Le Métropolite Ioann (Snytchev): Paix et division dans l’Église.

Écrits

L’original russe du texte ci-dessous est extrait des pages d’introduction (5 à 7) du livre écrit en 1992 par le Métropolite Ioann de Saint-Pétersbourg et Ladoga, et intitulé «Les schismes dans l’Église de Russie pendant les années 20 et 30 du XXe siècle», publié à Sortavala en 1993 (2e édition). Ce texte précise l’enjeu de la paix dans notre vie de chrétien et surtout dans celle de l’Église. Et il nous en rappelle le fondement ontologique. Les jeux politiques sont une chose, le salut en est une autre.

La paix est l’un des principaux fondements, non seulement de la vie en société, mais aussi, de façon plus générale, de la vie humaine.
La présence de la paix dans la vie de l’Église témoigne de l’existence en ses entrailles de la grâce de Dieu, qui sanctifie tout et vivifie tout, et de cet amour entre les membres de l’Église, que notre Seigneur Jésus Christ a apporté sur terre. «Je vous laisse ma paix, Je vous donne Ma paix. Je ne la donne pas comme le monde la donne»(Jean 14,27). Telle est la promesse que fit le Sauveur du monde à Ses apôtres, et à travers eux, à toute l’Église.
Cette paix, reçue avec amour par les saints apôtres, par la puissance de la grâce omnipotente de Dieu, créa et fortifia l’Église du Christ.
La première communauté de chrétiens, dont le livre des Actes des Apôtres nous rend témoignage, nous montre avec évidence l’action de la paix du Christ. «Tous ceux qui croyaient vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs terres et leurs biens, et ils en partageaient le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Chaque jour, tous ensemble, ils fréquentaient le temple, et, rompant leur pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité, louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour au nombre de ceux qui étaient dans la voie du salut» (Actes 2,44-47).
Comme nous le voyons, la paix était créée par l’amour. Et la paix elle-même permit la création de l’organisme, intérieur et extérieur, de l’Église. Par l’action de la paix du Christ c’était comme si tous les croyants avaient un seul cœur, rempli d’une totale unanimité dans la foi, de simplicité et de joie spirituelle. Et la paix intérieure se manifestait à l’extérieur: tous les croyants se tenaient ensemble, ensemble dans l’enseignement des apôtres, dans la communion de la rupture du pain, et des prières. Tout ce qui était matériel se trouvait dans le patrimoine commun et chacun dans la communauté y puisait seulement à la mesure de ses besoins et nécessités.
La paix créa, la paix purifia le jeune organisme de l’Église des impuretés du péché et affermissait l’unité de cœur des croyants. Elle répandait la puissance de la grâce qui, involontairement, incitait le peuple à aimer l’Église du Christ. L’assistance incessante de l’aide de Dieu dans la conversion des païens à la foi du Christ était le signe manifeste de la véritable vie en Christ, créée et manifestée dans le monde. «Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés » (Actes 2,47).
La paix bénie qui régnait dans la communauté des premiers chrétiens agissait de façon pacificatrice sur le cœur des peuples païens. Ceux-ci ayant longtemps vécu dans l’agitation intérieure de leur cœur, recherchaient cette paix particulière qui vient d’En-haut, et lorsque cette paix fit son apparition au sein de la communauté des chrétiens, ils furent attirés par cette paix et acquirent le calme dans leur âme.
L’unité intérieure des membres de l’Église parlait d’elle-même, sans qu’il fût besoin de preuve extérieure, de la existence de Dieu parmi les chrétiens. La paix de l’Église fut l’un des facteurs primordiaux des prédications au sujet du Christ et de la véracité de Ses enseignements.
C’est dans cette paix que les héros de l’ascèse de l’ Église atteignirent la perfection spirituelle. Voilà les caractéristiques positives de la paix en l’Église. On peut résumer cela en quelques mots : dans la paix tranquille, la vie pieuse selon la foi nous assure tous les biens, temporels et éternels. Et dans la mesure même où nous préserverons cette paix et observerons les commandements de Dieu, le Seigneur, en Sa Divine Providence, nous protégera dans la demeure du bien, nous gardera de la pierre d’achoppement du péché, réalisera nos bons souhaits et nous donnera tous ce dont nous aurons besoin pour vivre.
Quant à la division, elle est tout à fait différente. Si la paix en l’Église est considérée comme une manifestation positive de la vie de l’Église, la division est ce qu’il y a de plus négatif.Tout ce qui avait été acquis et construit avec tant de difficulté dans l’environnement de l’Église, empreint de paix, fut mis en danger et détruit par la division. Si la paix témoigna de l’existence de la grâce et de l’amour divins parmi les membres de l’Église, la division témoigna du contraire: de l’absence de cette grâce et de cet amour. La paix créa l’organisme de l’Église, et la division détruisit et réduisit le nombre de personnes dans l’Église. Les divergences d’opinion dans la foi et dans l’observance dans l’Église des règlements et décrets des Pères de l’Église, menèrent à la raréfaction de la grâce Divine et à la dissociation de la communauté, à l’appauvrissement de la piété, à la perte de la crainte de Dieu et formèrent obstacle à la propagation de l’Évangile du Christ.

