Métropolite Philarète (Voznessensky): Le Juste Jean de Kronstadt

Ce texte est extrait des ‘Cours Supérieurs de Théologie‘ de l’Académie Spirituelle Orthodoxe de Moscou. Il a été prononcé par le Métropolite Philarète (Voznessensky), de l’Église Orthodoxe Russe Hors-Frontières, dont il fut le premier hiérarque, à une date qui nous est inconnue (Vladika Philarète est né en 1903 et décédé en 1985). L’original de son texte ci-dessous a été mis en ligne sur le site Pravoslavie.ru le 29 décembre 2011.
Lorsque nous prenons connaissance avec la vie du saint et juste Jean de Kronstadt, nous constatons d’emblée que son chemin de vie débuta de la même manière que celui de nombreux pasteurs de l’Église. Il naquit dans la famille pauvre d’un humble chantre, endura la misère et les privations et finalement reçu l’ordination sacerdotale. Et devenu prêtre, il se mit à cultiver le champ du Seigneur. Où donc est l’énigme? Comment, ayant commencé sa vie d’une façon très habituelle pour un prêtre de l’Église, devint-il un géant spirituel, un colosse de la vie spirituelle comme il en exista peu, non seulement chez nous, dans la Rus’, mais dans l’Église Œcuménique toute entière? Lire la Suite

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 3

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la troisième partie.
Sainte Anna Kachinskaia

Le 12 juin 1909 on restaura officiellement la célébration de la mémoire de la Sainte Princesse Anna Kachinskaia (l’épouse du Prince Mikhaïl Iaroslavitch de Tver, mort en martyr à Orel le 22 novembre 1318 et arrière-petite-fille de Vsevolod le Grand Nid). On peut lire dans le rapport du 7 novembre 1908, contresigné par le Souverain, et relatif à la seconde glorification des reliques de la Sainte: «Pendant sa vie, elle fut un modèle d’épouse et de mère chrétienne, faisant preuve d’amour chrétien envers les pauvres et les affligés, manifestant une piété discrète et supportant avec courage d’innombrables épreuves». Le Souverain manifesta un vif intérêt et une participation active dans cette procédure. Voici quelques détails de cette histoire. L’invention des reliques de la Sainte Princesse Anna Kachinskaia se déroula le 28 juillet 1649. Le 12 juin 1650, les saintes reliques furent transférées en présence du Tsar Alexis Mikhaïlovitch dans la Cathédrale de l’Ascension de Kachine. Selon une disposition adoptée par le Patriarche Ioakhim, troisième successeur du Patriarche Nikon, le Synode de 1677-1678 mit un terme à la célébration de sa mémoire. Cette disposition fut adoptée parce que la disposition des doigts de la sainte était telle qu’elle effectuait à deux doigts et non à trois doigts le signe de la croix, ce qui était tout naturel puisque le signe à trois doigts avait été institué lors du Concile de 1656 sous le Patriarche Nikon. Avant cela, dans toute la Rus’, à la différence des autres Églises d’Orient, on se signait toujours à deux doigts. Mais alors, logiquement, il eut fallu que l’Église russe se privât alors de tous ses saints, qui avaient vécu avant cette funeste réforme menant à ce raskol qui, par la suite, provoqua des chocs importants et nocifs pour la vie de l’Église et de l’État de notre Patrie. Quoi qu’il en soit, cette erreur stupide, explicable par le seul fanatisme des réformateurs et l’échauffement des passions, fut corrigée environ 260 ans plus tard sous le règne de l’Empereur Nicolas II. La restauration solennelle de la célébration de la mémoire de Sainte Anna eut lieu à Kachine, dans le Cathédrale de la Dormition et dans le rite de l’edinoverié1 . Cet événement exerça une influence sur le rapprochement vers l’Orthodoxie de Croyants du Vieux Rite, car il élimina le reproche selon lequel l’Église Orthodoxe ne glorifiait pas les saints se signant à deux doigts. Lire la Suite

Saint Jean de Kronstadt. Entretien autobiographique (2/2)

St Jean de Kronstadt

Le texte ci-dessous est la deuxième partie de la traduction d’un chapitre du livre «L’Archiprêtre Ioann Sergueev de Kronstadt» (Протоиерей Иоанн Сергиев Кронштадтский), recueil d’articles de divers auteurs, publié en 1943 à Kharbin par les éditions de la «Fraternité Saint Jean le Théologien» (« Братство св. Иоанна Богослова »). Le titre original complet du chapitre est «Entretien autobiographique avec les pasteurs de Sarapoul» (Автобиографическая беседа с сарапульскими пастырями). L’ouvrage ne précise pas la date à laquelle fut tenu cet entretien, dont la traduction est proposée ici en deux parties.

