Le Saint Tsar Nicolas II. Son activité ecclésiale. 5

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la cinquième partie.

Contrairement à l’opinion largement répandue, en particulier chez les étrangers, l’Empereur de Russie n’était ni le chef, ni le chef spirituel de l’Église Orthodoxe Russe locale, mais, en sa qualité de porteur du pouvoir suprême du plus grand empire orthodoxe, et Oint de Dieu, il portait également la sainte responsabilité de Défenseur et de Protecteur de l’Orthodoxie, et dès lors, il occupait dans le monde orthodoxe la place la plus élevée. Mais l’essentiel, c’était la grande mission universelle confiée par la Providence Divine à l’Empereur de Toutes les Russie. Les familiers de la Sainte Écriture connaissent les paroles du Saint Apôtre Paul dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens «Car le mystère de l’iniquité agit déjà; il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu (2Thes. 2,7)1 . Le terme ‘Katekhon’ qualifie ici le dirigeant du plus grand État chrétien; et à l’époque, c’est dans l’Empire Romain que vivaient ceux-ci. L’Église Orthodoxe Russe attribue, avec pertinence et raison, cette parole du Saint Apôtre au Tsar de Russie, héritier des empereurs chrétiens orthodoxes de Rome et de Constantinople, car il dirigeait la Troisième Rome, L’Empire Autocrate Orthodoxe. Il était un personnage sacré, successeur des porteurs de la force particulière de la Grâce de l’Esprit Saint, qui agissait à travers Lui et retenait la diffusion du mal. L’empereur Nicolas II était profondément imprégné de la conscience de cette mission religieuse et mystique qui Lui incombait.
Comme l’écrivit pertinemment l’Évêque Nathanaël: «Prétendre qu’en présence de l’Empire Orthodoxe, de la Russie Impériale, le déferlement effroyable du mal sur le monde entier, tel que nous l’observons aujourd’hui, cela n’a rien d’une affirmation arbitraire» (La Renaissance Russe, N°2, 1978, p.170). Et effectivement, Friedrich Engels, le plus proche collaborateur de Karl Marx, son associé et partenaire, écrivit au siècle dernier déjà: «Aucune révolution en Europe ni ailleurs dans le monde ne pourra arriver à la victoire finale tant qu’existera l’actuel État russe» (Karl Marx et le Mouvement révolutionnaire en Russie. Moscou 1933, p.15). Pareil témoignage de la part d’un des principaux fondateurs du communisme soviétique, cette forme sanglante d’athéisme moderne, ne peut être pris à la légère; il s’agit d’une preuve de l’interprétation correcte par notre Église des paroles prophétiques de l’Apôtre Paul concernant l’Empereur Russe, katekhon, rempart du bien contre l’augmentation du mal dans le monde.

 

Nous avons examiné par le détail l’activité ecclésiastique de l’Empereur Nicolas II et procédé à une longue excursion dans l’histoire de la Rus’ de Moscou, afin de mettre en lumière les motifs sous l’influence desquels le Souverain était prêt à accomplir un pas inédit dans l’histoire, et qui caractérise la puissance de sa volonté humaine et l’exceptionnelle grandeur de son âme.
De toutes les forces de son âme, l’empereur Nicolas II aspirait à remettre la Russie sur la voie originale salvatrice de la Sainte Rus’, de faire renaître ses idéaux, de reconstituer son monolithisme, de recréer et de renforcer l’unité qui existait jadis entre l’Église, le Tsar et le peuple, et qui était la fondement de sa puissance. Il comprit clairement les erreurs fatales du Grand Réformateur qui, aveuglé par les réussites du matérialisme occidental, plaça à l’image du modèle de l’Occident, le principe moral avant le principe spirituel. Il fallait faire effectuer un virage rapide et important au navire de la nation en direction des rives natales, s’éloignant de l’Occident qui avait abandonné la vraie foi chrétienne. Et pour cela, il fallait commencer par restaurer le patriarcat. Le Souverain s’était longuement intéressé à la question; il l’avait étudiée avec soin et avait identifié la manière idéale de la résoudre. Si l’affaire s’était limitée au simple changement du modèle de direction de l’Église, c’est-à-dire l’abolition du Synode et le transfert du pouvoir ecclésiastique suprême entre les mains d’un patriarche, cela n’aurait soulevé aucune difficulté. Mais la mise en œuvre d’une réforme à la dimension aussi importante que celle envisagée par le Souverain était une démarche d’une difficulté extrême. En effet, il s’agissait de la réforme de tout l’édifice de l’État sur base de principes spirituels, et la réussite du projet dépendrait entièrement de la réussite du choix du Patriarche. En effet, outre ses obligations directes en qualité de pasteur de l’Église, il serait également impliqué, avec les élites de la Terre de Russie, élus dans le Zemski Sobor, dans la conduite des affaires de l’État, comme c’était le cas jadis. Il va sans dire que la période de transition serait particulièrement sensible. Après y avoir réfléchi en profondeur, le Souverain prit une courageuse décision: si cela s’avérait agréable au Seigneur, il prendrait sur ses épaules ce joug pesant. Aucune difficulté inhérente à cette mission, ni encore l’obligation du lourd podvig monastique ne l’effrayèrent ni ne le firent reculer. Il n’existait aucun sacrifice auquel il ne fut prêt à consentir avec joie dans l’intérêt de son peuple et le pour le bien de la Patrie. Et il attendit patiemment le moment opportun pour déclarer qu’il était prêt à renoncer au service monarchique afin d’occuper le trône patriarcal. En mars 1905, le Souverain estima qu’il devait communiquer son intention aux membres du Saint Synode.

