Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 4

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la quatrième partie.

Dans le deuxième rescrit, donné à l’occasion du centenaire de la Guerre Patriotique, le Souverain écrivit:«Voici un siècle, quand notre antique capitale, et avec elle tout la Sainte Rus’, vécut les heures de l’invasion de douze peuples, le clergé orthodoxe, endurant en même temps que tout le peuple russe les privations et les tribulations, redit un fier service à la Patrie. Il éveilla dans les cœurs du peuple et de la vaillante armée une foi ardente en Dieu, une dévotion sans réserve au Tsar et l’amour de l’église et de la Patrie. Humilié et outragé par les ennemis, le clergé, entourés par l’effroi de la mort, des incendies et de a dévastation, soutint le courage et une résistance sans faille pour la Sainte Rus’, réchauffant l’espoir de l’aide rapide et de l’intervention de Dieu. Elles demeureront pour l’éternité, les paroles inspirées qui prononça Sa Sainteté Augustin rencontrant à Moscou l’Empereur de heureuse mémoire, Alexandre le Béni: «Dieu est avec nous! Entendez, peuples, et repentez-vous, car Dieu est avec nous! La Puissance de Dieu est avec toi, Tsar!»
L’activité ecclésiastique de l’Empereur Nicolas II était très vaste et embrassait tous les aspects de la vie de l’Église. Pendant son règne, la Russie continua à embellir monastères et églises. La comparaison des statistiques disponibles en 1894 et en 1912 indique qu’au cours de ces dix-huit ans 211 nouveaux monastères, tant masculins que féminins, furent ouverts, ainsi que 7546 nouvelles églises, sans compter les nouvelles chapelles et maisons de prières. Parmi les nouveaux édifices, on ne peut passer sous silence la superbe église Feodorovski des Souverains, à Tsarskoe Selo. Elle fut érigée sur une étendue herbeuse choisie par le Souverain lui-même dans le parc, à proximité du Palais Alexandre, et sa construction fut achevée en 1912. En plus de l’église principale, à l’étage inférieur, l’édifice accueille une seconde église dédiée à Saint Seraphim le Thaumaturge de Sarov. L’église Feodorovski des Souverains, construite, sous la supervision attentive et au moyen de l’important financement personnel de leurs Altesses, se caractérisait par sa décoration intérieure exceptionnelle, et l’église inférieure se distinguait par sa collection impressionnante d’objets sacrés anciens. Elle fut détruite par le pouvoir communiste athée, au même titre que d’innombrables autres sanctuaires, mémoriaux historiques et objets sacrés orthodoxes de la Russie de jadis.
En outre, grâce aux dons généreux du Souverain, dix-sept nouvelles églises russes furent érigées dans de nombreuses villes d’Europe auxquelles leur beauté faisait honneur.
Suivant l’exemple de son père, l’Empereur Alexandre III, le Souverain Nicolas II accordait en matière ecclésiastique, un soin particulier à l’amélioration des conditions matérielles de vie du clergé et à la formation spirituelle de celui-ci. Sa Majesté ayant approuvé en 1892 l’avis du Conseil d’État relatif à l’octroi d’une allocation à tous les prêtres, sans exception, l’Empereur Alexandre III écrivit à l’Ober-procureur du Saint Synode, Konstantin P. Pobedonovtsev:«J’en rêvais depuis longtemps, c’était ma conviction profonde. Il était nécessaire de venir en aide et de veiller au bien-être des prêtres des campagnes, et maintenant, Gloire à Dieu, voilà qui est finalement fait. Mon grand-père, Nicolas Pavlovitch avait commencé le travail, dans les années quarante, et je l’ai continué». L’Empereur Nicolas II veilla à introduire d’autres mesures allant dans le même sens. Ainsi, par exemple, en 1902, il approuva un règlement concernant les pensions et primes forfaitaires des prêtres, diacres et chantres. Le Souverain indiqua en marge de sa signature:«Je suis convaincu de ce que dans nos éparchies, le clergé accomplira avec un zèle plus intense encore son service pastoral dans un véritable esprit chrétien».
