Trois dates, dont le 1er novembre, pour célébrer la mémoire de Saint Jean de Kronstadt.

L’original russe du texte ci-dessous est paru le 15 juin 2010 sur le site «ruskline.ru», sous le titre: «Nous avons été témoins de la création d’une nouvelle fête», rédigé par l’Archiprêtre Père Guennadi (Belovolov), au sujet des jours de l’année où l’on commémore le Saint et Juste Jean de Kronstadt. L’auteur a déjà été présenté à plusieurs reprises sur ce blog.

Hier, notre Église toute entière célébra une fête nouvelle: un jour où est commémoré notre Saint et Juste Père Jean de Kronstadt. Bien que les fidèles aient toujours marqué ce jour d’une pierre blanche du souvenir, l’an dernier il fut décidé de le fêter officiellement à Kronstadt, mais c’est cette année seulement qu’il fut intégré au calendrier. Célébré seulement dans les paroisses dédiées à Saint Jean de Kronstadt, le Monastère Saint Jean, le Podvorié de Leouchino, et à Kronstadt même, ce jour est devenu maintenant l’objet d’une célébration sur tout le territoire de la Russie, un jour commémoré par l’Église russe toute entière. Je pense qu’hier, dans de nombreuses églises liées au nom de Saint Jean de Kronstadt, et dans celles où est vénérée la mémoire du bon Batiouchka, une Liturgie fut célébrée. De cette façon, hier, nous sommes devenus témoins d’une nouvelle fête du calendrier ecclésiastique.
Involontairement, je me suis dit que c’était la première fois que nous célébrions ce jour, mais enfin, beaucoup d’autres fêtes ont, elles aussi, connu le premier jour de célébration, avant lequel elles n’existaient pas. Elles furent intégrées au calendrier de l’Église et devinrent par la suite partie intégrante de notre conscience ecclésiastique. Un jour, on célébra pour la première fois la fête du Saint Évêque Nicolas le thaumaturge, la fête du Saint Mégalomartyr Georges, et avant la révolution, nous savons avec quelle solennité fut célébrée la mémoire de Saint Seraphim de Sarov.
Pour nous, il ne fait aucun doute que la journée d’hier fut historique. Je pense que tous ceux et celles qui étaient dans l’église pour participer à la célébration consacrée au Père Jean de Kronstadt conserveront le souvenir de ce jour. D’autant plus qu’hier, nous célébrions le vingtième anniversaire de la glorification de Jean de Kronstadt. Ce jour, le premier (14) juin, est celui de la glorification du Pasteur de toute la Russie, depuis que, en 1990, peu de temps après son intronisation, la première démarche du nouveau Patriarche Alexis II fut de célébrer le rite de la glorification du Pasteur de Kronstadt au Monastère Saint Jean sur la rive de la Karpovka.
Je faisais alors partie des laïcs qui furent témoins de cet événement. Hier, pendant la célébration, je me suis souvenu à plusieurs reprises du tableau des deux rives de la Karpovka qui étaient bondées de monde à l’occasion de cette solennité, célébrée alors en plein air. A cette époque, c’était rare, le rite de glorification ne se célébrait pas même dans l’église, mais auprès du nouveau saint, à côté des reliques, devant la fenêtre de la crypte où reposaient les reliques du saint. Mais sans aucun doute, le rite tel qu’il fut accompli, exprimait l’esprit de ce pasteur du peuple, qui sans cesse allait et venait au sein de celui-ci. Et lors de sa glorification, c’est comme s’il était une fois encore sorti sur la rue, sur les rives de la Karpovka, vers le peuple. C’était symbolique.
Avec la journée d’hier, nous disposons d’un jour en plus où nous pouvons exprimer notre vénération envers Saint Jean de Kronstadt et déverser nos prières à ce saint pasteur. Et nous avons maintenant trois fêtes.

St Jean de Kronstadt

La première fut instituée par l’ErhF en 1964, glorifiant le Père Jean de Kronstadt, à l’initiative de Jean de Shanghai, le premier novembre selon le nouveau calendrier, assimilant le jour de sa glorification avec celui de sa naissance et de sa fête onomastique (le 19 octobre selon l’ancien calendrier). Ce jour était celui de sa glorification hors frontières. Le deuxième jour, celui de son décès, le 20 décembre (2 janvier), fut institué à juste titre comme celui de sa glorification, voici vingt ans. La journée d’hier fut, en fait, le troisième jour de fête du Père Jean de Kronstadt.
Cela signifie que c’est le Seigneur Lui-même qui glorifie celui qui Lui a plu, ajoutant un jour de plus à ceux qui lui sont déjà dédiés. Si l’on examine le calendrier ecclésiastique, nous voyons que les grands saints sont fêtés à plusieurs reprises. Saint Nicolas le Thaumaturge est fêté le jour de son décès, en décembre, et le jour de l’invention de ses reliques, en mai, et dans l’Église grecque, on fête la naissance de Saint Nicolas le 11 août. La plénitude de la gloire du Père Jean de Kronstadt se manifeste maintenant à travers ces trois jours de fête.
Je suis convaincu de ce que notre troisième jour de fête sera vénéré et aimé car il est aisé et agréable à célébrer. C’est l’été, tout reverdit, la nature s’exprime en ses parfums. Il est facile de partir en procession, de venir à Kronstadt, ou au Monastère Saint Jean. Hier, j’ai célébré dans l’église Saint Jean de Kronstadt, située à une bonne distance de Saint-Pétersbourg, dans la localité de Podborovié. C’est une des paroisses les plus éloignées de notre éparchie, mais c’est dans cette localité précisément que fut construite la première église de Saint Jean de Kronstadt dans notre éparchie. C’est là qu’en 1995 fut construite l’église en bois, consacrée en 1997. C’est ma paroisse lointaine, que j’aime beaucoup, et où je prie avec tant de facilité! Elle fut construite sur le modèle d’une chapelle qui existait au pays natal du Père Jean, au village de Soura. Celle-ci était consacrée à Sainte Parascève, et lorsque nous construisîmes l’église à Podborovié, nous avions photographié la chapelle de Soura et montré les photos à l’architecte auquel nous avons demandé de conserver au maximum la forme, tout en augmentant deux ou trois fois sa taille, pour qu’elle fût une église à part entière. De cette façon nous avons créé un lien entre notre église et la première chapelle ou Jean de Kronstadt pria dans son pays natal. Les paroissiens de notre église l’appellent le «petit Soura». Et nous y avons célébré hier la première fête. Le nombre de participants était étonnement élevé. Une sorte de joie pascale régnait parmi les paroissiens pendant la célébration. Au cours de l’homélie, j’ai rappelé que Batiouchka entend toujours et écoute nos faibles prières, et je pense qu’il n’est pas une seule prière adressée au Père Jean qu’il n’écoute pas et ne dépose pas au pied du Trône de Dieu. C’était un jour de gloire pour notre cher Batiouchka Jean de Kronstadt.

