Trois dates, dont le 1er novembre, pour célébrer la mémoire de Saint Jean de Kronstadt.

L’original russe du texte ci-dessous est paru le 15 juin 2010 sur le site «ruskline.ru», sous le titre: «Nous avons été témoins de la création d’une nouvelle fête», rédigé par l’Archiprêtre Père Guennadi (Belovolov), au sujet des jours de l’année où l’on commémore le Saint et Juste Jean de Kronstadt. L’auteur a déjà été présenté à plusieurs reprises sur ce blog.

Hier, notre Église toute entière célébra une fête nouvelle: un jour où est commémoré notre Saint et Juste Père Jean de Kronstadt. Bien que les fidèles aient toujours marqué ce jour d’une pierre blanche du souvenir, l’an dernier il fut décidé de le fêter officiellement à Kronstadt, mais c’est cette année seulement qu’il fut intégré au calendrier. Célébré seulement dans les paroisses dédiées à Saint Jean de Kronstadt, le Monastère Saint Jean, le Podvorié de Leouchino, et à Kronstadt même, ce jour est devenu maintenant l’objet d’une célébration sur tout le territoire de la Russie, un jour commémoré par l’Église russe toute entière. Je pense qu’hier, dans de nombreuses églises liées au nom de Saint Jean de Kronstadt, et dans celles où est vénérée la mémoire du bon Batiouchka, une Liturgie fut célébrée. De cette façon, hier, nous sommes devenus témoins d’une nouvelle fête du calendrier ecclésiastique.
Involontairement, je me suis dit que c’était la première fois que nous célébrions ce jour, mais enfin, beaucoup d’autres fêtes ont, elles aussi, connu le premier jour de célébration, avant lequel elles n’existaient pas. Elles furent intégrées au calendrier de l’Église et devinrent par la suite partie intégrante de notre conscience ecclésiastique. Un jour, on célébra pour la première fois la fête du Saint Évêque Nicolas le thaumaturge, la fête du Saint Mégalomartyr Georges, et avant la révolution, nous savons avec quelle solennité fut célébrée la mémoire de Saint Seraphim de Sarov.
Pour nous, il ne fait aucun doute que la journée d’hier fut historique. Je pense que tous ceux et celles qui étaient dans l’église pour participer à la célébration consacrée au Père Jean de Kronstadt conserveront le souvenir de ce jour. D’autant plus qu’hier, nous célébrions le vingtième anniversaire de la glorification de Jean de Kronstadt. Ce jour, le premier (14) juin, est celui de la glorification du Pasteur de toute la Russie, depuis que, en 1990, peu de temps après son intronisation, la première démarche du nouveau Patriarche Alexis II fut de célébrer le rite de la glorification du Pasteur de Kronstadt au Monastère Saint Jean sur la rive de la Karpovka.
Je faisais alors partie des laïcs qui furent témoins de cet événement. Hier, pendant la célébration, je me suis souvenu à plusieurs reprises du tableau des deux rives de la Karpovka qui étaient bondées de monde à l’occasion de cette solennité, célébrée alors en plein air. A cette époque, c’était rare, le rite de glorification ne se célébrait pas même dans l’église, mais auprès du nouveau saint, à côté des reliques, devant la fenêtre de la crypte où reposaient les reliques du saint. Mais sans aucun doute, le rite tel qu’il fut accompli, exprimait l’esprit de ce pasteur du peuple, qui sans cesse allait et venait au sein de celui-ci. Et lors de sa glorification, c’est comme s’il était une fois encore sorti sur la rue, sur les rives de la Karpovka, vers le peuple. C’était symbolique.
Avec la journée d’hier, nous disposons d’un jour en plus où nous pouvons exprimer notre vénération envers Saint Jean de Kronstadt et déverser nos prières à ce saint pasteur. Et nous avons maintenant trois fêtes.