L’Empereur Nicolas II accordait une attention tout aussi grande à l’amélioration de la formation spirituelle du clergé. Tout comme son père l’Empereur Alexandre III, il prit un soin particulier des écoles paroissiales, contre lesquelles la nouvelle Institution de l’État, la Douma, avait récemment mené campagne. Néanmoins, en 1913, la Russie comptait 37641 écoles de ces paroisses de l’Église, et le nombre des élèves qui y étaient instruits atteignait les deux millions. Dans ce domaine, le Souverain bénéficiait d’un collaborateur irremplaçable, son propre ancien professeur de théologie, Konstantin P. Pobedonovtsev, qui occupa pendant plus de vingt-cinq ans la fonction d’Ober-procureur du Saint Synode. Dans la longue lettre qu’il adressa à celui-ci en 1905 à l’occasion de la fin de son ministère d’Évêque de Volhynie, l’Évêque Antoine (Khrapovitski) écrivit entre autres:«L’instruction du peuple en union étroite avec l’Église commença en 1884, exclusivement grâce à vous, et votre soutien indéfectible jusqu’au dernier jour de votre service est une chose grande, sainte, éternelle, et vos mérites eu regard de l’Église, du Trône et de la société d’autant plus élevés, que dans cette affaire, vous étiez moralement quasi seul. Vous ne fûtes pas le continuateur d’une routine administrative, tel qu’aiment vous présenter les critiques pathétiques et médiocres. Que du contraire, vous avez élevé un mode de vie et des mœurs frustes, et vous avez entrepris ce qui était nécessaire à la Russie, mais inconnu de l’Administration avant que vous n’y œuvriez… Tout d’abord, l’affaire des écoles des paroisses de nos églises vous l’avez portée à bras le corps. Ensuite, vous vous êtes efforcé de rapprocher les écoles de théologie des besoins du peuple, de la vie de l’Église et certaines de vos démarches ont réussi à assainir de leur lumière l’esprit de l’Église et du peuple.» Les institutions de l’enseignement de la foi furent organisées en fonction du niveau d’enseignement:inférieur, moyen et supérieur, par conséquence, les instituions furent dénommées écoles de théologie, séminaires de théologie et académies de théologie. En 1913, à l’occasion du tricentenaire de la Maison Romanov, le Souverain souhaitait souligner l’importance de l’enseignement théologique supérieur et les académies de théologie furent qualifiées d’«impériales».
Homme d’une foi profonde et pratiquant celle-ci, le pieux Souverain promouvait et soutenait le développement des diverses formes d’art contribuant à l’ornementation artistique de l’intérieur des église ainsi qu’ à la beauté et la solennité des célébrations du culte. En cette matière il était épaulé par une collaboratrice de non moindre ferveur en la personne de la pieuse Impératrice Alexandra Feodorovna. Le Souverain compris le sens historique de la Rus’ d’antan dans le domaine ecclésiastique, et il entrepris d’en développer la mise en œuvre. Sa Majesté institua en 1901 le Comité de Tutelle d’Iconographie russe, et l’intérêt qu’il y porta alla croissant au fur et à mesure de son règne. En 1913 fut organisée à Moscou une exposition d’icônes anciennes à l’occasion du trois centième anniversaire de la Maison Romanov. P.P. Mouratov, l’un des plus grands connaisseurs en cette matière écrivit:«Il semble que cet intérêt atteignit son apogée au printemps 1914. Il ne fait en effet aucun doute que la religiosité du Souverain et de la Souveraine et leur intérêt marqué pour le lointain passé de la Russie, éveillé tout particulièrement par le jubilé de 1913, attira Leur sincère attention sur l’art pictural religieux de la Russie de jadis, qui trouva en Eux Ses protecteurs. Tout cela ne fait aucun doute». Pour sa part, Sergueï S. Oldenburg nota «L’Exposition Religieuse et Archéologique des Romanov, organisée en 1913 à Moscou, au Monastère du Miracle, ainsi que l’Exposition de l’Art Russe Ancien de l’Institut Archéologique Impérial offrirent la possibilité à de vastes cercles de la société russe de faire connaissance avec l’art russe du XIVe au XVIIe siècle, que le Souverain appréciait tant. La dimension artistique de l’iconographie russe rencontra pour la première fois l’estime qui lui était due».
Le Souverain connaissait à la perfection les règles du déroulement des offices, il connaissait, comprenait et aimait les chants liturgiques. Selon un commentaire du célèbre Chef de chœur P.A. Alexandrov, le règne tout entier de l’Empereur Nicolas II «peut être qualifié de dernière étape du parcours sinueux du chant liturgique russe. Cette étape est caractérisée par l’important développement artistique de la musique ecclésiastique, l’établissant sur sa voie nationale particulière». Durant le règne de l’Empereur Nicolas II, la cessation des persécutions des croyants du vieux rite élargit la possibilité d’étudier le chant liturgique russe ancien et ses éléments constituants, comme la notation en crochets, devenus maintenant accessible à un grand nombre de spécialistes. A l’issue d’un concert de chants liturgiques donné par le chœur du Saint Synode à Moscou en présence de Sa Majesté, le Souverain a affirmé que «le chœur avait atteint le plus haut niveau de perfection, à un point tel qu’il est difficile d’imaginer comment encore évoluer». (…)