A ce moment, les propos du Père Jean furent interrompus par un des auditeurs.
Très vénéré Père Jean, enseignez-nous comment nous devons agir quand tous nos efforts déployés pour chasser l’ennemi hors de nous-même, de le vaincre par nous-même, ne mènent à rien. Alors surgit, involontairement, le découragement, la volonté faiblit et les mains reculent devant l’ouvrage. Est-il convenable dans ce cas de recourir à la méthode qui consisterait à essayer de n’accorder aucune attention à l’ennemi intérieur, un peu comme si on crachait sur lui?
Le Père Jean répondit vivement :
-«Oui, oui, voilà ce qu’il faut faire: il faut répéter avec ardeur le nom de Jésus Christ, et, au moyen d’un repentir profond et secret, dédaigner les ennemis invisibles, ne leur accorder aucune attention, ne pas s’occuper d’eux et considérer toutes leurs tentatives comme un mauvais rêve. Il ne faut jamais se décourager lors d’une forte tentation. Le Seigneur est toujours tout proche de nous et prêt, dès que nous répétons Son nom, à nous protéger et chasser les ennemis invisibles qui nous combattent. Il nous a dit à travers son Prophète: «Et invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai, et tu me glorifieras» [Ps.49,15 N.d.T.].»
Batiouchka, permettez-nous de vous demander encore ceci. Souvent on éprouve un sentiment très pénible à la vue de la victoire du mal. Comment, à l’aide de quoi, peut-on vaincre cette forme de découragement?
-«En effet, on éprouve un sentiment extrêmement pénible à la vue du mal qui triomphe. Il m’arrive souvent de ressentir cela. Le plus dur en cela, c’est la conscience de l’impuissance du zèle du prêtre; souvent, on est bien forcé de l’admettre. On peut se consoler dans ces cas en réalisant qu’il s’agit d’une situation passagère, envoyée par la Providence Divine dans un but particulier, connu de Dieu seulement, et tôt ou tard le mal sera vaincu et le bien triomphera. Dans de tels cas, il faut se fortifier au moyen de la prière. N’oubliez pas une seconde que le Seigneur est très miséricordieux et prompt à nous entendre. Toujours, Il tend l’oreille à notre prière et très vite, Il accède à nos demandes et nous aide, pour autant que nous nous en remettions intégralement à Sa sainte et parfaite volonté.»
S’adressant à tous ses auditeurs, le Père Jean reprend son propos.
-«Je vous le dis à tous, Pères bien-aimés, la prière doit être notre compagne permanente. Je maintiens toujours en moi une attitude de prière permanente; je rends grâce, je loue et je glorifie notre Dieu Bienfaiteur en tous lieux de Sa domination. La prière, c’est la vie de mon âme. Sans la prière, je ne peux pas être. Pour soutenir en moi cet inclinaison permanente à la prière et la relation à la grâce de Dieu, j’essaie de célébrer aussi souvent que je peux, si possible chaque jour, et de communier aux Saints Corps et Sang du Christ, et chaque fois je puise à cette source sacrée une richesse de forces puissantes pour mes multiples travaux pastoraux.
Pour ma relation de prière avec Dieu, j’ai recours aux prières prévues dans le trebnik. Ce livre constitue une énorme richesse, à laquelle chacun peut puiser ce qui lui est nécessaire, en fonction de ses multiples besoins et de ses respirations de prières vers Dieu. Dans ce livre, l’Église, comme une mère aimante, s’est efforcée de rassembler tout ce dont nous pouvons avoir besoin dans les circonstances de la vie.
