
Le 22 janvier 2018, l’Archimandrite Venedikt (Penkov), Supérieur d’«Optina Poustine»1 depuis 1990, s’en est allé vers le Seigneur. Mémoire éternelle et «Царствие небесное!» (On notera que le Starets Kyrill (Pavlov)2 et le Starets Naum (Baïborodine), tous deux Pères spirituels et confesseurs à la Laure de la Trinité Saint Serge sont décédés respectivement le 20 février 2017 et le 13 octobre 2017, et que le Starets Alexandre, Higoumène du Monastère de la Dormition de Tikhvine, s’en est allé vers la paix éternelle à l’âge de 90 ans, le 26 avril 2017. Et le Starets Adrian (Kirsanov de la Laure des Grottes de Pskov est décédé le 30 avril 2018 à 97 ans. Le peuple orthodoxe de Russie a perdu en moins d’un ans cinq très grands startsy auprès desquels il ne cessait d’affluer, à la recherche de la consolation et de la guérison). Dans le texte ci-dessous, le Starets Élie (Nozdrine) (aujourd’hui dans sa 87e année), qui fut rappelé de la Sainte Montagne dans les années ’80 pour devenir père spirituel et confesseur de la Communauté du Désert d’Optina, évoque les débuts de la renaissance de ce monastère d’exception. Ce texte fut publié à l’origine dans le Magazine Pokrov, et repris sur le site Pravoslavie.ru le 29 février 2016.
L’Histoire du «Désert d’Optina» est connue de tous; il connut son âge d’or au XIXe siècle, lorsqu’il fut l’arène où les grands starets d’Optina réalisaient leurs exploits ascétiques: Nectaire, Macaire, Ambroise. Ce dernier, tout particulièrement, éleva Optina à un niveau de vie spirituelle et à une puissance d’attraction des âmes des fidèles pareils à ceux des monastères de Saint Serge de Radonège et de Saint Seraphim de Sarov.
Le peuple russe vénère et aime particulièrement le monachisme; il est attiré par ces oasis spirituelles où il puise une expérience marquée par la grâce. D’autant plus aujourd’hui, alors que la vie est saturée de tant d’anxiétés, de tentations et de peines. Où aller, après la Laure de la Trinité Saint Serge? Au XIXe siècle, Optina accueillit de nombreux visiteurs. Les starets de ce siècle n’étaient pas, comme les héros de l’ascèse de jadis, séparés du monde par les murs de la clôture monacale. Et dans l’agitation maussade d’un mode de vie délétère, surtout dans les villes, les âmes aspiraient à un pareil terreau spirituel, afin de confesser leurs péchés et de se remplir de joie et de paix.
Non seulement s’y pressaient des gens du peuple, mais des personnalités du monde d’une haute éducation et formation artistiques, comme Dostoïevski, Gogol et Tolstoï, ne voyaient pas d’objection à venir participer à ce festin spirituel. La sœur de Léon Tolstoï, Maria, menait son combat ascétique à Chamordino, où le Starets Ambroise venait de fonder une communauté monastique de femmes. Quand Tolstoï allait saluer sa sœur, il passait par Optina, mais il n’écouta pas la voix de la confession orthodoxe, il ne se rangea pas aux conseils du Starets Ambroise, qui s’entretenait avec lui et voulait sauver son âme. Le mental arrogant du Comte ne cherchait que le rationnel. Ce fut la maladie de tout le XXe siècle. Plus tard, quand on eût saccagé Optina, dans l’église de Saint Jean le Précurseur, on installa un musée Léon Tolstoï, dont le buste trônait au centre, à la place de l’analoï. L’apostasie, la destruction des communautés et des églises et la profanation des objets sacrés se retourna contre la Russie sous la forme de l’attaque d’Hitler, que le Seigneur choisit d’utiliser comme instrument. Et combien souffrirent et moururent en martyrs dans le berceau de la révolution? Huit cent milles, dont mon père, rien que dans le golodomor.