Le dévouement de l’Empereur Nicolas II envers l’Église de Dieu s’étendait loin au-delà des frontières de la Russie. Dans maintes églises de Grèce, de Bulgarie, de Serbie, de Roumanie, du Monténégro, de Turquie, d’Égypte, de Syrie, de Libye, d’Abyssinie et de Palestine, on trouve encore l’un ou l’autre cadeau offert par le Tsar-Martyr. Des ensembles complets d’ornements liturgiques tissés d’argent, des icônes et des livres liturgiques furent adressés aux éparchies des Églises autocéphales de Serbie, de Grèce, de Bulgarie, du Monténégro, d’Antioche, de Constantinople, de Jérusalem, sans mentionner les largesses financières et les subsides en leur faveur. Lui, et lui seul, intervint dans le monde enter en défense de la foi et de l’Église orthodoxes et garantit la paix de l’Église dans le monde entier. En vérité, il fut le gardien tutélaire l’Église Orthodoxe Œcuménique. Et lui, lui seul, s’avança pour défendre les Chrétiens arméniens quand ils furent massacrés par les Turcs et quand ceux-ci opprimèrent et pourchassèrent les Slaves. Et il ouvrit largement les frontières de la Russie aux réfugiés fuyant ces pays. (A suivre)

Traduit du russe.

Le Saint Tsar Nicolas II, Tsar inconnu. (1/3)

Le Saint Tsar Nicolas II
L'entretien ci-dessous avec l'Archiprêtre Valentin Asmus a été publié sur le site Pravoslavie.ru le 21 août 2000. Le sous-titre suivant lui a été attribué: La vision communément admise de la vie et de la personne de Nicolas II ne correspond absolument pas à la réalité. Cet entretien avec la journaliste Ludmila Boniouchkine fut tenu le lendemain du jour où l'Empereur Nicolas II et sa Famille furent officiellement accueillis dans le chœur des saints par le Patriarcat de Moscou. L'Archiprêtre Valentin Asmus fait autorité dans le domaine de l'histoire de la monarchie en Russie; il enseigne à L'Académie de Théologie de Moscou.

Père Valentin, le Souverain vient d’être officiellement admis dans le chœur des saints; la question de sa personnalité se pose de façon plus aiguë, maintenant que sa sainteté est admise. On trouve, entre autres dans un vaste secteur de la littérature, des évaluations extrêmement négatives à son sujet, en sa qualité d’homme et en celle de souverain. Comment le lecteur contemporain peut-il analyser tout cela?
Il faut dire que les historiens soviétiques ne sont pas les seuls à évaluer de façon négative la personne de l’Empereur Nicolas II. Un grand nombre d’historiens russes et occidentaux libéraux, ceux qu’on nomme les historiens bourgeois, l’évaluent exactement de la même manière. Pour dépasser cette évaluation, je conseillerais avant tout deux travaux sereins et objectifs. L’un est relativement ancien; il fut écrit dans les années ’30-’40 du siècle dernier par Sergueï Sergueevitch Oldenburg: «Le Règne de l’Empereur Nicolas II». Ce livre fut réédité il y a peu en Russie. Le second fut rédigé par notre contemporain, l’historien Alexandre Nikolaevitch Bokhanov. Son livre «Nicolas II» a déjà connu plusieurs rééditions. Lire la Suite

