Saint Jean de Kronstadt et le Monastère de Pioukhtitsk

Saint Jean de Kronstadt fut le protecteur de nombreuses communautés monastiques, mais tout particulièrement de trois monastères féminins, le Monastère Saint Jean de Rila, à Saint-Pétersbourg, où reposent aujourd’hui ses reliques, celui de Leouchino et celui de Pioukhtitsk. Il a déjà été question sur le présent blog du saint monastère de Leouchino et de sa célèbre higoumène, Mère Taïssia. Le texte ci-dessous concerne donc le monastère de Pioukhtitsk, situé aujourd’hui en Estonie. Il est la traduction des page 57 à 60 du livre «Le Monastère de Pioukhtitsk et son protecteur, le Saint et Juste Jean de Kronstadt» («Пюхтицкая обитель и ее покровитель святой праведный Иоанн Кронштадтский»), édité par le monastère, en 2008.

Пюхтицкая обитель и ее покровитель святой праведный Иоанн КронштадтскийComme en témoignent les annales du monastère, en 1893, «le vénéré et honorable intercesseur de Kronstadt, le Père Archiprêtre Jean Ilitch Sergueev fut l’un des plus importants donateurs du monastère, auquel il offrit neuf mille roubles en argent liquide ». Cette année-là, à deux reprises, les onze mai et onze novembre, le Père Archiprêtre Jean Ilitch Sergueev de Kronstadt rendit visite au monastère. Chaque fois, il célébra les matines et la Divine Liturgie. Voyant en toutes choses ordre et splendeur, il souhaita placer sous la direction de la vénérable Mère Higoumène ses filles spirituelles, qui s’intégrèrent à la communauté comptant une cinquantaine de sœurs». Ses lettres de recommandations à l’Higoumène Barbara furent conservées. L’une d’entre elles est consacrée à la troisième higoumène de Pioukhtitsk : «Vénérée Mère Higoumène Barbara! Je t’envoie une nouvelle brebis pour le troupeau qui t’a été confié par le Seigneur : Anna Korovnikova, une jeune fille vertueuse, pure, douce et obéissante, ma fille spirituelle pour qui je prie en intercesseur. Accueillez-la et introduisez-la honnêtement dans l’enceinte de votre Sainte Communauté. Votre fervent intercesseur devant Dieu. L’Archiprêtre Jean Sergueev. 9 septembre 1893.

Icône de la Mère de Dieu de Pioukhtitsk

Anna Alexeevna Korovnikova, la future Higoumène Ioanna, naquit le 21 août 1867 à Kronstadt. Ses parents étaient le staroste de la Cathédrale Saint André, Alexis Ksénofontovitch, et son épouse Paraskeva Nikititcha. Anna fut baptisée en la Cathédrale Saint André par le Père Jean (de Kronstadt), le huitième jour qui suivit sa naissance. Elle devint orpheline quelques jours après sa naissance. Le 4 septembre 1867, son père décéda, à l’âge de 52 ans. La petite fille de deux semaines demeura avec sa maman veuve et son frère aîné, Mikhaïl, âgé de dix-neuf ans.
La moniale Ioasafa (Maliarova) raconte : «Quand il voyait la future higoumène dans l’église, alors qu’elle n’était encore qu’une petite fille, le Père Jean lui disait souvent «Tiens bon, sœur, tiens bon, sœur!». C’était bien longtemps avant qu’elle n’entre au monastère. Anna devint donc la fille spirituelle du Père Jean de Kronstadt. Le 13 août 1893, avec la bénédiction de celui-ci, elle fut reçue au monastère de Pioukhtitsk, observant tout au long de sa vie les instructions de son grand père spirituel. Matouchka conserva soigneusement les livres du Père Jean, qu’il avait offert en tant que bénédictions à sa filleule. Elle les emmena quand elle entra au monastère, elle y puisa de la force pendant les années les plus pénibles de son existence, lorsque Dieu la jugea digne de la crosse d’higoumène. Ces précieux livres (…) portant la dédicace de leur auteur (…) sont encore conservés aujourd’hui au monastère dans la chambre-mémorial du Saint Père Jean de Kronstadt.

