
Comme nous l’avons déjà souligné pour l’œuvre du Saint Confesseur de la Foi, le Père Nikon d’Optina, le site internet du Saint Monastère d’Optina propose une bibliothèque en ligne généreusement fournie. On y trouve de nombreux ouvrages des startsy d’Optina et des recueils de leurs lettres et homélies. Parmi ces ouvrages, on compte les «Entretiens spirituels et Notes de Cellule» du Saint Starets Barsanuphe d’Optina ( Духовные беседы Келейные записки) publié en 2017 par le Monastère de l’Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Nous proposons ici la traduction de ce livre préfacé comme suit par l’éditeur russe : «La présente édition de l’héritage spirituel de l’Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tout les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu’il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d’Optina».
Préface de l’éditeur
La présente édition de l’héritage spirituel de l“Archimandrite du Grand Schème Barsanuphe (Plikhankov) inclut tous les textes conservés de ses entretiens avec ses enfants spirituels entre 1909 et 1912 et ses «Notes de Cellule», consignées dans un cahier qu“il tint entre les années 1892 et 1896. Il était alors novice et ensuite rasophore à la Skite du monastère d“Optina.
La vie en tant que grand mystère
Cette année-là, octobre s’est avéré pluvieux, avec de fortes pluies et des vents forts. Mais il ne fut pas facile d’atteindre Optina non seulement à cause des conditions météorologiques et des routes abîmées, mais aussi à cause d’un nombre sans précédent de pèlerins qui se précipitèrent au monastère pour dire adieu au grand Starets Ambroise : s’incliner devant son cercueil, et l’accompagner pour son dernier voyage.
Des milliers de personnes se rendirent à Optina en transports, d’autres, venant des environs immédiats, y allaient à pied. Beaucoup, ayant appris la mort du Starets par les journaux, n’arrivèrent pas à temps pour le jour prévu des funérailles; il était impossible d’engager un cocher ni de trouver une charrette libre. Le monastère n’avait jamais connu un tel afflux de pèlerins dans son histoire. Le Colonel Pavel Ivanovitch Plikhankov reçut la nouvelle de la mort du Starets Ambroise alors qu’il était déjà en route vers Optina. Il y allait pour rester au monastère pour toujours, et il était pressé afin d’arriver le jour qui lui avait été fixé par le Starets lui-même trois mois plus tôt. Et ce jour-là s’est avéré être celui de ses funérailles. En tant qu’officier et homme de parole, Pavel Ivanovitch ne voulut pas enfreindre l’ordre du Starets et fut ponctuel. En tant qu’homme profondément religieux, il vit une signification providentielle dans cette mystérieuse rencontre avec son mentor spirituel quelques heures avant son inhumation. À quoi pensa-t-il alors, debout devant le cercueil dans l’église bondée du monastère?
Était-ce à ce que, rejoignant les rangs de l’armée monastique, il priait à nouveau devant l’icône, à laquelle de nombreuses choses importantes avaient été liées dans sa vie : l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan, dans Son église? Ou que cette sépulture était l’image-type de sa propre renonciation au monde? Ou encore que les pleurs du moine pour ses morts intérieurs soient dissous par l’espoir rempli de grâce de la miséricorde et du salut?
Le destin de Saint Barsanuphe (Plikhankov), le grand Starets d’Optina et Supérieur de la Skite, est l’un des plus extraordinaires et mystérieux. Même sa longue vie dans le monde, de son enfance à son entrée au monastère, remplie d’événements profondément édifiants et parfois mystiques, pouvait servir de leçon de morale d’une valeur inestimable à tous ceux qui, à cette époque, cherchaient protection contre le vent dévastateur du rejet de la foi. Et ce vent, dans la seconde moitié du XIXe siècle, soufflait de plus en plus violent et féroce.
Lorsqu’on demandait à un des écrivains de l’époque si il lisait l’Évangile, il répondait avec étonnement : «Non, bien sûr, qui le lit parmi les laïcs? C’est l’affaire des diacres.» Ainsi raisonnaient les gens élevés dans le christianisme, l’intelligentsia, les artistes littéraires, appelés par leur talent à ressentir avec intensité, si pas la dimension spirituelle, du moins certainement la beauté, l’essence, qui touche la vie du cœur humain !
Cependant, le désir de ce qui était utile à tous perdait peu à peu de sa force, dans le flux d’autres aspirations et intérêts, plus attrayants dans leur nouveauté momentanée. Finalement, des témoins oculaires de l’époque témoignèrent du «feu mourant du christianisme », du fait que la Sainte Russie mourait lentement de l’intérieur. Et ce processus ne pouvait guère être arrêté, il attendait son dénouement tragique et terrible.
C’est précisément à cette époque que la formation spirituelle du futur starets d’Optina eut lieu. Le colonel Pavel Ivanovitch Plikhankov vécut dans le monde pendant quarante-sept ans avant son entrée à la Skite. À travers les récits du saint moine lui-même, nous en apprenons plus au sujet de son éducation religieuse traditionnelle. Pour être plus précis, c’était une éducation dans la foi qui n’avait pas transformé la foi en une habitude morte. Son enfance sous la protection de la maison parentale s’était avérée être vraiment heureuse; pas le bonheur insouciant d’un bien-être bien nourri, mais le bonheur de cette harmonie et de cette chaleur qui règnent uniquement parmi ceux dont la pensée est une.
Cette harmonie spirituelle et cette noblesse se remarquèrent plus tard dans toute l’apparence du Starets, dans le charme de sa personnalité, dans son comportement et son attitude envers les gens.
Le Starets se souvenait, avec une gratitude particulière, de sa belle-mère, qui avait inculqué en son âme l’amour pour les offices divins et la prière. Il est admirable de voir comment cette femme sage et timide a discrètement poussé son «Pavloucha» à enfin prendre sa décision. Seulement trois fois, en quinze (!) ans, elle lui suggéra avec tact de chercher une épouse.
Ce n’est que lorsque Pavel Ivanovitch lui-même comprit enfin fermement qu’il ne voulait pas se marier qu’elle ne cacha plus sa joie: le véritable désir de son cœur était de voir son beau-fils moine.
Mais il faudrait longtemps encore avant que le Colonel Plikhankov ne quitte enfin le monde. Cette lenteur n’était pas accidentelle. Pavel Ivanovitch avait besoin d’une longue expérience de la vie dans le monde, par la providence de Dieu afin de, plus tard, selon les mots d’un extraordinaire ermite errant qu’il rencontra dans son enfance dans une propriété près d’Orenbourg, «tirer des âmes hors de l’enfer». (A suivre)
Traduit du russe
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