Hiéromoine Seraphim (Rose): Le Tsar-Martyr Nicolas

Le Saint Tsar Nicolas II
Le Hiéromoine Seraphim Rose de bienheureuse mémoire est l'auteur du texte ci-dessous, écrit à l'origine en anglais, et publié sous le titre "Tsar-Martyr Nicholas II," dans la revue The Orthodox Word, Vol. 4, No. 4, p. 152-153. La version française ci-dessous est la traduction de la version russe du texte publiée sur le site «Николай II последний русский император», Nicolas II, dernier Empereur russe. Dans la version russe, deux passages de la version originale anglaise ont été omis, pour le reste les deux versions sont identiques.

«Car le mystère de l’iniquité agit déjà; il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu» (2Thess.2,7)

Selon les enseignements de Saint Jean Chrysostome et des autres Pères de l’Église, ce qui empêche l’apparition en ce monde de l’antichrist, cet être d’iniquité et d’anarchie, le plus puissant opposant de notre Seigneur Jésus Christ et de Son Église, c’est le pouvoir légal, exprimé et symbolisé par l’Empire Romain. Cette idée trouva son expression suprême dans l’Empire Chrétien: tout d’abord, lorsque Constantinople était la Nouvelle Rome, et ensuite dans l’Empire de la Russie Orthodoxe, lorsque Moscou devint la Troisième Rome. En 1917, un terme fut mis au «siècle de Constantin»; l’empire orthodoxe fut détruit, et le monde, à commencer par Moscou, fut jeté dans un siècle de l’iniquité et de l’athéisme (et dans l’apostasie, pour ce qui concerne la vie de l’Église) tel qu’on n’en avait jamais vu jusqu’alors.
Le Tsar Nicolas II fut le dernier représentant de cet idéal du pouvoir légal chrétien, et le siècle de l’iniquité commença précisément avec son assassinat. Toutefois, pour les Chrétiens Orthodoxes, ce siècle nouveau fut ouvert par un martyr, un témoin de l’Orthodoxie, fidèle jusqu’à la fin à son Église et à sa vocation sacrée. (…)
Le Tsar est né le jour de la fête du Saint et Juste Job. Au milieu de ses terribles souffrances, celui-ci évoqua le jour où il fut conçu: «Cette nuit! Que les ténèbres en fassent leur proie, Qu’elle disparaisse de l’année, Qu’elle ne soit plus comptée parmi les mois!» (Job 3,6).
Effroyable fut la nuit du meurtre du Tsar et de sa famille. Mais les Chrétiens d’antan disaient avec une profonde sagesse que le jour où l’on fait mémoire des martyrs est en réalité le jour de leur naissance. Et le nuit du meurtre du Tsar resplendit dans notre conscience comme la naissance au Ciel russe du Tsar-Martyr, offrande sacrificielle pour les péchés de son peuple. (…)
Ce point de vue est confirmé par la vision qu’eut en 1917 le grand starets Macaire, Métropolite de Moscou:

Le Songe du Métropolite Macaire
Je vis un champ. Notre Sauveur avançait sur un chemin. Je Le suivis en Lui disant: «Seigneur, je marche à Ta suite!». Il se retourna vers moi et répondit: «Suis-Moi!». Nous approchâmes finalement d’une énorme arche constellée d’étoiles. Au seuil de cette arche, le Sauveur se tourna vers moi et dit à nouveau: «Suis-moi!». Et Il pénétra dans un merveilleux jardin. Mais je demeurai sur le seuil et m’endormis. Toutefois, je m’éveillai bientôt et vis que je me tenais toujours devant l’arche. Au-delà de celle-ci, le Tsar Nicolas se trouvait à côté du Sauveur. Celui-ci dit au Tsar: «Dans Ma main, tu vois deux coupes; l’une au goût amer pour ton peuple, l’autre, douce, est pour toi». Le Tsar tomba à genoux et implora longuement le Sauveur de lui permettre de boire à la coupe amère avec son peuple. Mais le Seigneur refusa avec insistance. Le Tsar L’implorait de plus belle et sans cesse. Alors le Sauveur tira de la coupe amère un gros charbon ardent et le déposa dans la paume de la main du Tsar. Le Tsar se mit à faire passer prestement le charbon ardent d’une main à l’autre, et en même temps, son corps devint de plus en plus lumineux, jusqu’à ce qu’il fût complètement éclatant de lumière, tel une sorte d’esprit resplendissant. A ce moment, je m’endormis à nouveau. Quand je sortis du sommeil, je vis un immense champ couvert de fleurs. Le Tsar se tenait au centre du champ, entouré d’une grande foule à laquelle de sa propre main, il distribuait la manne. Une voix venue on ne sait d’où retentit alors: «Le Tsar a pris sur lui la faute du peuple russe. Au peuple russe, le pardon est accordé».
C’est évidemment pour le peuple russe au premier chef, que le Tsar revêt une grande signification. Toutefois, son rang de Tsar Orthodoxe retenant l’apparition de l’antichrist, et particulièrement sa qualité de martyr orthodoxe, lui confèrent un sens profond pour tous les fidèles orthodoxes.
Le peuple serbe aimait le Tsar russe de tout son cœur. Le 30 mars 1930, un télégramme fut publié dans les journaux de Serbie, selon lequel la population orthodoxe de la ville de Leskovats avait adressé une supplique au Saint Synode de l’Église Orthodoxe de Serbie requérant l’examen de la question de l’accueil officiel du défunt Tsar Nicolas II parmi le chœur des saints, car il avait non seulement été le dirigeant au cœur pur et humain du peuple russe, mais il avait, en outre, par sa fin en martyr, acquis la gloire spirituelle.
En 1925 déjà, la presse serbe avait publié la description de ce qui était arrivé à une serbe âgée qui avait perdu deux fils lors de la guerre, et qui considérait comme mort le troisième dont elle était sans nouvelles depuis des années. Un jour, après avoir prié pour tous les morts de la guerre qui venait de se terminer, la pauvre vielle s’endormit. En songe, elle vit l’Empereur Nicolas II qui lui dit que son troisième fils était vivant, qu’il se trouvait en Russie, là où il avait combattu pour la cause slave avec ses deux frères tombés au champ d’honneur. «Tu ne mourras pas sans avoir revu ton fils», lui dit le Tsar de Russie. Peu de temps après ce rêve, la vieille reçu des nouvelles selon lesquelles son fils était vivant, et quelques mois plus tard, elle eut la joie de le serrer en ses bras, sain et sauf, revenu de Russie.
En août 1927, les journaux de Belgrade annoncèrent que le peintre et académicien russe S.F. Kolesnikov était invité à venir peindre les fresques de la nouvelle église dans l’antique monastère serbe de Saint Naum, sur le Lac d’Ochrid. Le peintre russe avait reçu toute liberté dans son développement créatif d’ornement des murs et de l’intérieur de la coupole. L’artiste avait imaginé peindre sur les murs une quinzaine de saints disposés à l’intérieur d’oves. Les quatorze premiers furent hardiment exécutés, mais l’espace destiné au quinzième demeura vide, longtemps. Une sensation inexplicable poussait le peintre Kolesnikov à procrastiner. Un jour, juste avant le crépuscule, il entra dans l’église. En bas, tout était pénombre. Seule la coupole laissait encore passer les rayons du soleil couchant. L’ambiance dans l’église était particulière, éthérique. A cet instant, l’artiste vit que l’ove resté vide s’animait; comme à travers la vitre d’une fenêtre, l’air affligé, l’Empereur Nicolas II semblait l’observer. Surpris par l’apparition miraculeuse du Souverain Martyr russe assassiné, le peintre demeura figé de stupéfaction. Ensuite, comme l’écrivit lui-même Kolesnikov, sous l’influence d’une pieuse impulsion, il plaça une échelle contre l’ove, et sans tracer le contour du personnage au fusain, il commença à poser la couleur directement au pinceau. Cette nuit-là, Kolesnikov ne put dormir. Il revint à l’église dès l’aurore, et dès que les premiers rayons du soleil touchèrent le haut de l’échelle, il se remit à l’œuvre plus fiévreusement que jamais. Comme il l’écrivit lui-même: «Je peignais sans photo. J’avais jadis vu le défunt Souverain à plusieurs reprises, et son image était imprimée dans ma mémoire. Quand j’eus terminé mon travail, j’ajoutai en dessous une inscription: «Le Tsar de toutes les Russies, Nicolas II, qui reçut la couronne du martyre pour le bien-être et le bonheur des Slaves».
Bientôt, le monastère reçut la visite du Général Rostitch, commandant la division militaire du District de Bitola. Quand il visita l’église, il observa longuement le personnage du défunt Souverain, tel que l’avait peint Kolesnikov, et il dit, les joues baignées de larmes: «Pour nous, les Serbes, il est et restera le plus grand et le plus vénéré de tous les saints».
L’apparition du Tsar-Martyr est en soi une source d’inspiration pour tous les Chrétiens Orthodoxes. Mais il ne s’agit que d’une partie de la dimension orthodoxe du Tsar Nicolas II. Ses dispositions personnelles chrétiennes et pieuses, et son rôle actif de Tsar, contribuant à une véritable renaissance de l’Orthodoxie, font de lui le dernier, et l’un des plus grands représentant de la tradition de la monarchie orthodoxe, dont l’effacement (dont nous sommes nous-mêmes les témoins) inaugure dans le monde le siècle de l’iniquité.
O, Saint Tsar-Martyr Nicolas, prie Dieu pour nous!
Traduit du russe
Sources : 1, 2