Saint Batiouchka Jean de Kronstadt, prie Dieu pour nous!

Traduit du russe.
Source

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 4

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la quatrième et  dernière partie. Les autres se trouvent ici.

La mission de l’Église consiste à enseigner à notre peuple les vertus divino-humaines que nous avons rappelées, et de tisser en son âme l’étoffe de toutes les qualités divines, car le commandement du Seigneur est : «Devenez saints comme Je suis saint» (1Pi.1,16). Les Chrétiens ont une responsabilité. En celle-ci s’intègre le sauvetage de son âme du monde du péché envahi par le mal. A l’athéisme cultivé et dissimulé, cannibalisme poli de la culture contemporaine, nous devons opposer les Christophores qui, par la douceur de l’Image selon laquelle ils furent créés et par l’imitation séculaire des amis du Christ, ont vaincu le monde. Et en vérité, la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi (1J.5,4).
Puisque le but divino-humain de l’Église est éternel et immuable, le moyen d’atteindre ce but est aussi immuable, illuminé par la lumière du Seigneur, qui est Le même, hier, aujourd’hui, et dans les siècles (Hb.13,8). Et c’est le moment de se rappeler de la différence entre les laïcs et les véritables moines chrétiens orthodoxes. Ce qui est du monde et de l’homme est limité et éphémère, alors que tout ce qui est en Christ est immuable et éternel. L’Orthodoxie, en tant qu’unique porteuse et protectrice de la parfaite et lumineuse Personne divino-humaine du Christ, est mise en œuvre exclusivement par des moyens divino-humains, les saintes vertus, et non par les moyens empruntés par les catholiques romains et les protestants, qui conviennent seulement au fier humaniste européen et absolument pas à l’humble Christ Divino-humain.
Posons-nous la question : «Avec quels moyens notre Seigneur Jésus Christ affronta-t-Il le prince des ténèbres quand, après Son baptême, Il se retira en haut de la montagne?» Notre Seigneur et Maître de notre salut, souhaitant nous enseigner à lutter contre le principe et les pouvoirs des ténèbres et contre le péché en général, fit, du jeûne et de la prière, de remarquables armes et moyens de lutte pour le combat invisible. Depuis lors, notre nature est devenue vainqueur du mal et de satan lui-même, car nos armes, comme le dit Saint Paul, «ne sont pas charnelles; mais elles sont puissantes, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses» (2Cor.10,4).
Toute l’histoire de notre Église Christophore et porteuse de l’Esprit regorge de héros, de saints ascètes, de héros de l’ascète, qui révélèrent en eux le visage du Christ et combattirent avec succès de multiples péchés et le diable lui-même. Ils furent puissant dans cette guerre et mirent en déroute des régiments d’ennemis, et ils reçurent la promesse et pénétrèrent en vainqueurs en leur intérieur le plus secret, au-delà du voile, où les avait précédés, pour ne plus en ressortir, Dieu le Verbe, notre Seigneur Jésus Christ, et devinrent des exemples d’ascèse et de vie juste.
Notre homme intérieur, créé à l’image de Dieu, tombe, se flétrit, se dessèche et petit à petit, se meurt de tout le mal et de tout le péché, de tout ce qui est démoniaque.
Pour échapper à cette influence et ne pas mourir en esprit, l’homme doit en permanence cultiver la foi de l’Évangile et préserver les vertus christophores, que le Seigneur Lui-même lui a remises :le jeûne et la prière. Ainsi, il fortifiera son âme, sa conscience et sa volonté, car «Tout est possible à celui qui croit»(Mc.9,23). Acquérons cette force divine toujours invincible dont parle Saint Paul : «Au reste, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante»(Eph.6,10). Si dans ce monde où réside le diable, quelqu’un veut devenir vainqueur, il doit aspirer à l’esprit du Christ, renforcer sa vie évangélique dans le Seigneur et dans la puissance de Ses muscles «fortifiés à tous égards par sa puissance glorieuse» (Col1,11), «en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi»(Eph.3,17).
Le Mystère du Christ se dévoile dans l’esprit de l’homme seulement en l’Esprit Saint. C’est une immuable règle de la connaissance du Christ. Ce mystère éternel, très pur et très saint, l’Évangile du Christ et de Son Église fut atteint par le grandiose Apôtre Paul, et d’autres de ses compagnons d’ascèse et de lutte, dans des visions miraculeuses, afin de vous les dévoiler à tous «et de mettre en lumière quelle est la dispensation du mystère caché de tout temps en Dieu qui a créé toutes choses,» (Eph.3,9) par Jésus Christ, afin que nous sachions «quelle est la glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, à savoir: Christ en vous, l’espérance de la gloire»(Col,27).
Finalement, Saint Paul, ayant atteint l’esprit de Dieu, prédit : «Dieu nous ouvre une porte pour la parole, en sorte que je puisse annoncer le mystère de Christ, pour lequel je suis dans les chaînes» (Col.4,3). «Il n’a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ. Ce mystère, c’est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même promesse en Jésus-Christ, par l’Évangile, dont j’ai été fait ministre selon le don de la grâce de Dieu, qui m’a été accordée par l’efficacité de sa puissance». (Eph.3,5-7)
Traduit du russe.
Source.

