Geronda Grigorios, Cathigoumène de Docheiariou : La Grèce, Navire en Péril

A l’occasion de la fête nationale grecque commémorant la révolution du 25 mars 1821, qui libéra la Grèce de l’occupant turc, La Lorgnette de Tsargrad propose l’adaptation française d’un texte publié le 17 janvier 2017, sur le blog grec « Aktines ». Il s’agit d’un texte de Geronda Grigorios, Cathigoumène du Saint Monastère de Docheiariou, dixième dans l’ordre de préséance de la Sainte Montagne. Ce texte a été largement diffusé au sein de la ‘blogosphère’ orthodoxe grecque. Il convient sans doute de prêter attention non seulement au contenu du propos de Geronda Grigorios, mais surtout peut-être au simple fait qu’un vénérable hiérarque de la communauté des moines de la Sainte Montagne, communauté dont la volonté de retrait hors du monde et l’ardeur à la prière ne peuvent être mises en doute, estime opportun de sortir quelque peu de sa retraite et de faire usage des ‘nouveaux médias’ pour lancer, telle une bouteille à la mer, ce bref pamphlet dans lequel il appelle les Chrétiens Orthodoxes à la révolte. Bonne fête à tous nos frères et sœurs grecs. Lire la Suite

Saint Luc de Crimée. Le Mépris de la Patrie et la Vénération de l’Europe.

agios-louka-st-lukaInnombrables sont les miracles accomplis par l’intercession du Saint Archevêque et Confesseur de la Foi Luc de Crimée. Saint Luc a illuminé la Terre de Russie et il illumine aujourd’hui le monde entier. Puisse-t-il nous accompagner dans la joie sur notre chemin vers le Christ et nous donner la force de porter notre croix. Afin de nous y aider le Saint homme a prononcé ses homélies et écrit ses textes. Ce site propose la traduction d’homélies et de textes de Saint Luc, à notre connaissance inédits en langue française. L’homélie ci-dessous, intitulée : «Les sources de l’athéisme contemporain»,  a été prononcée le vendredi de la semaine du publicain et du pharisien, le 27 février 1948. Elle est intégrée dans le recueil intitulé «Hâtez-vous à la suite du Christ» (Спешите идти за Христом)

Vous savez ce que dirent les contemporains juifs du Christ : «Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon?» (Jean 1,46). Voilà ce qu’ils disaient de Lui. Quand le Seigneur entra à Nazareth, où Il avait grandi, où Il avait été élevé, les gens le considéraient avec mépris. Ils ne Le prenaient ni pour un saint, ni pour un prophète, disant «Nous savons bien qu’Il est le fils du charpentier Joseph». C’est avec pareil mépris qu’aujourd’hui encore, une partie significative du genre humain parle du Sauveur, cette partie du genre humain qui fut jadis largement chrétienne et qui a maintenant quitté Dieu. Pourquoi, à cause de quoi ? Précisément parce que l’enseignement du Christ est simple au plus haut degré, tellement simple qu’il est accessible à la compréhension de l’homme le plus simple, le moins éduqué. Mais les gens fiers n’ont que mépris pour les simples, les petits, alors qu’ils s’inclinent devant ceux qu’ils trouvent grands et de valeur. Conformément à leur fierté, à leur grandeur d’esprit, ils ne veulent rien savoir de notre Seigneur Jésus Christ ; ils se choisissent d’autres maîtres, d’autres guides.
Ils ont renoncé à notre Seigneur et Sauveur. Mais n’allez pas imaginer que ce rejet du Seigneur, le dénigrement de Son Nom, soient propre à notre époque. Dès les temps très anciens, aux premiers siècles du Christianisme, apparurent le refus du Seigneur, le dénigrement des enseignements du Christ. Dans tous les peuples, au cours de tous les siècles, il exista des gens qui rejetaient l’Évangile.
Mais, comme je vous l’ai dit à maintes reprises, jusqu’à la fin du XVIIe siècle, tous les gens étaient très pieux dans notre pays, tous étaient chrétiens. Le rejet des enseignements chrétiens et le mépris du Nom du Christ survinrent voici  plus de deux cents ans déjà, au cours de la première moitié du XVIIIe siècle. D’où vint ce dénigrement du Christianisme, ce rejet de l’Évangile dans notre pays ? Il vint de France avec l’apparition, là-bas, des philosophes matérialistes, ceux qu’on nomme ‘encyclopédistes’, quand commença le ‘siècle des lumières’, et plus particulièrement lorsque toute la haute société, les gens éduqués, adoptèrent Voltaire comme idole, ce philosophe français athée et calomniateur du Christ. Il jouissait d’une intelligence acérée et se moqua du Christ et Le bafoua en des termes extrêmement caustiques. Et ces railleries alimentèrent les tendances blasphématoires des gens, en tous lieux et à tout moment. Et je vous assure qu’il n’y eut nulle part autant d’admirateurs de Voltaire que chez nous, en Russie, dans la soi-disant haute société.