St Jean de Kronstadt

La première fut instituée par l’ErhF en 1964, glorifiant le Père Jean de Kronstadt, à l’initiative de Jean de Shanghai, le premier novembre selon le nouveau calendrier, assimilant le jour de sa glorification avec celui de sa naissance et de sa fête onomastique (le 19 octobre selon l’ancien calendrier). Ce jour était celui de sa glorification hors frontières. Le deuxième jour, celui de son décès, le 20 décembre (2 janvier), fut institué à juste titre comme celui de sa glorification, voici vingt ans. La journée d’hier fut, en fait, le troisième jour de fête du Père Jean de Kronstadt.
Cela signifie que c’est le Seigneur Lui-même qui glorifie celui qui Lui a plu, ajoutant un jour de plus à ceux qui lui sont déjà dédiés. Si l’on examine le calendrier ecclésiastique, nous voyons que les grands saints sont fêtés à plusieurs reprises. Saint Nicolas le Thaumaturge est fêté le jour de son décès, en décembre, et le jour de l’invention de ses reliques, en mai, et dans l’Église grecque, on fête la naissance de Saint Nicolas le 11 août. La plénitude de la gloire du Père Jean de Kronstadt se manifeste maintenant à travers ces trois jours de fête.
Je suis convaincu de ce que notre troisième jour de fête sera vénéré et aimé car il est aisé et agréable à célébrer. C’est l’été, tout reverdit, la nature s’exprime en ses parfums. Il est facile de partir en procession, de venir à Kronstadt, ou au Monastère Saint Jean. Hier, j’ai célébré dans l’église Saint Jean de Kronstadt, située à une bonne distance de Saint-Pétersbourg, dans la localité de Podborovié. C’est une des paroisses les plus éloignées de notre éparchie, mais c’est dans cette localité précisément que fut construite la première église de Saint Jean de Kronstadt dans notre éparchie. C’est là qu’en 1995 fut construite l’église en bois, consacrée en 1997. C’est ma paroisse lointaine, que j’aime beaucoup, et où je prie avec tant de facilité! Elle fut construite sur le modèle d’une chapelle qui existait au pays natal du Père Jean, au village de Soura. Celle-ci était consacrée à Sainte Parascève, et lorsque nous construisîmes l’église à Podborovié, nous avions photographié la chapelle de Soura et montré les photos à l’architecte auquel nous avons demandé de conserver au maximum la forme, tout en augmentant deux ou trois fois sa taille, pour qu’elle fût une église à part entière. De cette façon nous avons créé un lien entre notre église et la première chapelle ou Jean de Kronstadt pria dans son pays natal. Les paroissiens de notre église l’appellent le «petit Soura». Et nous y avons célébré hier la première fête. Le nombre de participants était étonnement élevé. Une sorte de joie pascale régnait parmi les paroissiens pendant la célébration. Au cours de l’homélie, j’ai rappelé que Batiouchka entend toujours et écoute nos faibles prières, et je pense qu’il n’est pas une seule prière adressée au Père Jean qu’il n’écoute pas et ne dépose pas au pied du Trône de Dieu. C’était un jour de gloire pour notre cher Batiouchka Jean de Kronstadt.

Saint Batiouchka Jean de Kronstadt, prie Dieu pour nous!

Traduit du russe.
Source

Higoumène Gregorios de Docheiariou. Le temps des confesseurs.

La conversation spirituelle ci-dessous fut tenue entre son Éminence le Métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine, Onuphre, et l’higoumène du Monastère de Dochiariou, l’Archimandrite Gregorios (Zoumis) le 3 novembre 2017, pendant le traditionnel pèlerinage annuel du représentant de l’Église Orthodoxe d’Ukraine à la Sainte Montagne. Il fut mis en ligne le 05 novembre 2017 sur le site Agionoros.ru. Le 22 octobre 2018, Geronda Gregorios s’en est allé dans le sein d’Abraham. Éternelle Mémoire!

Geronda Grigorios et Vladika Onufre d’Ukraine (Photo: Russki Afon)

Son Éminence a remercié Geronda Gregorios et sa fraternité pour l’esprit d’amour dont est pénétré Dochiariou, et leur demanda de renforcer leurs prières pour l’Ukraine et son peuple aimé de Dieu. Lire la Suite

Kiev, ligne de front. Prier en attendant la persécution.

L’article ci-dessous, publié le 13 octobre 2018 sur le site Ruskline.ru est dû au Père Guennadi (Belovolov), le prêtre de la paroisse rurale de Somino, un petit village éloigné de 350 km de Saint-Pétersbourg. Il est également Directeur de l’Appartement-Mémorial de Saint Jean de Kronstadt, et fut l’acteur central de la restauration du Podvorié du Monastère de Leouchino à Saint-Pétersbourg. Homme de Dieu d’une activité débordante, il prend soin de la restauration d’anciennes église, de la construction de chapelles et d’oratoires dans les campagnes et forêts de sa paroisse. Docteur en littérature russe et spécialiste de Dostoïevski, il a rédigé de nombreux livres et brochures et participé à la réalisation d’une trilogie cinématographique sur Saint Seraphim de Vyritsa. Cette trilogie a remporté un prix dans un festival organisé à Kiev la semaine dernière et Batiouchka Guennadi en profite pour nous livrer son ressenti de la tension qui règne sur place. Lire la Suite

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 4

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la quatrième et  dernière partie. Les autres se trouvent ici.