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 3

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la troisième des quatre parties. Les autres se trouvent ici.

La tradition relative à la mission de l’Église a été transmise des fondateurs de l’Église, à travers les Apôtres, jusqu’à nous : planter et cultiver dans les âmes des gens la perception et la conscience de ce que chaque membre de l’Église est une personne éternelle, universelle, divino-humaine, et donc frère ou sœur de chaque être humain. Voilà l’objectif de l’Église et c’est le Christ qui l’y a introduit. Tout autre but ne vient pas du Christ, mais de notre ennemi.
Pour que notre Église locale soit synodale, il convient de mettre fidèlement en œuvre les méthodes inhérentes à la divino-humanité: les vertus et les labeurs divins. Comme les saints apôtres les utilisaient toujours, après les avoir reçus du Seigneur, et à leur suite, leurs héritiers, les grands héros christophores de l’ascèse. Leurs vertus divino-humaines étaient organiquement liées et interdépendantes; quand une vertu en engendrait une autre, elles se renforçaient mutuellement. Lorsque se manifestent les impulsions du vieil homme, modèle de l’homme terrestre, ces passions destructrices, les mauvais raisonnements, et les perversions, alors, les fidèles doivent opposer à ces commandements viciés du péché, la masse des vertus créées par l’image de l’homme céleste, ce modèle authentique dont nous sommes revêtus. La première de nos responsabilités, les responsabilités des êtres pareils à Dieu, est la foi en Christ, une foi sans retenue ni compromis. Si nous nous en tenons à cette foi avec l’abnégation qui l’accompagne, cela signifie que nous servons le Christ, nous Le vénérons, nous L’aimons pour tout ce qui arrive en notre vie. La vertu divino-humaine suivante, dans le contexte de nos obligations, est la prière et le jeûne. Cette vertu doit faire partie du mode de vie des Orthodoxes, de la vie dans toutes ses manifestations, pour devenir l’âme de son âme, car elle unit directement avec le Christ Sauveur, Qui le jura Lui-même : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais que le pécheur se détourne de sa voie et qu’il vive (Ez.33,11). Jeûne et prière doivent être accomplis non par chacun isolément, mais en l’Église; ils doivent s’accomplir en tous. Jeûne et prière, en effet, ne constituaient-ils pas l’exigence principale requise par Dieu de la part de nos ancêtres, lorsqu’Il les appelait au repentir ? Ne s’agissait-il pas là de manifestations actives du repentir? Ne furent-ils pas mis en œuvre en toutes les périodes de l’histoire par les héros de l’ascèse qui s’efforçaient de restaurer leur lien avec Dieu qu’ils servaient?
Une autre vertu conciliaire, sceau de la vérité chrétienne, est l’amour. Cette vertu divino-humaine est accessible en tous temps, à tous. Elle ne connaît ni frontière ni mesure, elle est plutôt une expiration d’une caractéristique divino-humaine, car Dieu Lui-même est et Se nomme amour, et même ‘tout-amour’. Il est pareil à la lumière du soleil qui se déverse sur tous sans discrimination. Le Dieu Très Bon prend soin de nous tous et nous fait tous bénéficier de Sa bonté, y compris les pécheurs, même s’Il préfère le juste, selon la loi de la similarité. Il convient de faire croître cet amour divino-humain dans notre nature ; il se distinguera de tout autre amour, de ce que nous nommons amour, de l’amour relatif, de l’amour égoïste et de l’amour du gain. L’amour du christ embrasse toujours tous, il est toujours désintéressé, toujours il donne, jamais il ne reçoit ni ne demande. Dans son hymne merveilleuse, Paul le Théophore chante les louanges de l’amour comme personne, car personne ne vécut l’expérience de cette vertu dans toute sa plénitude comme il le fit.
La douceur et l’humilité sont d’autres vertus divino-humaines. Seul un cœur doux peut calmer l’homme troublé et agité par l’inquiétude. Toute autre intervention serait surtout vaine. La douceur envers tous est une obligation pour chaque Chrétien, qui dans chacune de ses prières appelle de tout son cœur le Seigneur doux et humble. Selon nos Saints Pères, douceur et humilité ne sont pas seulement ces vertus par lesquelles nous chassons le mal qui s’y oppose, mais l’essence même de la responsabilité «christologique», c’est-à-dire qui découle de l’existence de l’Image Prototype, le Chef de notre salut, notre Père, pour autant que nous Lui attribuions un nom. Que signifierait le terme «chrétien», sinon que nous sommes héritiers du Christ et avons un seul Père ?