Le Saint Tsar Nicolas II. Avril 1918, dernière Fête Pascale

Le Saint Tsar Nicolas II
Les extraits ci-dessous sont empruntés directement aux pages 196, 197, 198 de la traduction française du 'Journal' que rédigeait le Saint Tsar Nicolas II, et intitulée «Journal intime de Nicolas II (Juillet 1914-Juillet 1918)» publiée par les éditions Payot, à Paris, en 1934. (Traduction de M. Bénouville et A. Kaznakov. P.). Ce fut la dernière Grande et Sainte Semaine, la dernière Fête de Pâques, vécues sur cette terre par le Saint Tsar et sa famille, malheureusement scindée en ces instants. Le Tsar, l'Impératrice et la Grande Duchesse Maria étaient détenus par les bolcheviques dans la maison de l'ingénieur Ipatiev, à Ekaterinbourg. Ils avaient été auparavant séparés de quatre de leurs enfants, les Grandes Duchesses Olga, Tatiana, Anastasia et le Tsarévitch Alexis, demeurés dans leur lieu de captivité précédent, à Tobolsk, du fait de l'impossibilité de transporter le Tsarevitch perclus de douleur dans une crise aiguë, des suites de son hémophilie. Les trois filles durent rester auprès de leur frère, en compagnie de quelques derniers proches de la Famille Impériale, dont Pierre Gilliard (1879-1962), le précepteur suisse du Tsarévitch. Les membres de la famille au complet seront de nouveau réunis peu de temps après, à Ekaterinbourg, avant d'être bestialement assassinés en juillet 1918.

18 avril. Mercredi.
Nous avons merveilleusement dormi. A 9 heures, avons pris le thé. Alix est restée au lit pour se reposer des fatigues et des émotions de ces jours derniers.
Avons entendu le cortège passer en musique à l’occasion du 1er mai. Aujourd’hui, on ne nous a pas laissés sortir dans le jardin. J’ai voulu prendre un bon bain, mais les conduites d’eau ne fonctionnaient pas et il était impossible d’aller chercher de l’eau dans un tonneau. C’est ennuyant car je souffre de ne pas être propre. Le temps était superbe:soleil éblouissant et 15° à l’ombre. Pris l’air par un vasistas.

