Vyritsa. Histoire d’un monastère disparu.

Le court texte ci-dessous est traduit des pages 22 à 24 du livre «Vyritsa la bénie» (Благословенная Вырица), publié à Saint-Pétersbourg aux éditions Kontrast, en 2014. Il conte avec peu détails l’apparition et la disparition d’une communauté monastique, sur une période d’environ quinze ans. Le Père Séraphim dont il question dans le récit n’est pas le Saint Père Seraphim (Mouraviev, 1866-1949) de Vyritsa , qui vivait dans le même bourg à cette époque. Vyritsa était donc gardée par deux Seraphims… Dans le délabrement spirituel de l’Occident contemporain, l’attention est retenue par la puissance de la foi des justes qui formèrent cette petite communauté monastique, et l’élan spirituel, souffle de l’Esprit, qui les porta en ces temps d’oppression, de guerre et de persécution. A eux, éternelle mémoire. Puissions-nous avoir le courage de suivre leur voie.

Vyritsa, église Saints Pierre et Paul. 1910

Au début des années ’30, l’Archimandrite Seraphim (Protsenko), revenant des camps, arriva à Vyritsa. Là, au village, dans la maison de Vassili Petrovitch et Pélagie Dimitrievitch Sidorov, se constitua en secret la communauté monastique du Père Seraphim. Élisabeth, la fille aveugle des Sidorov, clouée au lit, reçut secrètement la tonsure monastique vers la fin des années ’30, alors qu’elle était encore enfant, l’Archimandrite Seraphim lui donnant alors le nom d’Euthimia. Dans les années précédant la guerre, le couple des Startsev, Grigori Ivanovitch et Zinaïde Petrovna se joignirent à la communauté et assistaient le Père Seraphim.
Dans la maison des Sidorov et la maisonnette adjacente du Père Seraphim, la communauté commença à se réunir pour les offices, qui étaient célébrés en secret. Participaient à ces offices tous les fidèles enfants spirituels du Père Seraphim vivant à Vyritsa : la famille de Mikhaïl et Maria Trophimenkov, le moine Mikhaïl et la moniale Veronika, la famille Sidorov, Alexandre Savine et une Angelina, une vieille femme très croyante. Outre les proches du Père Seraphim, habitants de Vyritsa, des invités de Leningrad participaient parfois aux offices.

Début du XXe siècle

A la fin des années ’30 et au début des années ’40, la communauté du Père Seraphim devint la seule subsistant à Vyritsa, car toutes les églises avaient été fermées par les autorités. Parfois, les habitants de la localité invitaient le Père Seraphim à venir prier et célébrer un office dans leur maison, et lui demandaient conseil. Nombre d’entre eux considéraient qu’il était clairvoyant, et nous en avons des témoignages. C’est ainsi que vivait cette petite communauté avant le début le la Grande Guerre Patriotique, en 1941.
Pendant la guerre, l’Archimandrite Seraphim (Protsenko) légalisa l’existence de sa communauté, créant sur cette base le Monastère de la Théophanie de Poselok, pour hommes. En 1942, le monastère du Père Seraphim reçut une parcelle de terrain jouxtant la forêt, non loin de la maison des Sidorov, sur le territoire de Poselok. En 1942, un des journaux publiés dans la zone occupée parla du monastère de Vyritsa.
«Un monastère pour femmes fut d’abord fondé, à quarante verstes de Leningrad, dans le bourg de Vyritsa, et à six verstes de Vyritsa, un monastère pour hommes. Celui-ci est dirigé par le Père Archimandrite Séraphim (dans le monde, Protsenko). C’est l’architecte F.M. Lartchenko qui construisit ces deux monastères. Un lopin de terre fut offert au monastère pour hommes, et les moines obtinrent des semences. Les gens des environs offrirent au monastère deux vaches et un cheval. Au bout de trois mois, juin, juillet et août fut construite l’église de Saint Jean le Précurseur, qui sera bientôt consacrée, avec la bénédiction de l’Exarque du Patriarcat Serge (Voskressenski), Métropolite de Lituanie et de Vilnius.»
Après qu’elle soit sortie de clandestinité, la communauté du Père Seraphim s’agrandit, avec l’ouverture du monastère, malgré les pénibles difficultés liées aux circonstances de l’époque, et avec l’aide des habitants de Vyritsa. Plusieurs moines vivaient au monastères. Le moine Lev, mort en 1942, fut auxiliaire de cellule du Père Seraphim. Il y avait aussi le Père Mikhaïl (Olenev) et le moine Ioann (Emelianov). En outre, le monastère recevait l’aide des moniales, filles spirituelles du Père Seraphim. Outre celles qui faisaient partie de la communauté avant la guerre, on comptait les moniales Theodora, tonsurée secrètement juste avant le début des hostilités et Ekaterina. L’architecte F.M. Lartchenko vivait lui aussi au monastère. L’ancien garde forestier, Nikolaï Koulikov (1879-après 1951) était le gardien du monastère. Après la guerre, il fut l’auxiliaire du staroste de l’église de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan, à Vyritsa.