Récit de la septième supérieure du Monastère de la Dormition de la Mère de Dieu de Pioukhtitsk, l’Higoumène Barbara (Trophimova)

Monastère de Pioukhtitsk

«Lorsque j’entrai au Monastère, en 1952, le jour de la fête de Saint Seraphim de Sarov, je fus accueillie par l’Higoumène, Mère Raphaïla. Elle me conduisit à la cellule de la staritsa, Mère Iraïde (Sergueeva), l’un des plus anciennes sœurs «barbarides», ainsi désignait-on les soeurs entrées au Monastère lors de l’higouménat de la première Mère Barbara de Pioukhtitsk. A l’époque où elle était encore jeune fille, ici, sur la montagne de la Mère de Dieu, Celle-ci apparut à cette staritsa. Elle était venue ici pour la première fois, âgée de quatorze ans, en pèlerinage. Il y eut tant de monde qu’on célébra en plein air, et après la Liturgie, on dormit à même le sol, au pied de l’église. Les uns dormaient, les autres priaient. Certains lisaient l’acathiste. Partout, des cierges brûlaient.
Mère Iraïde raconta: «Je m’étais assoupie. Soudain, j’ouvre les yeux, et je regarde. Devant moi se tient une grande Dame majestueuse, si grande, si belle, et toute vêtue de noir. Je m’éveille complètement en entendant ce qu’Elle me dit, et je prends même peur. Elle me parle d’une voix caressante, s’inclinant vers moi : «Irina, Ma fille, veux-tu servir chez moi?». Et moi de répondre : «J’aimerais tant y aller». «Tu le voudrais? Alors, viens, maintenant, tu seras servante chez Moi». Je sentis que c’était la Très Sainte Mère de Dieu, et je n’osai en parler à personne.

St Jean de Kronstadt

Je vécus avec cette staritsa une demi-année. Elle me raconta comment Batiouchka Jean avait prédit à la Mère Higoumène Barbara la construction d’une superbe nouvelle basilique à Pioukhtitsk. Il avait eu accès à la vision de la nouvelle basilique. Matouchka Barbara accompagnait souvent Batiouchka Jean dans sa promenade jusqu’à la source, au-delà de la colline, que l’on nomme désormais la ‘colline de Batiouchka’. Un jour, alors qu’ils revenaient de la source, Batiouchka regarda soudain fixement vers l’endroit où s’élève aujourd’hui la basilique et dit : «Matouchka Barbara, Matouchka Barbara quelle majestueuse basilique, chez vous sur la colline». Matouchka lui répondit : «Batiouchka, elle serait peut-être très bien, la nouvelle basilique, mais il ne peut en être question». Comme s’il n’avait pas entendu ses paroles, Batiouchka répéta une fois encore : «Matouchka Higoumène! Regardez donc, quelle majestueuse basilique, chez vous sur la colline! L’antichrist ne pourra jamais y toucher! Je pense que la Basilique de Pioukhtitski durera jusqu’à la Seconde Parousie!».
Un jour, Matouchka Barbara marchait à côté de Batiouchka Jean, dans le cimetière. Soudain, celui-ci ôta son couvre-chef et s’inclina devant les tombes en disant : «Combien n’y a-t-il de reliques incorrompues qui reposent ici… »
Traduit du russe.

Saint Jean de Kronstadt. Un témoignage remarquable provenant de l’Oblast du Don.

Le texte ci-dessous est traduit des pages 371 et 372 du livre «Le Père Jean de Kronstadt» de I.K. Sourskii (pseudonyme composé à partir du nom du village natal de Saint Jean: Soura), au chapitre 18 du tome II, intitulé «la clairvoyance du Père Jean». La version du livre utilisée est celle qui fut publiée en 2008 à Moscou par les Éditions «Otchii Dom», et qui regroupe en un seul volume les deux tomes du livre écrits l’un à Paris, l’autre à Belgrade, par l’auteur. Il s’agit vraisemblablement de la plus ancienne biographie de Saint Jean de Kronstadt, que l’auteur, un haut fonctionnaire de l’Empire de Russie, a connu personnellement, et qui a largement servit de base à la première (courte) biographie de Saint Jean de Kronstadt publiée en langue française (épuisée à ce jour) et traduite d’un original allemand écrit par Alla Selawry. D’autre extraits de cette excellente biographie, exceptionnelle source d’informations, seront traduits au cours de l’année 2019 sur le présent blog.

