Journal du Saint Tsar Nicolas II 13, 14 et 15 novembre 1894

Le Saint Tsar Nicolas II a tenu un journal depuis sa jeunesse jusqu’à la veille de son assassinat. Il s’agit d’un rapport très factuel et toujours bref des événements du jour, sans commentaire ni digression, sans considérations spirituelles, philosophiques ou politique, mais émaillé tout de même d’une série «d’états d’âmes». Ceux-ci sont particulièrement présents dans les extraits ci-dessous car ils couvrent la veille, le lendemain et le jour-même du mariage du Saint Tsar avec la Sainte Tsarine Alexandra. Une semaine auparavant, le 7 novembre, avait eu lieu l’inhumation d’Alexandre III, père de Nicolas II, décédé le 20 octobre à la résidence impériale de Livadia en Crimée, à l’âge de 49 ans. Les dates sont celles du calendrier julien. A la traduction du ‘journal’ est ajoutée, à titre de contrepoint, la traduction de l’extrait d’une lettre du Saint Tsar Nicolas II à son frère le Grand Duc Georges1 .

13 Novembre. Dimanche.
Pour moi, jour de repos – ni rapport à étudier, ni personne à recevoir. A 11 heures, je suis allé à la Liturgie, pour la première fois, dans notre douce petite église. Quelle tristesse, quelle peine de me tenir en cet ancien lieu, sachant qu’une place y demeurera vide à jamais. Les mots ne sont pas à même d’exprimer comme cela est dur et pénible pour ma chère Maman! Nous avons déjeuné comme toujours; moi, seul dans le cabinet de travail de Papa, les autres, à la salle à manger. Nous nous sommes baladés dans le parc et avons fait une promenade avec les vélos; le soleil s’est montré et le temps a refroidi. J’ai vu ma douce Alix lors du thé; je l’ai raccompagnée et nous nous sommes séparés vers 8 heures. Nous ne pouvons plus nous voir! Jusqu’au mariage. Il me semble que ce mariage est celui de quelqu’un d’autre. Il est étrange de penser à mes noces en pareilles circonstances! J’ai dîné et passé la soirée calmement, auprès de Maman.

14 novembre. Lundi.
Jour de mon mariage! Après avoir pris le café avec les autres, je suis allé me changer; j’ai revêtu l’uniforme des Hussards. A 11.30 h, je suis allé avec Micha2 au Palais d’Hiver. Tout le long de la perspective Nevski, les soldats montaient la garde pour le passage de Maman en compagnie d’Alix. Pendant qu’elle terminait sa toilette dans la Salle Malachite, nous attendîmes tous dans la Chambre Arabe. Dix minutes plus tard, les premiers entraient dans la grande église, dont je sortis en tant qu’homme marié! Mes témoins étaient Micha, Georgie, Cyrille et Serge. Dans la Salle Malachite, on nous amena un énorme cygne d’argent, cadeau de la famille. Lorsqu’elle fût prête, Alix prit place à mes côtés sur le char harnaché à la russe et mené par un postillon et nous avançâmes en direction de la Cathédrale de Kazan. Il fallut fendre la foule dans les rues; c’était à peine si on pouvait avancer! Quand nous somme arrivés au Palais Anitchkov, nous reçûmes les honneurs du Régiment des Uhlans de la Garde Impériale de l’Impératrice. Maman nous attendait dans nos chambres avec l’offrande de pain et de sel. Nous avons passé la soirée assis à répondre aux télégrammes et nous avons dîné vers 8h. On est allé se bâcher tôt, elle souffrait d’une très forte migraine.

15 novembre. Mardi.
Ainsi donc, je suis un homme marié! Personne, heureusement, ne nous a dérangés pendant la journée, passée à répondre tranquillement aux télégrammes! Après le café, Maman nous a rendu visite. L’aménagement des nouvelles chambres lui plaît. Ce que nous préférons, c’est de nous installer dans le coin. Nous avons déjeuné à une heure. Youri également (Il est officier de garde). Nous sommes allés à la forteresse3 , prier sur la tombe de mon cher et inoubliable Papa; le peuple y était présent en masse! J’ai fait du vélo dans les jardins. A 5h, la famille est arrivée chez nous, chargée de cadeaux pour mon Alix et ils sont restés pour le thé. Avec Ernie4 , nous avons dîné à trois. Ensuite je l’ai raccompagné, ainsi qu’Irène et Henri, à la gare. Ils partirent à 8h45. Le soir, nous nous assîmes à l’étage pour lire, jusqu’à 11 h, le courrier arrivé de l’étranger.