Dans son étonnant ouvrage «Sur les Berges de la Rivière de Dieu», rédigé pendant les années au cours desquelles il résida au Monastère d’Optino, l’écrivain reconnu, Serge Nilus,2 rapporte ce qui suit, au sujet de la tentative de l’Empereur Nicolas II de réaliser son rêve le plus secret: «C’était en ces jours où le cœur de la Russie était affectée par l’épreuve pénible du feu de la guerre contre le Japon. En ces temps de malheur, le Seigneur voulut, par les prières de Saint Seraphim, consoler les enfants fidèles de la Russie par le don d’un héritier au Trône Impérial, et le couple impérial, par un fils, le Tsarévitch, Grand Duc Alexis Nicolaïevitch. Le Souverain était âgé seulement de trente cinq ans et son épouse, la Souveraine, de trente deux ans, épanouis dans leur force, leur beauté et leur jeunesse. La catastrophe de la guerre, le début des désordres dans l’édifice de l’état, ébranlé par la fermentation secrète et parfois ouverte, de troubles intérieurs, tout cela chargeait le cœur du Tsar d’un fardeau de soucis et d’afflictions. Les temps étaient durs, mais la défaite de Tsushima était encore à venir. En ces jours, au Gouvernement, dans la presse, dans la société, les conversations tournaient autour de la nécessité de mettre à la tête de l’Église, veuve, un Patriarche de toutes les Russie. Les observateurs de la vie intérieure en Russie se remémorent sans doute l’agitation menée alors dans toutes les couches de la société éduquée en faveur de la restauration du patriarcat. J’avais dans le milieu ecclésiastique un ami, beaucoup plus jeune que moi, mais dont les douces dispositions chrétiennes vivantes en son cœur étaient proches des miennes. A cette époque, il était hiérodiacre et s’était retrouvé dans une académie de théologie vénérée où étudiaient les jeunes issus de familles aristocratiques aisées du Sud de la Russie sous la direction d’un Archevêque très populaire dans la Russie du Sud. Voici ce que j’entendis de la bouche de mon ami:

«Le Souverain Nicolas Alexandrovitch était, en ces jours-là, animé d’une humeur spirituelle élevée. Il était encore sous l’impression des célébrations grandioses de Sarov, et tout à la joie d’avoir reçu le don qui lui avait alors été promis : la naissance d’un fils, d’un héritier. Il faisait une tournée d’inspection de nos cantonnements militaires et répandait les remerciements pour leurs faits d’armes. C’était la période de clôture de la session d’hiver du Saint Synode, à laquelle participait notre Vladika. La session prit fin. Quand il en revint, il était plus sombre qu’une nuée d’orage. Connaissant son caractère, sachant combien il était impressionnable et excessif, nous, son entourage, nous prîmes soin de ne pas l’interroger sur les causes de son humeur sinistre, intimement convaincus qu’au bout d’un jour ou deux, il ne pourrait s’empêcher de s’en expliquer lui-même. Et c’est ce qui advint. Peu de temps après son retour de Pétersbourg, nous étions réunis autour de lui, assis, et nous causions, lorsqu’il aborda spontanément le sujet qui nous intéressait par dessus tout. Voici ce qu’il nous raconta :
– Quand notre session d’hiver fût clôturée, nous comptions, tous les membres du Synode, emmenés par le Métropolite Antoine (Vadkovski) de Saint-Pétersbourg, comme il est d’usage à la fin de chaque session, aller prendre congé du Souverain et lui transmettre notre bénédiction pour ses labeurs à venir, et nous trouvions unanimement opportun de lui suggérer, au cours de la conversation, de mettre à l’ordre du jour la question de la restauration du patriarcat en Russie. Quelle fut notre stupéfaction quand, lorsqu’il nous accueillit avec joie et douceur, le Souverain nous posa lui-même cette question, sous la forme suivante:

Icône Miraculeuse du Saint Tsar , par l’iconographe Tikhomirov

– Il me revient, dit-il, qu’en ces jours, nombreux sont ceux qui, entre vous, et dans la société, discutent de la restauration du patriarcat en Russie. Cette question a trouvé écho en mon cœur et m’intéresse extrêmement. J’y ai beaucoup réfléchi, je me suis familiarisé avec la littérature actuelle concernant ce sujet, avec l’histoire du patriarcat dans la Rus’ et de sa signification à l’époque des grands troubles de l’interrègne, et j’en ai conclu que les temps sont mûrs et la Russie, vivant de nouveaux jours de troubles, un patriarche est nécessaire tant pour l’Église que pour l’État. Je me demandais si vous, les membres du Synodes, accordiez autant d’intérêt que moi à cette question. Et si c’est le cas, quelle est votre opinion? Nous nous hâtâmes d’assurer au Souverain que notre opinion correspondait à tout ce qu’il venait d’exprimer devant nous.
– S’il en est ainsi, vous avez probablement identifié parmi vous un candidat au patriarcat? Nous fûmes troublés et répondîmes par le silence. Poursuivant le sujet et conscient de notre trouble, il dit:
– Et si moi, voyant que vous n’êtes pas encore parvenus à une décision ou si le choix vous pose des difficultés, si moi-même je vous en présentais un, que répondriez-vous?
– Et nous demandâmes au Souverain : Mais de qui s’agit-il ?
Ce candidat, répondit-il, c’est moi. En accord avec l’Impératrice, je céderai le Trône à mon fils et instituerai auprès de lui un Conseil de Régence composé de la Souveraine Impératrice et de mon frère Mikhaïl. Quant à moi, je recevrai la tonsure monastique et l’ordination sacerdotale, et je vous présenterai alors ma candidature au patriarcat. Ce que je viens de vous dire vous plaît-il ? Qu’en dites-vous ?
– C’était tellement inattendu, tellement éloigné de toutes nos suppositions, que nous ne trouvâmes rien à répondre… et gardâmes le silence. Après avoir attendu notre réponse pendant quelques instants, le Souverain nous adressa avec insistance un regard indigné. Il se tut, s’inclina vers nous et sortit. Nous restions silencieux, comme foudroyés, prêts à nous arracher les cheveux de n’avoir pu ni trouver ni exprimer une réponse digne. Nous aurions dû nous précipiter vers lui et nous prosterner devant la grandeur du podvig qu’il était prêt à mener pour le salut de la Russie, mais nous… nous sommes tus.
– Lorsque Vladika nous raconta cela, me dit mon jeune ami, on voyait vraiment qu’il était à deux doigts de s’arracher réellement les cheveux. Mais c’était trop tard et irrémédiable : le grand moment n’avait pas été compris, et il était parti pour toujours. Jérusalem, «tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée»(Lc.19,44). Depuis lors, plus aucun membre de l’organe dirigeant de l’Église n’eut accès au cœur du Tsar. Il continua à les recevoir, en fonction de l’étiquette propre à leur service, à leur octroyer les décorations selon leurs rangs respectifs, mais entre eux et son cœur, la voie était fermée par un mur infranchissable, et en son cœur, il n’y avait plus aucune foi en eux car le cœur du Tsar était en vérité entre les mains de Dieu et l’événement qui s’était déroulé avait indubitablement dévoilé que les hiérarques recherchaient dans le patriarcat un avantage personnel et non pas Dieu, et il laissa vide leur maison.
– Ceci fut montré par Dieu aux jours de leurs épreuves, et à la Russie, par le feu de la révolution.»3