Photo:Pemptousia

Dès lors, si notre Père, comme Il Se confessa en toute simplicité, est doux et humble de cœur (Mat.11,29), nous devons revêtir ces mêmes traits, afin qu’on ne nous compte pas parmi les enfants illégitimes, mais parmi les fils (Heb.12,8). Rien de plus naturel pour le fils que d’être semblable au père. Par conséquence, le devoir du Chrétien consiste à être doux et humble de cœur, et non l’adoption d’une attitude extérieure.
En nous dévoilant Son caractère, Sa douceur et Son humilité de cœur, le Seigneur nous a promis que si nous Le suivons dans cette voie, nous trouverons la paix dans nos âmes (Mat.11.29), ce qui est tellement important et nécessaire en nos temps de troubles. Par Sa kénose, le Seigneur nous a montré le dernier niveau de l’humilité, qui était inaccessible et jamais n’aurait été concevable par une créature naturelle. Qui aujourd’hui se justifie en avouant ne pas être humble?
Ensuite, le niveau suivant de l’ascension vers les promesses divines est l’a retenue, la longanimité, qui supporte tout et pardonne tout. «J’ai attendu le Seigneur dans une vive attente, et il a fait attention à moi. Et il a exaucé mon oraison, et il m’a tiré du lac de misère et du bourbier fangeux; et il a établi mes pieds sur le roc, et il a dirigé mes pas».(PS. 39,1-3)1
Alors, l’homme endure le mal, ne répond pas au mal par le mal, magnanimement il pardonne la calomnie, la diffamation et même les blessures. Tout cela fait partie du Christ, «qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s’en remettait au Juste Juge»(1Pi.2,23). Futile, le monde n’endure rien, il ne supporte pas les gens christophores, ceux qui subissent avec patience. Il les dénigre, et les juge hypocrites, car il ne supporte pas de se voir inférieur à eux. (A suivre)
Traduit du russe
Source.

Les startsy s’en vont les uns après les autres. A la mémoire de l’Archimandrite Lazare. (2/2)

Le 4 mai 2018, nous rappelions les décès successifs depuis un an de plusieurs grands starets russes. Entre-temps est venu se rajouter celui du starets Adrian. Et cette triste série se poursuit. Le 17 août 2018, l’Archimandrite Lazare (Abachidzé) est décédé. Il était l’un des auteurs favoris de très, très nombreux fidèles; même dans leur version russe, la plupart de ses livres sont épuisés, malgré les rééditions successives. L’article original russe traduit ci-dessous a été publié le 27 août 2018 sur le site Pravoslavie.ru sous le titre «Un Prédicateur du Christianisme de la tempérance. A la mémoire de l’Archimandrite Lazare». Ce texte est dû au Hiéromoine du grand schème Valentin (Gourievitch) et à Madame Olga Orlova. Deuxième partie.

L’écrivain spirituel, l’Archimandrite Lazare (Abachidzé), est décédé.
Bétanie (Géorgie), le 20 août 2018.

La plus dangereuse des substitutions.

Combien de fautes ne se dévoilent-elles pas après un moment de silence, même dans nos habitudes et pratiques religieuses bien ancrées… Dans un autre chapitre de ses exhortations, le Père Lazare écrit : «Nous pensons nous sauver «d’une manière ou d’une autre», «en passant», «entre autres choses», tout comme nous accomplissons la plupart des choses ennuyeuses, mais indispensables ou utiles. Ou pour le dire mieux encore, nous considérons toute notre vie en l’Église, notre vie de chrétien, comme une sorte de tranquillisant spirituel, c’est-à-dire, essentiellement, une forme de somnifère qui endort le ver agaçant, notre conscience troublée, et le plus souvent aussi comme une espèce de redevance ou de don qu’il est nécessaire de payer à des moments convenus afin d’avoir le droit à une vie insouciante le reste du temps. Lire la Suite

Ukraine: le repentir plutôt que l’autocéphalie comme méthode de guérison du schisme

L’Archevêque Théodose (Sniguiriov), Vicaire de la Métropole de Kiev

Entretien de Serguei Gueryk, pour le site Pravoslavie.ru, avec l’Archevêque Théodose, au sujet de la situation problématique de l’Église orthodoxe en Ukraine, à l’occasion du 1030e anniversaire du baptême de la Rus’. L’Archevêque Théodose est Vicaire de la Métropole de Kiev, et fut un des intervenants principaux lors des festivités, au nom de l’Église Orthodoxe d’Ukraine. L’entretien fut tenu le 20 août 2018, avant, donc, les surprenantes et regrettables déclarations et démarches du Patriarcat de Constantinople en cette matière. Les questions abordées ne sont dès lors pas concentrées sur ce point, mais proposent un tableau plus général de la situation telle qu’elle est vécue par la hiérarchie de l’Église Orthodoxe d’Ukraine, seule canonique, dont le Synode est dirigé par son Éminence Mgr Onufre.

Vladika, une première question, très importante dans le contexte du jubilé qui vient de se dérouler et des événements intervenus ces derniers temps concernant l’Église Orthodoxe d’Ukraine : Le lien entre l’Église d’Ukraine et le Patriarcat de Moscou sont-ils réellement profonds, historiquement et du point de vue actuel? Concrètement, les Églises d’Ukraine et de Russie sont-elles des Églises différentes, presque antagonistes, comme disent les schismatiques?