Lettre de l’Empereur Nicolas II à son frère puiné, le Grand Duc Georges Alexandrovitch :

Alexandre III

«Le jour de la noce fut un martyr affreux tant pour elle que pour moi. La pensée que notre cher, inoubliable et bien-aimé Papa n’était pas parmi nous, et que toi, tu étais seul et loin de la famille, ne m’a pas quitté de toute la cérémonie. J’ai dû faire appel à toutes mes forces pour ne pas éclater en sanglots devant tout le monde dans l’église. Maintenant, j’ai retrouvé un peu de calme. Une vie complètement nouvelle a commencé pour moi… Je ne puis suffisamment rendre grâce à Dieu pour le trésor qu’il m’a envoyé en la personne de mon épouse. Je connais un bonheur sans mesure avec Alix et je sens que nous vivrons dans ce bonheur partagé jusqu’à la fin de notre vie.»

Traduit du russe.

Deux miracles de Saint Spyridon le prosphoriste de la Laure des Grottes de Kiev.

Le texte ci-dessous est composé de la traduction de deux originaux russes. La première partie est la traduction d’un Paterikon de la Laure des Grottes de Kiev, dont les pages 280, 281 et 282 sont consacrées à Saint Spyridon. Il s’agit de «Жития и подвиги святых Киево-Печерской Лавры», publié par les Éditions du Monastère Sainte Élisabeth de Minsk en 2003 (l’édition utilisée est celle de 2011). La seconde partie est la traduction d’un texte publié sur le réseau social VK du groupe ‘Rus’ Pravoslavnaya’ le 18 août 2018, et intitulé «Miracle à la Laure des Grottes de Kiev». L’unique obédience de Saint Spyridon étant de préparer les prosphores pour la communauté, il était qualifié en russe de «prosfornik», rendu ici par le néologisme ‘prosphoriste’. Il est commémoré le 31 octobre/13 novembre).

Toute âme remplie de la grâce de Dieu, simple et au cœur pur, étrangère au mal et à la flatterie, encline à parfaire la pureté et la simplicité, est telle la demeure de Dieu Lui-Même. Ainsi, le Saint Apôtre dit: «Dieu a choisi ce qui est fou dans le monde pour confondre les sages; Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts» (1Cor.1,27). Notre Saint Père Spyridon faisait partie du nombre de ces élus de Dieu. Lire la Suite

Saint Tsar Nicolas II. «En Mémoire du Dernier Tsar» (13)

Le Saint Tsar Nicolas II
Le long texte «En mémoire du Dernier Tsar» fut publié en 1943 à Kharbine, dans le magazine «Pain céleste» ("Хлебе Небесном"). Il constitua par la suite un chapitre, aux pages 264-302, du livre Чудо русской истории. (Le Miracle de l'Histoire russe), écrit par l'Archimandrite Konstantin (Zaïtsev) (1887-1975) qui en 1949 rejoignit la communauté de Jordanville où il enseigna au Séminaire. Il dirigea les revues ««Православная Русь» (La Rus' Orthodoxe), «Православная жизнь» (La Vie Orthodoxe), «The Orthodox Life» , et Православный путь» (La Voie Orthodoxe). Il exerça une activité pastorale d'envergure et participa amplement à la contribution majeure de l’Église Russe hors Frontières en matière de théologie, d'histoire de la Russie et d'histoire de la culture russe. A notre connaissance, ce long texte de grande valeur, parfois ardu, n'a pas été traduit et publié en français à ce jour. Il est proposé ici en entier, mais fractionné. Voici la treizième et dernière partie de ce long article. Les précédentes se trouvent ici.