Ceci se passa en l’an 1902. Dans l’Oblast du Don, au village de Cheptoukhovo vivait le propriétaire terrien Nikolaï Alexandrovitch Poliakov. Son domaine était immense. On ne sait s’il lui était échu en récompense pour ses services dans l’armée , ou par héritage, de son père. C’était un homme dur et sévère, et que Dieu ne le permette, si du bétail appartenant à autrui venait à paître sur ses terres, il entrait en grande colère et punissait le propriétaire des bêtes. Ils étaient nombreux à ne plus oser le regarder en face après avoir subi pareil coup de semonce. Il ne croyait pas en Dieu, ni en ce qu’on écrivait à l’époque au sujet du Père Jean. Il ne croyait en rien dont il n’ait fait lui-même l’expérience. Lire la Suite

Saint Jean de Kronstadt. La Prière. (2)

Le texte ci-dessous est la traduction d’extraits d’écrits et surtout du Journal de Saint Jean de Kronstadt, dans lesquels il exprima l’expérience persévérante de la prière telle qu’il la vécut et pratiqua de tout son être au fil des années. Cette sélection fut publiée en 1943 en russe, sous forme de recueil, par les éditions de la Fraternité Saint Jean le Théologien à Kharbin. Voici la deuxième  partie de cette traduction.

1. Tant que nous demeurons dans la prière fervente, nous ressentons paix, chaleur, légèreté et lumière dans notre âme, car alors, nous sommes avec Dieu et en Dieu. Mais quand l’intensité de la prière diminue, la tentation survient, ainsi que trouble et confusion. O, temps bienheureux de la prière!
2. Quand nous prions, nous devrions toujours maîtriser notre cœur et le tourner vers le Seigneur. C’est nécessaire pour l’empêcher d’être froid, malicieux, infidèle, duplice. Sinon, quelle est l’utilité de notre prière, de notre piété? Aime-t-on entendre la voix du Seigneur, teintée de colère: «Ce peuple m’honore des lèvres, Mais son cœur est éloigné de moi» (Math. 15,8)? De même, que notre âme ne s’amollisse pas quand nous sommes à l’église; notre esprit doit être brûlant et œuvrer pour le Seigneur. Les fidèles n’apprécient pas les offices célébrés avec froideur, par habitude. C’est notre cœur que Dieu veut.«Mon fils, donne-moi ton cœur» (Prov. 23,26), car le cœur est l’essentiel en l’homme, c’est sa vie, plus encore, son cœur est l’homme lui-même. C’est pourquoi celui qui ne prie pas ou ne sert pas Dieu avec son cœur, c’est exactement comme s’il ne priait pas du tout. C’est son corps qui prie, et le corps en lui-même est dépourvu d’âme, c’est juste un peu de terre. Souvenez-vous que lorsque vous vous tenez en prière, vous vous tenez devant Dieu qui détient l’esprit de chacun. C’est pourquoi votre prière doit être, comme on dit, tout esprit, toute raison. Lire la Suite

Saint Justin (Popovitch) : Saint Jean de Kronstadt et le Paradis de l’Âme russe. (2/2)

La traduction ci-dessous est celle d’un texte rédigé par Saint Justin (Popovitch) de Tchélié. La première version russe de ce texte, initialement écrit en serbe, fut intégrée dans un livre de Saint Justin intitulé “A propos du paradis de l’âme russe. Dostoïevski comme prophète et apôtre du réalisme orthodoxe”, (О рае русской души. Достоевский как пророк и апостол православного реализма) publié en 2001 à Minsk. Ce texte constitue le premier chapitre, pages 9 à 18, de l’Almanach ecclésiastico-historique “Le Pasteur de Kronstadt”, second volume, édité à Moscou en 2010 par les Éditions “Otchii Dom”. En voici la seconde partie. La première se trouve ici.