Tant que les monastères existaient, les starets d’Optina réalisaient leurs exploits ascétiques dans la skite et le désert; ils priaient et protégeaient ceux-ci de tout mal. Mais quand cesse la prière et la vie en Christ, l’existence commence à se figer. Et ainsi, elle se figea, se rétracta. Le communisme sema l’infection athée. Il ne restait plus guère de croyants. Et la vie en Russie s’atrophia. Jadis, on avait des milliers de monastères, les gens priaient, vivaient pieusement. Chaque bonne action, et d’autant plus la prière, a une signification non seulement individuelle, pour toi, mais sociale, et cosmique. Pas seulement la prière du moine ou du starets, celle de tout homme. N’importe quelle grand-mère ignorée de tous peut être si proche de Dieu et sa prière si vivante et puissante que Dieu s’attendrit et vivifie le monde. Optina fut dévasté à l’époque soviétique. Tous ceux entre les mains desquels tombait un livre des starets implorait le Seigneur, avec force soupirs, de faire renaître la communauté. En 1987, le monastère fut rendu à l’Église Orthodoxe de Russie. C’était un tableau effroyable qui occasionna beaucoup de peine à tous ceux qui aiment le Seigneur, et qui vénèrent Ses sanctuaires en leur cœur. Églises détruites, tombes des starets profanées… Le Seigneur Lui-même convia à faire renaître le monastère. Le processus démarra subitement, avec l’arrivée de l’Archimandrite Euloge (Smirnov. En 1988, il fut désigné en qualité de supérieur du Désert d’Optina. Il est maintenant Évêque de Sousdal. N.d.l.Réd.). Plein de ferveur, il releva la vie spirituelle et restaura les bâtiments. Vladika s’employa avec zèle à faire renaître la vie spirituelle du monastère. Les offices étaient très longs. Lui-même ne manquait jamais aucun office, depuis celui du milieu de la nuit jusqu’à celui des complies, sous aucun prétexte. Et il célébrait lui-même la liturgie. Les premiers offices furent célébrés dans l’église de l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir, située dans le bâtiment d’entrée. Bien que celui-ci eût été démoli jusqu’aux fondations, on commença à le reconstruire rempli d’un fort espoir, signe de ce que la Très Sainte Mère de Dieu participait à la restauration du monastère. Le 3 juin 1988, jour de la fête de l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir, on y célébra la première liturgie. On ne parvint pas à faire entrer tous les participants dans l’église; il y faisait étroit, même pour les frères et novices encore peu nombreux. Beaucoup durent rester dans la cour.

Après commença la restauration de l’église de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu, l’église principale du monastère. Ses murs tenaient encore, mais complètement défigurés, et le sol était jonchés de pièces et morceaux de machines agricoles. De l’église de Kazan, il ne demeurait également que les murs. Elle était dans un était effrayant. Un orifice béait dans le mur Est, celui du sanctuaire. C’est par là que les voitures entraient, quand une manière de toit existait encore. On y avait jeté toutes sortes de fûts dégoûtants et d’autres objets. Avant le transfert de propriété du monastère à l’Église, c’est l’école d’agriculture de Kozelsk qui en disposait. A l’époque du transfert, on voyait encore des élèves dans tous les coins. Des civils vivaient là. Autour du monastère, on avait construit un amoncellement de bâtiments agricoles, des entrepôts et des poulaillers. Ce ne fut pas une mince affaire que de nettoyer tout ça. C’est à grand peine qu’on convainquit les habitants à déménager au-delà des saintes portes du monastère. Une route passait dans le monastère, et le trafic l’empruntait. Un jour, Vladika Euloge ferma le passage à cette succession incessante de véhicules, pour que la communauté dispose de son propre espace fermé. Mais pendant la nuit, les habitants vinrent scier le cadenas. On leur construisit une résidence; certains acceptèrent d’y emménager, d’autres achetèrent un logement, mais certains demeurèrent dans la skite exigeant de pouvoir y occuper un appartement.
De nombreux croyants, pauvres, apportèrent leurs oboles, qui permirent de joindre les deux bouts. Il fallait reconstruire tout le monastère. On trouva des maçons, des artisans; on les paya pour leur travail. Le Seigneur envoya des bienfaiteurs. Toujours, le monastère disposa de ce dont il avait besoin. Pour faire renaître la skite, il fallut racheter la chaumière qu’avait habitée Saint Ambroise d’Optina, et payer la somme réclamée par son nouveau propriétaire, ce qui fut fait. Au bout de deux jours, il a ramené l’argent. Il avait en songe entendu une voix lui dire: «Recompte l’argent». Il compta à nouveau et constata que c’était beaucoup plus que ce qu’il avait réclamé. Le Seigneur est bienveillant; en toutes choses, Il s’empresse d’aider les frères, qui ont pu trouver les gens qui les aideraient, financièrement, et aussi concrètement.
