«... en 38 années de sacerdoce presbytéral et épiscopal, j'ai prononcé environ 1250 homélies, dont 750 furent mises par écrit et constituent douze épais volumes dactylographiés...» (Le Saint Archevêque Confesseur et chirurgien Luc de Crimée) 1
L’homélie ci-dessous, prononcée en 1957, pour la fête de la Toussaint, est intégrée dans le recueil intitulé «Tome 2» des Homélies de Saint Luc de Crimée, édité par l’Éparchie de Simferopol et de Crimée.
Innombrables et sans limites, comme les grains de sable des grands déserts du Sahara et du Gobi, sont les gens de notre époque et tous ceux qui ont vécu avant nous. Qui sont-ils? À quoi ressemble leur vie? Que voyons-nous dans leurs âmes? Si on pouvait observer l’immensité, on verrait que la grande majorité de l’humanité est composée de ceux qui sont appelés dans les Saintes Écritures «les gens de ce monde». Pourquoi les appelle-t-on ainsi? Parce que le but principal de leur vie et leurs principales aspirations sont d’atteindre des biens de ce monde, des bienfaits qu’ils reçoivent de la nature matérielle. Soit, ils ne sont pas du tout spirituels, soit leur vie spirituelle n’est pas profonde ! Ils ne croient pas du tout au monde spirituel, ou y prêtent peu d’attention.
Tels sont gens de la terre, tels sont gens de l’âme, pas les spirituels. C’est la majeure partie de toute l’humanité. Mais avec la peur et la douleur de l’âme, on voit sur le flanc gauche de l’humanité des gens incomparablement pires, voire terribles. Nous voyons des humains-animaux, des humains-bêtes sauvages, des humains-monstres, et même des humains-démons. Et sur le flanc droit des peuples de la terre, nous voyons la fleur et la gloire de la race humaine, ceux bénis et encore bénis par Dieu, peuple, que le grand Jean le Théologien appelle les enfants de Dieu, les amis du Christ.
Avec une pieuse crainte, nous voyons la grande armée de saints resplendir dans l’obscurité du monde, comme les étoiles brillantes de Dieu dans la noirceur du ciel. Nous voyons une multitude de prophètes et d’apôtres, de grands hiérarques et pasteurs, qui prêchaient et affirmaient l’Évangile du Christ. Nous voyons l’immense foule des saints martyrs, des grands moines et ermites, et même des gens, pareils aux Anges de Dieu. Qu’est-ce qui a fait d’eux des saints, pas du tout pareils aux gens du monde? Nous apprenons cela des paroles les plus profondes de l’Apôtre Paul, des paroles que personne ne pouvait prononcer avant lui.L’effroi et la gloire incommensurable de la Croix du Christ ont tellement ébranlé son âme qu’il en oublia le monde entier et dit : «La croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde ! J’ai été crucifié avec le Christ, et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.» (Gal.6,14;2,19-20).
Ces saintes paroles auraient pu être répétées par tous les grands saints. La foi en le Seigneur Jésus et l’amour pour Lui brûlaient comme une flamme vive dans le cœur des saints martyrs et leur donnaient la force de supporter les tortures et la mort les plus terribles. Le monde a perdu tout son attrait pour les grands moines et ermites, le monde était crucifié pour eux. Il leur était insupportable de demeurer parmi des gens capables d’un crime aussi incommensurable que la crucifixion sur la croix du Sauveur du monde, le Fils de Dieu ; et ils s’enfoncèrent dans des déserts désolés et des fourrés de forêts inaccessibles, afin d’y vivre en communion pieuse inséparable avec Dieu. Leur prière était aussi profonde que la mer, et coulait sans cesse jour et nuit.
Notre grand Saint Seraphim de Sarov pria mille jours et nuits dans la forêt sur une pierre plate. Saint Arsène le Grand restait debout du soir au matin, les mains levées vers le ciel dans le désert, priant pour le monde entier. Et même lui fut surpassé dans la puissance de la prière par Sainte Marie l’Égyptienne.
Nous pourrions parler longtemps d’autres grands héros de l’ascèse, dont le monde entier n’était pas digne. Ce premier dimanche après la Pentecôte, la Sainte Église célèbre la mémoire de tous les saints.
Pourquoi avoir institué pareille fête? Il y a peu de noms de saints dans les synaxaires ; environ 2000 noms au total. Mais il n’est pas possible qu’il y ait si peu de saints. Bien sûr, il y en a d’autres, infiniment plus. Dans le septième chapitre de l’Apocalypse de Saint Jean le Théologien, nous lisons : «Après cela, je vis une foule immense que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue. Ils étaient debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches et tenant des palmes à la main. (…) Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau». (Apoc.7;9,14) L’immense et innombrable multitude de saints fut présentée à Saint Jean le Théologien dans cette vision, et non les deux mille saints dont nous lisons les noms dans les synaxaires. Dieu possède une grande multitude de saints, pour le salut desquels le Fils pré-éternel de Dieu, le Sauveur du monde, descendit sur terre et s’incarna de la Très Sainte Vierge Marie. Seul un très petit nombre de saints ont été glorifiés par les Églises orthodoxe et catholique romaine. Et toute la grande multitude des autres saints n’est connue que de Dieu, dont nous disons qu’Il est le seul à connaître les cœurs, «le seul Connaisseur du cœur». À ses yeux qui voient tout, grands et précieux sont des gens ordinaires et pauvres qui ne signifient rien pour le monde, qui sont même méprisés et persécutés par le monde, et dont le monde entier n’est pas vraiment digne. Cette première semaine (dimanche) après la Pentecôte est consacrée par l’Église à la mémoire de tous les saints, connus nommément par l’Église et connus uniquement de Dieu.
Ce jour est grand et saint, et il nous incombe, au moins avec la célébration d’un moleben, de l’honorer et de demander à tous les saints leur intercession devant Dieu pour nous, afin que nous pécheurs, nous puissions aussi faire partie, au moins dans les derniers rangs, de ceux que le Seigneur Dieu a voulu appeler Ses enfants, ceux qui sont nés de nouveau, non plus «de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme» (Jean 1:13), mais de Dieu Lui-même et de la puissance incommensurable de l’Évangile du Christ.
Qu’il en soit ainsi de nous tous. Amen.
Traduit du russe
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