Par ses exploits ascétiques il instilla le Seigneur Christ en lui-même, et avec Lui, le paradis tout entier, ainsi que le charme paradisiaque. On sait que chaque vérité évangélique restaure petit à petit le paradis dans l’âme de l’homme. Et lorsqu’elle s’assemblent toutes dans l’homme, alors arrive le paradis tout entier, avec sa perfection éternelle. Où les vertus évangéliques seraient-elles aussi vivantes, aussi actives, aussi immortelle qu’en les christophores? Dès lors, ceux-ci sont le paradis du Christ sur terre.
Mais, une fois encore, qu’est-ce que le paradis? Rien d’autre que la concrétisation de l’Évangile, le Seigneur Christ vécu par l’homme dans toute Sa plénitude divino-humaine. Conformément à l’expérience apostolique, «ce n’est pas moi qui vit, mais c’est le Christ Qui vit en moi»(Gal.2,20). Et le Christ vit en l’homme à travers Ses vertus divino-humaines. Celles-ci pénètrent progressivement dans l’âme et en chassent les péchés, le mal, la mort et le diable. Alors règnent le bien, l’amour, la vérité, l’immortalité, et Dieu. Fiez-vous à mon affirmation : Saint Jean de Kronstadt est le paradis de l’âme russe. Emmenez vos pensées à travers sa sainte pensée. N’est-elle pas un paradis pour vos pensées? Plongez vos sentiments à travers ses saints sentiments. Ne sont-ils pas un paradis pour vos émotions? Que votre cœur touche son saint cœur. Celui-ci n’est-il pas le paradis pour votre cœur? Sa miséricorde évangélique, sa douceur évangélique, son amour évangélique, n’est-ce pas un paradis et une joie éternelle pour votre âme? Lire la Suite

Saint Justin (Popovitch) : Saint Jean de Kronstadt et le Paradis de l’Âme russe. (1/2)

La traduction ci-dessous est celle d’un texte rédigé par Saint Justin (Popovitch) de Tchélié. La première version russe de ce texte, initialement écrit en serbe, fut intégrée dans un livre de Saint Justin intitulé “A propos du paradis de l’âme russe. Dostoïevski comme prophète et apôtre du réalisme orthodoxe”, (О рае русской души. Достоевский как пророк и апостол православного реализма) publié en 2001 à Minsk. Ce texte constitue le premier chapitre, pages 9 à 18, de l’Almanach ecclésiastico-historique “Le Pasteur de Kronstadt”, second volume, édité à Moscou en 2010 par les Éditions “Otchii Dom”. En voici la première partie.