Et la renaissance a eu lieu; ce fut un miracle. Aujourd’hui, des milliers de pèlerins viennent à Optina, y trouvent la consolation et la joie, dans la prière, en se tenant devant Dieu pendant les offices, en vénérant les saintes reliques. Le monastère n’est, peut-être, pas encore idéalement aménager, aujourd’hui. De nombreux travaux sont toujours en cours, et les pères sont en permanence au bord de l’exténuation. Mais les gens affluent. Le Seigneur a dit: «Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux» (Mat.18,20). C’est d’autant plus le cas lorsqu’à Optino, des milliers de pèlerins se rassemblent pour les fêtes ou pour Pâques.
En 1993, à Pâques, trois frères d’Optina moururent en martyrs, le hiéromoine Vassili et les moines Théraponte et Trophime. Voici ce que j’en sais et ce que j’ai vu.
Il est sûr que ce fut un meurtre commandé, et préparé spécifiquement dans le but d’empêcher la renaissance du Désert d’Optina. Ils étaient nombreux pour cette abomination, ils cassaient les éclairages et envoyaient des pierres dans les fenêtres. Ce meurtre était une mission. Quelqu’un doit avoir payé pour qu’il soit commis.
Cette atrocité a été intentionnellement perpétrée à Pâques, afin d’enténébrer la joie de la fête. C’était déjà comme ça avant, particulièrement pendant les premières années qui suivirent la révolution. Avant les grandes fêtes, la voyouterie allait bon train autour des églises. Quand j’étais à Saratov, ils ont lancé des fumigènes dans la Cathédrale de la Trinité. Les jeunes étaient empêchés d’aller à l’église, pour qu’ils perdent la foi. Comme cette fois-là: le meurtre devait servir à détourner de la perfection de la voie monastique ceux qui sont en chemin dans la foi chrétienne. L’office du milieu de la nuit était terminé. On se préparait déjà aux matines et à la liturgie de la fête. Le Hiéromoine Vassili partit confesser à la skite du Saint Précurseur. Les moines Trophime et Théraponte avaient commencé à mettre en branle les cloches du monastère. Le meurtrier était ivre. Il a vivement mené son affaire. D’abord, il a tué au couteau les moines qui sonnaient, ensuite il s’est jeté sur le Père Vassili. Une femme a raconté qu’elle avait vu une bête s’écarter des victimes en courant et franchir le mur de clôture du monastère. Les corps des moines Trophime et Théraponte furent transportés à Kozelsk. Le Père Vassili, mourant, fut amené dans l’église de l’Entrée au Temple, où il gisait sur le sol, se vidant de son sang. Son état n’avait rien à voir avec le tragique effroi d’une fin inattendue. Son visage était très calme. Il ne gémissait pas, faisant tout juste comprendre, comme le font les enfants, qu’il souffrait. Je le vis mourir; son visage rayonnait de paix. Il est évident que le hiéromoine Vassili avait été choisi comme victime par les meurtriers. Mais pour Trophime et Théraponte, la mort n’était pas non plus inattendue; elle ne prit aucun des trois moines au dépourvu. Après la nuit pascale, élevant leur prière, et appelant à prier pour la paix, ils s’en allèrent calmement. Nous avons demandé à la morgue de Kozelsk d’épargner aux corps des moines Trophime et Théraponte, la procédure de l’autopsie. Nous avons ensuite inhumé nos frères. Humainement, ce fut un moment particulièrement pénible dans l’histoire d’Optina. Comment est-il possible d’élever la mains sur un frère? Pourquoi avoir assassiné des moines? Ils n’avaient jamais levé le petit doigt sur qui que ce fût. Ils ne pratiquaient que les bonnes actions. C’est sûr que cette atrocité était dirigée contre tout le monastère, avec comme objectif de faire éclater la famille de la communauté spirituelle: certains ne résisteraient pas, d’autres renonceraient à rejoindre la communauté, d’autres partiraient. C’était cela, le plan de cette attaque démoniaque contre le mode de vie institué par Dieu. Voilà comment se trahit le dessein envieux du diable envers ceux qui cherchent le salut, la haine démoniaque de ceux qui marchent à la suite du Christ. Nous avons érigé une chapelle sur la tombe des victimes de ce triple meurtre; ce sont des martyrs. Les gens viennent à la tombe des frères, ils leur parlent et leur demandent d’intercéder, et ces gens sentent l’aide de la prière des martyrs. Leur âme se tient auprès de Dieu. «Éternelle Mémoire et Royaume des Cieux!» au hiéromoine Vassili et au moine Trophime et au moine Théraponte.