19 avril. Jeudi Saint.

Une des dernières photos de la Sainte Famille Impériale

Le temps a été beau, mais avec du vent et des nuages de poussière. Le soleil brûlait à travers les vitres. Le matin, lu à Alix «La sagesse et la destinée» de Maeterlinck. Ensuite, continué la lecture de la Bible. On n’a apporté le déjeuner qu’à deux heures. Après le repas, tous, sauf Alix, ont profité de la permission de sortir une heure dans le jardin. Le temps s’était rafraîchi et il est même tombé quelques gouttes d’eau. Il faisait bon respirer. En entendant sonner les cloches, j’ai été pris de tristesse à l’idée que c’était la Semaine Sainte, que nous sommes dans l’impossibilité d’assister à ces merveilleux offices et qu’en outre, nous ne pouvons même pas faire maigre. Avant le thé, j’ai eu le bonheur de me laver à fond dans la baignoire.
Avons dîné à 9 heures. Le soir, tous les habitants des quatre pièces se sont réunis dans le salon, où Botkine et moi avons lu à tour de rôle les douze évangiles. Ensuite, nous nous sommes couchés.

20 avril. Vendredi Saint.
A notre réveil, il faisait sensiblement plus froid. Au lieu de pluie, il est tombé de la neige qui fondait aussitôt. Le soleil s’est montré par instants. Je ne sais pourquoi, voilà deux jours et deux nuits que la garde n’est pas relevée. Maintenant les soldats sont installés au rez-de-chaussée. C’est bien plus commode pour nous, car nous ne devons plus passer devant eux pour aller aux W.C. ou à la salle de bain et nous n’auront plus cette odeur de tabac de troupe dans la salle à manger.
Nous avons déjeuné avec beaucoup de retard (à 3h.30) à cause de l’afflux des provisions pour les fêtes. Ensuite, je me suis promené une demi-heure avec Marie et Botkine. Nous avons pris le thé à 6 heures. Le matin et le soir, comme les jours précédents. J’ai lu à haute voix les saints évangiles dans notre chambre. Des allusions peu claires de ceux qui nous entourent nous donnent à penser que ce pauvre Valia n’est pas en liberté et qu’il sera soumis à une enquête, après laquelle on le libérera. Il est absolument impossible d’entrer en communication avec lui, de quelque façon que ce soit, malgré tous les efforts de Botkine. Nous avons très bien soupé à 9h.30.

21 avril. Samedi Saint.
Nous nous sommes levés assez tard. Journée grise, froide, avec bourrasques de neige. Toute la matinée, j’ai lu à haute voix, écrit quelques lignes dans les lettres qu’Alix et Marie envoient à nos enfants et dessiné le plan de cette maison. Avons déjeuné à 1h.30. Nous nous sommes promenés 20 minutes. Sur la demande de Botkine, on nous a accordé l’autorisation de faire venir un prêtre et un diacre. A 8 heures, ils ont dit l’office de Pâques, rapidement et bien. Cela a été une grande consolation de prier, même dans ces conditions, et d’entendre Christ est ressuscité. Oukraïntsev, adjoint du commandant, et les soldats de garde assistaient au service. Ensuite, nous avons dîné et nous sommes couchés de bonne heure.

22 avril. Pâques.
Toute la soirée et une partie de la nuit, nous avons entendu les détonations des feux d’artifice qui ont été allumés dans plusieurs quartiers. L’après-midi, il a fait environ 3° au-dessous et un ciel gris. Le matin, nous avons échangé le baiser pascal entre nous et, en buvant le thé, nous avons mangé du «Koulitch» et des œufs rouges; nous n’avons pas pu nous procurer de «gâteau de Pâques».
Avons déjeuné et dîné aux heures habituelles. Nous nous sommes promenés une demi-heure. Le soir, avons causé longtemps avec Oukraïntsev chez Botkine.