L’homme est le seul être dans le monde entier, qui s’étende de l’enfer au paradis. Suivez l’homme dans toutes ses voies, et vous verrez que tous ses chemins conduisent soit au paradis, soit en enfer. Il n’est rien en l’homme qui ne s’achève ou au paradis, ou en enfer. L’éventail des pensées, des dispositions et des sentiments humains est plus vaste que les éventails angélique et diabolique. Plus que l’angélique car l’homme peut tomber jusqu’au niveau diabolique et plus que le diabolique car il peut s’élever même jusque Dieu. Cela signifie que tant le mal que le bien humains sont infinis, éternels, car le bien le conduira dans le royaume éternel du bien, le paradis, et le mal, dans le royaume éternel du mal, l’enfer. Qu’il le veuille ou non, l’homme est toujours un être éternel. A travers tout ce qui lui est propre jaillit une énigmatique éternité.Quand il accomplit le bien, quel que soit ce bien, l’homme est éternel car tout bien quel qu’il soit est lié par son nerf intérieur au Bien Divin éternel. Et quand il fait le mal, quel que soit ce mal, l’homme est aussi éternel, car tout mal est lié par son essence secrète au mal diabolique éternel.
Jamais l’homme ne peut se faire être fini, éphémère, mortel. Même s’il le voulait, il ne pourrait accomplir un suicide total, car l’acte suicidaire est en lui-même un mal, et en tant que tel, il mène l’âme du suicidé au royaume éternel du mal. Par sa nature même, la perception, la conscience qu’a l’homme de lui-même est immortelle, permanente, éternelle. Par son essence elle-même, l’homme est condamné à l’immortalité et à l’éternité. Seulement, cette immortalité, cette éternité, peut être double : bonne ou mauvaise, divine ou diabolique. La liberté est laissée à l’homme de choisir entre ces deux immortalités, entre ces deux éternités. Il ne peut renoncer à l’éternité et à l’immortalité, car son essence l’y destine. Il ne dispose ni d’un organe interne, ni de moyens externes à l’aide des quels il pourrait extirper de lui-même ou détruire en lui-même ce qui y est immortel, éternel. Pour s’adonner à une lubie pareille, il devrait avoir quelque chose de plus immortel que l’immortalité et de plus éternel que l’éternité, mais il ne dispose pas d’un tel élément.
Quand l’immortalité humaine commence-t-elle? Elle commence dès la conception dans le sein maternel. Et quand commence pour l’homme le paradis ou l’enfer ? Il commence dès que l’homme opère un choix entre le bien divin ou le mal diabolique. Entre Dieu ou le diable. Tant le paradis que l’enfer commencent pour l’homme ici, sur terre, afin qu’après la mort se prolonge une autre vie, dans un autre monde. C’est la raison pour laquelle le Sauveur a dit parlé précisément et clairement de la vie éternelle du juste et du pécheur : le juste au paradis et le pécheur en enfer.
La puissance créatrice immortelle est donnée à l’homme, puissance permettant de se créer pour soi une éternité telle qu’il la veut. En cela réside l’effrayante grandeur de l’essence humaine. Elle contient malédiction et bénédiction. C’est à la fois divin et effroyable que d’être un être humain, car celui-ci est éternel en tout et pour tous. Il est éternel par son corps, car celui-ci ressuscitera au jour du Jugement Dernier.
Qu’est-ce que le paradis? Le paradis, c’est ressentir Dieu. Si l’être humain sent Dieu en lui, il est déjà au paradis. Là où se trouve Dieu, se trouve aussi le Royaume de Dieu, le paradis. Dès le moment où Dieu le Verbe est descendu sur terre et est devenu homme, le paradis est devenu la réalité terrestre et humaine la plus directe.Car là où se trouve le Seigneur Christ, là est le paradis. Si l’être humain veut sentir et apprendre ce qu’est le paradis, que son âme accomplisse le bien évangélique, l’amour évangélique, la justice évangélique, la vérité évangélique, la prière évangélique et toutes les autres vertus évangéliques. En pratiquant les vertus évangéliques, l’être humain élève dans son être la vérité divine, le bien divin, et de la sorte, il fait l’expérience du paradis ici-même sur terre.
