Le Saint Archevêque-Martyr Hilarion (Troïtski) : Progrès et Transfiguration. (1/3)

Traduction du texte, publié le 26 décembre 2007 sur le site Pravoslavie.ru, et qui fut le discours prononcé le 3 septembre 1914 devant l’auditoire de l’Académie de Théologie de Moscou par le Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski), Archevêque de Verey et Vicaire du Patriarche de Moscou. Le texte original fut publié pour la première fois dans le «Богословский вестник» tome 3, № 10-11 et signé ‘Archimandrite Hilarion’. L’actualité stupéfiante de la réflexion du saint martyr, datant d’un siècle, place dans une perspective orthodoxe les événements que nous vivons depuis le début du XXIe siècle. La traduction du discours est proposée en deux parties dont voici la première.

Voici cent ans, s’éteignait le foyer de l’incendie européen. Alors débuta l’existence de l’Académie de Théologie de Moscou. L’embrasement, encore plus effroyable, d’un nouvel incendie européen, illumine les solennités de son centenaire. Qui notre Russie combattit-elle voici cent ans? La France, les «lumières», la France progressiste. Notre ennemi était alors un pays qui venait de vivre un siècle de «lumières», avec Voltaire et la Révolution, un pays qui proclamait les grands principes de liberté, égalité et fraternité, et inventait la guillotine afin de donner vie à ces hauts principes. Aujourd’hui, nous combattons l’Allemagne. Mais n’est-ce pas l’Allemagne qui ces derniers temps marche en tête de la culture européenne et du progrès? Sans aucun doute, c’est elle. Sur la voie du progrès, elle dépasse tout le monde, de loin. En Allemagne, le Russe s’ébahit de tout ce qu’il est possible de faire pour rendre plaisante la vie sur terre. Involontairement, une pensée obsède notre conscience: nous sommes si arriérés! Je fis moi-même cette expérience, lors de mon voyage à travers l’Allemagne, de Torun à Cologne et Aix-la-Chapelle. «En tout ce qui concerne la dispensation terrestre, l’Allemagne occupe la première place, joue le rôle d’école de civilisation, maintenant, l’hégémonie culturelle lui revient car toute la culture manufacturière-capitaliste et scientifique-idéaliste, jusqu’à un certain point, made in Germany [En anglais dans le texte. N.d.T.], porte le sceau de l’esprit germain»1 .
Qu’y a-t-il donc dans le destin de la Russie qui la fasse livrer la guerre aux sociétés humaines avancées et cultivées? Que sommes-nous, les Russes, les destructeurs ou les sauveurs de la culture européenne? Je pense que notre différend, notre opposition avec l’Europe gît plus profondément sous la surface des événements actuels que nous observons; l’opposition concerne le fondement idéel de l’acception même de la vie.
Les succès culturels qu’engrangèrent nos opposants «éclairés par les Lumières» furent possibles, évidemment, à la seule condition que la plus grande partie du peuple y accorde de l’attention. Le progrès culturel exige inconditionnellement, afin de s’épanouir, la servilité totale de la société humaine. Le progrès culturel est atteint par ceux pour lesquels il est devenu une sorte d’idole.Et, bien sûr, il ne fait aucun doute que pour la conscience européenne, le progrès n’est plus depuis longtemps un idéal seulement, mais bien une idole. N’est-ce pas avec une certaine piété que les mots «culture», «progrès» et autres sont prononcés par les Européens contemporains, ainsi que par nos européistes; pour eux, ces mots sont sacrés. Ils sont prêts a déclarer que tout propos contre la valeur de la culture est un blasphème. L’hérétique, qui doute de la valeur du progrès ou qui n’en accepte pas complètement la valeur, est menacé d’être battu à coups de trique.
Mais il n’est pas difficile de montrer que le progrès est, des points de vue idéel et pratique, lié à la guerre. Et en découlent aussi, par une sorte de nécessité, la cruauté et la brutalité des Allemands, dont parlent les journaux du moment. L’idée du progrès n’est-elle pas l’application à la vie humaine du principe général de l’évolution? Mais la théorie de l’évolution est la légitimation du combat pour l’existence. Dans ce combat, les plus faibles meurent, et survivent ceux qui sont les plus aptes à combattre. Appliquez ce combat pour l’existence aux relations mutuelles entre les peuples tout entiers et vous obtiendrez la guerre, et vous comprendrez le sens de la poigne de fer allemande. La guerre est un combat international pour