L’histoire de l’Église témoigne clairement de ce que les divisions influencèrent négativement la vie des chrétiens, non seulement de chacun d’entre eux séparément, mais de leur communauté toute entière. Sous l’influence de la divergence d’opinion, les uns quittèrent le chemin commun du salut et retournèrent à leur ancienne vie pécheresse, tandis que d’autres, quittant l’organisme de l’église, créèrent leurs communautés toujours plus du chemin de vérité. L’histoire de l’émergence des hérésies, des schismes et des sectes prouve tout cela de façon irréfutable. Chez nous, en Russie, au début du XXe siècle, survint le schisme, si affligeant pour l’Église, des novateurs et les divisions suscitées par des porteurs d’autres idées ecclésiastiques divergentes.
Sous l’influence de ces divergences d’opinions la paix entre les croyants disparut, l’amour s’épuisa, la foi s’appauvrit, on perdit la crainte de Dieu, il ne resta plus de place pour l’obéissance et l’humilité, et l’action de la grâce de l’Esprit Saint sur l’homme se réduisit. Les gens attachèrent peu de soins la prière, et peu d’attention à l’œuvre de leur salut, à purifier leur esprit et leur cœur des passions. Les bonnes actions leur importaient peu, ni encore le perfectionnement spirituel.
Voilà les tristes fruits de la division en l’Église.
Traduit du russe

Higoumène Dovmont (Beliaev). Dieu façonne des pierres pour former Son peuple. (2/3)

Le texte ci-dessous est la traduction d’un original russe publié le 1er novembre 2018 sur Pravoslavie.ru : un entretien de Pëtr Davydov avec l’Higoumène Dovmont Beliaev, Recteur de l’église de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, à la Forteresse d’Ivangorod, dans la région de Pskov. Cet entretien aborde certaines raisons des troubles intérieurs de l’homme, l’utilité de ceux-ci dans le processus d’élimination de la vanité, ainsi que l’attitude à adopter vis-à-vis d’eux. Cette deuxième partie aborde également les thèmes de la formation du clergé et de l’iconographie. La première partie du texte se trouve ici.

Aujourd’hui, s’offusquer est à la mode : «mon sentiment de croyant» est offensé à tout moment. Ou souvent, je m’offusque catégoriquement de tout ce qui ne me convient pas. Les raisons en sont légions. De quoi ne s’offusquerait-on pas? Par conséquent, je vois régulièrement que maintenant, l’attitude de la société envers l’Église, l’Église Orthodoxe russe, n’est même plus ce qu’elle était à l’époque soviétique ; on la considérerait plutôt comme une institution qui pour l’instant est encore tolérée. Parfois, on entend dire, avec mépris : «Ah voilà, vous vous offusquez encore! Vous n’êtes capables que de cela». Ces observation sont-elles correctes ou erronées, à votre avis?