La mission de l’Église consiste à enseigner à notre peuple les vertus divino-humaines que nous avons rappelées, et de tisser en son âme l’étoffe de toutes les qualités divines, car le commandement du Seigneur est : «Devenez saints comme Je suis saint» (1Pi.1,16). Les Chrétiens ont une responsabilité. En celle-ci s’intègre le sauvetage de son âme du monde du péché envahi par le mal. A l’athéisme cultivé et dissimulé, cannibalisme poli de la culture contemporaine, nous devons opposer les Christophores qui, par la douceur de l’Image selon laquelle ils furent créés et par l’imitation séculaire des amis du Christ, ont vaincu le monde. Et en vérité, la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi (1J.5,4).
Puisque le but divino-humain de l’Église est éternel et immuable, le moyen d’atteindre ce but est aussi immuable, illuminé par la lumière du Seigneur, qui est Le même, hier, aujourd’hui, et dans les siècles (Hb.13,8). Et c’est le moment de se rappeler de la différence entre les laïcs et les véritables moines chrétiens orthodoxes. Ce qui est du monde et de l’homme est limité et éphémère, alors que tout ce qui est en Christ est immuable et éternel. L’Orthodoxie, en tant qu’unique porteuse et protectrice de la parfaite et lumineuse Personne divino-humaine du Christ, est mise en œuvre exclusivement par des moyens divino-humains, les saintes vertus, et non par les moyens empruntés par les catholiques romains et les protestants, qui conviennent seulement au fier humaniste européen et absolument pas à l’humble Christ Divino-humain.
Posons-nous la question : «Avec quels moyens notre Seigneur Jésus Christ affronta-t-Il le prince des ténèbres quand, après Son baptême, Il se retira en haut de la montagne?» Notre Seigneur et Maître de notre salut, souhaitant nous enseigner à lutter contre le principe et les pouvoirs des ténèbres et contre le péché en général, fit, du jeûne et de la prière, de remarquables armes et moyens de lutte pour le combat invisible. Depuis lors, notre nature est devenue vainqueur du mal et de satan lui-même, car nos armes, comme le dit Saint Paul, «ne sont pas charnelles; mais elles sont puissantes, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses» (2Cor.10,4).
Toute l’histoire de notre Église Christophore et porteuse de l’Esprit regorge de héros, de saints ascètes, de héros de l’ascète, qui révélèrent en eux le visage du Christ et combattirent avec succès de multiples péchés et le diable lui-même. Ils furent puissant dans cette guerre et mirent en déroute des régiments d’ennemis, et ils reçurent la promesse et pénétrèrent en vainqueurs en leur intérieur le plus secret, au-delà du voile, où les avait précédés, pour ne plus en ressortir, Dieu le Verbe, notre Seigneur Jésus Christ, et devinrent des exemples d’ascèse et de vie juste.
Notre homme intérieur, créé à l’image de Dieu, tombe, se flétrit, se dessèche et petit à petit, se meurt de tout le mal et de tout le péché, de tout ce qui est démoniaque.
Pour échapper à cette influence et ne pas mourir en esprit, l’homme doit en permanence cultiver la foi de l’Évangile et préserver les vertus christophores, que le Seigneur Lui-même lui a remises :le jeûne et la prière. Ainsi, il fortifiera son âme, sa conscience et sa volonté, car «Tout est possible à celui qui croit»(Mc.9,23). Acquérons cette force divine toujours invincible dont parle Saint Paul : «Au reste, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante»(Eph.6,10). Si dans ce monde où réside le diable, quelqu’un veut devenir vainqueur, il doit aspirer à l’esprit du Christ, renforcer sa vie évangélique dans le Seigneur et dans la puissance de Ses muscles «fortifiés à tous égards par sa puissance glorieuse» (Col1,11), «en sorte que Christ habite dans vos cœurs par la foi»(Eph.3,17).
Le Mystère du Christ se dévoile dans l’esprit de l’homme seulement en l’Esprit Saint. C’est une immuable règle de la connaissance du Christ. Ce mystère éternel, très pur et très saint, l’Évangile du Christ et de Son Église fut atteint par le grandiose Apôtre Paul, et d’autres de ses compagnons d’ascèse et de lutte, dans des visions miraculeuses, afin de vous les dévoiler à tous «et de mettre en lumière quelle est la dispensation du mystère caché de tout temps en Dieu qui a créé toutes choses,» (Eph.3,9) par Jésus Christ, afin que nous sachions «quelle est la glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, à savoir: Christ en vous, l’espérance de la gloire»(Col,27).
Finalement, Saint Paul, ayant atteint l’esprit de Dieu, prédit : «Dieu nous ouvre une porte pour la parole, en sorte que je puisse annoncer le mystère de Christ, pour lequel je suis dans les chaînes» (Col.4,3). «Il n’a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ. Ce mystère, c’est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même promesse en Jésus-Christ, par l’Évangile, dont j’ai été fait ministre selon le don de la grâce de Dieu, qui m’a été accordée par l’efficacité de sa puissance». (Eph.3,5-7)
Traduit du russe.
Source.