l’existence, le poing armé est le dispositif le plus adapté à ce combat. Mais c’est Nietzsche qui a eu le dernier mot en matière d’évolution. Il a montré le but ultime de ce développement. Ce but est le surhomme. Le surhomme atteint sa hauteur parce qu’il est juché sur les cadavres des faibles. Il est cruel et sans pitié. Pour Nietzsche, le Christianisme, avec sa douceur, son humilité, son pardon et sa miséricorde, est répugnant. Le surhomme doit rompre définitivement avec les vertus chrétiennes, elles ne sont pour lui que vice et perdition. Chez Gorki, Ignace Gordeev apprend à son fils Thomas, dans l’esprit nietzschéen, comment traiter les gens : «Voilà l’affaire:disons que deux planches tombent dans la boue, une pourrie, et l’autre, une bonne, une planche saine. Que dois tu faire, ici? Une planche pourrie, quel en est le profit? Tu la laisses traîner dans la boue, et tu marches dessus pour ne pas salir tes pieds»Thomas Gordeev»). Appliquez ces propos à la politique, et vous obtiendrez la politique de l’Allemagne. L’Allemagne ne cherche-t-elle pas à noyer enfoncer les peuples dans la boue, pouvant ainsi les piétiner, afin de ne pas se souiller les pieds? On peut affirmer que la politique allemande est imprégnée de l’esprit nietzschéen. «Deutschland, Deutschland über alles!», voilà le refrain du patriotisme allemand. Les peuples faibles, ce sont les planches sur lesquelles, sans se salir les pieds, avance sur la voie du progrès le grand peuple germain. Et même les grands peuples, même le peuple russe, les Allemands sont prêts à les considérer comme du fumier pour améliorer le sol sur lequel doit croître et fleurir le progrès culturel allemand. Le progrès a besoin de richesses, donnez-les nous! Ruinez-vous, et même, mourez de faim, mais vive notre progrès germain! Voyez donc l’amitié politique de l’Allemagne éclairée et des barbares que sont incontestablement les Turcs! Pour les protestants qui «restaurent le christianisme véritable» les mahométans sont incomparablement plus agréables que les Chrétiens orthodoxes. Pourquoi? Et bien parce qu’ils ne rouspètent pas devant le pillage allemand et sont docilement disposés à devenir un peuple-fumier. L’année dernière des combats eurent lieu dans les Balkans. Cela faisait l’affaire des Allemands! Et quand les Allemands agitèrent-ils particulièrement leur épée? Lorsque les Serbes atteignirent la Mer Adriatique. Ce petit peuple obtenait alors la possibilité de gérer son propre commerce et de devenir économiquement indépendant des Allemands. Cela, la nation progressiste allemande ne pouvait le supporter. Les cliquetis du sabre allemand pouvait dans ce cas être traduit par ces mots : «Ne vous y risquez pas! Vous devez travailler. Nous seuls pouvons nous enrichir, car c’est nécessaire pour l’épanouissement culturel de notre pays authentiquement éclairé!». Et voilà l’Europe réduite en cendre par les incendiaires allemands!
Ainsi se dévoile le lien indissoluble et essentiel du progrès avec la guerre et la cruauté.Le fer et l’épée frayent une voie vers l’avant à l’humanité. Le rouleau du progrès passe sur les cadavres et laisse derrière lui une traînée de sang. La guerre est le meilleur indicateur de l’état intérieur du progrès culturel, et dans cet état intérieur du progrès se dévoile une effroyable tragédie. Car qu’est-ce qui progresse plus vite que tout? Les armes de guerre, c’est-à-dire les armes de destruction des cultures humaines et des vies humaines elles-mêmes progressent incomparablement plus rapidement que les facilités culturelles de la vie. Un cuirassé vieillit beaucoup plus vite qu’un homme:à vingt ans d’âge le cuirassé est un vieillard impotent. Voilà la rapidité du perfectionnement des armes mortelles. Voici dix ans, nous ne connaissions pas même le mot «aéroplane», et maintenant, on lit les récits de la guerre dans les airs. La vie n’a pas encore tiré de bénéfice des aéroplanes, mais la mort ne peut plus s’en passer dans ses champs de batailles sanglants. C’est terrible que de s’imaginer la guerre avec toutes ses horribles armes et ses munitions énormes, ses mines et ses explosifs, ses bombes et ses shrapnels, ses tranchées à loups et ses clôtures de barbelés. C’est vraiment une sorte d’enfer et de folie! Les guerres du siècle qui vient de se terminer ont l’air de distractions enfantines. C’est cela, le progrès! Et c’est pourquoi nous pouvons dire que la guerre est l’auto-malédiction du progrès!