Oui, voici un an, nous les Russes, espérions célébrer aujourd’hui le Triomphe de l’Orthodoxie avec eux, non pas comme l’antique Rus’ portant le joug, mais comme une Rus’ Orthodoxe libre et unie. Et nos souhaits ne s’arrêtaient pas seulement là. On avait déjà dessiné la croix qu’il allait falloir élever en haut de la coupole de Sainte Sophie à Constantinople. On était proche de l’accomplissement de la promesse faite par le Tsar de Moscou, Alexis Mikhaïlovitch, au nom de sa postérité et de tout le peuple russe, au Patriarcat d’Orient, la promesse de libérer les peuples orthodoxes du joug des infidèles mahométans et de rendre aux Chrétiens toutes les anciennes églises transformées en mosquées musulmanes.
La Russie aurait dû occuper les détroits de la Mer Noire, ne pas envahir la sainte capitale du Grand Empire d’Orient, mais restaurer ce Saint Empire de nos pères et enseignants dans la foi salvatrice du Christ, c’est-à-dire les Grecs, et conquérir la patrie de tous les vrais Chrétiens, c’est-à-dire la Terre Sainte, Jérusalem, le Sépulcre du Seigneur et l’unir par une large bande de terre au Caucase du Sud, installer en ces lieux saints des colons russes volontaires qui déferleraient en ces lieux saints en une quantité telle qu’en quelques années ils auraient transformé la Palestine et la Syrie en une sorte de Gouvernorat de Vladimir ou de Karkhov, tout en préservant évidemment les avantages du demi million de chrétiens et de leurs pasteurs qui, jusqu’à ce jour, survécurent là au joug turc.
Les Orthodoxes russes n’étaient pas les seuls à nourrir cet espoir et ils offrirent pour cela des centaines de milliers de leurs vies dans le pénible podvig de la guerre : cet espoir vivait, il inspirait, il consolait dans les afflictions, disons le sans exagération, tous les peuples orthodoxes du monde entier contemporain, toute la Saint Église Catholique et Apostolique. Toute entière, elle attendait en cet été de l’année 1918 du Seigneur qui s’annonce, un triomphe lumineux de l’Orthodoxie comme il n’y en eut plus depuis l’an 842, quand en mémoire de la victoire spirituelle sur les iconoclastes hérétiques fut institué la fête que nous célébrons aujourd’hui.
Et qu’en est-il? Au lieu de la libération des peuples orthodoxes asservis, l’Église de Russie est elle-même tombée dans un asservissement tel que n’en connurent pas nos coreligionnaires sous le joug musulman, ni sous le joug des hérétiques occidentaux, ni même nos ancêtres sous le joug tatar».
Devant ce tableau pénible, le prédicateur ne se laisse pas aller au découragement. Il rappelle longuement et avec amertume l’ombre lugubre que faisait planer depuis longtemps sur l’Église «synodale» la direction de celle-ci et s’abandonnait à un sentiment de joie de la restructuration de notre Église sur base du principe du retour du Patriarcat. Aujourd’hui, «elle est dirigée par le fiancé tant attendu par notre Église locale, et voilà que dans notre État disloqué, encerclé par les ennemis en furie de notre foi salvatrice, elle triomphe et bénit Dieu de lui avoir envoyé, comme une consolation au milieu de nos afflictions actuelles, ce dont elle fut privée pendant ses années de prospérité et de sécurité extérieures ». Mais il est possible de s’en réjouir uniquement parce qu’existe une autre source de joie : la préservation de ce qui était bon au cours des années écoulées dans la vie de l’Église russe. Et il s’agit de cette relation particulière des pasteurs russes et de leurs ouailles russes avec la vie et la foi. «L’Occident considère cette vie temporaire comme un amusement, et la religion comme un des moyens (d’ailleurs peu fiable) de maintenir cette prospérité. Les Russes, au contraire, même ceux qui ne sont pas très fermes dans leur foi, comprennent la vie comme un podvig, et ils voient le but de la vie dans la perfection spirituelle, dans la lutte contre les passions et l’acquisition des vertus, bref dans une chose que les Européens ne comprennent pas quand on aborde ces sujets avec eux.»
Le prédicateur est convaincu de ce que ceux qui se sont éloignés de Dieu ne forment pas la majorité du peuple russe.
«L’immense majorité du peuple russe qui, dans les villes et les villages, continuent, le visage en sueur, de travailler humblement à leur ouvrage et remplissent plus qu’auparavant les saintes églises jusqu’à en déborder, jeûnent, font l’aumône aux pauvres, cette majorité porte en son cœur les hauts commandements du Christ. Tout d’abord, elle ne ressemble pas du tout aux Européens contemporains : elle diffère d’eux par une ouverture inconnue de ces derniers, par la sincérité, la fiabilité, l’absence d’orgueil et de malice. Elle reçoit les accusations sans regimber, son cœur est prompt à s’attendrir et sensible à la prière… L’esprit d’héroïsme, la vision de la vie comme un podvig, est préservé dans l’Église seulement, et comme elle l’a préservé dans la majorité de ses fils jusqu’à ce jour, ce triomphe de l’Orthodoxie, c’est à raison que nous le célébrons aujourd’hui, comme le triomphe de la justice du Christ sur terre, et il sera célébré avec cette glorification enthousiaste du Bon Pasteur de nos âmes, comme les années précédentes, quand l’Église était dite dominante». Mais le prédicateur ne ferme pas ses yeux scrutateurs sur une autre perspective, plus terrible, à laquelle la Russie pourrait s’attendre. «Oui, continue l’Archevêque, il se prolongera dans le cas où le Gouvernement tomberait complètement sous la domination des ennemis, si même on persécutait ouvertement les Orthodoxes. L’Église triomphera dans son salut éternel, elle triomphera en ce que ses enfants iront au Christ, comme Il leur a promis : «Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux». Amin ».
Cette fin sombre nuance ce que le regard actuel considère comme l’incroyable optimisme dont est empreinte l’homélie et en dit long, peut-être, sur la clairvoyance et la conception pénétrante du Tsar Orthodoxe propre au hiérarque russe, cette fin sombre, prononcée à la face du bolchevisme triomphant qui dirigeait déjà le Kremlin ! Aux yeux du Métropolite Antoine, la Russie abandonnée aux bolcheviques demeurait la Sainte Rus’! Dans sa conception de la période impériale de son histoire, la Russie était obscurcie par l’ombre projetée par le synode, comme un principe mauvais remplaçant le Patriarche dans la vie de l’Église Orthodoxe!
Lentement, très lentement, afin de produire une action sensible sur le destin de la Russie, émergea dans la conscience des Russes, même, semble-t-il, des plus ouverts à la compréhension de la réalité concrète dans son essence «mystique», la représentation de la signification authentique du fait que la Russie ait abdiqué son Tsar. Nous tous, à des degrés différents, sommes coupables, et chacun d’entre nous, regardant à l’intérieur de soi, peut vraisemblablement s’adresser de sérieux reproches.
A de nombreuses reprises une observation faite par un écrivain français intelligent me vint à l’esprit : Quand, dit-il, on regarde en arrière, le passé semble lisse, bien damé, un chemin large, sur lequel les événements se déroulent naturellement, mais quand on tente de voir le futur, on s’imagine la muraille d’une falaise abrupte et on se casse en vain la tête pour trouver la mince crevasse par laquelle va s’écouler le cours des événements, pour l’élargir jusqu’à en faire un large passage…
D’où les politiciens et penseurs russes ont-ils donc attendu le salut de la Russie ? Mais la seule chose nécessaire, qui aurait signifié la guérison morale de la Russie, ils ne l’ont pas découverte dans leur économie spirituelle : le repentir du grand péché d’avoir rejeté le Tsar, qui s’avéra être en même temps l’abdication de la foi.