De nombreuses années plus tard, le Souverain partagea son expérience et ses pensées au sujet de cette question avec deux de ses proches. L’un fut son fidèle Aide-de-Camp, l’Adjudant Général Cheremetiev.

Photo du Synode 1917-1918

Lors de la session du 22 mars, le Synode décida à l’unanimité de restaurer le patriarcat et de convoquer à Moscou un synode de toute les Russie, chargé d’élire le patriarche. Toutefois, la rapidité de cette décision se heurta à l’opposition de certains théologiens en vue, et suite à ce désaccord, le 1er mars, le Souverain apposa sur le rapport du Synode la résolution suivante : «J’admets qu’il n’est pas possible, compte tenu des temps perturbés que nous traversons, de réaliser une démarche de l’ampleur de la convocation d’un synode local, exigeant calme et délibération. Je me propose, lorsque sera venu le moment propice, comme il était d’usage jadis chez mes ancêtres Empereurs orthodoxes, d’ouvrir la procédure en convoquant un Synode de l’Église de Toutes les Russie, chargé d’examiner, du point de vue canonique, les éléments de cette procédure relevant de la foi et de la direction ecclésiastique». Mais dès la fin de cette année, le 27 décembre, il adressa un rescrit au Métropolite Antoine de Saint-Pétersbourg dans lequel il écrivait: «Je considère que le moment est tout à fait opportun à une certaine transformation de la structure de l’Église de notre Patrie… Je vous propose de déterminer la date de la convocation de ce Synode». Sur base de ce rescrit, on forma une Assemblée Pré-Synodale, chargée de la préparation de la convocation du Synode, et qui entama ses travaux sans retard. Cette Assemblée accomplit un travail extrêmement consistant et de grande valeur, qui réclama beaucoup de temps et de labeur. Mais la déclaration de la Première Guerre Mondiale empêcha la convocation du Synode pendant le règne de l’Empereur Nicolas II. Au lieu des circonstances sereines qu’avait requises le Souverain pour l’adoption d’une réforme de pareille importance, le Synode fut convoqué dans les circonstances les plus défavorables, pendant une guerre effroyable, après le renversement de la structure historique prévalant depuis des siècles en Russie, alors que le pays était saisi par la folie révolutionnaire, et les décisions les plus importantes prises sous le grondement des armes en ces premières journées de la guerre civile.
Traduit du russe.

 

 

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 4

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la quatrième partie.