Baptême de la Rus’

Bien sûr que non! Le lien a été et demeure très profond. Historiquement et spirituellement. Nous avons toujours, au cours d’un millénaire, été une seule Église. L’Église Russe, née des «fonts baptismaux» de Kiev en 988, a répandu la foi évangélique et la vie ecclésiale sur tout le territoire de la Rus’. Et le Saint Prince Vladimir et sa grand-mère Olga égale-aux-apôtres naquirent à Pskov et le Prince Vladimir fut par la suite Prince de Novgorod. C’est ainsi qu’il conseilla de disséminer la Foi Orthodoxe vers le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest. Dans toute la Rus’.
A cette époque de l’antiquité russe, l’Église revêtait le statut canonique de métropole orthodoxe du Patriarcat de Constantinople. Plus tard, suite aux guerres et aux pillages, la résidence du Métropolite de Kiev et de toute la Rus’ fut transférée à Vladimir-sur-Kliazma et après, à Moscou. Le transfert du centre dirigeant de la Métropole de Kiev fut officiellement approuvée par le Synode du Patriarcat de Constantinople. Par la suite, au XVe siècle, des événements historiques provoquèrent la séparation temporaire de la Métropole Occidentale, avec Kiev, de l’autre partie de l’Église Russe. La séparation se prolongea un peu moins de deux cents trente ans, et au XVIIe siècle, l’unité fut restaurée. Dès lors, spirituellement, nous avons toujours été une seule Église. Administrativement, ce fut différent. Au cours des derniers temps, à la fin du XXe siècle, après l’effondrement de l’Union Soviétique, et la formation d’un État d’Ukraine indépendant, l’Église Orthodoxe d’Ukraine devint autonome et reçut le droit à une large autonomie, avec une pleine indépendance dans sa gestion. Essentiellement, notre Église Ukrainienne reçut des droits qu’elle n’avait jamais eu auparavant au cours de l’histoire. Nonobstant cela, l’Église Orthodoxe d’Ukraine nourrit un lien spirituel et canonique entier avec toute l’Église Russe.
A la lumière de vos propos se pose la question souvent mise en avant par les schismatiques ukrainiens : Pourquoi le Patriarcat de Moscou est-il l’Église-mère de Kiev et non l’inverse? Moscou n’existait même pas encore lors du baptême de la Rus’. Et Constantinople répète sans relâche qu’elle est l’Église-mère de l’Ukraine.

Son Éminence le Métropolite Onuphre, hiérarque de l’Église orthodoxe d’Ukraine, canonique.

Comme d’habitude, les schismatiques ont recours à leur traditionnelle substitution de concept. En comptant sur l’ignorance des auditeurs. En droit canonique, le terme Église-mère (ou Église «kyriarchale1») est le Patriarcat, ou l’Église Locale, dans la juridiction duquel entre à un moment donné, canoniquement et administrativement, un territoire ecclésial. Il ne s’agit pas du tout de cette Église de laquelle fut reçue en son temps la Foi Orthodoxe. Car avec une pareille logique, l’Église kyriarchale devrait alors être aujourd’hui pour le monde entier l’Église de Jérusalem, et aucune autre. Mais il n’en est pas du tout ainsi.
Et pour l’Ukraine, l’Église kyriarchale est l’Église Orthodoxe Russe, que cela plaise ou non. Même dans le cas de figure, contesté aujourd’hui par certains historiens du Phanar, où l’on tient compte du processus de retour à la soumission de la Métropole de Russie Occidentale au XVIIe siècle, cela ne change rien à l’affaire. Le Droit Canon détermine la durée de trente années comme étant la preuve irréfutable de la soumission canonique d’un territoire à un évêque précis. De facto, cette soumission ne peut faire l’objet d’aucune polémique, afin d’éviter querelles et conflits dans l’Église. Et ici, trois cents ans se sont écoulés [depuis le XVIIe siècle N.d.T.]. Comment peut-on contester cette situation? De quoi veut-on parler? On a l’impression que certains «théologiens» ne voient rien de ce qui se passe hors de leur bureau et ne regardent même jamais par la fenêtre.
S’il-vous-plaît, rappelez-nous quelques chiffres relatifs à la taille de l’Église Orthodoxe d’Ukraine, combien de paroisses, de prêtres, de fidèles?
L’Église Orthodoxe d’Ukraine est la confession la plus importante d’Ukraine. On compte dans sa juridiction douze mille cinq cents paroisses, plus de deux cents cinquante monastères, douze mille prêtres, plus de cinq mille moines et moniales. Par comparaison, les autres confessions orthodoxes d’Ukraine ont, toutes ensemble, environ cinq mille paroisses et un peu plus de deux cents moines et moniales.
Pour ce qui concerne le nombre de fidèles, je crois qu’il s’agit de nombreux millions. Mais il n’est pas possible d’en préciser exactement le nombre car des statistiques de ce genre n’existent pas sur place. Pour la Grande Procession à Kiev, on rassemble deux cents cinquante mille hommes et femmes ; il est possible d’en faire le compte. Évidemment, la majorité des fidèles ne participent pas à la procession, seulement une petite proportion, mais ils proviennent de toutes les éparchies. Et il faut tenir compte du fait qu’il est de nombreux qui voudraient venir à Kiev, mais dont l’organisation du voyage est empêchée par les autorités qui mettent des bâtons dans les roues à différents niveaux… La «toute petite proportion» rassemblée en un jour dans une ville s’élève à deux cents cinquante mille.
Nos opposants se basent sur des enquêtes d’opinions et des statistiques, en particulier sur les indications de leur centre de recherches politiques et économiques, Razoumkov, qui, comme on le sait, sert les intérêts politiques antirusses des autorités ukrainiennes.