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 3

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la troisième des quatre parties. Les autres se trouvent ici.

La tradition relative à la mission de l’Église a été transmise des fondateurs de l’Église, à travers les Apôtres, jusqu’à nous : planter et cultiver dans les âmes des gens la perception et la conscience de ce que chaque membre de l’Église est une personne éternelle, universelle, divino-humaine, et donc frère ou sœur de chaque être humain. Voilà l’objectif de l’Église et c’est le Christ qui l’y a introduit. Tout autre but ne vient pas du Christ, mais de notre ennemi.
Pour que notre Église locale soit synodale, il convient de mettre fidèlement en œuvre les méthodes inhérentes à la divino-humanité: les vertus et les labeurs divins. Comme les saints apôtres les utilisaient toujours, après les avoir reçus du Seigneur, et à leur suite, leurs héritiers, les grands héros christophores de l’ascèse. Leurs vertus divino-humaines étaient organiquement liées et interdépendantes; quand une vertu en engendrait une autre, elles se renforçaient mutuellement. Lorsque se manifestent les impulsions du vieil homme, modèle de l’homme terrestre, ces passions destructrices, les mauvais raisonnements, et les perversions, alors, les fidèles doivent opposer à ces commandements viciés du péché, la masse des vertus créées par l’image de l’homme céleste, ce modèle authentique dont nous sommes revêtus. La première de nos responsabilités, les responsabilités des êtres pareils à Dieu, est la foi en Christ, une foi sans retenue ni compromis. Si nous nous en tenons à cette foi avec l’abnégation qui l’accompagne, cela signifie que nous servons le Christ, nous Le vénérons, nous L’aimons pour tout ce qui arrive en notre vie. La vertu divino-humaine suivante, dans le contexte de nos obligations, est la prière et le jeûne. Cette vertu doit faire partie du mode de vie des Orthodoxes, de la vie dans toutes ses manifestations, pour devenir l’âme de son âme, car elle unit directement avec le Christ Sauveur, Qui le jura Lui-même : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais que le pécheur se détourne de sa voie et qu’il vive (Ez.33,11). Jeûne et prière doivent être accomplis non par chacun isolément, mais en l’Église; ils doivent s’accomplir en tous. Jeûne et prière, en effet, ne constituaient-ils pas l’exigence principale requise par Dieu de la part de nos ancêtres, lorsqu’Il les appelait au repentir ? Ne s’agissait-il pas là de manifestations actives du repentir? Ne furent-ils pas mis en œuvre en toutes les périodes de l’histoire par les héros de l’ascèse qui s’efforçaient de restaurer leur lien avec Dieu qu’ils servaient?
Une autre vertu conciliaire, sceau de la vérité chrétienne, est l’amour. Cette vertu divino-humaine est accessible en tous temps, à tous. Elle ne connaît ni frontière ni mesure, elle est plutôt une expiration d’une caractéristique divino-humaine, car Dieu Lui-même est et Se nomme amour, et même ‘tout-amour’. Il est pareil à la lumière du soleil qui se déverse sur tous sans discrimination. Le Dieu Très Bon prend soin de nous tous et nous fait tous bénéficier de Sa bonté, y compris les pécheurs, même s’Il préfère le juste, selon la loi de la similarité. Il convient de faire croître cet amour divino-humain dans notre nature ; il se distinguera de tout autre amour, de ce que nous nommons amour, de l’amour relatif, de l’amour égoïste et de l’amour du gain. L’amour du christ embrasse toujours tous, il est toujours désintéressé, toujours il donne, jamais il ne reçoit ni ne demande. Dans son hymne merveilleuse, Paul le Théophore chante les louanges de l’amour comme personne, car personne ne vécut l’expérience de cette vertu dans toute sa plénitude comme il le fit.
La douceur et l’humilité sont d’autres vertus divino-humaines. Seul un cœur doux peut calmer l’homme troublé et agité par l’inquiétude. Toute autre intervention serait surtout vaine. La douceur envers tous est une obligation pour chaque Chrétien, qui dans chacune de ses prières appelle de tout son cœur le Seigneur doux et humble. Selon nos Saints Pères, douceur et humilité ne sont pas seulement ces vertus par lesquelles nous chassons le mal qui s’y oppose, mais l’essence même de la responsabilité «christologique», c’est-à-dire qui découle de l’existence de l’Image Prototype, le Chef de notre salut, notre Père, pour autant que nous Lui attribuions un nom. Que signifierait le terme «chrétien», sinon que nous sommes héritiers du Christ et avons un seul Père ?