L’icône miraculeuse du Saint Tsar Nicolas II

Malheur à notre monarchisme car il est au-delà des limites de la réflexion des politiciens-utilitaristes! Et il est impuissant devant le fait de l’effondrement spirituel de la Russie. La restauration de la Monarchie de Russie n’est pas un problème politique. Aussi paradoxal que cela puisse sembler, à notre époque, seuls peuvent être de vrais politiciens ceux qui sont capables de percevoir l’essence mystique des choses et des événements. Seule la renaissance spirituelle de la Russie pourra lui rendre sa place dans le monde. Dans la mesure où dans le passé, nous cherchions des leçons, des signes lumineux, des guides spirituels pour créer notre futur, notre pensée ne devrait pas se tourner, vers des chefs politiques, quelle que fût la grandeur du service que ceux-ci rendirent jadis. En quoi pourrait nous aider un Pierre Ier, un Alexandre II, un Stolypine? Un retour à Moscou d’antan ne nous servirait à rien car ce que nous y avons cherché, c’était des leçons de sagesse politique! Ces leçons furent utilisées par les dirigeants actuels de la Russie, sans qu’ils ne le sachent. L’URSS, comme le remarqua le premier P.B. Struve, n’est-elle pas un État d’asservissement universel sans Dieu et sans âme, organisé de façon très semblable à l’expérience de Moscou de jadis, juste… avec l’inversion de l’indice spirituel?!
Il n’y a qu’un seul guide capable de nous rendre la Russie, celui qui posa ses principes, sous la forme de la Sainte Rus’, affermissant la grandeur du pouvoir de la Russie : Saint Vladimir! La Russie doit être «baptisée». Seul un nouveau baptême de la Rus’ peut faire à nouveau de celle-ci un Empire Orthodoxe dirigé par un Tsar.
Est-elle possible cette nouvelle renaissance spirituelle? Dans cette question réside l’existence de la Russie en tant que personne historique, qui nous est connue à travers l’histoire, et qui termina sa vie extérieure, d’État organisé, avec la chute du Trône de son Tsar. Il n’existe pas d’autre voie de redressement historique de la Russie. Et il ne s’agit pas seulement de notre problème, d’un problème russe. C’est un problème mondial, universel. Car de l’une ou de l’autre décision dépendra le sort du monde, ou plus précisément dépendra la question de la croissance du monde et de la proximité de la venue du huitième jour.
Traduit du Russe

Saint Jean de Kronstadt et l’Empereur Alexandre III

Le 29 octobre 1888 eut lieu l’accident de train de Borki dont fut victime la famille impériale, qui, par la grâce de Dieu en sortit indemne alors que les wagons furent fracassés et que l’accident causa plusieurs dizaines de victimes.
La première partie du texte ci-dessous est la traduction du chapitre 23 du tome premier du livre Le Père Jean de Kronstadt (Отец Иоанн Кронштадский), paru à Belgrade en 1938, et dû à la plume de Iakov Valerianovitch Iliachevitch, conseiller d’État russe dès 1909, membre de l’émigration russe et fils spirituel de Saint Jean, qu’il côtoya pendant plus de dix huit ans. L’auteur choisit le pseudonyme d’I.K. Soursky (И.К.Сурский) pour la rédaction de son ouvrage en deux tomes (le second a été publié à Paris en 1941), reconnu encore aujourd’hui, tant par l’Église que par les historiens, comme une des sources les plus fiables et précises au sujet de la vie et des œuvres de Saint Jean de Kronstadt. La seconde partie du présent article est la traduction du texte écrit le 8 novembre 1894 par Saint Jean lui-même, à l’occasion du décès de l’Empereur Alexandre III.