Dans le deuxième rescrit, donné à l’occasion du centenaire de la Guerre Patriotique, le Souverain écrivit:«Voici un siècle, quand notre antique capitale, et avec elle tout la Sainte Rus’, vécut les heures de l’invasion de douze peuples, le clergé orthodoxe, endurant en même temps que tout le peuple russe les privations et les tribulations, redit un fier service à la Patrie. Il éveilla dans les cœurs du peuple et de la vaillante armée une foi ardente en Dieu, une dévotion sans réserve au Tsar et l’amour de l’église et de la Patrie. Humilié et outragé par les ennemis, le clergé, entourés par l’effroi de la mort, des incendies et de a dévastation, soutint le courage et une résistance sans faille pour la Sainte Rus’, réchauffant l’espoir de l’aide rapide et de l’intervention de Dieu. Elles demeureront pour l’éternité, les paroles inspirées qui prononça Sa Sainteté Augustin rencontrant à Moscou l’Empereur de heureuse mémoire, Alexandre le Béni: «Dieu est avec nous! Entendez, peuples, et repentez-vous, car Dieu est avec nous! La Puissance de Dieu est avec toi, Tsar!»
L’activité ecclésiastique de l’Empereur Nicolas II était très vaste et embrassait tous les aspects de la vie de l’Église. Pendant son règne, la Russie continua à embellir monastères et églises. La comparaison des statistiques disponibles en 1894 et en 1912 indique qu’au cours de ces dix-huit ans 211 nouveaux monastères, tant masculins que féminins, furent ouverts, ainsi que 7546 nouvelles églises, sans compter les nouvelles chapelles et maisons de prières. Parmi les nouveaux édifices, on ne peut passer sous silence la superbe église Feodorovski des Souverains, à Tsarskoe Selo. Elle fut érigée sur une étendue herbeuse choisie par le Souverain lui-même dans le parc, à proximité du Palais Alexandre, et sa construction fut achevée en 1912. En plus de l’église principale, à l’étage inférieur, l’édifice accueille une seconde église dédiée à Saint Seraphim le Thaumaturge de Sarov. L’église Feodorovski des Souverains, construite, sous la supervision attentive et au moyen de l’important financement personnel de leurs Altesses, se caractérisait par sa décoration intérieure exceptionnelle, et l’église inférieure se distinguait par sa collection impressionnante d’objets sacrés anciens. Elle fut détruite par le pouvoir communiste athée, au même titre que d’innombrables autres sanctuaires, mémoriaux historiques et objets sacrés orthodoxes de la Russie de jadis.
En outre, grâce aux dons généreux du Souverain, dix-sept nouvelles églises russes furent érigées dans de nombreuses villes d’Europe auxquelles leur beauté faisait honneur.
Suivant l’exemple de son père, l’Empereur Alexandre III, le Souverain Nicolas II accordait en matière ecclésiastique, un soin particulier à l’amélioration des conditions matérielles de vie du clergé et à la formation spirituelle de celui-ci. Sa Majesté ayant approuvé en 1892 l’avis du Conseil d’État relatif à l’octroi d’une allocation à tous les prêtres, sans exception, l’Empereur Alexandre III écrivit à l’Ober-procureur du Saint Synode, Konstantin P. Pobedonovtsev:«J’en rêvais depuis longtemps, c’était ma conviction profonde. Il était nécessaire de venir en aide et de veiller au bien-être des prêtres des campagnes, et maintenant, Gloire à Dieu, voilà qui est finalement fait. Mon grand-père, Nicolas Pavlovitch avait commencé le travail, dans les années quarante, et je l’ai continué». L’Empereur Nicolas II veilla à introduire d’autres mesures allant dans le même sens. Ainsi, par exemple, en 1902, il approuva un règlement concernant les pensions et primes forfaitaires des prêtres, diacres et chantres. Le Souverain indiqua en marge de sa signature:«Je suis convaincu de ce que dans nos éparchies, le clergé accomplira avec un zèle plus intense encore son service pastoral dans un véritable esprit chrétien».
L’Empereur Nicolas II accordait une attention tout aussi grande à l’amélioration de la formation spirituelle du clergé. Tout comme son père l’Empereur Alexandre III, il prit un soin particulier des écoles paroissiales, contre lesquelles la nouvelle Institution de l’État, la Douma, avait récemment mené campagne. Néanmoins, en 1913, la Russie comptait 37641 écoles de ces paroisses de l’Église, et le nombre des élèves qui y étaient instruits atteignait les deux millions. Dans ce domaine, le Souverain bénéficiait d’un collaborateur irremplaçable, son propre ancien professeur de théologie, Konstantin P. Pobedonovtsev, qui occupa pendant plus de vingt-cinq ans la fonction d’Ober-procureur du Saint Synode. Dans la longue lettre qu’il adressa à celui-ci en 1905 à l’occasion de la fin de son ministère d’Évêque de Volhynie, l’Évêque Antoine (Khrapovitski) écrivit entre autres:«L’instruction du peuple en union étroite avec l’Église commença en 1884, exclusivement grâce à vous, et votre soutien indéfectible jusqu’au dernier jour de votre service est une chose grande, sainte, éternelle, et vos mérites eu regard de l’Église, du Trône et de la société d’autant plus élevés, que dans cette affaire, vous étiez moralement quasi seul. Vous ne fûtes pas le continuateur d’une routine administrative, tel qu’aiment vous présenter les critiques pathétiques et médiocres. Que du contraire, vous avez élevé un mode de vie et des mœurs frustes, et vous avez entrepris ce qui était nécessaire à la Russie, mais inconnu de l’Administration avant que vous n’y œuvriez… Tout d’abord, l’affaire des écoles des paroisses de nos églises vous l’avez portée à bras le corps. Ensuite, vous vous êtes efforcé de rapprocher les écoles de théologie des besoins du peuple, de la vie de l’Église et certaines de vos démarches ont réussi à assainir de leur lumière l’esprit de l’Église et du peuple.» Les institutions de l’enseignement de la foi furent organisées en fonction du niveau d’enseignement:inférieur, moyen et supérieur, par conséquence, les instituions furent dénommées écoles de théologie, séminaires de théologie et académies de théologie. En 1913, à l’occasion du tricentenaire de la Maison Romanov, le Souverain souhaitait souligner l’importance de l’enseignement théologique supérieur et les académies de théologie furent qualifiées d’«impériales».
Homme d’une foi profonde et pratiquant celle-ci, le pieux Souverain promouvait et soutenait le développement des diverses formes d’art contribuant à l’ornementation artistique de l’intérieur des église ainsi qu’ à la beauté et la solennité des célébrations du culte. En cette matière il était épaulé par une collaboratrice de non moindre ferveur en la personne de la pieuse Impératrice Alexandra Feodorovna. Le Souverain compris le sens historique de la Rus’ d’antan dans le domaine ecclésiastique, et il entrepris d’en développer la mise en œuvre. Sa Majesté institua en 1901 le Comité de Tutelle d’Iconographie russe, et l’intérêt qu’il y porta alla croissant au fur et à mesure de son règne. En 1913 fut organisée à Moscou une exposition d’icônes anciennes à l’occasion du trois centième anniversaire de la Maison Romanov. P.P. Mouratov, l’un des plus grands connaisseurs en cette matière écrivit:«Il semble que cet intérêt atteignit son apogée au printemps 1914. Il ne fait en effet aucun doute que la religiosité du Souverain et de la Souveraine et leur intérêt marqué pour le lointain passé de la Russie, éveillé tout particulièrement par le jubilé de 1913, attira Leur sincère attention sur l’art pictural religieux de la Russie de jadis, qui trouva en Eux Ses protecteurs. Tout cela ne fait aucun doute». Pour sa part, Sergueï S. Oldenburg nota «L’Exposition Religieuse et Archéologique des Romanov, organisée en 1913 à Moscou, au Monastère du Miracle, ainsi que l’Exposition de l’Art Russe Ancien de l’Institut Archéologique Impérial offrirent la possibilité à de vastes cercles de la société russe de faire connaissance avec l’art russe du XIVe au XVIIe siècle, que le Souverain appréciait tant. La dimension artistique de l’iconographie russe rencontra pour la première fois l’estime qui lui était due».
Le Souverain connaissait à la perfection les règles du déroulement des offices, il connaissait, comprenait et aimait les chants liturgiques. Selon un commentaire du célèbre Chef de chœur P.A. Alexandrov, le règne tout entier de l’Empereur Nicolas II «peut être qualifié de dernière étape du parcours sinueux du chant liturgique russe. Cette étape est caractérisée par l’important développement artistique de la musique ecclésiastique, l’établissant sur sa voie nationale particulière». Durant le règne de l’Empereur Nicolas II, la cessation des persécutions des croyants du vieux rite élargit la possibilité d’étudier le chant liturgique russe ancien et ses éléments constituants, comme la notation en crochets, devenus maintenant accessible à un grand nombre de spécialistes. A l’issue d’un concert de chants liturgiques donné par le chœur du Saint Synode à Moscou en présence de Sa Majesté, le Souverain a affirmé que «le chœur avait atteint le plus haut niveau de perfection, à un point tel qu’il est difficile d’imaginer comment encore évoluer». (…)