Photo:Pemptousia

Dès lors, si notre Père, comme Il Se confessa en toute simplicité, est doux et humble de cœur (Mat.11,29), nous devons revêtir ces mêmes traits, afin qu’on ne nous compte pas parmi les enfants illégitimes, mais parmi les fils (Heb.12,8). Rien de plus naturel pour le fils que d’être semblable au père. Par conséquence, le devoir du Chrétien consiste à être doux et humble de cœur, et non l’adoption d’une attitude extérieure.
En nous dévoilant Son caractère, Sa douceur et Son humilité de cœur, le Seigneur nous a promis que si nous Le suivons dans cette voie, nous trouverons la paix dans nos âmes (Mat.11.29), ce qui est tellement important et nécessaire en nos temps de troubles. Par Sa kénose, le Seigneur nous a montré le dernier niveau de l’humilité, qui était inaccessible et jamais n’aurait été concevable par une créature naturelle. Qui aujourd’hui se justifie en avouant ne pas être humble?
Ensuite, le niveau suivant de l’ascension vers les promesses divines est l’a retenue, la longanimité, qui supporte tout et pardonne tout. «J’ai attendu le Seigneur dans une vive attente, et il a fait attention à moi. Et il a exaucé mon oraison, et il m’a tiré du lac de misère et du bourbier fangeux; et il a établi mes pieds sur le roc, et il a dirigé mes pas».(PS. 39,1-3)1
Alors, l’homme endure le mal, ne répond pas au mal par le mal, magnanimement il pardonne la calomnie, la diffamation et même les blessures. Tout cela fait partie du Christ, «qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s’en remettait au Juste Juge»(1Pi.2,23). Futile, le monde n’endure rien, il ne supporte pas les gens christophores, ceux qui subissent avec patience. Il les dénigre, et les juge hypocrites, car il ne supporte pas de se voir inférieur à eux. (A suivre)
Traduit du russe
Source.

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 2

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la seconde des quatre parties. Les autres se trouvent ici.