Alexandre III

Le Père Jean était vénéré non seulement par les évêques, les prêtres et le peuple russe, mais le Souverain, le Tsar Pacificateur et Gardien de la Paix, l’Empereur Alexandre III, vénérait profondément le Père Jean, à qui il dit un jour: «Je sais qui vous êtes et ce que vous êtes».
Alors qu’il souffrait de la maladie qui le conduisait à la mort, l’Empereur Alexandre III fit venir le Père Jean auprès de lui. Pendant l’entretien, Saint Jean posa les mains sur la tête du Tsar qui allait mourir et l’Empereur lui dit alors: «Quand vous tenez vos mains sur ma tête, je ressens un grand apaisement, et quand vous les enlevez, je souffre beaucoup, ne les retirez plus». Le Père Jean dit au Tsar que cela était dû au fait qu’il venait de célébrer le Mystère de l’Eucharistie. Et le Père Jean garda ses mains bénies sur la tête du Tsar mourant jusqu’à ce que ce que celui-ci ait rendu son âme de juste à Dieu. Lire la Suite

Trois dates, dont le 1er novembre, pour célébrer la mémoire de Saint Jean de Kronstadt.

L’original russe du texte ci-dessous est paru le 15 juin 2010 sur le site «ruskline.ru», sous le titre: «Nous avons été témoins de la création d’une nouvelle fête», rédigé par l’Archiprêtre Père Guennadi (Belovolov), au sujet des jours de l’année où l’on commémore le Saint et Juste Jean de Kronstadt. L’auteur a déjà été présenté à plusieurs reprises sur ce blog.

Hier, notre Église toute entière célébra une fête nouvelle: un jour où est commémoré notre Saint et Juste Père Jean de Kronstadt. Bien que les fidèles aient toujours marqué ce jour d’une pierre blanche du souvenir, l’an dernier il fut décidé de le fêter officiellement à Kronstadt, mais c’est cette année seulement qu’il fut intégré au calendrier. Célébré seulement dans les paroisses dédiées à Saint Jean de Kronstadt, le Monastère Saint Jean, le Podvorié de Leouchino, et à Kronstadt même, ce jour est devenu maintenant l’objet d’une célébration sur tout le territoire de la Russie, un jour commémoré par l’Église russe toute entière. Je pense qu’hier, dans de nombreuses églises liées au nom de Saint Jean de Kronstadt, et dans celles où est vénérée la mémoire du bon Batiouchka, une Liturgie fut célébrée. De cette façon, hier, nous sommes devenus témoins d’une nouvelle fête du calendrier ecclésiastique.
Involontairement, je me suis dit que c’était la première fois que nous célébrions ce jour, mais enfin, beaucoup d’autres fêtes ont, elles aussi, connu le premier jour de célébration, avant lequel elles n’existaient pas. Elles furent intégrées au calendrier de l’Église et devinrent par la suite partie intégrante de notre conscience ecclésiastique. Un jour, on célébra pour la première fois la fête du Saint Évêque Nicolas le thaumaturge, la fête du Saint Mégalomartyr Georges, et avant la révolution, nous savons avec quelle solennité fut célébrée la mémoire de Saint Seraphim de Sarov.
Pour nous, il ne fait aucun doute que la journée d’hier fut historique. Je pense que tous ceux et celles qui étaient dans l’église pour participer à la célébration consacrée au Père Jean de Kronstadt conserveront le souvenir de ce jour. D’autant plus qu’hier, nous célébrions le vingtième anniversaire de la glorification de Jean de Kronstadt. Ce jour, le premier (14) juin, est celui de la glorification du Pasteur de toute la Russie, depuis que, en 1990, peu de temps après son intronisation, la première démarche du nouveau Patriarche Alexis II fut de célébrer le rite de la glorification du Pasteur de Kronstadt au Monastère Saint Jean sur la rive de la Karpovka.
Je faisais alors partie des laïcs qui furent témoins de cet événement. Hier, pendant la célébration, je me suis souvenu à plusieurs reprises du tableau des deux rives de la Karpovka qui étaient bondées de monde à l’occasion de cette solennité, célébrée alors en plein air. A cette époque, c’était rare, le rite de glorification ne se célébrait pas même dans l’église, mais auprès du nouveau saint, à côté des reliques, devant la fenêtre de la crypte où reposaient les reliques du saint. Mais sans aucun doute, le rite tel qu’il fut accompli, exprimait l’esprit de ce pasteur du peuple, qui sans cesse allait et venait au sein de celui-ci. Et lors de sa glorification, c’est comme s’il était une fois encore sorti sur la rue, sur les rives de la Karpovka, vers le peuple. C’était symbolique.
Avec la journée d’hier, nous disposons d’un jour en plus où nous pouvons exprimer notre vénération envers Saint Jean de Kronstadt et déverser nos prières à ce saint pasteur. Et nous avons maintenant trois fêtes.