Vyritsa église de la Mère de Dieu de Kazan

Avec le retour des autorités soviétiques, la répression reprit envers tous les membres du clergé régulier et séculier dépendant de la Mission Spirituelle de Pskov. La plupart des prêtres qui célébraient sur ce territoire furent arrêtés, incarcérés et envoyés dans les camps. Après la guerre, la plupart des membres de la communauté du Père Seraphim demeurèrent à Vyritsa. Leur refuge et leur centre spirituel était l’isba de Mère Euthimia. La majorité d’entre eux étaient paroissiens de l’église de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan. Le Monastère de la Théophanie fut fermé et ses bâtiments devinrent un jardin d’enfants.
Traduit du russe.

Paroles de Batiouchka (21)

Né en avril 1937, Valerian Kretchetov, prêtre de village, est le prédicateur le plus âgé de l’Éparchie de Moscou. Fils d’un prêtre, frère d’un prêtre, l’Archimandrite Valerian est père de sept enfants, dont un prêtre, et grand-père de trente quatre petits enfants. Il fut ordonné diacre en novembre 1968, et prêtre en janvier 1969. En 1974, il succéda au Père Sergueï Orlov, comme recteur de l’église du Pokrov, au village d’Akoulovo, dans la région de Moscou. Il fréquenta les plus grands starets pendant des dizaines d’années et accomplit dix-huit séjours sur l’Athos. Une quinzaine de livres ont été édités, reprenant prédications, entretiens multiples et interventions devant des groupes très divers.

«Entretiens au Pokrov d’Akoulovo», page 76

Le livre dont l’extrait est tiré

Selon la logique du monde, les gens deviendraient toujours de plus en plus intelligents. Malheureusement, il n’en est pas ainsi. L’intelligence, ne se résume pas à une somme de connaissances.
Saint Nicolas de Serbie disait que les premiers hommes ne connaissaient pas grand chose, mais comprenaient tout ensuite, progressivement, leurs connaissances ont augmenté, mais ils comprennent de moins en moins et à la fin, ils connaîtront énormément de choses, mais ils ne comprendront plus rien.
Traduit du russe

Le Starets Athonite Jérôme (Solomentsov) (2)

Le texte ci-dessous, propose la première traduction en français de la longue biographie du Saint Starets Jérôme (Solomentsov). En 2012, le Saint Monastère athonite de Saint Panteleimon a publié un épais «Paterikon des Athonites Russes des XIXe et XXe siècles». Ce texte en est extrait. Le 27/14 novembre 1885, le Starets et Père spirituel de tous les agiorites russes, Jérôme (Solomentsov) s’en est allé auprès du Seigneur. Ce puissant guide spirituel, élu par la bénédiction particulière de la Très Sainte Mère de Dieu, dirigea la communauté russe du Monastère Saint Panteleimon. Il devint par la suite le père spirituel de tous les moines russes de l’Athos. La Providence divine le chargea d’une obédience particulière et colossale: la restauration du monachisme russe sur le Mont Athos, non pas formellement, mais en profondeur, conformément aux meilleures traditions de la piété monastique. Le début du texte se trouve ici.