Traduit du russe
Source.

l'origine en anglais, et publié sous le titre "Tsar-Martyr Nicholas II," dans la revue The Orthodox Word, Vol. 4, No. 4, p. 152-153. La version française ci-dessous est la traduction de la version russe du texte publiée sur le site «Николай II последний русский император», Nicolas II, dernier Empereur russe. Dans la version russe, deux passages de la version originale anglaise ont été omis, pour le reste les deux versions sont identiques.
Selon les enseignements de Saint Jean Chrysostome et des autres Pères de l’Église, ce qui empêche l’apparition en ce monde de l’antichrist, cet être d’iniquité et d’anarchie, le plus puissant opposant de notre Seigneur Jésus Christ et de Son Église, c’est le pouvoir légal, exprimé et symbolisé par l’Empire Romain. Cette idée trouva son expression suprême dans l’Empire Chrétien: tout d’abord, lorsque Constantinople était la Nouvelle Rome, et ensuite dans l’Empire de la Russie Orthodoxe, lorsque Moscou devint la Troisième Rome. En 1917, un terme fut mis au «siècle de Constantin»; l’empire orthodoxe fut détruit, et le monde, à commencer par Moscou, fut jeté dans un siècle de l’iniquité et de l’athéisme (et dans l’apostasie, pour ce qui concerne la vie de l’Église) tel qu’on n’en avait jamais vu jusqu’alors.
Le Tsar est né le jour de la fête du Saint et Juste Job. Au milieu de ses terribles souffrances, celui-ci évoqua le jour où il fut conçu: «Cette nuit! Que les ténèbres en fassent leur proie, Qu’elle disparaisse de l’année, Qu’elle ne soit plus comptée parmi les mois!» (Job 3,6).
Ce point de vue est confirmé par la vision qu’eut en 1917 le grand starets Macaire, Métropolite de Moscou:
En 1925 déjà, la presse serbe avait publié la description de ce qui était arrivé à une serbe âgée qui avait perdu deux fils lors de la guerre, et qui considérait comme mort le troisième dont elle était sans nouvelles depuis des années. Un jour, après avoir prié pour tous les morts de la guerre qui venait de se terminer, la pauvre vielle s’endormit. En songe, elle vit l’Empereur Nicolas II qui lui dit que son troisième fils était vivant, qu’il se trouvait en Russie, là où il avait combattu pour la cause slave avec ses deux frères tombés au champ d’honneur. «Tu ne mourras pas sans avoir revu ton fils», lui dit le Tsar de Russie. Peu de temps après ce rêve, la vieille reçu des nouvelles selon lesquelles son fils était vivant, et quelques mois plus tard, elle eut la joie de le serrer en ses bras, sain et sauf, revenu de Russie.
En août 1927, les journaux de Belgrade annoncèrent que le peintre et académicien russe S.F. Kolesnikov était invité à venir peindre les fresques de la nouvelle église dans l’antique monastère serbe de Saint Naum, sur le Lac d’Ochrid. Le peintre russe avait reçu toute liberté dans son développement créatif d’ornement des murs et de l’intérieur de la coupole. L’artiste avait imaginé peindre sur les murs une quinzaine de saints disposés à l’intérieur d’oves. Les quatorze premiers furent hardiment exécutés, mais l’espace destiné au quinzième demeura vide, longtemps. Une sensation inexplicable poussait le peintre Kolesnikov à procrastiner. Un jour, juste avant le crépuscule, il entra dans l’église. En bas, tout était pénombre. Seule la coupole laissait encore passer les rayons du soleil couchant. L’ambiance dans l’église était particulière, éthérique. A cet instant, l’artiste vit que l’ove resté vide s’animait; comme à travers la vitre d’une fenêtre, l’air affligé, l’Empereur Nicolas II semblait l’observer. Surpris par l’apparition miraculeuse du Souverain Martyr russe assassiné, le peintre demeura figé de stupéfaction. Ensuite, comme l’écrivit lui-même Kolesnikov, sous l’influence d’une pieuse impulsion, il plaça une échelle contre l’ove, et sans tracer le contour du personnage au fusain, il commença à poser la couleur directement au pinceau. Cette nuit-là, Kolesnikov ne put dormir. Il revint à l’église dès l’aurore, et dès que les premiers rayons du soleil touchèrent le haut de l’échelle, il se remit à l’œuvre plus fiévreusement que jamais. Comme il l’écrivit lui-même: «Je peignais sans photo. J’avais jadis vu le défunt Souverain à plusieurs reprises, et son image était imprimée dans ma mémoire. Quand j’eus terminé mon travail, j’ajoutai en dessous une inscription: «Le Tsar de toutes les Russies, Nicolas II, qui reçut la couronne du martyre pour le bien-être et le bonheur des Slaves».