Le Père Dovmont

Il me semble que ces griefs ne reposent pas sur des fondements raisonnables. Parce qu’on s’offusque quand on considère qu’un agissement est inconvenant. Mais le monde… et c’est souligné partout, dans les Saintes Écritures, dans les témoignages des saints, nous sommes prévenus : «Le monde gît dans le mal». Nous ne pouvons rien changer au fait que le péché et le mal soient dans le monde ; nous ne pouvons l’empêcher car c’est la conséquence de la peccaminosité du genre humain en tant que tel. Et le Christ n’a jamais dit : «On vous respectera dans le monde, on vous rendra honneur, tout le monde vous respectera et vous estimera, si vous marchez à Ma suite». Il a dit au contraire : «On M’a chassé, et on vous chassera. Si on avait observé Ma parole, on observerait la vôtre. Si vous étiez de ce monde, le monde aimerait les siens, mais comme vous n’êtes pas de ce monde, le monde vous haïra. Sachez qu’il M’a haï avant vous, et tenez bon, car J’ai vaincu le monde». Lire la Suite

Higoumène Dovmont (Beliaev). Dieu façonne des pierres pour former Son peuple. (1/3)

Le texte ci-dessous est la traduction d’un original russe publié le 1er novembre 2018 sur Pravoslavie.ru : un entretien de Pëtr Davydov avec l’Higoumène Dovmont Beliaev, Recteur de l’église de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, à la Forteresse d’Ivangorod, dans la région de Pskov. Cet entretien aborde certaines raisons des troubles intérieurs de l’homme, l’utilité de ceux-ci dans le processus d’élimination de la vanité, ainsi que l’attitude à adopter vis-à-vis d’eux et la nécessité d’être calme et patient envers ceux qui nous sont désagréables, car tout ce que nous ne savons pas n’est pas forcément mauvais. Cette première partie illustre entre autres les pièges de l’ennemi.

Batiouchka, pourquoi y a-t-il dans l’Église terrestre des passions mondaines si abjectes? Et pourquoi sont-elles ressenties plus douloureusement dans l’Église que dans le monde? Et surtout, comme lutter contre elles? Que faire?
La raison en est que l’Église est un organisme divino-humain : Dieu Lui-même, notre Seigneur Jésus Christ, en est la tête, mais elle est formée par les gens, par ceux qui vivent, par des pécheurs qui se repentent… Lire la Suite

Le Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski) Huit Lettres d’Occident. (10)

Il ne semble pas que jusqu’à présent, les huit Lettres d’Occident, écrites par le Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski) aient été traduites en français. Ces huit lettres, éditées pour la première fois en 1915, sont incluses dans les Œuvres en trois volumes du Saint Hiéromartyr, au tome 3, pp 396 à 458. (Священномученик Иларион (Троицкий). Творения в 3 томах. -épuisé-), Moscou, 2004, Éditions du Monastère de la Sainte Rencontre. Le texte de ces huit lettres fut également publié sur le site Pravoslavie.ru, entre le 16 et le 22 mai 2006. Ces écrits, qui ne relèvent pas d’une démarche académique, plongent le lecteur avec animation et profondeur dans l’atmosphère spirituelle, philosophique, culturelle et sociopolitique du début du XXe siècle; c’est en 1912 que l’Archimandrite Hilarion (Troïtski) effectua un périple dans les grandes villes d’Europe. La troisième lettre présente le contraste, irréductible, semble-t-il, entre l’église en Occident et l’église en Russie Orthodoxe. Voici la fin de la cinquième lettre. Les précédentes lettres se trouvent ici.

Dans notre science théologique, on peut trouver les informations les plus détaillées et les plus complètes au sujet du catholicisme et du protestantisme. On peut y trouver des études entières consacrées, par exemple à l’histoire de la confession au cours de l’histoire de l’Occident, ou des études consacrées à la doctrine et à l’organisation des communautés hérétiques. Il existe des livres entiers sur la vie paroissiale en France, ou sur les relations entre l’Église et l’État dans différents pays occidentaux. Nos professeurs de théologie ont effectués des séjours scientifiques pendant des années dans des centres religieux et scientifiques occidentaux. On peut par contre reprocher à l’Occident de ne pas souhaiter connaître la vérité de l’Orthodoxie. Leurs hommes de science en savent beaucoup moins à propos de notre Orthodoxie que nos hommes de science au sujet des fourvoiements occidentaux. Lire la Suite