Procession des 250000 fidèles à Kiev en juillet 2018

Tout d’abord, les résultats des différentes enquêtes d’opinions différent diamétralement. Parfois, ils sont complètement contradictoires. Ensuite, et c’est essentiel, aucune enquête sociologique ne donne un tableau objectif de la vie religieuse dans le pays. Ils n’abordent jamais le nombre de fidèles pratiquants. Mais ce tableau de la vie religieuse, il existe pourtant. Ils ne travaillent pas avec des statistiques de remplissage des paroisses et des monastères, ils donnent seulement un spectre de préférences de «l’audience TV». Il ne s’agit donc pas de gens croyants, mais du «tout venant». Ils mènent l’enquête parmi des répondants qui savent à peine comment tracer le signe de croix. Mais pour le reste, ils savent très bien ce qu’on leur enseigne à la télévision, quelle Église est «la bonne» et quelle est l’«ennemie». Mais en réalité, le véritable indicateur de la quantité de fidèles de l’une et l’autre confession, ce sont les paroisses, les monastères, les prêtres, les moines et les moniales, et nous en avons parlé voici quelques instants.
Au cours des derniers mois, la presse s’est empressée de faire de la propagande pour le «tomos de l’autocéphalie de l’Église d’Ukraine», thème soulevé par les politiciens ukrainiens. L’adresse du Président Porochenko et de la Rada au Patriarche de Constantinople ont enfreint la séparation de l’Église et de l’État telle qu’en dispose l’article 35 de la Constitution ukrainienne. Qu’en est-il?
Cela est incontestablement le cas. Les tentatives d’intrusion dans la vie religieuse de la société, qui ont été menées par les acteurs politiques ukrainiens, peuvent être qualifiées d’inconstitutionnelles. Il ne s’agit pas même de la soi-disant adresse que vous évoquiez. A la suite de celle-ci, des fonctionnaires de rangs divers ont chacun dans leur sphère de compétences, «travaillé» activement à cette question ; des diplomates, des responsables de districts, des oblasts, etc…
Et dans l’ignorance des questions ecclésiastiques, l’audience se demande ce qu’il pourrait y avoir de nocif dans l’initiative des politiciens ? Qu’y aurait-il de mal à ce que l’Ukraine ait sa propre Église, autocéphale?
L’Ukraine a son Église. Absolument autonome. La plus grande en nombre. Et il s’agit de l’Église Orthodoxe d’Ukraine. Les possibilités et les droits générés par notre autonomie sont beaucoup plus grands que ceux dont jouissent la plupart des Églises Orthodoxes bénéficiant du statut autocéphale. Il s’agit d’un fait objectif et important : le droit à l’autonomie de notre Église est beaucoup plus grand que celui de nombreuses Églises Orthodoxes Autocéphales. Dans leur grande majorité, les fidèles de l’Église Orthodoxe Ukrainienne comprennent cela. Ils le comprennent et l’apprécient à sa juste valeur. Mais en même temps, ils apprécient l’unité spirituelle avec toute la plénitude de l’Église Russe fondée par le Saint Prince Vladimir, dont nous avons parlé. Au moment présent de notre histoire, la majorité écrasante de l’épiscopat, des prêtres et de tous les fidèles de notre Église est satisfaite de son statut canonique et n’a initié aucun changement. Et je suis convaincu de ce que les hommes de Dieu ne permettront pas que l’on utilise l’Église comme monnaie d’échange dans un jeu politique.
On nous dit que l’autocéphalie supprimera les tensions et les oppositions des schismatiques, qu’elle guérira le schisme. On nous dit qu’ils reviendront dans le sein de l’Église. Mais c’est une tromperie. Aucune autocéphalie n’a jamais rien guéri, tout le monde peut très facilement le comprendre.
La guérison du schisme ne passe pas par l’autocéphalie, mais par le repentir, par la prise de conscience d’une situation ecclésiologique injuste, qui se traduirait par la restauration des «Mystères» et la canonicité de l’ordination de leurs prêtres. Mais seraient-ils prêts à une démarche en ce sens aujourd’hui? Que du contraire, nous entendons de la part des schismatiques une rhétorique des plus agressives au sujet de la capture des laures, des églises, etc.
Mais là n’est pas la question. Il faut bien comprendre que l’initiative des politiciens qui «proposent l’autocéphalie» n’a aucun lien direct avec l’Église Orthodoxe d’Ukraine canonique et la plus importante en nombre. Cette initiative masque seulement le souhait des non-canoniques de légaliser les églises schismatiques d’Ukraine, l’Église Orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev et l’Église Autocéphale Orthodoxe d’Ukraine. Voilà de quoi il s’agit, cacher tout cela derrière un «tomos de l’autocéphalie».
L’examen attentif de la question révèle une substitution des concepts. L’Église Orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev n’a besoin d’aucune «autocéphalie», c’est-à-dire d’indépendance. Ils ne dépendent de personne et sont «autocéphales». Cette structure n’a pas besoin d’autocéphalie, mais de légalisation aux yeux du monde ecclésiastique. Voilà ce qu’ils souhaitent. Ils ne veulent pas entrer par la porte, mais en même temps, ils essaient de passer par-dessus la clôture. Tout cela est très simple, pour revenir dans le sein paisible de l’Orthodoxie, la porte est ouverte, mais pour cela il est nécessaire d’observer les règles qui sont définies : les Canons de l’Église. C’est une voie simple et compréhensible, et elle est ouverte.
Et si le Patriarche Bartholomée décidait unilatéralement de légaliser malgré tout L’Église Orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev?