St Jean de Kronstadt

La première fut instituée par l’ErhF en 1964, glorifiant le Père Jean de Kronstadt, à l’initiative de Jean de Shanghai, le premier novembre selon le nouveau calendrier, assimilant le jour de sa glorification avec celui de sa naissance et de sa fête onomastique (le 19 octobre selon l’ancien calendrier). Ce jour était celui de sa glorification hors frontières. Le deuxième jour, celui de son décès, le 20 décembre (2 janvier), fut institué à juste titre comme celui de sa glorification, voici vingt ans. La journée d’hier fut, en fait, le troisième jour de fête du Père Jean de Kronstadt.
Cela signifie que c’est le Seigneur Lui-même qui glorifie celui qui Lui a plu, ajoutant un jour de plus à ceux qui lui sont déjà dédiés. Si l’on examine le calendrier ecclésiastique, nous voyons que les grands saints sont fêtés à plusieurs reprises. Saint Nicolas le Thaumaturge est fêté le jour de son décès, en décembre, et le jour de l’invention de ses reliques, en mai, et dans l’Église grecque, on fête la naissance de Saint Nicolas le 11 août. La plénitude de la gloire du Père Jean de Kronstadt se manifeste maintenant à travers ces trois jours de fête.
Je suis convaincu de ce que notre troisième jour de fête sera vénéré et aimé car il est aisé et agréable à célébrer. C’est l’été, tout reverdit, la nature s’exprime en ses parfums. Il est facile de partir en procession, de venir à Kronstadt, ou au Monastère Saint Jean. Hier, j’ai célébré dans l’église Saint Jean de Kronstadt, située à une bonne distance de Saint-Pétersbourg, dans la localité de Podborovié. C’est une des paroisses les plus éloignées de notre éparchie, mais c’est dans cette localité précisément que fut construite la première église de Saint Jean de Kronstadt dans notre éparchie. C’est là qu’en 1995 fut construite l’église en bois, consacrée en 1997. C’est ma paroisse lointaine, que j’aime beaucoup, et où je prie avec tant de facilité! Elle fut construite sur le modèle d’une chapelle qui existait au pays natal du Père Jean, au village de Soura. Celle-ci était consacrée à Sainte Parascève, et lorsque nous construisîmes l’église à Podborovié, nous avions photographié la chapelle de Soura et montré les photos à l’architecte auquel nous avons demandé de conserver au maximum la forme, tout en augmentant deux ou trois fois sa taille, pour qu’elle fût une église à part entière. De cette façon nous avons créé un lien entre notre église et la première chapelle ou Jean de Kronstadt pria dans son pays natal. Les paroissiens de notre église l’appellent le «petit Soura». Et nous y avons célébré hier la première fête. Le nombre de participants était étonnement élevé. Une sorte de joie pascale régnait parmi les paroissiens pendant la célébration. Au cours de l’homélie, j’ai rappelé que Batiouchka entend toujours et écoute nos faibles prières, et je pense qu’il n’est pas une seule prière adressée au Père Jean qu’il n’écoute pas et ne dépose pas au pied du Trône de Dieu. C’était un jour de gloire pour notre cher Batiouchka Jean de Kronstadt.

Saint Batiouchka Jean de Kronstadt, prie Dieu pour nous!

Traduit du russe.
Source

Saint Tsar Nicolas II. «En Mémoire du Dernier Tsar» (12)

Le Saint Tsar Nicolas II
Le long texte «En mémoire du Dernier Tsar» fut publié en 1943 à Kharbine, dans le magazine «Pain céleste» ("Хлебе Небесном"). Il constitua par la suite un chapitre, aux pages 264-302, du livre Чудо русской истории. (Le Miracle de l'Histoire russe), écrit par l'Archimandrite Konstantin (Zaïtsev) (1887-1975) qui en 1949 rejoignit la communauté de Jordanville où il enseigna au Séminaire. Il dirigea les revues ««Православная Русь» (La Rus' Orthodoxe), «Православная жизнь» (La Vie Orthodoxe), «The Orthodox Life» , et Православный путь» (La Voie Orthodoxe). Il exerça une activité pastorale d'envergure et participa amplement à la contribution majeure de l’Église Russe hors Frontières en matière de théologie, d'histoire de la Russie et d'histoire de la culture russe. A notre connaissance, ce long texte de grande valeur, parfois ardu, n'a pas été traduit et publié en français à ce jour. Il est proposé ici en entier, mais fractionné. Voici la douzième partie. Les précédentes se trouvent ici.