Le dévouement de l’Empereur Nicolas II envers l’Église de Dieu s’étendait loin au-delà des frontières de la Russie. Dans maintes églises de Grèce, de Bulgarie, de Serbie, de Roumanie, du Monténégro, de Turquie, d’Égypte, de Syrie, de Libye, d’Abyssinie et de Palestine, on trouve encore l’un ou l’autre cadeau offert par le Tsar-Martyr. Des ensembles complets d’ornements liturgiques tissés d’argent, des icônes et des livres liturgiques furent adressés aux éparchies des Églises autocéphales de Serbie, de Grèce, de Bulgarie, du Monténégro, d’Antioche, de Constantinople, de Jérusalem, sans mentionner les largesses financières et les subsides en leur faveur. Lui, et lui seul, intervint dans le monde enter en défense de la foi et de l’Église orthodoxes et garantit la paix de l’Église dans le monde entier. En vérité, il fut le gardien tutélaire l’Église Orthodoxe Œcuménique. Et lui, lui seul, s’avança pour défendre les Chrétiens arméniens quand ils furent massacrés par les Turcs et quand ceux-ci opprimèrent et pourchassèrent les Slaves. Et il ouvrit largement les frontières de la Russie aux réfugiés fuyant ces pays. (A suivre)

Traduit du russe.

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 3

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la troisième partie.
Sainte Anna Kachinskaia

Le 12 juin 1909 on restaura officiellement la célébration de la mémoire de la Sainte Princesse Anna Kachinskaia (l’épouse du Prince Mikhaïl Iaroslavitch de Tver, mort en martyr à Orel le 22 novembre 1318 et arrière-petite-fille de Vsevolod le Grand Nid). On peut lire dans le rapport du 7 novembre 1908, contresigné par le Souverain, et relatif à la seconde glorification des reliques de la Sainte: «Pendant sa vie, elle fut un modèle d’épouse et de mère chrétienne, faisant preuve d’amour chrétien envers les pauvres et les affligés, manifestant une piété discrète et supportant avec courage d’innombrables épreuves». Le Souverain manifesta un vif intérêt et une participation active dans cette procédure. Voici quelques détails de cette histoire. L’invention des reliques de la Sainte Princesse Anna Kachinskaia se déroula le 28 juillet 1649. Le 12 juin 1650, les saintes reliques furent transférées en présence du Tsar Alexis Mikhaïlovitch dans la Cathédrale de l’Ascension de Kachine. Selon une disposition adoptée par le Patriarche Ioakhim, troisième successeur du Patriarche Nikon, le Synode de 1677-1678 mit un terme à la célébration de sa mémoire. Cette disposition fut adoptée parce que la disposition des doigts de la sainte était telle qu’elle effectuait à deux doigts et non à trois doigts le signe de la croix, ce qui était tout naturel puisque le signe à trois doigts avait été institué lors du Concile de 1656 sous le Patriarche Nikon. Avant cela, dans toute la Rus’, à la différence des autres Églises d’Orient, on se signait toujours à deux doigts. Mais alors, logiquement, il eut fallu que l’Église russe se privât alors de tous ses saints, qui avaient vécu avant cette funeste réforme menant à ce raskol qui, par la suite, provoqua des chocs importants et nocifs pour la vie de l’Église et de l’État de notre Patrie. Quoi qu’il en soit, cette erreur stupide, explicable par le seul fanatisme des réformateurs et l’échauffement des passions, fut corrigée environ 260 ans plus tard sous le règne de l’Empereur Nicolas II. La restauration solennelle de la célébration de la mémoire de Sainte Anna eut lieu à Kachine, dans le Cathédrale de la Dormition et dans le rite de l’edinoverié1 . Cet événement exerça une influence sur le rapprochement vers l’Orthodoxie de Croyants du Vieux Rite, car il élimina le reproche selon lequel l’Église Orthodoxe ne glorifiait pas les saints se signant à deux doigts.

Sainte Euphrosyne de Polotsk

Le 2 mai 1910, la vieille ville de Polotsk accueillit avec solennité et en présence de la Reine des Hellènes, Olga Konstantinovna, de son Auguste frère, le Grand Duc Konstantin Konstantinovitch, de la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna et de son Altesse le Prince Igor Konstantinovitch, les saintes reliques de la Sainte Euphrosyne de Polotsk, décédée en 1173 à Jérusalem et inhumée à Kiev. La procession quitta la mère des villes russes le 19 avril. Les saintes reliques furent embarquées et voyagèrent sur le cours du Dniepr entre Kiev et Orcha, et par voie terrestre entre Orcha et Vitebsk. Des milliers de gens du peuple tenant un cierge allumé à la main s’alignaient en rangs serrés de chaque côté du chemin emprunté par la procession. A Kiev et à Polotsk, le nombre de pèlerins atteignait les vingt mille. A cette occasion, le Souverain adressa le rescrit suivant au Métropolite Flavien de Kiev: «La Divine Providence lui attribua sa fonction dans le passé; que la Sainte Princesse demeure maintenant et pour les siècles une étoile scintillante accompagnant sur son chemin tout le peuple biélorusse, lui indiquant la vérité de l’Orthodoxie. En ce jour inoubliable de la translation de Ses saintes reliques, l’esprit de piété se manifesta au sein du peuple et appela une multitude à venir vénérer la Sainte. Que cela serve de leçon à ceux qui, attachés aux activités mondaines et à la confusion spirituelle, seraient prêts à quitter la voie salvatrice de la véritable foi orthodoxe». Ce rescrit fut largement diffusé et éveilla un écho vivant au sein de la population.