(Photo Romphea)

L’étincelle qui alluma cette vie inestimable surgit le 28 juin 1802, dans la ville de Stary-Oskol (aujourd’hui dans l’Oblast de Belgorod), en la famille de Pëtr Grigorievitch Solomentsov, une famille de marchands craignant Dieu et fréquentant l’Église, et originaires de Slabojansk et Stary-Oskol, dans le Gouvernorat de Koursk. De profondes traditions de piété caractérisaient cette famille, et surtout l’amour pour les églises de Dieu et les offices. Un trait distinctif de la famille Solomentsov est que jamais elle n’organisa festins ou banquets. Les dimanches, jours fériés, et lors des fêtes de famille, elle réunissait la parentèle pour chanter les chants et hymnes des offices:tropaires, stichères, dogmatiques, hymne des chérubins, si bien que les voisins disaient d’eux : «Chez Solomentsov, on célèbre toujours des vigiles».
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Saint Luc de Crimée: La Translation des Reliques de Saint Nicolas.

agios-louka-st-lukaInnombrables sont les miracles accomplis par l’intercession du Saint Archevêque et Confesseur de la Foi Luc de Crimée. Saint Luc a illuminé la Terre de Russie et il illumine aujourd’hui le monde entier. Puisse-t-il nous accompagner dans la joie sur notre chemin vers le Christ et nous donner la force de porter notre croix. Afin de nous y aider le Saint homme a prononcé ses homélies et écrit ses textes. Ce site propose la traduction d’homélies et de textes de Saint Luc, à notre connaissance inédits en langue française. L’homélie ci-dessous a été prononcée le 22 mai 1949, à l’occasion de la fête de la translation à Bari des reliques du Saint Thaumaturge Nicolas, Evêque de Myre en Lycie. 

Pendant sept cents ans, le saint corps du grand Saint Évêque et Thaumaturge Nicolas reposa là où avait vécu ce grand et saint homme, à Myre, en Lycie. Mais il y a sept cents ans, le Seigneur permit que des calamités s’abattent sur les pays grecs : de différents horizons arrivèrent des peuples nomades, qui les envahirent, et les peuples musulmans saccagèrent et écrasèrent quasiment toutes les villes de l’Asie Mineure, massacrant les hommes et emmenant femmes et enfants en captivité. En Lycie, Myre, où l’on vénérait les reliques de Saint Nicolas, fut détruite et profanée. Le Seigneur ne permit pas que les reliques du grand saint évêque demeurèrent dans cet endroit souillé, sous le pouvoir des mécréants.
Saint Nicolas apparut dès lors en songe à un saint prêtre de la ville de Bari, dans le Sud de l’Italie, au bord de la Mer Adriatique. A ce prêtre, il ordonna, au Nom de Dieu, de transférer ses reliques de Myre en Lycie en la ville de Bari. Et il lui commanda d’en informer tous les citoyens et les prêtres de la ville. Le prêtre transmis la nouvelle à tout le clergé et au peuple de la ville de Bari. On choisit les plus dignes, ceux qui menaient la vie la plus pure parmi eux et on les envoya à Myre en Lycie afin qu’ils en ramènent les reliques du Saint Évêque Nicolas. On chargea des navires de céréales, ils hissèrent les voiles et naviguèrent vers Antioche, se faisant passer pour des marchands. Dès que le blé fut vendu et déchargé à Antioche, ils voguèrent en hâte vers Myre1.