Le Général Tikhmenev, Commandant des communications militaires sur le théâtre des opérations pendant la Grande Guerre, a partagé ses souvenirs des derniers adieux du Souverain avec ses collaborateurs de l’État-major général. Il souligne, entre autres, les paroles que le Souverain lui adressa ainsi qu’au commandant en chef de l’intendance de campagne, le Général Egoriev. Quelles paroles caractéristiques! Leur ayant serré la main à tous deux, le Souverain eut l’air pensif, une seconde, raconte Tikhmenev «ensuite, tournant son regard vers moi et me regardant avec insistance, il me dit ‘Souvenez-vous, Tikhmenev, ce que je vous ai dit, faites transférer sans faute tout ce qui est nécessaire à l’armée‘, et se tournant vers Egoriev:’Et vous, assurez-vous que tout soit reçu. C’est plus important maintenant que jamais. Je vous dit que je ne peux dormir quand je pense que l’armée a faim». Et l’adresse d’adieu du Tsar à l’Armée? On ne peut la lire sans être envahi par l’émotion. Quelle abnégation sans précédant y résonne, quelle dévotion au devoir de défendre le pays! Quel reproche terrible a dû constituer cet adieu du Tsar aux soldats, pour ceux qui luttaient contre le Tsar, le renversèrent et prirent sa place. Cela n’expliquerait-il pas pourquoi cette communication du Tsar remise par le Général Alekseev à l’Armée, ne fut pas communiquée au Gouvernement Provisoire pour diffusion?… Voici ce document : «Pour la dernière fois, je m’adresse à vous, mes soldats que j’aime chaleureusement. Après l’abdication du Trône de Russie, me concernant moi-même ainsi que mon fils, le pouvoir est remis au Gouvernement Provisoire, établi à l’initiative de la Douma d’État. Que Dieu aide à conduire la Russie sur le chemin de la gloire et de la prospérité. Que Dieu vous aide, remarquables soldats, à éloigner de notre Patrie l’ennemi maléfique… Cette guerre inouïe doit être poursuivie jusqu’à la victoire totale. Celui qui maintenant pense à la paix est un félon, un traître à la Patrie. Je sais que chaque honnête soldat pense ainsi. Remplissez votre devoir, protégez bravement notre Grande Patrie, obéissez au Gouvernement Provisoire, écoutez vos supérieurs, souvenez-vous de ce que tout affaiblissement de l’ordre ne peut que servir l’ennemi. Je crois avec fermeté que l’amour inconditionnel pour notre Grande Patrie n’est pas éteint en vos cœurs. Que le Seigneur Dieu vous bénisse et que Le Saint Georges, le Mégalomartyr Porteur de la Victoire, vous conduise à la victoire. Huit mars 1917, État-major général».
Pour le Tsar qui s’écartait, les pensées à propos de la Russie étaient indissociables de la confession de la Foi Orthodoxe : il ne pouvait penser la victoire que sous l’égide de Saint Georges le Mégalomartyr! Mais la Russie ne pensait et ne sentait déjà plus de cette façon. Prenant congé du Tsar, la Russie prenait congé de la Foi des pères. «Jamais la Russie ne sera vaincue et cela non seulement grâce à l’immensité de son territoire, mais plutôt à l’âme de son peuple, qui toujours brûlera et souffrira, brûlera et souffrira. Les Russes peuvent perdre le monde entier, ils conserveront leur âme». Voilà ce qu’écrivit, concernant la Russie, l’Archevêque de Londres pendant la Grande Guerre, communiquant à ses compatriotes et coreligionnaires l’impression réelle vécue par tout étranger sérieux et sensible. Et il en était ainsi. Maintenant, en l’absence du Tsar, la Russie avait abdiqué son âme. «Souviens-toi, Russie, s’exclama au milieu du XIXe siècle, au beau milieu des grandes réformes, alors qu’il était encore archimandrite, le célèbre prédicateur orthodoxe, futur évêque Jean (de Smolensk), que le jour où tu enfreindras ta foi, tu enfreindras ta vie…» Ce jour arriva avec le départ forcé du Tsar, lorsque le peuple russe abdiqua son Tsar. Alors le peuple russe put s’exclamer en versant des larmes «Nous sommes perdus, nous mourons…» Car vraiment «le Soleil s’était couché sur la Terre de Russie». Oubliant le Tsar, le peuple russe oublia la guerre, oublia la Patrie, oublia Dieu. «La Russie» cessa d’exister en tant qu’organisme synodal. Il ne resta qu’un temple disséminé dans lequel il n’était plus possible de rassembler quoi que ce soit de suffisamment solide pour défendre ni le Tsar, ni Dieu, ni la Patrie.