Saint Ioasaph de Belgorod

La glorification du Saint Évêque Ioasaph de Belgorod eut lieu le 4 septembre 1911, en présence de la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna et du Grand Duc Konstantin Konstantinovitch, entourés de 150.000 pèlerins. La Souveraine Impératrice Alexandra Feodorovna et la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna offrirent la châsse et les luminaires artistiques qui éclairaient celle-ci. Sur le rapport proposant la glorification précitée, soumis par l’Ober-Procureur du Saint Synode au Souverain, le 10 décembre 1910, celui-ci apposa l’inscription suivante: «Puisse l’intercession bienveillante du Saint Évêque Ioasaph augmenter la dévotion du Pouvoir de Russie à l’ancestrale Orthodoxie, pour le bien de tout le peuple russe. J’accepte la proposition du Saint Synode avec humilité sincère et totale empathie». Le Souverain Empereur vint vénérer les saintes reliques de Saint Ioasaph de Belgorod peu de temps après leur invention.
En 1911, la vénération par l’Église de Saint Euphrosyn du Lac Bleu fut rétablie. Pendant le règne de l’Empereur Nicolas II, ce fut le second cas, après celui de la Sainte Princesse Anna de Kachine, de la seconde glorification d’un saint malencontreusement exclu du Chœur de tous les Saints de Russie lors des réformes entreprises par le Patriarche Nikon au XVIIe siècle.
Le 17 février 1913, à Moscou, furent solennellement glorifiées les reliques du Saint Hiérarque Hermogène, Patriarche de Moscou et de toute la Russie. A cette occasion, le Souverain télégraphia à la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna: «Je te remercie de te trouver dans l’enceinte du Kremlin pour l’office à la mémoire du Patriarche Hermogène. Puisse son exemple illuminer les temps présents et à venir».
Le 28 juillet 1914, on procéda à la glorification des reliques du Saint Évêque Pitirim de Tambov. Et pendant la Grande Guerre, le 10 juin 1916, le Métropolite Macaire de Moscou célébra la glorification des reliques de Saint Ioann, Métropolite de Tobolsk et de Sibérie. En conclusion du rapport qui lui fut soumis, alors qu’il exerçait les fonctions de Commandant Suprême des Forces Armées russes, le Souverain indiqua: «J’accepte avec humilité la proposition présentée par le Saint Synode, avec un sentiment de joie d’autant plus grand que j’ai foi, en ces temps d’épreuve pour la Rus’ Orthodoxe, en l’intercession du Saint Évêque Ioann Maximovitch. (Le Saint Évêque Ioann Maximovitch provenait de la noble lignée Maximovitch, à laquelle appartint également l’Archevêque Ioann d’Amérique du Nord et de San Francisco et ancien Évêque de Shangaï, profondément vénéré hors frontières).
Un trait de caractère fondamental de l’Empereur Nicolas II, dans lequel il puisa la force de Sa volonté et de Sa spiritualité, fut l’essence religieuse de sa personne. Elle trouva sa claire expression dans les deux actes suivants. Le premier fut donné par le Souverain le 12 janvier 1909 à l’occasion de la fin de l’Archiprêtre de bienheureuse mémoire, le Père Ioann de Kronstadt, déjà considéré comme un saint alors qu’il vivait encore sur cette terre, non seulement par tout le peuple de l’Église russe, mais aussi hors frontières (Le Saint et Juste Père Jean de Kronstadt le Thaumaturge fut glorifié par l’Église Russe hors Frontières en 1964): «Il plut à l’insondable Providence Divine que s’éteigne le grand luminaire de l’Église du Christ, intercesseur de la Terre de Russie, pasteur vénéré par tout le peuple, le Juste Père Ioann de Kronstadt. Nous partageons de tout cœur la grande affliction du peuple, causée par la fin de ce pasteur tellement bienfaisant et qui débordait d’amour. C’est avec une émotion particulière que reviennent à notre mémoire les jours pénibles de la maladie précédant la mort de notre Père qui repose en Dieu, l’Empereur Alexandre III, lorsque le Tsar sentant venir ses derniers instants demanda la prière, en faveur du Tsar et de la Patrie, de l’intercesseur aimé du peuple. Aujourd’hui, ayant, comme Notre peuple, perdu notre intercesseur bien-aimé, Nous sommes pénétrés du souhait d’offrir une digne expression à l’affliction que tous ensemble nous ressentons, en la commémoration annuelle du jour du décès du Père Ioann. Cette année, ce jour correspondra avec la commémoration prévue le quarantième jour suivant celui de ce décès que nous déplorons avec tristesse. Étant selon Notre propre désir spirituel et par la force des Lois Fondamentales le premier gardien dans notre Patrie des intérêts et nécessités de l’Église du Christ, Nous, ainsi que tous les Fils aimants et fidèles de Celle-ci, attendons du Saint Synode qu’il prenne la tête de cette initiative, et apporte la lumière de la consolation dans cette tristesse du peuple, et donne naissance dans tous les temps à venir à une source vivante d’inspiration pour les futurs serviteurs et primats de l’Autel du Christ, dans le cadre de l’exploit spirituel de leurs activités pastorales». Non seulement le Père Jean de Kronstadt fut présent à la fin de la vie terrestre de l’Empereur Alexandre III, mais, suite à la demande expresse du Souverain Nicolas Alexandrovitch, il concélébra également Son mariage dans l’église du Palais d’Hiver le 14 novembre 1894, et Son couronnement dans la Cathédrale de la Dormition le 14 mai 1896. (A suivre)

Traduit du russe

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 2

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la seconde partie.
Sainte Princesse Olga Égale aux Apôtres