Tombe de Saint Nicolas à Myre en Lycie. Photo d’Anton Pospelov. Pravoslavie.ru

Arrivés à l’église où était vénéré le corps de Saint Nicolas, ils trouvèrent quatre moines et s’enquirent de l’endroit où reposaient les reliques. Ayant reçu l’information, ils brisèrent les dalles surplombant le cercueil du Saint, délogèrent le cercueil de la tombe et l’emmenèrent sur un de leurs vaisseaux. Deux moines suivirent les reliques qu’ils veillaient jour et nuit, à tour de rôle, les deux autres demeurèrent à Myre. Ils naviguèrent presqu’un mois sur la Méditerranée et rejoignirent le port de Bari dans la soirée du dimanche 9 mai.
La population entière, comme un seul homme, vint à la rencontre des saintes reliques ; tous tenaient un cierge à la main et chantaient des hymnes. Les saintes reliques furent déposées dans l’église de Saint Jean le Précurseur et y furent vénérées pendant trois ans, en attendant la construction d’une nouvelle église, consacrée à Saint Nicolas.
Quand celle-ci fut achevée, la population de Bari invita le Pape de Rome, Urbain, lui demandant de procéder à la translation des reliques de l’église du Saint Précurseur vers la nouvelle église Saint Nicolas. Cet événement, que nous fêtons aujourd’hui se déroula donc le jour béni du 9 mai. Depuis l’époque où les reliques du Saint furent installées, on vit les miracles commencer à se produire, auprès de sa tombe. En trois jours, cent onze guérisons furent recensées, d’hommes et de femmes souffrant de maladies de toutes sortes.
Saint Nicolas apparut alors en songe à un moine qui menait une vie sainte et pieuse et lui annonça : «Voilà que je suis venu chez vous. C’est par ordre de Dieu que je l’ai fait. Voici cent onze hommes et femmes guéris, et je continuerai à guérir».
Voilà le récit des événements. Depuis lors, l’Église célèbre ce saint jour. Et le célèbre dans la joie, en grande pompe, et cette gloire, cette joie, cette exultation est reflétée dans le tropaire de la fête que nous avons entendu aujourd’hui : «Le jour de la solennité lumineuse a commencé, la cité de Bari se réjouit et avec elle tout l’univers est en liesse avec des hymnes et des cantiques spirituels ; car c’est le jour de la sainte solennité du transfert des reliques précieuses et miraculeuses du hiérarque et thaumaturge Nicolas, comme le soleil sans couchant brillant par des rayons lumineux et dissipant les ténèbres des épreuves et des malheurs chez ceux qui s’exclament avec foi : sauve-nous, comme notre grand intercesseur, ô Nicolas».
Ce tropaire de la translation des reliques du Saint Évêque Nicolas reflète le grand, très grand événement que l’on célèbre dans tout le monde chrétien. Depuis lors, le monde entier, tout le monde chrétien vénère saintement ces reliques. Il les vénère car c’est sur un ordre de Dieu qu’elles furent transférées de Myre en Lycie, car, selon ses propres paroles, le Saint Évêque entra à Bari en son corps, en ses reliques. Le monde orthodoxe et le monde catholique romain vénère les saintes reliques. Non seulement celles de Saint Nicolas, mais celles de très nombreux saints évêques et saint martyrs. Il s’agit d’une caractéristique de la vraie Église.
Cette vénération n’est toutefois pas de mise dans toutes les communautés chrétiennes qui sortirent de l’unité avec l’Église Orthodoxe ou avec les Catholiques Romains. Toutes les communautés protestantes, luthériennes et autres sectes ne connaissent pas cette vénération. Celle-ci constitue une caractéristique de l’Orthodoxie et de la confession catholique. Les protestants et membres de sectes nous attaquent du fait de notre vénération des saintes reliques. Ils considèrent qu’il est inadmissible et pour eux, il s’agit même d’un péché, que d’honorer les restes de saints décédés. Que dit-on, en défense de la vénération des saintes reliques par les Orthodoxes et les Catholiques romains ? Nous affirmons ce que ne comprennent pas tous ces sectaires, tout ce que ne veulent pas comprendre les Protestants.
Pas plus tard que dimanche dernier je vous ai parlé de l’immortalité et de la résurrection des corps humains. Je vous ai dit et expliqué la triple dimension de la nature humaine. Cette nature est corps, âme et esprit. J’ai développé ce qu’est l’âme, ce qu’est l’esprit et je vous ai expliqué les relations unissant l’âme et l’esprit au corps. Si vous avez bien écouté ce que je vous ai dit, si vous avez intégré l’image sous-jacente, aujourd’hui, vous comprenez pourquoi nous vénérons les reliques des saints. Si l’essence humaine a trois dimensions, s’il existe un lien intime entre corps, âme et esprit, conditionnant leur interaction, interaction entre le corps, l’âme et l’esprit, si la vie de l’esprit, de l’âme et du corps est une et indivisible, si l’esprit saint, et l’âme juste vivifient le corps, la conséquence de ce lien indestructible entre l’esprit, l’âme et le corps, est que le corps lui-même est saint. Il participe de la sainteté de l’esprit. Si même un récipient de verre qui a longtemps contenu un liquide parfumé peut conserver longtemps, très longtemps ce parfum, même lorsqu’il a été vidé de son contenu, il est facile de comprendre que le corps des saints martyrs qui ont vécu dans l’intimité de l’esprit, de leur esprit, et de leur sainte âme, corps devenu, selon les paroles du Saint Apôtre Paul, le temple de l’Esprit Saint, ce corps donc est lui-même saint, car saint est le temple de l’Esprit Saint. C’est aisé à comprendre.