Mais le génie russe porte un jugement sévère sur la civilisation européenne, et le progrès tel qu’il l’envisage, conformément à son propre idéal, diffère essentiellement de l’idéal du progrès européen. Pendant la Guerre de Turquie, Dostoïevski écrivit dans son «Journal» : «Parmi les petits enfants slaves emmenés à Moscou, il est une petite fille, âgée de neuf ou dix ans, qui s’évanouit souvent et à laquelle on apporte beaucoup d’attention. Elle s’évanouit quand elle se souvient : de ses propre yeux, elle a vu, cet été, comment sont père fut écorché vif par les Tcherkesses. Il ne lui restait pas le moindre lambeau de peau. Chez elle, ce souvenir est devenu lancinant, le demeurera vraisemblablement toujours, peut-être sous une forme adoucie au fil des années, bien que je ne sois pas sûr qu’en ce cas, il puisse y avoir une forme adoucie. O civilisation! O Europe, dont les intérêts seraient sérieusement affectés si elle interdisait sérieusement aux Turcs d’écorcher vif un père sous les yeux de ses enfants! Mais il s’agit bien sûr des intérêts supérieurs de la civilisation européenne, le commerce, la navigation, le marché, les usines; que peut-il y avoir de plus élevé aux yeux européens? Ces intérêts sont tels qu’on ne peut imaginer y toucher, non seulement avec la main, mais même en pensées, mais…mais ‘qu’ils soient maudits ces intérêts de la civilisation européenne!». C’est un honneur pour moi d’adhérer à cette exclamation : oui, oui, qu’ils soient maudits ces intérêts d’une civilisation, et aussi cette civilisation elle-même, si pour sa préservation il est nécessaire d’écorcher les gens. Mais il s’agit bien d’un fait : pour sa préservation il est nécessaire d’écorcher les gens2». Voilà ce dont ne peut s’accommoder la conscience russe! La peau d’un homme, fût-il petit ou insignifiant, est plus chère à la conscience russe que les succès les plus grandioses du progrès. La conscience russe voit que pour atteindre le succès de la civilisation, il est nécessaire d’écorcher les gens, et aucun discours concernant la culture et le progrès ne pourra la tranquilliser. Car, évidemment, la conscience russe a son propre idéal, essentiellement différents de l’idole européenne du progrès.
Où est-il donc et en quoi consiste-t-il cet idéal? Nous pouvons affirmer, avec les anciens slavophiles que l’Orthodoxie détermine l’esprit des Slaves. L’idéal de vie des Slaves est l’idéal religieux de l’Orthodoxie. Mais qu’est-ce que l’idéal religieux de l’Orthodoxie? L’idéal de l’Orthodoxie n’est pas le progrès mais la Transfiguration. Le Nouveau Testament parle de la transfiguration de la nature humaine. Le Christ parla à Nicodème d’une nouvelle naissance. Selon les paroles de l’Apôtre Paul, celui qui est dans le Christ est une créature nouvelle (2Cor. 5,17). Les hommes doivent être porteurs de l’image de l’Adam céleste (1Cor. 15,49). De gloire en gloire ils se transfigurent par l’Esprit du Seigneur (2Cor. 3,18). Une habilitation se produit en l’homme nouveau, créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la Vérité (Eph. 4,24). «Car je vais créer de nouveaux cieux Et une nouvelle terre!» dit le Seigneur, à travers son antique prophète (Is. 65,17). Selon les termes de l’Apôtre Pierre, un nouveau ciel et une nouvelle terre sont attendus (2Pier. 3,13). Et le prophète du Nouveau Testament dit : «Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus. Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s’est parée pour son époux. Et j’entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.»(Apoc.21,1-4).
Le processus de transfiguration de la nature de l’homme et de la créature terrestre se développera immuablement et continuellement, jusqu’à ce que dise Celui qui est assis sur le Trône : «Voici, je fais toutes choses nouvelles. …C’est fait! Je suis l’alpha et l’oméga» (Apoc.21,5-6). Un jour, tous se soumettront au Fils et alors «le Fils Lui-même sera soumis à Celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.»(1Cor.15,28). Le Nouveau Testament ne connaît pas le progrès, au sens européen de ce terme, signifiant un mouvement vers l’avant sur un seul plan. Le Nouveau Testament parle de la Transfiguration de la nature et du mouvement qui s’en suit, non pas vers l’avant, mais vers le haut, vers les Cieux, vers Dieu. En résumé, le Nouveau Testament proclame : «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait» (Mat.5,48). (A suivre)