Pendant mon temps libre, lorsque je ne suis pas occupé par mes activités liturgiques et pastorales, je lis les Saintes Écritures, Ancien et Nouveau Testaments, et particulièrement le Saint Évangile, la précieuse bonne nouvelle de notre salut. En lisant, j’essaie de méditer chaque élément, chaque phrase, même certains mots et expressions. Ainsi, suite à cette attitude attentive envers ces livres saints, les riches pensées foisonnent et cette richesse constitue pour les homélies un fondement tel qu’aucun prédicateur n’est en mesure d’épuiser ces profondeurs divines. Et quand il s’agit de prononcer l’homélie, par exemple à propos de la lecture quotidienne des Saintes Écritures, on ne sait quelle idée sélectionner comme base de l’homélie; toutes sont tellement édifiantes. Et comme l’âme humaine est divinement révélée dans les Écritures, on dirait qu’il n’est aucune situation de l’âme qui n’y trouve son écho. Mais cette richesse incommensurable échappe à une lecture superficielle et insuffisamment méditative des Saintes Écritures. Mais pour ne pas décrocher de la vie actuelle, quand j’ai quelques minutes de libre, je lis l’un ou l’autre périodique contemporain.»
Un des participants s’adresse alors au Père Jean.
Batiouchka, au cours de vos voyages incessants dans toute la Russie, dans tant de maisons, vous changez continuellement de concélébrants. Et il arrive souvent que ceux-ci commettent des erreurs, qu’il se produise de la confusion entre eux. Et vous faites comme s’il n’en était rien; vous levez juste les yeux, mais quelques secondes plus tard, vous êtes de nouveau plongé dans la concentration de la prière. Dites-nous, s’il-vous-plaît, comment vous parvenez à réaliser cela?
Le Père Jean répondit:
– «Seulement par habitude, je suis habitué à prier toujours. Lorsqu’une attitude devient pour l’homme une habitude, il retrouve très rapidement cette attitude. J’ai intégré l’attitude de la prière continuelle, et donc, je peux très rapidement me concentrer dans la prière.»
Un participant intervient.
Batiouchka, dites-nous quelle règle de prière vous observez avant de célébrer la liturgie et avant vos multiples travaux qui vous prennent énormément de temps, et de gros efforts de volonté.
– «Dans ce cas, j’accomplis la règle habituelle de prière prescrite par l’Église à ceux qui vont recevoir la sainte communion. Dans les cas où il m’est impossible de respecter la règle, par manque de temps ou par une autre raison, je raccourcis la règle, mais je lis immanquablement les prières avant la sainte communion. Cela dit, je suis d’avis que Dieu n’attend pas de nous des prières longues et nombreuses, celles-ci ne Lui sont pas particulièrement agréables, mais des prières attentives et ardentes prononcées par toute notre âme. Mieux vaut donc lire une petite quantité de prières, avec une attention totale et un cœur tendre, qu’une grande quantité, à la hâte et distraitement. Mais ce qui m’exalte fortement et me canalise vers la prière avant la célébration de la Divine Liturgie, c’est la lecture du canon des matines. Je lis toujours moi-même le canon des matines. Quelle richesse ici, quel contenu profond, quels merveilleux exemples de la foi ardente en Dieu, de la patience dans les afflictions; l’Église nous présente quotidiennement la fidélité au devoir face aux tourments les plus cruels. A travers la lecture des canons, l’âme se pénètre petit à petit des sentiments et du comportement élevés des justes que glorifie l’Église, elle vit parmi les commémorations de l’Église et ainsi, elle s’accoutume à la vie de l’Église. Je peux dire que j’ai été éduqué à