Ainsi, les corps de chaque saint homme ou sainte femme, non seulement au cours de leur vie mais également après la mort, même le moindre reste du corps des saints, leurs os, sont porteurs de l’essence de la sainteté des saints décédés : ils sont des corps saints, ils sont consacrés par l’esprit saint. Et s’il en va ainsi, ne devrions nous pas traiter avec grande vénération, piété, et même crainte, tous les restes des Saints ?
Oserions-nous oublier les innombrables miracles et guérisons qui se sont produits auprès des tombes et des reliques des saints martyrs, des saints moines, des saints prophètes, des saints apôtres et des saints évêques ?
Oserions-nous oublier tous les miracles dont nous savons qu’ils se sont produits auprès des reliques de Saint Nicolas ?
Oserions-nous oublier ce qui s’est produit très récemment : la manière dont les reliques de notre Saint Seraphim de Sarov se rendirent célèbres ? Oserions-nous oublier les nombreux miracles divins qui se sont produits lors de la translation des reliques de Saint Seraphim ? Nous savons que le cercueil de Saint Nicolas, contenant ses saintes reliques, était rempli de myron parfumé lorsque l’ouvrirent les envoyés chargés de le transférer à Bari. Nous savons que les reliques de nombreux saints exsudent encore et toujours du myron, c’est le cas des reliques de Saint Dimitri de Thessalonique, et c’est pourquoi on l’appelle «le myroblite». Est-il possible d’ignorer tout cela, est-il possible d’ignorer tous ces grands miracles qui se sont accomplis auprès des reliques des saints ?
Connaissez-vous ce grand miracle qui se produisit pendant le quatrième Concile Œcuménique, qui porta sur l’hérésie monophysite ? Le Concile était divisé en deux tendances : l’une considérait comme hérétiques les enseignements d’Eutychès et l’autre inclinait à les admettre comme justes. Ce concile se tint à Chalcédoine, dans l’église où reposaient les reliques de la Sainte et Grande Martyre Euphémie. Ils décidèrent de résoudre le différend entre les deux tendances en le remettant entre les mains de Dieu à travers la Sainte Martyre. Sur un parchemin on consigna les enseignements orthodoxes, sur un second, ceux des monophysites. La tombe de la Grande Martyre fut ouverte et on déposa sur son corps, à hauteur de sa poitrine les deux parchemins, après quoi la tombe fut refermée et scellée. Pendant trois jours, tous les Pères du Concile prièrent avec ferveur, afin que Dieu dévoilât son jugement, à travers la Grande Martyre. Le troisième jour, on fit sauter les scellés placés sur la tombe, on ôta le couvercle et on constata le divin miracle : le parchemin sur lequel étaient couchés les principes monophysites se trouvait sur les jambes de la Sainte Martyre, alors que le second parchemin, elle le tenait en main. Elle souleva celle-ci, comme si elle vivait encore, et le remit au Patriarche de Constantinople.
Quand pareils divins miracles sont accomplis par les reliques des saints, comment pourrions-nous ne pas vénérer les reliques, comment ne pas vénérer en ces reliques les saints eux-mêmes, qui vivent et vivront dans leur corps jusqu’à la fin ? Comment ne pas les vénérer, comment ne pas nous prosterner devant ces reliques, devant ces restes, puisqu’ils sont saints, puisqu’ils sont consacrés par l’Esprit de Dieu qui habite ces corps des morts? Comment ne pas leur rendre hommage, comment ne pas se réjouir de tout cœur de la glorification des reliques ?
Vous savez que les gens du monde, tout à fait étrangers à notre Église, vénèrent non seulement la mémoire mais aussi les restes de personnages qui ont accompli de grandes choses dans la vie du monde, dans le cadre des activités humaines. Vous savez qu’ils rassemblent et conservent tout ce qui a appartenu à de tels hommes, ils installent des musées dans lesquels ils rassemblent tout ce qui a trait à la mémoire des grands de ce monde, les choses qui leur ont appartenu, les documents liés à leurs activités.
Et nous ne devrions pas conserver les restes des vêtements de Seraphim de Sarov ? Et nous ne devrions pas les préserver ici avec vénération, dans ce reliquaire ? Et nous ne devrions pas conserver tout ce qui lui a appartenu ? Et nous ne devrions pas conserver les choses qui appartenaient aux Saints de Dieu ? Et nous ne devrions pas vénérer et chanter les louanges de leurs saintes reliques ? Il ne faudrait pas vénérer et louer les saints ?
Bien sûr, notre vénération diffère fort de l’hommage rendu dans les musées dédiés aux grands de ce monde. Nous encensons les reliques, nous nous agenouillons devant elles, nous les embrassons. Devant elles nous prions celui ou celle qui vécut jadis dans ce corps. ET nous recevons, souvent nous recevons ce que nous avons demandé.
Et nous ne vénérerions pas les reliques d’un saint tel que le Grand Nicolas, le thaumaturge de Myre en Lycie ?

