Le texte ci-dessous est la traduction du livre consacré par la Laure de la Trinité Saint Serge, et plus particulièrement, la Skite de Gethsémani-Tchernigov qui lui est rattachée, au Saint Starets Barnabé de la Skite de Gethsémani : «Преподобный Варнава, старец Гефсиманского скита. Житие, письма, духовные поучения».(Saint Barnabé, Starets de la Skite de Gethsémani. Vie, lettres, enseignements spirituels). Cet ouvrage a fait l’objet de maintes éditions et rééditions.
Le Saint Starets Barnabé (1831 – 1906) fut le père spirituel non-seulement de celui qui allait devenir Saint Seraphim de Vyritsa, mais aussi d’une foule immense de fidèles qui venaient de très loin recevoir ses conseils spirituels, et parmi lesquels on compte des membres de la famille du Tsar. Le Saint Tsar Martyr Nicolas II lui-même se confessa auprès du Saint Starets Barnabé.
Le livre se divise en trois parties. Nous nous attachons, pour commencer, à l’histoire de sa vie.
(…) M.D. Oussov se souvient : «En 1904, j’ai rencontré Batiouchka à la gare et je l’ai fait monter dans ma calèche. Le cher Starets m’a dit : «Toi, fiston, prends un billet pour que je puisse rentrer, je partirai aujourd’hui avec le train du soir.» J’envoyai un garçon de courses prendre un billet pour Batiouchka, et je l’ai mis en poche. Vers une heure de l’après-midi, le Père Barnabé est venu dans ma boutique et a béni tout le monde. À ma remarque que le billet était prêt, il sourit et dit :
«Oh non, fiston, ils ne me laisseront pas m’installer dans le train.
«Ils n’ont pas le droit », objectai-je.
Batiouchka quitta silencieusement la boutique et s’éloigna en fiacre. J’étais confus et je ne savais pas comment expliquer ces paroles énigmatiques. J’ai regardé le billet, et que s’est-il passé? Au lieu de la date d’aujourd’hui, il y avait celle de demain… Bien sûr, un serviteur alla immédiatement changer le billet. Mais quelle fut notre surprise commune face à ce qui s’était passé!»
Le Starets Barnabé rendit visite de manière tout à fait inattendue à M. D. Oussov à Saint-Pétersbourg avant sa mort en février 1906. «À cette époque, j’avais chez moi des invités et le fiancé de ma fille, N. B.», expliqua M. D. Oussov. Nous étions tous extrêmement heureux de la venue de Batiouchka. Il s’adressa notamment au fiancé avec ces mots : «Voici l’obédience que je te donne : la première semaine tu te prépares et pendant le jeûne tu iras moins souvent voir ta fiancée.» Puis, se tournant vers moi, il dit : «Et mon obédience pour toi : fais un mariage tout simple.»
«Mais Batiouchka, ce ne sont pas mes affaires, mais celles de la famille du fiancé», objectai-je.
«Écoute ce qu’on te dit», insista le Starets plein de grâce.
Mais nous n’avons pas suivi ses instructions et avons programmé le mariage pour le 30 avril, invitant jusqu’à deux cents personnes. Pour le déjeuner commandé à un chef, on déposa cent roubles en mars dernier. Soudain, sans raison apparente, le père du marié tomba gravement malade à la mi-avril. Les médecins lui prescrivirent une opération, la maladie s’aggrava, et tout espoir d’un rétablissement rapide fut perdu. On n’avait pas le temps pour les bals… Et nous, abandonnant notre dépôt, nous avons vraiment dû organiser un «petit» mariage dans ma propriété, comme le merveilleux Starets nous l’avait dit.»
«Une fois, en 1906, je suis venue voir Batiouchka Barnabé» a expliqué Madame Gratcheva, une habitante de Moscou, «et au lieu de la salutation habituelle, Batiouchka m’a dit abruptement : «Que t’est-il passé par la tête, pour venir à un moment pareil? J’ai entendu qu’il y aura une grève du chemin de fer, comment vas-tu rentrer dans un tel tumulte?! Dépêche-toi de repartir, oui, regarde, ne te retourne pas!» Mais qu’est-ce cela?, pensai-je, Batiouchka ne me laisse pas même le temps de souffler. Et il répéta encore plus insistant qu’elle devait se dépêcher de repartir pour ne pas se retrouver perdue quelque part. Et je suis repartie tout de suite. À la gare, j’ai regardé, il n’y avait presque personne, les employés étaient tous plutôt joyeux. Je suis monté dans un wagon, complètement vide. Le train démarra et vola de cet endroit jusqu’à Moscou sans s’arrêter. En chemin, le wagon oscillait tellement de gauche à droite que je n’espérais même plus arriver à destination. Mais grâce aux prières du Starets, mon voyage s’est bien déroulé, et j’ai quitté ce wagon avec joie à mon arrivée à la gare. Mais j’eus alors l’occasion de ressentir ce que signifiaient les paroles de Batiouchka : «ne pas me retrouver perdue». Je suis descendue sur le quai et je tournai sur moi-même, je ne savais où aller pour sortir : partout, des gens attendaient le train, dans la confusion, et personne ne pouvait obtenir une réponse sensée des employés de la gare, la police essayait de maintenir l’ordre… Dans cette confusion, j’ai supplié quelqu’un de m’emmener au moins jusqu’à un fiacre. Dieu Merci, un homme gentil ne refusa pas et m’emmena dehors. C’est ainsi que notre cher Batiouchka voyait tout clairement, même dans les moindres détails ! C’est pour ça que je n’ai jamais commencé quelque chose d’important sans sa bénédiction. Et sa parole s’est toujours réalisée dans ma vie. Alors, quand mon fils a décidé de se marier et m’a écrit de N., depuis le lieu de son service, pour demander ma bénédiction, la première chose que j’ai faite a été d’aller voir Batiouchka pour demander conseil. Le Starets m’a demandé ce que je pensais moi-même du choix de mon fils. Je n’avais jamais vu ni connu sa fiancée, alors j’ai dit à Batiouchka que j’avais entendu d’autres dire qu’elle était orgueilleuse. Batiouchka me répondit, comme dans un songe : «Que ton fils se marie, ou qu’il ne se marie pas, il devra quand même vivre seul!» Je ressentis quelque chose d’effrayant à ces mots, mais le Starets me répéta la même chose au sujet du destin de mon fils, lorsque je pris congé. Vladimir (c’est son nom) épousa son élue et avait déjà un enfant quand sa femme le quitta, et maintenant il vit seul, comme le Starets de Dieu l’avait prédit.» (A suivre)
Traduit du russe.
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