Traduit du russe

Source

Le Saint Père Jean de Kronstadt ressuscita des morts.

Le texte ci-dessous est la traduction du récit d’Evguenii Vadimov, publié originellement dans le journal «Le Temps Nouveau» (Новое Время), n°2555, en 1929. Il a été repris dans le livre «Le Père Jean de Kronstadt» de I.K. Sourskii, aux pages 220-222 du chapitre 65 du tome I. La version du livre utilisée ici est celle qui fut publiée en 2008 à Moscou par les Éditions «Otchii Dom», et qui regroupe en un seul volume les deux tomes du livre écrits l’un à Paris, l’autre à Belgrade, par l’auteur. Ce récit indique qu’à travers la prière du Père Jean, le Seigneur a trouvé bon de ressusciter un mort. Un autre chapitre du même livre conte la résurrection d’un autre mort à travers le Père Jean.

Le Père Jean lui-même, dans ses écrits rappelle humblement qu’il ressuscita un mort. Il écrit qu’il avait été invité à prié pour la guérison d’un enfant malade. Quand il arriva, le petit était déjà décédé, mais après sa prière, l’enfant se remit à vivre.
Madame O-va, une femme en vue, éclatante de santé, déjà mère de trois ou quatre enfants fut de nouveau enceinte et se préparait à être mère d’un enfant supplémentaire. Soudain, quelque chose se passa. La femme se sentit mal. Sa température s’éleva jusque 40°, une immense faiblesse et des douleurs qui lui étaient jusqu’alors inconnues la torturèrent pendant plusieurs jours. On appela évidemment de Moscou les meilleurs médecins et des sages-femmes de renom, dont on sait qu’il n’y a jamais pénurie, dans la ville de la Clinique Pigorov.
«A Dieu ne plaise ce qui se passe chez mon oncle! Me dit le matin Sacha T. Lors de notre habituelle rencontre quotidienne au manège du régiment lorsque montent les officiers. Liza est à la mort. Hier, des professeurs ont tenu conseil… Si on ne pratique pas aujourd’hui une césarienne afin d’extraire le cadavre du bébé, elle ne survivra pas. Mon oncle est au désespoir. Maman est à leurs côtés en permanence. Chez eux, c’est l’horreur et la confusion…»
Dès que prirent fins nos obligations quotidiennes au régiment, Sacha et moi hélâmes le premier cocher casse-cou qui passait et lui demandâmes de foncer jusque chez O. Dès que nous aperçûmes le majordome dans le couloir inférieur, visiblement, le désespoir et la frayeur régnaient ensemble dans la maison en ces moments.
«Pour l’instant, rien ne change, nous chuchota le serviteur âgé. La barine souffre de température élevée et d’étourdissement… Mais seulement elle n’a pas permis qu’on lui fasse une césarienne aujourd’hui… Elle n’arrête pas de réclamer le batiouchka de Kronstadt. Un télégramme a été envoyé».
Le soir même arriva une courte dépêche de Kronstadt:«J’arrive avec le courrier express. Je prie le Seigneur. Ioann Sergueev».
Le Père Jean de Kronstadt connaissait déjà la famille O. depuis longtemps et demeurait chez eux lors de ses séjours à Moscou. Appelé par télégramme, il arriva le lendemain au milieu de la journée dans l’appartement de O., rue Miasnitskaia, dans laquelle à ce moment était assemblée une foule composée de membres de la famille et de connaissances, qui attendait avec résignation et piété, dans le salon adjacent à la chambre où gisait la malade.
