Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.

(…) Il arrivait que la bénédiction donnée par le Starets ne soit pas accomplie correctement ou ne le soit pas du tout par ceux qui la demandaient, et les conséquences de la désobéissance étaient tristes.
Le marchand moscovite M.V. demanda la bénédiction de marier sa fille à un homme qu’il connaissait. Le Starets Barnabé ne donna pas sa bénédiction et de plus dit franchement à M. V. qu’il devrait en prendre trois s’il ne l’écoutait pas maintenant et qu’il donnait sa fille en mariage. Et c’est ainsi que les choses se passèrent : il dut prendre chez lui et soutenir sa fille avec ses deux enfants, car le mariage de celle-ci s’était avéré difficile : la jeune femme s’était séparée de son mari et avait déménagé chez son père.
Un cas similaire eut lieu à Saint-Pétersbourg. Le Starets, selon l’histoire contée par son fils spirituel, arriva chez S. lors d’une de ses visites à Saint-Pétersbourg. Il y eut une célébration familiale à l’occasion des fiançailles de la fille de S. avec un jeune homme qui, selon les parents de la mariée, était un mari convenable. Tout le monde était extrêmement heureux de l’hôte bien-aimé et lui demanda sa bénédiction et ses prières pour les futurs jeunes mariés. Le Starets, à la surprise et au grand désespoir de tous, déclara franchement qu’il ne fallait pas donner la fille en mariage à ce fiancé, sinon ils le regretteraient plus tard, mais il serait trop tard. Sur ce, Batiouchka les quitta, se hâtant de rendre visite à beaucoup d’autres qui l’attendaient à Saint-Pétersbourg. Tard dans la soirée, il arriva chez M. Ch. pour la nuit et, bien qu’il soit déjà 11 heures du soir, se rappelant encore une fois les fiançailles de la fille de S., envoya quelqu’un leur demander de refuser le fiancé. Mais ils avaient déjà tout décidé, et le mariage eut finalement lieu. Bientôt, cependant, il fallut admettre avec tristesse que le Starets avait prévu le triste sort de la jeune femme et voulut l’empêcher. Le gendre avait un caractère extrêmement difficile à gérer, changeait souvent de service et restait longtemps sans poste. La jeune femme tomba malade, et ses parents durent s’occuper complètement d’elle et de sa famille.
Le commerçant moscovite B. décida d’augmenter la lumière dans sa boutique et demanda la bénédiction du Starets d’ouvrir une fenêtre donnant sur la cour. Batiouchka lui conseilla de pratiquer l’ouverture d’une fenêtre sur la rue, et ne bénit pas l’ouverture vers la cour. B., cependant, jugea à sa manière et fit une fenêtre donnant sur la cour. Et il souffrit de sa désobéissance : des voleurs entrèrent dans la boutique par cette vitrine et lui causèrent d’importantes pertes, volant une somme considérable d’argent.
Le sage Starets a pendant un temps empêché un jeune homme, qu’il connaissait depuis l’enfance, de se marier, suggérant qu’il attende deux ans. Cependant, il n’avait pas donné la raison du report. Le jeune homme, après avoir attendu un certain temps, environ un an et demi, se fiança. Lorsque ses proches en parlèrent au Starets Barnabé, il fut très alarmé et exprima le désir de le voir avec sa fiancée chez lui sans faute et dès que possible. Les jeunes refusèrent de venir. Le mariage eut lieu et, sept mois plus tard, le jeune homme tomba malade de la fièvre typhoïde et mourut.
Batiouchka interdisait strictement d’envoyer quoi que ce soit d’un monastère à des parents, ni argent, ni biens. «Moi-même,» disait-il souvent, «je n’ai jamais rien envoyé du monastère à mes proches : cela ne leur aurait pas été bénéfique». Un jour, un novice de la Skite de Gethsémani, Georges, le futur moine Gennadi, demanda au Starets sa bénédiction pour aider ses proches et leur apporter un soutien matériel. Batiouchka ne donna pas sa bénédiction. George, cependant, n’obéit pas. Bientôt, il vint voir le Starets pour lui demander pardon pour sa désobéissance et lui annonça que tout avait brûlé chez ses proches. Batiouchka lui dit que «donner quelque chose du monastère au monde, c’est comme y mettre un feu».
Guérissant les maux spirituels par l’esprit de douceur, le Starets amenait imperceptiblement l’homme à la réalisation de sa condition de pécheur, le ravivait à une nouvelle vie, développait en lui un désir de perfection spirituelle selon les commandements de l’Évangile, lui donnait l’opportunité de connaître et de ressentir les exigences profondes de son esprit. La sincérité et la chaleur des paroles paternelles permettaient la réception des bons conseils du Starets.
