi, puis, en hiver, le travail reprenait jusqu’aux vêpres. En été, après deux heures de repos, elles travaillaient jusqu’au souper.
L’ordre et le silence régnaient dans les ateliers. Une sœur lisait à voix haute la vie des saints ou autre chose, mais invariablement au contenu spirituel et moral. Ainsi, le travail, offrant aux sœurs un peu de répit dans la prière, ne permettait pas à la vanité ni aux soucis mondains de s’emparer de leur âme.
Le monastère possédait une forêt de cent cinquante déciatines. Grâce à une économie stricte et à un abattage approprié, le monastère recevait chaque année une quantité assez importante de rondins pour les réparations et du bois de chauffage pour chauffer les bâtiments. Dans la même zone de la forêt, il y avait un rucher de cent cinquante ruches, géré par les sœurs apicultrices, qui y vivaient dans une annexe en bois.
Dans la briqueterie du monastère, située non loin de celui-ci, des ouvriers embauchés cuisaient chaque année jusqu’à huit cent mille briques, tellement nécessaires pour la construction du monastère.
Le Monastère possédait un métochion bien équipé à Moscou, composé de deux maisons en pierre à deux niveaux avec tous les services nécessaires. (A suivre)
Traduit du russe.
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