C’est donc dès l’époque de l’Impératrice Catherine II que débuta le rejet généralisé du Christ au sein de cette haute société. Catherine elle-même fut une fervente admiratrice de Voltaire. Tout ce qui était russe était méprisé, on se moquait du patriotisme, on raillait l’amour de la patrie, on avait honte de se dire russe, honte de notre langue russe. Et tous les gens aisés, tous les nobles se mirent à éduquer leurs enfants dans l’esprit français athée. Ils faisaient appel à des éducateurs venus de France. Et ces éducateurs, libres-penseurs formés par la philosophie des ‘encyclopédistes’ propageaient ces sentiments et ces idées dans les jeunes cœurs et les éduquaient dans l’esprit de la France athée, dans l’esprit du voltairien, dans l’esprit du dédain envers le Christianisme. Ils instillaient en eux le mépris de la patrie et la vénération de l’Europe. Et ces choses en vinrent à ce que les nobles avaient quasiment oublié la langue russe. Les enfants étudiaient seulement en français, lisaient exclusivement des livres français. La langue russe devint la langue du petit peuple. La religion était tournée en dérision, le clergé était humilié. Il était devenu indigne de compter un prêtre dans sa maisonnée. Et on ne souffrait jamais, au grand jamais, aucune admonition, aucune remontrance.

Saint Tikhon de Zadonsk

Parviendrez-vous à croire qu’un jour, alors que le grand Saint Tikhon de Zadonsk se mit à admonester avec douceur un jeune aristocrate, invitant celui-ci à abandonner la libre-pensée et à revenir à la foi de ses ancêtres, ce jeune homme audacieux osa gifler le Saint au visage ? Celui-ci tomba alors aux pieds de l’aristocrate, implorant son pardon. Le jeune homme en éprouva un choc tel qu’il se sentit couvert de honte ; il renonça alors à la libre-pensée et devint un Chrétien exemplaire.
Tel était l’état d’esprit qui prévalut pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, jusqu’au début du XIXe. Au XIXe siècle apparut et se répandit largement une nouvelle tendance, remplaçant la libre-pensée voltairienne : les enseignements mystiques de la pensée protestante, loin de tout Christianisme authentique. La maçonnerie se manifesta, hostile au Christianisme. Sous Alexandre Ier le Bienheureux, une vague de sectes mystiques se développa au sein de la haute société. Et les Russes continuaient de la sorte à se tenir à l’écart de l’humble christianisme de l’Évangile. Voyez comme elles sont profondes, comme elles remontent loin, les racines de notre athéisme.
Pour quelles raisons les gens ont-ils été attirés par l’athéisme, pourquoi jadis succombèrent-ils à la vague de «voltairisme» ou à la vague des sectes mystiques? Uniquement parce que ces gens étaient et  orgueilleux, en eux il n’y avait aucune humilité, seulement parce qu’ils se tenaient infiniment loin de l’état d’esprit qui imprégnait entièrement le cœur de l’Apôtre Paul, qui disait ne rien vouloir connaître à l’exception du Christ. Il rejetait toute sagesse humaine, il ne voulait connaître que le Christ crucifié. Il nous avertit de ne pas nous laisser emporter «par tout vent de doctrine» (Eph.4,14), ou par la philosophie.
Depuis les années ’50 et même ’40, toute la société russe devint fascinée par la philosophie de Hegel, qui contredit le Christianisme, philosophie tenue de nos jours en haute estime. Les Russes ne veulent pas entendre l’avertissement de l’Apôtre Paul de ne pas se laisser entraîner par tous les vents des enseignements et des philosophies, mais de vivre dans une chrétienne simplicité.

Les gens ne comprennent pas que les paroles du Christ sont d’une force incomparable, qui surpasse tout, à cause justement de leur simplicité, cette simplicité grâce à laquelle elles pénètrent, avec une force que nul ne peut arrêter, au plus profond du cœur de l’homme, même le plus simple. C’est une telle simplicité qui nous est demandée, à chacun et chacune d’entre nous. Notre Seigneur Jésus Christ a dit que nous devions être pareils à des enfants, et que si nous ne devenons pas comme eux, nous ne pourrons entrer dans le Royaume des Cieux. Le Seigneur exige de nous cette simplicité d’enfant, cette crédulité. Le Seigneur nous demande d’ouvrir notre cœur, pour qu’Il y entre et y fasse la demeure de Son Père. C’est seulement lorsque notre cœur se fera simple, d’une simplicité d’enfant, quand il se détournera des audacieuses théories philosophiques, seulement quand il comprendra que les paroles du Christ sont supérieures à tout, que nous entrerons dans le Règne de Dieu. Que notre Dieu et Seigneur Jésus Christ nous l’accorde ! Amen.
Traduit du russe.

Archimandrite Georgios : Le Christ et la Mondialisation.