Le Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski) Huit Lettres d’Occident. (6)

Il ne semble pas que jusqu’à présent, les huit Lettres d’Occident, écrites par le Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski) aient été traduites en français. Ces huit lettres, éditées pour la première fois en 1915, sont incluses dans les Œuvres en trois volumes du Saint Hiéromartyr, au tome 3, pp 396 à 458. (Священномученик Иларион (Троицкий). Творения в 3 томах. -épuisé-), Moscou, 2004, Éditions du Monastère de la Sainte Rencontre. Le texte de ces huit lettres fut également publié sur le site Pravoslavie.ru, entre le 16 et le 22 mai 2006. Ces écrits, qui ne relèvent pas d’une démarche académique, plongent le lecteur avec animation et profondeur dans l’atmosphère spirituelle, philosophique, culturelle et sociopolitique du début du XXe siècle; c’est en 1912 que l’Archimandrite Hilarion (Troïtski) effectua un périple dans les grandes villes d’Europe. La troisième lettre présente le contraste, irréductible, semble-t-il, entre l’église en Occident et l’église en Russie Orthodoxe. Voici la suite de la troisième lettre. Le début et les précédentes lettres se trouvent ici.

Il est une expérience, mon Ami, que je puis te recommander. Observe avec la plus grande attention et le plus longtemps possible le dessin de l’intérieur de la cathédrale de Cologne. Même de cette représentation, il émane une sorte d’esprit de rêverie. N’est-ce pas? Et dans la cathédrale elle-même, il suffit que vous vous asseyez sur un banc près d’une colonne, et la rêverie tombe sur vous. Et j’imagine ce qui se passe quand on demeure assis dans la semi-pénombre de la cathédrale! Le son des orgues se précipitent pour se noyer dans l’obscurité sous les voûtes et l’écho est renvoyé par les coins les plus éloignés de l’église, derrière les rangées de colonnes fantasques… Angoisse et rêverie, voilà, ce me semble, ce qui doit remplir l’âme de celui qui prie dans une église gothique! Souviens-toi, comment Victor Hugo décrit Notre Dame de Paris! Là aussi abondent précisément angoisse et rêverie, et parfois même l’effroi. Lire la Suite

Saint Jean de Kronstadt. Les Royaumes terrestres tombent par iniquité et manque de foi

Le texte ci-dessous est la traduction d’une homélie qui fait partie de la série de celles dans lesquelles le Saint Batiouchka Jean attire l’attention des fidèles sur les événements terribles et spectaculaires qui se déroulaient dans la société russe qui leur était contemporaine et replaçait ces événements politiques, sociaux, économiques et moraux dans une perspective orthodoxe en les reliant à maints extraits de la Sainte Écriture relatifs au Jugement dernier et aux événements apocalyptiques. Cette série est regroupée dans un livre intitulé «О Церкви и Страшном Суде» , «A propos de l’Église et du Jugement dernier» , dont l’édition utilisée ici est celle publiée à Sebastopol en 2018, aux pages 368 à 373. Pareille mise en perspective offre évidemment une grille de lecture plutôt pertinente du monde du XXIe siècle. L’homélie fut prononcée le 06 mai 1907 à la Cathédrale Saint André de Kronstadt.

Ayant accepté le Royaume inébranlable (L’Église), puissions-nous garder la grâce qui nous permet de servir de manière agréable à Dieu, avec piété et crainte.
Car notre Dieu est aussi un feu dévorant (Héb.12,29).

La Russie et l’Église célèbrent solennellement aujourd’hui la naissance du Tsar couronné par Dieu pour régner sur l’Empire de toutes les Russies, et prient le Roi des rois d’accorder à notre Tsar terrestre succès et victoire en sa souveraineté, c’est-à-dire un long règne, la paix, la santé, le salut. Que le Seigneur lui accorde prospérité et assistance en toutes choses. Qu’il soumette à ses pieds tout rival et ennemi perfide. Lire la Suite