la vie de l’Église par ces lectures, c’est pourquoi je conseille à celui qui souhaite sincèrement acquérir la richesse spirituelle, d’accorder une attention très sérieuse à la lecture des canons de l’Octoèque, des Ménées et du Triode. Et je vous dis, chers Pères: si n’importe lequel d’entre vous se met avec assiduité à la lecture quotidienne des canons, il éprouvera tout ce que je viens de vous dire maintenant; à travers l’intérêt attentif qu’il portera à cette lecture, il s’élèvera quotidiennement dans la vie spirituelle et progressera dans l’imitation de saints ou du chœur des saints qui plurent à Dieu et qui défileront jour après jour sous son regard spirituel.
Voilà, chers Pères et Frères, je vous ai dévoilé mon âme, je vous ai fait voir sa physionomie afin que vous puissiez voir comment j’ai atteint ce que vous voyez en moi. Ma vie est une lutte longue, opiniâtre et constante contre moi-même, lutte que je continue à mener maintenant, avec le renfort incessant de la grâce divine. Chacun de vous peut atteindre pareils résultats pour autant qu’il se surveille sans cesse, obstinément, afin de lutter contre son vieil homme et contre les esprits du mal, et devenir enfin, avec l’aide de la grâce de Dieu, un luminaire qui brûle non pas sous le boisseau, mais sur le chandelier. Je vous le souhaite sincèrement, de toute mon âme.
Tout ce que je viens de vous dire, je ne l’avais pas préparé; j’ai dit seulement ce que le Seigneur a déposé dans mon âme. Je vous remercie pour votre attitude aimante envers moi, manifestée pendant mon court séjour ici, dans votre ville, et je suis très content d’avoir eu, avec la bénédiction de Vladika, la possibilité de m’entretenir avec vous.»
Le Père Jean termina ainsi son intervention, mais les participants lui demandèrent d’évoquer encore certaines questions brûlantes. Il s’agissait avant tout des tâches du clergé contemporains. Le Père Jean répondit qu’il devenait de plus en plus compliqué d’accomplir l’œuvre du Christ dans la société contemporaine: d’une part, la vie du peuple et ses implications deviennent de plus en plus difficiles et d’autre part, les ennemis de l’Église, dans leur tentative d’ébranler ce pilier séculaire, ce support de la vérité, recourent à des méthodes nouvelles plus subtiles. C’est pourquoi les prêtres contemporains, artisans de l’œuvre du Christ sur cette terre, ont non seulement besoin d’une formation élargie et variée, mais doivent faire preuve d’une grande et sage prudence ainsi que de fermeté dans la fidélité à leur devoir afin de rester dignes de paître le troupeau que Dieu leur a confié. Exposant sa vision des différents aspects de la vie contemporaine, Batiouchka insista particulièrement sur la tendance des meneurs autoproclamés du peuple à divertir celui-ci au moyen du théâtre, etc. Batiouchka a qualifié de tels divertissements de «maladie de la société». Il s’agit d’un signe évident de l’appauvrissement de l’esprit, d’une compréhension pervertie de la vie, et de l’absence d’autres intérêts, plus sérieux et précieux. Et ce qui est le plus surprenant en cela, c’est que cette intelligentsia, ayant troqué le vrai sens de la vie pour des balivernes étincelantes, s’efforce d’inoculer ses vues au peuple qui ne comprend rien à leur passe-temps favori. Notre peuple a besoin d’éducation, pas de petits jeux. Voilà un vaste champ pour l’activité pastorale: enseigner au peuple à passer son temps sérieusement, sainement, conformément à l’état d’esprit chrétien.
Traduit du russe.

