«... en 38 années de sacerdoce presbytéral et épiscopal, j'ai prononcé environ 1250 homélies, dont 750 furent mises par écrit et constituent douze épais volumes dactylographiés...» (Le Saint Archevêque Confesseur et chirurgien Luc de Crimée) 1
L’homélie ci-dessous, prononcée le 18 août 1948, est intégrée dans le recueil intitulé «Tome 3» des Homélies de Saint Luc de Crimée, édité par l’Éparchie de Simferopol et de Crimée.
Vous avez entendu aujourd’hui, lors de la lecture de l’Apôtre, le discours incroyable du saint Apôtre Paul à propos de l’amour. Personne d’autre que lui ne pouvait parler de l’amour ainsi : il nous a montré la véritable essence de l’amour, sa signification incommensurable. Et l’amour est le centre de tout enseignement chrétien, de tout l’Évangile. Considérez donc ce discours divin du Saint Apôtre Paul : «Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit.» (1 Cor. 13:1). Et le son des cuivres, le son d’une cymbale, est quelque chose de vide. Vide est l’homme qui sait parler même dans toutes les langues, et qui connaît la langue des Anges, mais qui n’a pas l’amour. «Quand j’aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.» (v.2). Voyez quelle exaltation stupéfiante de l’amour : le Saint Apôtre le place infiniment plus haut que cette foi qui peut déplacer des montagnes, même cette connaissance à laquelle tous les mystères sont ouverts. «Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas l’amour, tout cela ne me sert de rien.» (v.3). Inutile est le sacrifice de ceux qui livrent leur corps à la mort, même au feu, mais n’ont aucun amour. Car il est possible de faire de telles choses : donner sa vie et donner ses biens, sans amour, pour d’autres fins, pour des fins impures, non saintes. On peut donner ses biens par vanité, voulant paraître comme un grand bienfaiteur. On ne peut pas donner sa vie pour tous ceux qui auraient besoin de ce sacrifice, on ne peut la donner que pour certains, seulement pour les gens de notre classe, pour notre peuple. Un tel sacrifice de sa vie peut être dépourvu d’amour de tous, quand il s’accompagne de haine envers ceux d’une autre classe, ceux d’un autre peuple. Seul le sacrifice de notre vie a une signification inestimable aux yeux de Dieu, quand il est fait au nom de l’amour saint pour tous, sans exception pour tous, car le Seigneur nous commande d’aimer non seulement les gens de notre classe, de notre peuple, non seulement nos proches, mais d’aimer sans exception, tous les gens.
«L’amour est patient, il est bon; l’amour n’est pas envieux, l’amour n’est point inconsidéré, il ne s’enfle point d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant, il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne tient pas compte du mal; il ne prend pas plaisir à l’injustice, mais il se réjouit de la vérité».
«L’amour est patient» Quiconque a un véritable amour saint sait endurer toutes les faiblesses, tous les vices, toutes les faiblesses de son prochain, il endure tout, car il aime ces faibles, ces gens dépourvus de véritables vertus chrétiennes. «L’amour est miséricordieux.» Le cœur de l’homme rempli d’amour ne peut pas regarder avec indifférence les sans-abri nus, affamés. L’amour qui remplit un cœur aussi pur est rempli de miséricorde. «L’amour n’est pas envieux.» Il n’envie personne, et souviens-toi : si tu envies quelqu’un, cela signifie qu’il n’y a pas d’amour en toi, car si ton cœur était rempli d’un sentiment d’amour chrétien, alors tu n’envierais personne ni rien. «L’amour n’est pas inconsidéré, il n’est pas orgueilleux.» Celui qui est plein d’amour est étranger à l’orgueil, car l’amour et l’orgueil sont des opposés. Là où il y a de l’amour, il ne peut y avoir d’orgueil. Là où il y a de l’orgueil, il n’y a pas d’amour. Le véritable amour non seulement n’est pas envieux, il n’est pas exalté, il n’est orgueilleux au sujet de rien, il est humble. Rappelez-vous, souvenez-vous que si vous êtes fier de quelque chose dans votre cœur, cela signifie qu’il n’y a pas d’amour en vous. «L’amour ne fait rien d’inconvenant.» Ne voyons-nous assez d’atrocités autour de nous? Il n’a pas de limites, et leur immensité est lourde et insupportable pour nous, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’amour chez les gens. Car s’il y avait de l’amour, il n’y aurait rien d’inconvenant! « L’amour ne cherche pas son intérêt.» Et nous cherchons toujours les bénédictions et les joies de la vie pour nous-mêmes : possessions, honneur, statut élevé; nous cherchons tout pour nous-mêmes. Mais l’amour ne cherche pas son intérêt. L’amour est confiant, tout comme les enfants ont confiance, car ceux dans le cœur desquels habite l’amour saint sont semblables aux enfants dont le Seigneur Jésus-Christ a dit : «si vous ne vous changez de façon à devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des Cieux. » (Math. 18,3). L’amour croit tout, il