La Sainte Famille Impériale devant la Maison Ipatiev où elle mourut en martyre en Juillet 1918

Dans le chaos qui s’en suivit, le sort du Tsar et de sa Famille était scellé. Avec une rapidité surprenante, il se retrouva sous surveillance, aux arrêts. Bien sûr, les calomnies se turent immédiatement quand s’ouvrit la possibilité de vérifier les faits. Le Tsar et sa Famille étaient purs comme le cristal, que ce soit dans les domaines politique, familial ou social. Mais quel sens cela pouvait-il encore revêtir? Qui pensait encore à la Famille du Tsar; tous pensaient à eux-mêmes, à leurs besoins et à leurs maux quotidiens qui se multipliaient de jour en jour… Abandonnés à eux-mêmes, isolés du monde extérieur, soumis à un régime oscillant entre la situation d’arrêt à domicile et de prison politique, le Tsar et sa Famille trouvèrent une extraordinaire force dans l’esprit chrétien. Ces gens remplis d’amour et humbles étaient rayonnants, et il fallait vraiment avoir perdu tout sens humain pour s’approcher d’eux sans éprouver à leur égard, sympathie et déférence. Ma mémoire n’a pas retenu de détails, mais je me souviens avoir entendu de la bouche du journaliste célèbre Pëtr Ryss le récit de l’impression ineffaçable que conservait un vieux révolutionnaire (dont j’ai oublié le nom) affecté temporairement à la surveillance de la Famille du Tsar : il était incapable de parler d’eux sans un émouvant sentiment de tendresse.
Il suffit de lire les livres des Généraux Dieterichs ou Sokolov pour sentir en soi l’action de cette fascination de pureté et de sainteté. Et les prières en vers de la Grande Duchesse Olga, conservées jusqu’aujourd’hui ! Les enfants russes devraient les apprendre… La Dextre de la Providence Divine cultivait ce qu’elle avait semé. Et le jour arriva, où les Anges reçurent dans leur étreinte lumineuse les âmes lumineuses du Tsar et des membres de Sa Famille… L’enchaînement fatidique des événements aboutit au crime atroce d’Ekaterinbourg. Le sang du Tsar teinta la Russie. Le dernier Tsar de Russie mourut une mort de martyr. Il semble que personne n’accorda la moindre attention à l’extraordinaire coïncidence, qui incite à une méditation mélancolique sur le destin de la malheureuse Russie. «Jour d’affliction», le jour du crime affreux d’Ekaterinbourg coïncide avec le jour où on fait mémoire du Saint Prince André Bogolioubski, c’est-à-dire ce prince russe qui, sinon par le titre, du moins par son existence, à la réflexion, fut le premier Tsar russe! Ce monarque mourut une mort en martyr, il paya de sa tête le fait d’être venu quasiment quatre siècles avant son temps. Et voilà que le jour même où l’Église fait heureuse mémoire du monarque martyr qui a rejoint le chœur des saints, précurseur de l’idée d’un Empire Orthodoxe, tombe en victime pour la même idée le dernier des Tsars de Russie. La chaîne du temps s’est bouclée. Et de façon remarquable, encore. La chute du Trône du Tsar en Russie, la chute-même de l’Autocratie, se produisit au moment où la Russie, pour la première fois de toute son histoire, avait atteint le but même de son activité vitale d’empire Orthodoxe! Le renversement du Tsar coïncidait avec la fin victorieuse de la Grande Guerre pour l’armée russe. Que promettait, entre autres à la Russie, une issue victorieuse à la guerre? La réponse à cette question nous est donnée dans une remarquable homélie prononcée en l’église du Christ Sauveur par le Métropolite Antoine lors de la Semaine de l’Orthodoxie à Moscou en 1918. Ce hiérarque renommé commence par indiquer que le Triomphe de l’Orthodoxie, à la différence de l’habitude qui avait prévalu pendant quatre siècles et demi, de le célébrer dans l’ancienne Cathédrale de la Dormition, est célébré maintenant en l’église du Sauveur. Pourquoi? La route du saint Kremlin est coupée! Pasteur et troupeau ne sont pas autorisés à se rendre à leur antique et miraculeuse église de la Dormition! Le prédicateur attire plus loin l’attention des fidèles sur le surprenant contraste par rapport à l’année précédente, quand à la mi-février on s’attendait à tout à fait autre chose de l’année qui venait de commencer.
«Alors, nos fidèles soldats formait un mur menaçant face à l’ennemi et s’étant renforcés en quadruplant hommes et armes, étaient sensés devenir un fleuve invincible qui allait s’écouler en terres ennemies vers Vienne et Berlin et atteindre leur but que le peuple russe avait fait sien au début de cette guerre sainte et désintéressée, c’est-à-dire la libération des vaillants peuples orthodoxes serbes de l’asservissement et des agressions des hérétiques, prêter main forte à la communauté de nos frères qui faisaient appel à la Russie, nos frères de sang de Petite-Russie et de Galicie, et libérer du joug des étrangers leur patrie, notre patrie, apanage de Saint Vladimir-égal-aux-Apôtres, la Galicie russe, et ce qui est tout aussi important, donner à ses fils, nos frères, la possibilité de revenir dans le sein de la Sainte Église, échappant à l’hérésie uniate, dans laquelle ils furent attirés de force et asservis par la perfidie des jésuites.(A suivre)