Fresque restaurée  dans l’église à Myre en Lycie. Photo : Anton Pospelov, Pravoslavie.ru.

Restons humbles, ne nous troublons pas des attaques de la part des mécréants, de la part des Protestants et autres sectateurs qui se moquent de nous parce que nous vénérons les saintes reliques.
Occupons-nous plutôt de ce que notre corps devienne à son tour une relique, une sainte relique. Vous devez savoir que dans les hymnes funéraires, la dépouille mortelle de tout Chrétien est appelée relique. C’est le même terme qui désigne le corps des saints décédés, car tous les Chrétiens sont sanctifiés par l’Esprit Saint, car en eux habite l’Esprit Saint, car ils doivent être les temples de l’Esprit Saint.
Souvenez-vous-en et avancez avec crainte sur le chemin de votre vie : craignez de souiller votre temple corporel qui doit être le temple de l’Esprit Saint…
Vivez de façon à ce que après votre mort ont nomme ‘relique’ votre dépouille mortelle, et même ‘sainte relique’. Amin.
Traduit du russe

Paroles de Batiouchka (20)

Né en avril 1937, Valerian Kretchetov, prêtre de village, est le prédicateur le plus âgé de l’Éparchie de Moscou. Fils d’un prêtre, frère d’un prêtre, l’Archimandrite Valerian est père de sept enfants, dont un prêtre, et grand-père de trente quatre petits enfants. Il fut ordonné diacre en novembre 1968, et prêtre en janvier 1969. En 1974, il succéda au Père Sergueï Orlov, comme recteur de l’église du Pokrov, au village d’Akoulovo, dans la région de Moscou. Il fréquenta les plus grands starets pendant des dizaines d’années et accomplit dix-huit séjours sur l’Athos. Une quinzaine de livres ont été édités, reprenant prédications, entretiens multiples et interventions devant des groupes très divers.