Qu’est-ce que l’enfer? C’est ressentir le diable. Si l’être humain sent le diable en lui, il est déjà en enfer. Car là où est le diable, là est l’enfer. Le diable est toujours précédé par le péché, et suivi par l’enfer. Chaque péché exsude un peu de mal dans l’âme humaine, et ce mal forme ensuite son petit enfer. Si l’être humain multiplie les péchés, s’il s’y habitue, son petit enfer se transforme et devient de plus en plus grand tant qu’il n’a pas saisi l’âme toute entière. Qu’est-ce que l’enfer, sinon le règne du péché, du mal, du diable? Là où règne le péché, commence l’enfer. Le péché vient du diable et dès lors, il mène l’être humain dans le royaume éternel du péché et du mal, l’enfer.
Paradis et enfer sont essentiellement tout d’abord des réalité psychiques, des expériences psychiques, subjectives et individuelles, et ensuite seulement des réalités transcendantes d’un autre monde. On pourrait dire que le paradis est sur terre, l’enfer aussi, mais relativement plus limité, mais l’un comme l’autre conduisent l’être humain après sa mort dans son royaume éternel : le Royaume de Dieu et le royaume du diable. Le bien humain et le mal humain sur terre ne sont que l’introduction et la préparation de l’être humain à la vie éternelle, soit dans le Royaume divin du Bien, le paradis, soit dans le royaume éternel du mal diabolique, l’enfer.
L’âme russe a son paradis et son enfer. Nulle part il n’existe d’enfer plus terrifiant, et nulle part n’existe de paradis plus divin que dans l’âme russe. Aucun être humain ne chute aussi profondément, jusqu’au tréfonds du mal, que le Russe. Mais de même aucun autre être humain n’atteint des hauteurs aussi vertigineuses que le Russe. L’histoire témoigne de ce que l’âme russe balance entre l’enfer le plus noir et le paradis le plus lumineux. Il me semble que parmi toutes les âmes sur terre, c’est en l’âme russe qu’on trouve l’enfer le plus épouvantable et le paradis le plus fascinant. Tous les anges des cieux, mais aussi tous les diables de l’enfer participent au drame de l’âme russe. L’âme russe est l’enceinte la plus dramatique dans laquelle anges et diables luttent impitoyablement. Des mondes combattent avec l’âme russe pour enjeu. Dieu Lui-même et satan lui-même luttent pour elle. En quoi consiste, à quoi ressemble le paradis de l’âme russe? Les saints russes, les théophores et les christophores de la terre de Russie composent et représentent le paradis de l’âme russe : de Saint Vladimir au Patriarche Tikhon, le confesseur de la foi. Immense, merveilleux, infini, est le paradis de l’âme russe, car énorme, car merveilleuse, car infinie, la sainteté des glorieux saints de la Terre de Russie. Chaque saint n’est rien d’autre que le paradis retrouvé. Et cela signifie que l’âme a été soustraite au péché, à la mort, au diable, et unie à Dieu, par sa sainteté et son éternité.
Où se trouve le paradis de l’âme russe? Le voici, en Saint Serge de Radonège et Mitrophane de Voronège, en Saint Philippe de Moscou et Saint Vladimir de Kiev, en Saint Seraphim de Sarov et en Saint Jean de Kronstadt, en chaque héros de l’ascèse, en chaque martyr, en chaque confesseur de la foi, en chaque juste de la Terre de Russie. Dieu est divin en ses saints russes. Voyez comme Il est miraculeusement divin en Saint Jean de Kronstadt! Tellement divin que le Père Jean est en vérité un saint de la Terre de Russie. En notre époque récente l’âme russe a reçu son paradis le plus parfait en la personne de Saint Jean de Kronstadt. Il ne fait aucun doute qu’il devint le paradis de l’âme russe martyrisée. Comment? (A suivre)