La Laure des Grottes de Kiev aujourd’hui

Si la question est de savoir si le Patriarche Bartholomée va enfreindre l’ordre canonique de l’Église pour légaliser le schisme ukrainien, en tous cas, les dernières informations émanant des consultations et rencontres inter-orthodoxes consacrées à cette question, témoignent de ce que le Patriarche comprend très bien le problème complexe ukrainien. Il semble improbable qu’il prenne sur lui la responsabilité d’une démarche aux conséquences imprévisibles. De ce point de vue, on place beaucoup d’espoir dans la rencontre des Patriarches Kyrill et Bartholomée prévue fin août. Connaissant la sagesse, la fermeté canonique et l’expérience diplomatique de notre Patriarche, les brebis du troupeau ukrainien partagent l’espoir que cette rencontre, non seulement apaise la tension régnante dans la question ukrainienne, mais apporte un réchauffement général et constructif dans les relations inter-orthodoxes.

Dieu veuille qu’il en soit ainsi. Mais dans l’entretien qu’il a accordé, Philarète2 a déjà affirmé que la Laure des Grottes de Kiev et d’autres sanctuaires devaient être «expropriés» de l’Église canonique.
Effectivement, dans son dernier entretien, le chef de l’Église Orthodoxe Ukrainienne-Patriarcat de Kiev, Philarète, a répété sans cesse qu’en cas de légalisation canonique de sa structure, ils prétendront à leur droit de propriété, ainsi qu’à l’appellation d’Église Orthodoxe d’Ukraine. Et cela enchantera les juristes, les fonctionnaires et les politiciens ukrainiens. Des comités de la Rada ont déjà préparé des projets de lois de pillage pour réaliser ces plans. Où tout cela peut-il nous conduire? Je crains que cela ne devienne un mécanisme déclencheur d’une confrontation civile à grande échelle sur une base religieuse. Il me semble que c’est évident pour tous les gens capables de raisonner un tant soit peu.
Toutefois, Philarète, malicieux comme toujours, a nié que les laures et monastères de l’Église Orthodoxe d’Ukraine seraient pris par la force.

Le Synode de la Métropole de Kiev réuni autour du Métropolite Onuphre

Oui, il a essayé de nier ses propos quand on lui a expliqué que les exposer prématurément porterait préjudice au plan. Et sur quoi a-t-il fondé sa volte-face? Sur l’honnêteté de ses paroles? Mais s’il fallait croire tout ce qu’il dit, en Ukraine, il n’y aurait pas de schisme aujourd’hui (souvenons-nous de ses propos d’Archevêque devant la Croix et l’Évangile, en 1992, selon lesquels il allait quitter son poste et ne créerait pas de trouble). Quoi encore? Les affirmations mensongères selon lesquelles tous les fidèles passeraient aimablement et volontairement au Patriarcat de Kiev? Eh bien, on constate en Ukraine occidentale que les fidèles sont chassés des églises qu’ils ont construites de leurs propres mains et au mépris des décisions de justice. Et en plus on affirme : «Ils le font volontairement». Ce ne sont que des contes pour les téléspectateurs. Je pense que Philarète comprend parfaitement ce qu’il veut et comment il projette d’agir. Mais Dieu n’est ni dans la force, ni dans la haine, mais dans la justice et la douceur. Notre troupeau espère et croit que les politiciens et les schismatiques n’iront tout de même pas jusqu’à cette folie et cette démarche autodestructrice. S’ils le font, les fidèles défendront leurs sanctuaires comme ils le pourront.
Et s’ils ne le peuvent?…
Même si on envisage que quelqu’un planifie une persécution de l’Église à grande échelle en Ukraine, comme elle exista sous les communistes, les fidèles n’auront aucune raison de perdre courage. Comme le dit l’adage populaire, Dieu n’est pas dans les bûches mais dans les côtes3. Nous prierons à la maison. Nous l’avons déjà fait jadis. Mais il convient de ne pas oublier qu’avec l’aide de Dieu, l’Église tiendra bon «et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle»(Mat.16,18). D’autant plus que nous le savons, Kiev est l’un des apanages de la Mère de Dieu, et nous croyons qu’Elle ne permettra pas aux fidèles de subir des épreuves plus dures que celles qu’ils peuvent endurer. Je pense toutefois qu’il ne faut pas aller jusqu’à la confrontation dans la violence.
L’Église Orthodoxe d’Ukraine occupe aujourd’hui une position difficile : en Ukraine, la Fédération de Russie a été déclarée pays agresseur. Toutefois, l’Église Orthodoxe d’Ukraine conserve son lien canonique avec le Patriarcat de Moscou. Quel est le degré de loyauté de la société ukrainienne envers les fidèles de l’Église Orthodoxe d’Ukraine?