Toutefois, au neuvième siècle de son existence, après l’essor étincelant du XIVe au XVIe siècle, la croissance spirituelle de la Sainte Rus’ s’interrompit, avec la Période des Troubles. Nous retiendrons à ce propos l’observation pertinente de l’Évêque Nathanaïl, selon laquelle le signe le plus fiable de l’épanouissement spirituel ou, au contraire, de la chute spirituelle de la société, du peuple ou de l’État est la présence ou l’absence de saints pendant une période donnée de l’histoire. Cette remarque trouve une confirmation intéressante dans l’icône, rare, des «Saintes Femmes Russes» représentée parmi les fresques de l’église du Monastère, féminin, de la Théophanie, à Kostroma. Cette icône présente une procession de trente trois saintes femmes russes, emmenée par la Sainte Princesse Olga Égale aux Apôtres, et dont vingt-neuf appartiennent à la lignée des Riourikides. Toute l’histoire de la Rus’ de Kiev et de la Rus’ de Moscou est résumée dans cette icône, dont la procession est close par Sainte Xénia de Pétersbourg et la Sainte Princesse Anastasia (Dimitrievna). La dernière date mentionnée sur la fresque est 1604, année de la glorification de Sainte Juliane de Mouromsk, située à l’antépénultième place de la procession. Après une période de trois siècles d’essor spirituel qui produisit une abondance de saints dans le peuple de Russie, le XVIIe siècle s’avéra particulièrement pauvre en nouveaux saints. Aucun n’apparut pendant la seconde moitié de ce siècle. Survint ensuite la période des réformes néfastes et insensées de Pierre 1er, qui écrasèrent la Sainte Rus’. Mais il faut souligner que celle-ci fut détruite avec une telle facilité par Pierre car dès le début de la Période des Troubles, les cercles des élites moscovites avaient déjà abandonné leurs anciens idéaux. Néanmoins, il fut le premier à lever la main sur le «Saint des Saints» du peuple russe, le premier à ronger ses racines et à ébranler un ordre puissant, et vieux de huit siècles, dans lequel la Sainte Rus’ fut créée et prospéra. Il anéantit l’unité entre le souverain et le peuple, et jamais plus, on ne réussit à la rétablir. La richesse spirituelle nationale s’était accumulée au cours des siècles, alors que les succès matériels étaient atteints en peu de temps. En soumettant le progrès spirituel à la tendance au matérialisme et en ouvrant largement la porte à l’influence occidentale pernicieuse, le Tsar Pierre construisit un «géant aux pieds d’argile» qui s’effondra en moins de deux cents ans.
Pour l’Église, le chaotique XVIIIe siècle fut moins favorable encore. En 1721, un oukaze de Pierre 1er supprimait le patriarcat et instituait le Saint Synode Exécutif. Parmi toutes les Églises Orthodoxes autocéphales, l’Église Russe fut la seule Église Locale Orthodoxe à ne pas avoir à sa tête un hiérarque-primat. Les semences empoisonnées venues d’Occident commencèrent bientôt à germer en Terre de Russie. C’est là qu’il faut chercher les racines de la prédominance allemande dans les cercles dirigeants, l’apparition et la diffusion de l’influence maçonnique, du soulèvement du mouvement révolutionnaire décembriste, du nihilisme de la terreur et des autres calamités qui s’abattirent sur notre Patrie en ces derniers siècles.
Toutefois, au XIXe siècle, intervint dans la vie de l’Église Russe un notable assainissement que certains historiens qualifient même d’essor de la vie ecclésiastique en Russie. Au cours des quatre règnes des Tsars du XIXe siècle, sept saints furent glorifiés et on institua la célébration de l’Assemblée des Saints de Volhynie. Et cette heureuse reprise ne s’éteignit pas mais, au contraire, s’amplifia au cours des années qui suivirent. De 1896 à 1916, c’est-à-dire pendant vingt années du règne de l’Empereur Nicolas II, l’Église Orthodoxe Russe s’enrichit d’un nombre de nouveaux saints et de fêtes ecclésiastiques officielles plus important que pendant tout le XIXe siècle.

Saint Théodose de Tchernigov

Le premier à connaître la glorification, en 1896, fut le Saint Évêque Théodose de Tchernigov. En 1897 on institua la célébration de la mémoire du Saint Prêtre Martyr Isidore de Youriev et ses 72 compagnons, noyés par les latins, et au début du XXe siècle fut fixée la célébration de la mémoire, et la procession avec les saintes reliques, de Saint Job de Potchaev. L’an 1903 fut marqué par les célébrations solennelles à l’occasion de la glorification de Saint Seraphim le Thaumaturge de Sarov, rehaussées de la présence du Souverain et de la Famille Impériale, de l’Impératrice Douairière Maria Feodorovna et de nombreux autres membres de la famille impériale, des hiérarques, des prêtres et une foule gigantesque de pèlerins. Le Monastère de Sarov est niché dans l’épaisseur des forêts du Gouvernorat de Tambov, à une centaine de verstes de la ligne de chemin de fer la plus proche. C’est pourtant une foule de plus de trois cent mille hommes et femmes de tous les coins de la Russie qui y afflua, surtout des paysans, qui acclamèrent bruyamment le Tsar. La translation des saintes reliques de Saint Seraphim, de l’église des Saints Zosime et Sabbas à l’église principale de la Dormition de la Mère de Dieu, se déroula le 18 juillet, le deuxième jour de la célébration de la glorification. Le cercueil fut porté par le Souverain, le Grand duc Serge, et d’autres Grands-Ducs et membres du haut clergé. Le soir tombant, la procession avançait au milieu de rangs serrés de pèlerins tenant des cierges allumés. «En sortant de l’église, écrivit l’un des participants, nous nous sentîmes en vérité dans un autre temple. Le peuple qui bondait l’enceinte du monastère se tenait dans un pieux silence; chacun avait à la main un cierge allumé. Beaucoup s’étaient mis à genoux et priaient tournés vers l’église. Quand nous quittâmes l’enceinte du monastère, ce fut un tableau pareil, mais encore plus superbe, grandiose: la foule du peuple y était beaucoup plus grande encore, et tous tenaient aussi des cierges allumés, certains en tenaient tout un faisceau. Et il régnait un calme tel que pas une ondulation ne remuait les flammes des cierges. C’était, littéralement, un peuple de pèlerins. Des hymnes s’élevaient de différents endroits. Des groupes de pèlerins, de pèlerines psalmodiaient divers hymnes de l’Église. Comme on ne pouvait voir ceux qui chantaient, on aurait pu imaginer que le son des hymnes descendaient des cieux… Le milieu de la nuit était passé, et les chants ne diminuaient pas.»
Le troisième jour des célébrations, après la liturgie, l’Archevêque Dimitri de Kazan, commença son prêche: «Le monastère isolé propre à l’exploit ascétique s’est transformé en une ville surpeuplée. La silencieuse forêt de Sarov, toujours déserte, résonne d’émotions et de conversations, de mouvements et de bruits. Mais ce ne sont pas les bruits de l’agitation du monde… C’est un élan puissant, la manifestation irrésistible et saine de l’esprit de piété dont vit et que respire la Rus’ Orthodoxe».
Les célébrations de Sarov renforcèrent la foi du Souverain en son peuple. Il voyait autour de lui, toute proche, une foule innombrable, animée par des sentiments identiques aux siens, et lui exprimant solennellement sa fidélité. Il voyait les paysans, les hiérarques et les clercs, et la noblesse, et il ne pouvait lui sembler que les troubles qui l’avaient inquiété l’année précédente puissent être autre chose qu’un phénomène accessoire, extérieur, purement urbain, alors que le cœur de la Russie battait à l’unisson avec celui de son Souverain.