Traduit du russe

Saint Jean de Kronstadt. La Prière. (1)

Le texte ci-dessous est la traduction d’extraits d’écrits et surtout du Journal de Saint Jean de Kronstadt, dans lesquels il exprima l’expérience persévérante de la prière telle qu’il la vécut et pratiqua de tout son être au fil des années. Cette sélection fut publiée en 1943 en russe, sous forme de recueil,  par les éditions de la Fraternité Saint Jean le Théologien à Kharbin. Voici la première partie de cette traduction.

I. De l’essence, de la signification et de la force de la prière.
1. La prière est la preuve de l’existence de ma personnalité raisonnable, de ma qualité d’image de Dieu, un gage de ma divinisation et de ma béatitude future. Je fus créé à partir de rien ; je ne suis rien devant Dieu, tout comme il n’y a rien qui m’appartienne. Mais, par Sa miséricorde, je suis une personne, j’ai une raison, un cœur, une volonté libre. Et à travers ma raison et ma liberté, je puis, en m’adressant à Lui de tout mon cœur, augmenter progressivement en moi Son règne infini, progressivement multiplier de plus en plus Ses dons en moi, puiser en Lui comme en une Source cristalline et inépuisable, tous les biens spirituels et matériels, particulièrement les biens spirituels. La prière me persuade de ce que je suis une image de Dieu et au moyen des dispositions humbles et reconnaissantes de mon âme devant Dieu, par ma libre volonté, multipliant les dons spirituels de Dieu, je puis de la sorte infiniment parfaire et infiniment augmenter ma ressemblance à Dieu, ma béatitude céleste, à laquelle je suis prédestiné.
O, prière, signe de ma grande dignité, dont m’a honoré le Créateur. Mais en même temps, elle me rappelle mon insignifiance (j’ai été créé de rien et rien n’est à moi, c’est pourquoi j’implore Dieu pour tout), ainsi que ma très haute dignité (je suis à l’image de Dieu, je suis déifié, je peux m’appeler ami de Dieu, comme Abraham, le père des croyants, pour autant que je croie, sans l’ombre d’un doute, en l’existence, la bonté et la toute-puissance de mon Dieu et que je Lui plaise en cette vie, par mes actes d’amour et de miséricorde).
2. Dans la prière se trouvent le pardon, contre la fierté de notre chair, qui s’attribue le bénéfice de tout ; la reconnaissance, contre l’insensibilité de notre chair envers les innombrables bienfaits de Dieu ; la glorification, contre l’homme de chair qui ne cherche que sa propre gloire.
3. Dieu est Vérité : ma prière doit donc être vérité, comme ma vie. Dieu est lumière, et ma prière doit être portée à la lumière de mon esprit et de mon cœur ; Dieu est feu, et ma prière, comme ma vie, doit être enflammée ; Dieu est pleine liberté, et ma prière doit être libre effusion de mon cœur. Quelle richesse que l’esprit humain : il suffit qu’il pense de tout cœur à dieu, qu’il souhaite de tout cœur être uni à Dieu, et Il est immédiatement présent : ni les murs de la maison, ni les verrous des geôles, ni les montagnes, ni les gouffres n’empêchent cette union ; Dieu est alors avec toi. Comme les Anges et les Saints : ils se tiennent avec Dieu devant tes yeux, dans ton cœur, comme tes plus proches amis, comme tes parents. O, richesse de l’esprit humain!
4. La prière est exaltation de la raison et du cœur de l’homme vers Dieu, contemplation de Dieu, audacieuse conversation de la créature et du Créateur, pieuse veillée de l’âme devant Lui, comme devant le Roi, devant la Vie qui donne la vie à tous ; oubli, pour Elle, de tout ce qui nous entoure ; nourriture de l’âme, souffle et lumière, douceur vivifiante, purification des péchés, bon joug du Christ, Son léger fardeau. La prière est le sentiment continuel (la conscience) de nos propres infirmité et bassesse spirituelles, la consécration de l’âme à l’avant-goût de la béatitude future, béatitude angélique, céleste, pluie sanctificatrice, désaltérant et faisant fructifier le terreau de l’âme, force et forteresse de l’âme et du corps, lien d’or unissant créature et Créateur, bravoure et courage dans toutes les afflictions et les tentations de la vie, succès dans les entreprises, dignité pareille à celle des anges, affermissement de la foi, de l’espoir et de l’amour.
La prière est correction de la vie, mère du broiement du cœur, mère des larmes. Elle est incitation puissante aux œuvres de miséricorde, et sécurité de la vie, anéantissement de la peur de la mort, dédain des trésors terrestres, espoir des biens célestes, attente du Juge du monde entier, résurrection générale et vie du siècle à venir, effort accru d’échapper aux tourments éternels, recherche permanente de la miséricorde du pardon du Seigneur, présentation sous les yeux de Dieu, kénose bénie devant la Trinité qui a tout créé et qui emplit tout, eau vive de l’âme. La prière est l’installation de l’amour dans le cœur de tous, l’abaissement des cieux jusqu’à l’âme, l’installation de la Sainte Trinité dans le cœur, comme il a été dit : «Nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui.» (Jean 14 :23).
5. La prière est la sensation permanente de notre bassesse et de notre infirmité spirituelles, la contemplation en soi, en autrui et en la nature de l’œuvre de sagesse, de bonté et de toute-puissance de Dieu. La prière est l’humeur de permanente reconnaissance.
6. Quand tu pries, efforce-toi de ressentir dans ton cœur la vérité et la force de la prière, nourris-toi d’elles comme d’une nourriture incorruptible, bois-en comme la rosée de ton cœur, réchauffe-t-en comme auprès d’un feu bienfaisant.
7. Dans la prière, comme en toutes choses de ta vie, fuis la méfiance et le doute, et la rêverie diabolique. Que l’œil de ton âme soit simple, afin que tout ton corps soit prière, tes œuvres et ta vie, lumineuses. (A suivre)

Traduit du russe.