«Entretiens au Pokrov d’Akoulovo», pages 71 & 72

Le livre dont l’extrait est tiré

On raconte l’histoire suivante. Un jour, un homme vint voir un starets et lui dit :
– Je veux apprendre!
– Ah tu veux apprendre ? C’est bien !
Et il commença à lui lire le psautier, jusqu’à ce qu’il arrive au verset : «Je garderai mes voies afin de ne pas pécher par ma langue» (Ps.38). Alors, l’homme dit :
– Cela suffit !
Et il s’en alla. Vingt ans plus tard, il revint. Le starets lui demanda :
– Pourquoi donc n’es-tu plus revenu ?
– C’est maintenant seulement que j’ai appris comment tenir ma langue !
Vous rendez-vous compte quel exploit ascétique représente la capacité de savoir tenir sa langue ?! Dans le Livre de la Sagesse de Sirach, il est écrit : «Le sage garde le silence jusqu’au moment opportun; l’impertinent et l’insensé parlent à tort et à travers» (Sirach, 20,7).

Le Starets Athonite Jérôme (Solomentsov) (1)

La série de traductions proposant pour la première fois une version française des Huit Lettres d’Occident du Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski) étant terminée, une nouvelle série débute ci-dessous, proposant la première traduction en français de la longue biographie du Saint Starets Jérôme (Solomentsov). En 2012, le Saint Monastère athonite de Saint Panteleimon a publié un épais «Paterikon des Athonites Russes des XIXe et XXe siècles». Le texte ci-dessous en est extrait. Le 27/14 novembre 1885, le Starets et Père spirituel de tous les agiorites russes, Jérôme (Solomentsov) s’en est allé auprès du Seigneur. Ce puissant guide spirituel, élu par la bénédiction particulière de la Très Sainte Mère de Dieu, dirigea, par la bénédiction du Starets Arsène, la communauté russe du Monastère Saint Panteleimon. Il devint par la suite le père spirituel de tous les moines russes de l’Athos, tant cénobites qu’ermites, qu’il rassembla sous l’aile de ses prières et de ses bénédictions. La Providence divine le chargea d’une obédience particulière et colossale: la restauration du monachisme russe sur le Mont Athos, non pas formellement, mais en profondeur, conformément aux meilleures traditions de la piété monastique. Il assuma merveilleusement cette tâche que Dieu lui confia et qui immortalisa son nom dans l’histoire de l’Athos et dans celle de la Sainte Rus’.

Le Monastère Saint-Panteleimon

En 1840, le Hiéromoine du grand schème Paul, guide de la communauté des moines du Monastère de Saint-Panteleimon sur le Mont Athos s’en alla auprès du Seigneur. L’Higoumène Gérassime invita tous les moines à participer aux funérailles. Le chagrin causé par cette perte était d’autant plus profond que le Père Paul ne laissait pas de famille spirituelle derrière lui ; il n’avait pas de successeur qui aurait hérité de ses bénédictions et dons et spirituels et qui aurait rassemblé autour de lui le troupeau devenu orphelin du défunt starets. Et les pères russes ne voyaient parmi eux-mêmes personne qui fût capable de prendre sur lui la croix du supérieur. Par la volonté divine la lignée du très pieux Père Paul s’est éteinte, sans avoir poussé de rameaux. Toutefois, le guide principal et racine même de tous les Russes sur l’Athos, le grand starets et père spirituel, le Hiéromoine du grand schème Arsène, était encore vivant! Lire la Suite