Le Saint Tsar Nicolas transportant les reliques de St Seraphim de Sarov

Les journées de Sarov produisirent une impression plus forte encore sur la Souveraine Impératrice Alexandra Feodorovna. Jamais elle n’avait vu chose pareille, jamais elle n’avait été témoin d’une foi aussi ardente et enflammée, jamais elle n’avait participé à une cérémonie ecclésiale et populaire d’une solennité aussi grandiose, jamais elle n’avait expérimenté et vécu un élan spirituel aussi élevé. Les explications et arguments qu’elle avait entendus de la bouche du Tsarévitch Nicolas Alexandrovitch alors qu’ils étaient fiancés devenaient réalité, ces arguments qui avaient balayé ses hésitations et emporté sa décision de changer de religion, de s’unir à la Sainte Orthodoxie. Ce monde spirituel avait pris forme devant elle. Le jour de la glorification de Saint Seraphim de Sarov, Tsar et Tsaritsa furent convaincus, par ce qu’ils virent, qu’ils formaient une unité insécable avec la foule du grand peuple russe, et que sur la voie de leurs aspirations communes de collaborer étroitement à la construction de l’État, surgissaient des perturbations, celles-ci étaient provoquées par des interférences suscitées par des éléments extérieurs. Dans le Désert de Sarov se dévoila concrètement devant eux le tableau de l’authentique Sainte Rus’ dans sa divine beauté spirituelle. (A suivre)

Traduit du russe.

Source

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 1

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il y reçut le titre se doyen du Séminaire, avec une charge administrative. Et il fut inhumé, ainsi que son épouse dans le cimetière du monastère. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions. Durant ces dix ans il fut frappé par une sévère maladie et écrivait à l'aide d'un dispositif spécial fixé à sa main recroquevillée, entouré par les prières, les conseils spirituels et les soins des moines. Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est le début du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg.

Parmi les immenses mérites qui reviennent à l’Empereur Nicolas II dans les différents domaines de la vie de l’État, ceux acquis par son activité dans la vie de l’Église prennent une dimension exceptionnelle. Si la révolution n’y avait mis un terme, son règne serait entré dans l’histoire de l’Église Orthodoxe russe, comme le plus lumineux depuis les temps de la Sainte Rus’ et aurait ainsi établi un lien entre la Russie du XXe siècle et la pieuse Sainte Rus’ de nos ancêtres. Et si les hommes de haut calibre, dignes de leur Tsar, l’Oint de Dieu, n’étaient devenus une denrée fort rare, comme nous le verrons plus bas, Nicolas II aurait été l’exemple inégalé d’un podvig monarchique d’une beauté spirituelle inusitée. Lire la Suite

Le Saint Tsar Nicolas II, Tsar inconnu. (3/3)

Le Saint Tsar Nicolas II
L'entretien ci-dessous avec l'Archiprêtre Valentin Asmus a été publié sur le site Pravoslavie.ru le 21 août 2000. Le sous-titre suivant lui a été attribué: La vision communément admise de la vie et de la personne de Nicolas II ne correspond absolument pas à la réalité. Cet entretien avec la journaliste Ludmila Boniouchkine fut tenu le lendemain du jour où l'Empereur Nicolas II et sa Famille furent officiellement accueillis dans le chœur des saints par le Patriarcat de Moscou. L'Archiprêtre Valentin Asmus fait autorité dans le domaine de l'histoire de la monarchie en Russie; il enseigne à L'Académie de Théologie de Moscou. Voici la traduction de la dernière partie de l'entretien.

L’activité politique de Nicolas II
Au début de son règne, Nicolas II déclara avec fermeté son attachement aux principes de l’Autocratie. Mais par la suite, il en vint à mettre en place une institution propre au pouvoir représentatif, institution qu’il dissolut à deux reprises. Comment après cela est-il encore possible de dire qu’il suivait une ligne politique claire?
Même si les ennemis de l’Autocratie affirment en raillant, qu’après le 17 octobre 1905, le titre d’Autocrate n’avait pas plus de sens que celui d’Héritier de Norvège (un des titres officiels du Souverain de Russie), le nouveau système politique que Nicolas II avait été obligé de créer, n’était pas un régime strictement «constitutionnel» car des éléments de l’Autocratie y coexistaient avec des éléments du parlementarisme. Fidèle à ses convictions politiques, Nicolas II aspirait à une collaboration et à une compréhension mutuelle avec la société avide de changements, et pour y parvenir, il était prêt à faire des concessions. Mais il convient d’évaluer ces concessions à leur juste valeur. Nicolas II adhérait par principe à l’Autocratie, et il continua à le faire après le manifeste du 17 octobre 1905, mais en même temps, il essayait de tendre une main réconciliatrice à ceux qui politiquement étaient en désaccord avec lui. Ainsi le Tsar considérait la Douma d’État comme un pont entre le pouvoir suprême et le peuple. Et ce n’est pas la faute du Tsar si la Douma se transforma en instrument destiné à renverser le pouvoir suprême, et par conséquent, à détruire l’État russe lui-même. Lire la Suite