Texte d’une homélie prononcée par l’Archimandrite Georgios Kapsanis, cathigoumène du Monastère de Grigoriou sur la Sainte Montagne, à l’occasion de la fête de la Nativité de notre Seigneur, en 1998, et publié dans l’ouvrage en langue grecque portant le titre «Dieu s’est manifesté dans la chair» («Αρχιμανδρίτου Γεωργίου, Καθηγουμένου. Ιερά Μονή Οσίου Γρηγορίου. Θεός εφανερώθη εν σαρκί, Άγιον Όρος, 2004»). La version russe, qui a servi de base à la traduction ci-dessous, a été publiée sur le site «ПРАВОСЛАВНЫЙ АПОЛОГЕТ». Ce texte datant d’une vingtaine d’années s’avère prophétique à bien des égards.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui parlent de la mondialisation. Celle-ci est planifiée et préparée par un petit nombre de gens. Elle est mise en œuvre à travers l’économie, afin de créer un État mondial et une religion unique. La mondialisation fit son apparition à travers le mouvement du ‘Nouvel Âge’ et elle constitue l’objectif de ce mouvement. Elle vise à remplacer le Christ par l’antéchrist. Selon les prévisions du mouvement du ‘Nouvel Âge’, le règne de l’antéchrist commencera au troisième millénaire après la Nativité du Christ. Le signe du poisson (dont le monogramme, ΙΧΘΥΣ, est un antique symbole chrétien et se déchiffre de la façon suivante : Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur) sera remplacé par celui du verseau (symbole de l’antéchrist). Mais il sera impossible de réaliser cette mondialisation si tant est que les religions en ce monde conservent leur conviction selon laquelle elles détiennent la Vérité et refusent leur fusion dans une ‘religion supérieure’, une sorte de mélange des religions du monde. Lire la Suite

Romanité ou barbarie? Introduction

Romiosini i Varvarotita«Romanité ou barbarie? L’Origine historique du conflit séculaire entre Hellénisme et Occident», est un ouvrage écrit par Anastasios Philippidès et publié en 1994 sous le titre «Ρωμηοσύνη ή βαρβαρότητα». Outre l’originalité et la pertinence de son analyse historique, dans la lignée des enseignements du P. Jean Romanides et du Métropolite Hiérotheos de Naupacte, il constitue un éclairage extrêmement intéressant de la situation de crise qui s’est déployée en Grèce depuis quelques années. Il semble que le livre précité n’ait pas été traduit en français à ce jour.  Voici la traduction de l’introduction de l’ouvrage. Pour la cohérence avec le propos de l’auteur nous avons traduit le grec Ελλάδα et Έλληνες non par Grèce et Grecs, mais par Hellade et Hellènes (la version anglaise du livre ayant retenu Hellas et Hellènes).

(…) En dépit des importants transferts de fonds de la Union Européenne, l’Hellade semble s’éloigner de ses collègues européens, plutôt que s’en rapprocher. A ce jour, la réaction politique hellénique se limite à des tentatives d’obtenir des Fonds européens les montants d’aide les plus élevés possible. En d’autres mots, le point de vue qui prévaut est celui selon lequel le problème est purement un problème ‘d’inégalité de développement’, qui peut être résolu uniquement au moyen de fonds et de know-how technique à transférer de l’Union Européenne vers l’Hellade. Lire la Suite

Métropolite Hiérotheos. Islam et Christianisme Occidental.

IEROTHEOS_MHT_NAYPAKTOYDès 1998, Le Métropolite Hiérotheos a proposé une réflexion susceptible de nous aider à mettre en perspective l’arrivée en Europe occidentale de la très importante vague de migrants musulmans que nous voyons déferler depuis des mois.
Le texte ci-dessous fut rédigé en 1998, (…) alors que certaines nations occidentales encourageaient et soutenaient les Musulmans du Kosovo dans leurs attaques contre la Serbie Orthodoxe. La lecture des lignes ci-dessous confirme la pertinence du propos dans notre situation contemporaine. Lire la Suite

Père J. Romanidès. Et Rome cessa d’être… romaine.

maxresdefaultL’ouvrage du Père Jean Romanidès Romanité, Romanie, Roumélie (ΡΩΜΗΟΣΥΝΗ ΡΩΜΑΝΙΑ ΡΟΥΜΕΛΗ) fut publié en grec en 1975, aux éditions Pournaras de Thessalonique. L’extrait ci-dessous est traduit des pages 48 et 49 du livre précité. Cette traduction française est due à Dimitri Kitsikis et est reprise aux pages 44 et 45 de son livre  La montée du national-bolchévisme dans les Balkans: le retour de la Serbie de 1830, paru en 2008 chez Avatar Éditions. Dans ce court extrait le P. Romanidès nous rapporte l’épisode de l’histoire au cours duquel la «Vieille Rome» cessa d’être… romaine.
Le schisme entre Francs et Romains se produisit au début du IXe siècle, lorsque Charles, appelé par les Européens, le Grand, condamna le 7e concile œcuménique et introduisit le dogme du filioque dans le Credo, en 809. Lire la Suite