23 avril. Lundi.

La Sainte Famille Impériale devant la Maison Ipatiev où elle mourut en martyre en Juillet 1918

Nous nous sommes levés tard par une matinée grise et glacée. Pour la seconde fois, nous passons enfermés la fête de ma chère Alix, mais, cette fois, toute la famille n’est pas réunie. Par le commandant, nous avons appris qu’il y a cinq jours, Alexis sortait déjà. Dieu soit loué. Nous nous sommes promenés par le soleil et par le grésil. La température s’est tenue entre 3° et 4° au-dessous. Avant le dîner, nous avons voulu faire du feu dans la cheminée de la salle à manger, mais le vent rabattait tellement la fumée qu’il a fallu éteindre le feu et il a fait frais dans les chambres.

Saint Luc de Crimée : Homélie sur la Passion

agios-louka-st-lukaInnombrables sont les miracles accomplis par l’intercession du Saint Archevêque et Confesseur de la Foi Luc de Crimée. Saint Luc a illuminé la Terre de Russie et il illumine aujourd’hui le monde entier. Puisse-t-il nous accompagner dans la joie sur notre chemin vers le Christ et nous donner la force de porter notre croix. Afin de nous y aider le Saint homme a prononcé ses homélies et écrit ses textes. Ce site propose la traduction d’homélies et de textes de Saint Luc, à notre connaissance inédits en langue française. L’homélie ci-dessous a été prononcée le 25 mars 1951. Elle est intégrée dans le recueil intitulé «Tome 1» des Homélies de Saint Luc, où elle porte le titre : Homélie sur la Passion, dixième.

Notre Seigneur Jésus Christ, le Sauveur du Monde fut victime de coups déjà au Jardin de Gethsémani ; Il y fut frappé sur les joues, bousculé, et on L’emmena sous les coups jusqu’à Jérusalem. Voilà comment ils commencèrent à s’acharner sur Celui qui sauva le monde. Lire la Suite

Geronda Joseph de Vatopedi: «Non, fils, où es-tu allé chercher cela?»

Ce texte est la traduction française d’un long entretien avec Geronda Joseph de Vatopedi, fils spirituel du saint Geronda Joseph l’Hésychaste, et père spirituel de la Communauté de Vatopedi, accordé à des pèlerins et enregistré en juillet 1987, et ensuite publié dans les pages anglaises du site Pemptousia (lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi) le 14 décembre 2016. Geronda Joseph y parle du pourquoi et du comment de la Création, de la Trinité, du Verbe de Dieu, de la télépathie, de la femme.

Pourquoi ne pouvons-nous suivre de notre propre chef la voie du sacrifice, alors que le Christ le fit?
Geronda: Il le fit de Son propre chef parce qu’Il était réellement Dieu, le Verbe incarné de Dieu. La personne que nous voyons, c’est l’homme Jésus. Mais l’homme Jésus avait aussi en Lui Jésus le Verbe et Dieu. Étant à la fois Dieu et homme, la grâce divine résidait en Lui. Celui Qui est le Seigneur de Vie est l’un d’entre nous, Il est la tête de notre corps. Nous sommes revêtus de Lui. Tous ceux qui ont été baptisés en Christ ont été revêtus de Lui. Nous avons été ‘habillés’ en Lui par le baptême et nous le portons en recevant chaque jour les Saints Mystères. Il partage le même corps et le même sang que nous. Il n’est pas quelque part ailleurs, loin, ce qui nous obligerait à l’appeler pour qu’Il se mette en route et vienne à nous. Il est déjà en nous. Nous invoquons l’aide de Sa grâce: «Nous pouvons surmonter toute chose en Christ car Il nous donne la force de le faire», comme nous dit Saint Paul. Mais je dirais qu’il s’agit là d’un fondement. C’est une base et satan va essayer de vous menacer dans les moments difficiles. Ne vous découragez pas, car toutes ses menaces sont vaines. «Celui Qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde». Lire la Suite