L’apparition du Tsar-Martyr est en soi une source d’inspiration pour tous les Chrétiens Orthodoxes. Mais il ne s’agit que d’une partie de la dimension orthodoxe du Tsar Nicolas II. Ses dispositions personnelles chrétiennes et pieuses, et son rôle actif de Tsar, contribuant à une véritable renaissance de l’Orthodoxie, font de lui le dernier, et l’un des plus grands représentant de la tradition de la monarchie orthodoxe, dont l’effacement (dont nous sommes nous-mêmes les témoins) inaugure dans le monde le siècle de l’iniquité.

du livre est intitulé 'L'abdication qui ne fut pas'. Le texte ci-dessous est la traduction de la section 13 de ce chapitre, intitulée 'Le combat spirituel héroïque de l'Empereur Nicolas II' (Духовный подвиг Императора Николая II)i. L'auteur a introduit son ouvrage par l'annotation suivante: «
Jadis, en 1564, le peuple prit la défense du Tsar, et les ennemis ne purent s’opposer à la puissance du peuple. Le tsar autocrate peut régner pour autant qu’existe un peuple de sujets loyaux et orthodoxes. La présence d’un lien mutuel est la condition de l’existence de l’empire orthodoxe du tsar. Mais au contraire, dans le cas où ce lien est coupé, l’empire orthodoxe du tsar périt, il ne peut continuer à exister, et aucun tsar, aussi puissant et volontaire soit-il, ne peut rien y faire. Le tsar ne peut régner dans le vide. Le philosophe russe Ivan Alexandrovitch Iline a très bien décrit cela: «Nous devons nous garder d’oublier les leçons de l’histoire: le peuple qui ne mérite pas un Souverain légitime ne parviendra pas à en avoir un, ne parviendra pas à le servir en toute foi et justice, et il le trahira au moment critique. La monarchie n’est pas la forme d’État la plus facile et la plus accessible, mais bien la plus difficile, compte tenu de sa profondeur psychologique et du fait que, sur le plan de l’esprit, elle requiert de la part du peuple un sens monarchique de la justice. La République est un mécanisme de droit, alors que la monarchie est un organisme de droit».
Un choc retentissant éclata au-delà des portes fermées de l’église. «Vous êtes les témoins d’un événement historique : la rupture du vieil ascenseur, dernier vestige du dispensaire neuropsychologique qui occupa de nombreuses années l’emplacement où se trouve maintenant l’église», nous dit le Père Gennadi. Les paroissiens de l’église restaurée
Le 2 mars 1917, à Pskov, alors que la guerre faisait rage, à la veille d’une attaque décisive de l’armée russe, fut perpétrée une trahison sans précédent dans l’histoire; le sommet de la société et le sommet de l’armée trahirent leur Tsar, l’Oint-de-Dieu, le Commandant Suprême. Les noms de ces traîtres sont connus. Ces gens portant le frac à pan, orné d’épaulettes d’or et du monogramme impérial, rendirent un service inestimable au bolchevisme qui approchait. On peut affirmer avec certitude que le crime commis au sous-sol de la Maison Ipatiev fut préparé, entre autres, par les «hommes de février» et que les racines de ce qui se produisit le 17 juillet à Ekaterinbourg remontent aux événements du 2 mars 1917 à Pskov. Il ne fait aucun doute que l’un des motifs du meurtre de l’Empereur Nicolas II et de sa famille fut la peur de ceux qui préparèrent le faux Manifeste, car si l’Empereur venait à retrouver la liberté, tout le mensonge de l’«abdication» serait dévoilé. Et cela aurait immédiatement rendu tout pouvoir révolutionnaire en Russie complètement illégitime. Ainsi, dès la forgerie de mars, le meurtre du Tsar était devenu inéluctable. Les conspirateurs, députés, capitalistes, généraux savaient très bien qu’ils trahissaient, ils savaient qu’ils mentaient, ils savaient qu’ils soumettaient le Tsar à un danger mortel. Les circonstances qui les ont guidés et transformés en traîtres, la manière dont ils vécurent cette trahison, ce que firent d’eux par la suite leurs complices, c’est uniquement pour leurs biographes que tout cela présente un quelconque intérêt.