L’Église est une.
Il n’est pas d’autre Église qu’une Église du Christ, dont elle est le Corps et le Christ ne S’en séparera jamais. L’unité du genre humain, jadis brisée par la chute et le péché, fut restaurée dans le Christ incarné. Au moyen du Corps du Christ, l’Église, un mode d’existence entièrement nouveau, fut introduit. La fonction principale de l’Église dans le monde est de rassembler les hommes et femmes dispersés et disséminés et de les réunir en une unité organique et vivante dans le Christ.
L’unité de l’Église est à la fois le début et la fin de son existence. C’est son fondement et son but, sa donnée originelle et son problème qui exige d’être résolu. L’unité d’esprit fut donnée dès l’origine, mais elle doit être préservée et prolongée par l’union du monde (cf.Eph.4,3) à travers d’incessants efforts de foi et d’amour dans le Christ, et dans la communion du Saint-Esprit.
La catholicité1 de l’Église est également une donnée. La catholicité du Corps est déjà prédéterminée par l’unité de son Chef et du Consolateur. La pleine catholicité induit une transfiguration complète de la vie humaine, qui se réalise au moyen d’efforts spirituels, à travers l’acquisition de l’amour et de l’abnégation.
Par le mystère de l’économie divine, Dieu le Verbe nous ouvrit la voie vers la Divinité Trine. Dans ce mystère divino-humain, dans lequel fut accomplie l’économie divine, tout vient à exister et à être «du Père, à travers le Fils, dans l’Esprit-Saint». Voilà la loi primordiale du corps divino-humain de l’Église, le but suprême tant de sa vie que de la vie de chacun de ses membres, et par conséquent, vie authentique et salut, sont la vie dans la Sainte Trinité, notre Dieu un. Cela fut incarné dans l’Église, Corps du Christ, par la crucifixion, la Résurrection et l’Ascension de notre Seigneur. Au moyen de sa grâce, le Seigneur transfigure l’homme ancien en homme nouveau, lui donne la force pour la vie nouvelle.

En s’incarnant, Dieu le Verbe prit un corps humain et accomplit tout le mystère de l’économie divine, ainsi que le salut du monde à travers ce corps et dans ce corps. L’Église devint Son corps, dans lequel s’accomplit en permanence le mystère du salut du monde, délivré du péché, de la mort et du diable. La promesse du Nouveau Testament consiste en un monde qui fut proclamé à tous, proches et lointains. Il s’agit encore et toujours de l’unique véritable promesse vivante faite aux témoins du Seigneur qui vécurent deux mille ans avant nous; elle est faite à ceux qui vivent aujourd’hui, et à tous les gens et tous les peuples de toutes les époques. De la sorte qu’à travers Jésus Christ, tous les hommes et toutes les femmes, même les juifs, même ceux qui ne connaissent pas Dieu, ont accès au Père dans un même esprit, dans la mesure où c’est uniquement par le Christ que l’on arrive au Père. Dès lors, le salut authentique, c’est la vie dans la Très Sainte Trinité.

Photo: Pemptousia.

Dans l’Église, tout ce qui est divino-humain est trine et à travers le Dieu-homme, tout ce qui appartient à l’Église conduit à la Divinité Trine. « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ Lui-même étant la pierre angulaire. En Lui tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En Lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit.»(Eph.2,19-22). La vie de l’Église est toujours collégiale, avec tous les saints (Eph.3,18). C’est pourquoi, dans tous ses efforts évangéliques et ses exploits ascétiques, l’homme prend appui sur les saints, sur leur aide, leur intercession, il est concitoyen des saints.
Le chemin vers l’unité divino-humaine de tous les hommes en Christ est tracé par l’Église, à travers les Saints Mystères, et les activités divino-humaines que sont les exploits ascétiques et les actes bons. Les héros de cette solennelle activité sont tous les saints moines qui au cours des siècles à travers leurs multiples podvigs ont complètement rejeté le vieil homme, corrompu par la séduction de la luxure, et revêtu l’homme nouveau, créé selon Dieu. La raison en est leur vie en Christ ; ils ont imité le Christ, dans la mesure où ils se sont approprié le modèle, l’image céleste, le regard fixé sur leur Maître, Jésus, Qui vécut la foi jusqu’à sa perfection. Au moyen de podvigs concrets dans les vertus divino-humaines, la foi, la prière, le jeûne, l’amour, la douceur, la miséricorde, la compassion, la charité, l’homme se fortifie dans l’unité, protège la sainteté, par sa pratique ; ensemble avec les autres membres de l’Église, Corps du Christ, il fait l’expérience de sa rencontre personnelle avec son Image Originelle, le Christ.
L’Église en tant qu’hypostase du Dieu-Homme, le Christ, est un organisme divino-humain, et pas une institution humaine. L’Église est indivisible comme la Personne de son Fondateur, comme Son Corps. C’est pourquoi nous répétons que la division de l’Église, organisme divino-humain insécable en petites organisations nationales, est une erreur immense. Et nous, les Athonites, en cette dernière heure, alors que les fondements de la vie sociale sont ébranlés, demandons à la hiérarchie de cesser de servir l’idée de nationalisme (car ce sont eux, nos pasteurs), et de devenir les militants authentiques de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique (A suivre)
Traduit du russe
Source.