Délégation du Synode de la Métropole de Kiev envoyée par Mgr Onuphre au Phanar le 23 juin 2018

La situation est difficile non seulement pour l’Église Orthodoxe d’Ukraine, mais pour tout le peuple ukrainien. Et les fidèles, en tant que partie du peuple, ne font pas exception. Mais à la différence des autres confessions d’Ukraine, notre Église représente tout le pays dans ses diversités. Elle englobe réellement toute l’Ukraine, de région en région. Comme aucune autre confession, nos fidèles représentent toutes les régions sans aucune exception.
C’est pourquoi notre Église, en tant que communauté des fidèles de toutes les régions, comprend parfaitement que le problème de la guerre en Ukraine ne peut, de façon simpliste, être réduite à «une guerre entre deux pays». Ce problème est beaucoup plus vaste et global. Les sociologues ukrainiens disent à raison que chez nous en Ukraine, et pas seulement sur la ligne de front, se déroule une confrontation de deux visions du monde, de deux mentalités différentes, de deux référentiels communautaires. Un pro-occidental d’une part, et un pro-oriental, pro-russe, d’autre part. Ces deux groupes de la société ukrainienne à la mentalité différente vécurent longtemps en paix, se considérant et se disant ukrainiens et ils construisirent notre pays sur des principes paritaires.
De façon plus large, en Ukraine, comme dans les pays multiethniques et aux facettes multiples, il existe d’autres fractions sociales significatives, avec leur propre mémoire historique et leur vision du monde. Jusqu’ici, cette diversité n’avait jamais posé de problème. Nous avions toujours formé une société ukrainienne unie, aux aspects multiples, mais tranquille et paisible.
Et naturellement, l’Église Orthodoxe d’Ukraine a existé et continue à exister aujourd’hui partout. Des millions de nos fidèles prient et créent des monastères et des églises depuis la Transcarpatie jusqu’à Donetsk et Lougansk, de Tchernigov à Simferopol. J’attire votre attention sur le fait que l’Église Orthodoxe d’Ukraine est la seule institution sociale dans l’Ukraine contemporaine, qui est parvenue à survivre structurellement et territorialement au cours de ces pénibles années, dans une grande mesure, sans dommage. Pourquoi en est-il ainsi? Le secret est simple, l’Église ne divise pas, elle unit. Elle ne fomente pas les confrontations et la haine, mais au contraire, elle s’efforce de calmer et de ramener la paix. Que toutes les parties de la société vivent et se développent librement et calmement et tout sera paisible et bon dans notre maison commune. C’est ainsi qu’agit et pense l’Église Orthodoxe d’Ukraine. Si tous les politiciens en faisaient de même, la tragédie contemporaine serait évitée.
Vladika, pensez-vous que nous soyons encore loin de la paix en Ukraine?
Je pense que tous les facteurs externes du conflit perdront leur force si nous réglons nos contradictions internes, si la société ukrainienne devient une, non pas en paroles, mais en actes. Et pour l’Ukraine, cette unité n’est possible que dans la diversité. Il en a été ainsi au cours de notre histoire et on ne peut rien y faire. Pour atteindre cette unité dans la diversité, il faut fuir la radicalisation de la société, et l’exacerbation de la haine sur les terreaux religieux et national. Il faut s’efforcer de dialoguer et de respecter le point de vue d’autrui, et se pardonner mutuellement. Je pense que cette voie pourrait dans une perspective prévisible conduire à l’apaisement et la fin du conflit. Que Dieu nous vienne en aide.
Traduit du russe
Source.

Celles et ceux que le sujet intéresse pourront lire avec profit l’article publié sur le Journal d’un Chrétien Orthodoxe ordinaire.

Toutes les photos illustrant le texte proviennent du site Pravoslavie.ru.

Les startsy s’en vont les uns après les autres. A la mémoire de l’Archimandrite Lazare. (1/2)

Le 4 mai 2018, nous rappelions les décès successifs depuis un an de plusieurs grands starets russes. Entre-temps est venu se rajouter celui du starets Adrian. Et cette triste série se poursuit. Le 17 août 2018, l’Archimandrite Lazare (Abachidzé) est décédé. Il était l’un des auteurs favoris de très, très nombreux fidèles; même dans leur version russe, la plupart de ses livres sont épuisés, malgré les rééditions successives. Le texte ci-dessous est composé à partir de deux originaux russes  publiés les 20 et 27 août 2018 sur le site Pravoslavie.ru sous les titres «Un Prédicateur du Christianisme de la tempérance. A la mémoire de l’Archimandrite Lazare»  et «L’écrivain spirituel Lazare (Abachidzé) est décédé. Le premier texte est dû au Hiéromoine du grand schème Valentin (Gourievitch) et à Madame Olga Orlova.

L’écrivain spirituel, l’Archimandrite Lazare (Abachidzé), est décédé.
Bétanie (Géorgie), le 20 août 2018.

Depuis le 17 août, l’Archimandrite Lazare (Abachidzé) repose en Dieu. Clerc de l’Église Orthodoxe de Géorgie, il fut un zélé serviteur de l’Église du Christ, champion de la pureté de la foi orthodoxe, écrivain ecclésiastique subtil, publiciste et critique de la modernité et de l’œcuménisme dans l’Église.
L’Archimandrite Lazare, originaire d’Abkhazie, naquit le 23 juillet 1959. A la fin de ses études séculières, il reçut la tonsure monastique. Il fut transféré au monastère de Bétanie, en Géorgie, où, grâce à l’Archimandrite Ioann (Maïssouradzé) et à l’Archimandrite du grand schème Ioann (Mkheidzé), qui «travaillaient dans leur propre monastère comme guides pour les excursionnistes», il dissimula son podvig de jeûne et de prière et demeura concentré sur sa vie monastique de prière. Lire la Suite