ne soupçonne pas les gens de mentir, de trahir. Dans le monde, on offense souvent ceux qui ne mentent pas, ne calomnient pas, ne commettent pas de trahison, qui sont purs dans leurs paroles et leurs actes. «L’amour ne s’irrite pas.» Y en a-t-il beaucoup parmi nous qui ne soient pas irrités? Il y en a beaucoup, beaucoup qui, dans un état d’irritation, crient d’une voix frénétique, se battent et jurent. Et s’il y avait de l’amour chrétien dans nos cœurs, nous ne serions pas irrités, nous ne taperions pas du pied, nous ne jurerions pas, nous ne nous battrions pas. «L’amour ne pense pas le mal, ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité.» Cela signifie que ceux qui ont un amour sacré dans leur cœur ne savent pas comment et ne veulent pas chercher le mal et ce qui est mauvais chez ceux qui les entourent. Ils veulent, ils peuvent, ils s’efforcent de voir et de chercher dans le cœur de leurs voisins seulement ce qui est bon et pur. Dans l’amour, il n’y a pas de malveillance, qui est si abondante en nous, car nous nous réjouissons toujours et nous jubilons en voyant la chute de nos frères, en voyant leurs faiblesses. Alors nous nous réjouissons, nous nous réjouissons d’une joie maligne, car les esprits mauvais se réjouissent de tout le mal qu’ils voient chez les gens. Quand l’amour voit la vérité dans les actes humains, dans les paroles humaines, dans toutes les actions et efforts humains, alors il se réjouit de la vérité avec une joie pure et angélique.
«L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.» (v.7) Quand nous voyons comment notre frère pèche, fermons-nous les yeux sur ce péché, retenons-nous notre langue de parler du péché que nous voyons chez notre frère? Au contraire, nous nous vantons, nous nous réjouissons de façon maligne, nous nous empressons de révéler partout à quel point notre frère est pécheur. Nous ne couvrons pas le péché de notre frère, comme tous les saints l’ont fait, mais au contraire, nous ouvrons, crions et nous proclamons le péché des autres, et nous gardons le silence sur nos propres péchés.
L’espoir, l’espoir inébranlable en Dieu, l’espoir de la rétribution dans la vie éternelle, ne quitte jamais ceux dans les cœurs desquels vit l’amour.
«L’amour endure tout.» Il endure toutes les moqueries, toutes les railleries, tous les tourments pour le Christ, comme les fols-en-Christ ont enduré la moquerie, le ridicule, la faim et le froid. L’amour ne cherche que ce qui est nécessaire, ce qui est utile à son prochain, il ne cherche rien de propre. «L’amour ne passera jamais. S’agit-il des prophéties, elles prendront fin ; des langues, elles cesseront ; de la science, elle aura son terme.» (v.8). La prophétie n’est pas éternelle, les prophètes sont morts depuis longtemps, et la fière connaissance des hommes sera aussi abolie, car il y a très peu de vérité là-dedans.
«Car nous ne connaissons qu’en partie, et nous ne prophétisons qu’en partie» (v.9) Nous savons peu de choses, la connaissance humaine est insignifiante, mais nous sommes fiers, malignement fiers de cette connaissance insignifiante.
«Or,quand sera venu ce qui est parfait, ce qui est partiel prendra fin» (v.10). Toute notre connaissance, que nous avons acquise, n’est qu’une petite partie d’une connaissance complète et vraie, et tout cela perdra tout sens et toute puissance.
«Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai laissé là ce qui était de l’enfant.» (v.10) Est-ce que nous nous amusons encore maintenant avec des jouets et des divertissements pour enfants? Nous avons tout laissé derrière nous. Maintenant, le moment est venu où le vrai et le parfait nous ont été révélés, et alors ce dont nous étions fiers précédemment dans notre vie, toute notre connaissance, toute notre sagesse, nous apparaît comme des petits jouets d’enfants, comme des amusements d’enfants.
«Maintenant nous voyons dans un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu.» (v.12). Toute nos connaissances, qui semblent si claires, si lumineuses, ne sont rien que vues à travers un verre sombre et impur. Et quand tout sera entièrement révélé, nous verrons toute la vérité et toute la justice face à face. Et alors nous connaîtrons tout, tout comme je suis connu, comme Dieu m’a connu ; quant à Dieu, il n’y a pour Lui rien de caché dans le monde, et pour moi il n’y aura rien de caché : je saurai tout. L’amour révélera tout.
«Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande des trois c’est l’amour. » (v.13). Nous devons vivre par la foi, l’espoir et l’amour : c’est notre appui, notre pivot, c’est ce que nous devons respirer, mais nous devons nous rappeler que, peu importe la grande foi ou l’espoir béni, l’amour est au-dessus de tout. Acquérez tout l’amour du Christ, purifiez vos cœurs et laissez place à l’amour saint en eux !
Traduit du russe
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