Saint Jean de Kronstadt. Entretien autobiographique (1/2)

Le texte ci-dessous est la première partie de la traduction d’un chapitre du livre «L’Archiprêtre Ioann Sergueev de Kronstadt» (Протоиерей Иоанн Сергиев Кронштадтский), recueil d’articles de divers auteurs, publié en 1943 à Kharbin par les éditions de la «Fraternité Saint Jean le Théologien» (« Братство св. Иоанна Богослова« ). Le titre original complet du chapitre est «Entretien autobiographique avec les pasteurs de Sarapoul» (Автобиографическая беседа с сарапульскими пастырями). L’ouvrage ne précise pas la date à laquelle fut tenu cet entretien, dont la traduction est proposée ici en deux parties.

«Tout le monde sait que je suis né dans le Gouvernorat d’Arkhangelsk et que j’ai terminé le cycle d’études de l’Académie de Théologie de Saint-Pétersbourg. Dès la fin de mes études, j’ai occupé à Kronstadt la place qui est encore la mienne aujourd’hui: prêtre à la Cathédrale Saint André. C’est une ville militaire; à chaque pas, on croise des soldats, des matelots, des artisans des chantiers navals, etc… Les matelots passent la plus grande partie de leur temps en mer, sur leur vaisseau, et quand ils débarquent, ils veulent profiter au maximum de leur temps libre, en tirer le plus de plaisirs. Voilà pourquoi dans les rues, on peut toujours rencontrer des gens ivres et entendre toutes sortes d’horreurs. Lire la Suite

Le Saint Tsar Nicolas II, Tsar inconnu. (1/3)

Le Saint Tsar Nicolas II
L'entretien ci-dessous avec l'Archiprêtre Valentin Asmus a été publié sur le site Pravoslavie.ru le 21 août 2000. Le sous-titre suivant lui a été attribué: La vision communément admise de la vie et de la personne de Nicolas II ne correspond absolument pas à la réalité. Cet entretien avec la journaliste Ludmila Boniouchkine fut tenu le lendemain du jour où l'Empereur Nicolas II et sa Famille furent officiellement accueillis dans le chœur des saints par le Patriarcat de Moscou. L'Archiprêtre Valentin Asmus fait autorité dans le domaine de l'histoire de la monarchie en Russie; il enseigne à L'Académie de Théologie de Moscou.

Père Valentin, le Souverain vient d’être officiellement admis dans le chœur des saints; la question de sa personnalité se pose de façon plus aiguë, maintenant que sa sainteté est admise. On trouve, entre autres dans un vaste secteur de la littérature, des évaluations extrêmement négatives à son sujet, en sa qualité d’homme et en celle de souverain. Comment le lecteur contemporain peut-il analyser tout cela?
Il faut dire que les historiens soviétiques ne sont pas les seuls à évaluer de façon négative la personne de l’Empereur Nicolas II. Un grand nombre d’historiens russes et occidentaux libéraux, ceux qu’on nomme les historiens bourgeois, l’évaluent exactement de la même manière. Pour dépasser cette évaluation, je conseillerais avant tout deux travaux sereins et objectifs. L’un est relativement ancien; il fut écrit dans les années ’30-’40 du siècle dernier par Sergueï Sergueevitch Oldenburg: «Le Règne de l’Empereur Nicolas II». Ce livre fut réédité il y a peu en Russie. Le second fut rédigé par notre contemporain, l’historien Alexandre Nikolaevitch Bokhanov. Son livre «Nicolas II» a déjà connu plusieurs rééditions. Lire la Suite

Le Secret de Leouchino 3/3

Leouchino peinture de Viktor Podgornyi

A l’automne 2008, le site internet du journal orthodoxe Blagovest a publié un long article en deux parties, écrit par Madame Olga Larkina sur le Saint Monastère de Leouchino, aujourd’hui disparu, fleuron du patrimoine spirituel du Nord de la Russie. Ce texte plonge les lecteurs dans la spiritualité monastique de la Russie du début du vingtième siècle. Et il offre un aperçu des nombreux efforts mis en œuvre pour redonner vie à ce joyau dans ses dimensions matérielle et spirituelle. Un des acteurs de cette renaissance fut le Père Gennadi Belovolov, responsable de l’appartement-chapelle du Saint Batiouchka Jean de Kronstadt à Saint-Pétersbourg. Voici la troisième partie du texte.

D’inestimables Trésors sacrés

L’Higoumène Taissia

Un portrait de Matouchka Taïssia… Un autre de celle qui la précéda, la Moniale Sergia. Cette ascète qui fonda la communauté monastique de Leouchino adressa de façon inattendue une requête l’autorisant à se retirer au calme du Monastère de la Sainte Sophia en sa terre natale de Rybinsk et d’y observer le vœu du silence. Elle expliqua, plus tard, qu’elle avait ressenti cet appel et qu’elle n’y pouvait rien changer, c’est pourquoi elle avait prié qu’on la remplaçât. Et sa digne héritière fut la Moniale Taïssia, celle qui fit de la petite communauté d’une dizaine de sœurs la plus grande laure féminine de la Russie du Nord, qui hébergea jusqu’à sept cents sœurs! Matouchka transmit sa charge, selon ses dernières volontés, à la Sœur Agnès, qui assurait son service de cellule. Lire la Suite