Deux étrangers arrivèrent chez les Ch. à Saint-Pétersbourg lors d’une des visites du Starets. L’un d’eux était militaire. Et lorsqu’une servante demanda qui ils voulaient voir, le militaire répondit avec une moquerie sans dissimulation : «Le Saint Starets Barnabé». Elle fit simplement remarquer que Batiouchka mangeait toujours dans la salle à manger, et demanda d’attendre dans le salon. Le militaire ne put s’empêcher de se moquer malicieusement, exprimant sa surprise face au fait que «il s’avère donc que même les saints mangent!». Mais alors le Hiéromoine Barnabé apparut dans le salon et, parlant gentiment avec tous ceux qui étaient présents, s’approcha du militaire. Celui-ci s’inclina respectueusement et demanda une bénédiction. Le Starets l’embrassa sur la tête, le prit à part, s’assit et, calmement, mais d’une certaine façon particulièrement sincère, commença à parler. Ce «fiston» ne put résister à la grandeur d’esprit du merveilleux Starets : oubliant tout et tout le monde, les larmes aux yeux, il s’agenouilla devant le Starets et prit sa main, ne cessant pas de l’embrasser. Et le Starets, suggérant quelque chose avec amour paternel, lui caressa doucement la tête de l’autre main libre.
Une des moniales du monastère de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères donne un exemple de l’influence morale du Starets, qu’elle put elle-même observer. «En octobre 1901, je me suis retrouvée chez Batiouchka pour des affaires du monastère. L’heure du départ approchait, mais le fiacre n’était toujours pas apparu, ce qui m’inquiétait, car la route vers la gare en automne est très difficile. Mais Batiouchka m’a calmée, disant que j’irais avec une dame et même sur un coupé. Je ne lui ai pas demandé quelle dame il attendait, je pensais qu’une de ses connaissances devait être auprès de lui. Nous étions assis à la table dans la salle de réception et avons continué à discuter. Batiouchka, selon la coutume, demandait des nouvelles de tous ceux dont il se rappelait et me donnait diverses missions. Mais soudain, il se leva et dit : «Eh bien, préparez-vous!» Il alla lui-même devant l’analoï, pria silencieusement puis, se tournant vers la fenêtre, montra la cour du monastère de la main et dit : «Voici ta dame qui arrive!» Je regardai par la fenêtre et vis qu’une femme richement vêtue, inconnue de moi, arrivait. Batiouchka sortit dans le vestibule pour accueillir la visiteuse et commença par la plaisanterie habituelle : «Tu t’es perdue, je t’attendais depuis longtemps, enfin tu as décidé de venir à moi!» La dame, surprise par un tel accueil, dit : «Vous devez vous être trompé, mon Père, je vous vois pour la première fois, et je suis venue vous voir de façon tout à fait inattendue pour moi-même». À cela, Batiouchka lui répondit joyeusement : «Non, je ne me suis pas trompé, je t’ai attendue toute la matinée aujourd’hui». La dame a dit qu’elle venait du Sud depuis la ville de T. et qu’elle était à Moscou pour affaires. Et elle avait décidé de visiter la Laure de Saint-Serge. Elle connaissait le Père Barnabé grâce au livre «Le Monastère de la Très Sainte Mère de Dieu des Ibères». «J’ai participé maintenant après la liturgie matinale à un moleben devant les reliques de Saint Serge», dit la dame, «pour une raison quelconque, je me suis soudain souvenu de ce livre et de Vous, mon père. Sachant d’après le livre que vous faites votre salut quelque part près de la Laure, j’ai décidé de venir au moins quelques minutes pour vous voir et recevoir votre bénédiction». À cela, le Starets lui répondit doucement avec un sourire : «Et c’est pour ça que je t’ai attendue toute la matinée». Puis, se penchant vers elle, il ajouta : «Voici ce que je vais te dire, ma fille : ton mariage civil est entaché d’illégalité, quelque chose qui va à l’encontre de Dieu, et je te conseille de te marier légalement, alors le Seigneur te pardonnera». Toute en larmes, elle se tint devant le Starets clairvoyant et le supplia à haute voix de prier pour elle. Mais le Starets répéta fermement que Dieu lui pardonnerait seulement lorsqu’elle essayerait d’accomplir Sa loi. Puis, la bénissant d’une icône sainte, Batiouchka dit : «Ma petite fille, aime ton prochain, fais l’aumône, et le Seigneur te bénira aussi. Et cette moniale, s’il-te-plaît, emmène-la à Moscou ; elle vient de Vyksa, du monastère que tu as cité». «Avec joie, avec grande joie!» , répondit l’invitée en prenant congé de Batiouchka. Nous y sommes allés. La chère dame ne parvint pas à se calmer pendant longtemps et répétait sans cesse : «Oh, chère mère, quel merveilleux clairvoyant est ton Starets! Je vais essayer d’accomplir son commandement.» (A suivre)
Traduit du russe.

Source :