«Où est Liza?», demanda le Père Jean, entrant de son habituel pas pressé dans le salon. «Conduisez-moi près d’elle, et vous tous, restez ici et ne faites pas de bruit».
Le Père Jean entra dans la chambre de la mourante et ferma soigneusement derrière lui la lourde porte. Plusieurs minutes s’écoulèrent, longues, lourdes, jusqu’à compter une demi-heure. Dans le salon, la foule des proches gardait le silence, comme dans une crypte funéraire. Soudain, la porte donnant sur la chambre s’ouvrit largement avec bruit. Dans l’embrasure se tenait le vieillard aux cheveux gris, vêtu d’une tunique de prêtre dont l’avant était couvert d’un épitrachilion élimé. Il portait une barbe grise clairsemée. Son visage était inhabituellement rouge, suite à la tension des ardentes prières qui venait d’être vécue. On apercevait d’énormes gouttes de sueur. Soudain retentirent des paroles qui nous semblaient terribles, menaçantes, sorties d’un autre monde. «Il a été agréable au Seigneur Dieu d’accomplir un miracle! Prononça le Père Jean. Il Lui a été agréable d’accomplir un miracle et de ressusciter un fruit mort! Liza a mis au monde un petit garçon…»
«C’est à n’y rien comprendre du tout!… Dit d’une voix troublée l’un des professeurs, venu auprès de la malade pour pratiquer l’opération, quasiment deux heures après que le Père Jean fut reparti vers Kronstadt. L’enfant vit. Ce petit remue, la température est tombée à 36,8°. Je n’y comprends rien… J’étais convaincu, et je le suis encore à cet instant, que le bébé était mort et que l’infection s’était propagée dans le sang». Les autres étoiles de la science, dont les calèches s’étaient mises en route pour les emmener, n’y comprenaient rien, elles non plus.
Cette nuit-la, Madame O. avait rapidement et heureusement mis au monde un garçon en parfaite santé, qu’il me fut donné de rencontrer à maintes reprises chez T., rue Karetno-Sadovoï, alors qu’il était pensionnaire du Lycée Katkov.

Traduit du russe.

Le Saint Tsar Nicolas. Une Vie pour la Russie

Le Saint Tsar Nicolas II

Nous proposons à l'attention du lecteur les souvenirs incroyablement touchants du Capitaine de second rang, Boris Apreliev (1888-1951), qui, dès 1908, servit à bord du navire impérial, le «Shtandart». Conformément à la volonté du Destin, il se retrouva à l'étranger après la révolution. En 1932, l'officier de Marine écrivit le livre «Ne jamais oublier»  (нельзя забыть), «une modeste contribution faite de souvenirs personnels à la mémoire du défunt Empereur Nicolas Alexandrovitch et de son Auguste Famille» où, «peut-être au détriment de la qualité du style et de la beauté du mot», il a été tenté de refléter «seulement la vérité, la simple vérité d'un homme» au sujet de la Famille du Tsar, qu'il avait le bonheur de connaître personnellement ...Ce texte a été publié dans le journal «La Croix Orthodoxe» n°12 du 15 juin 2017..

Grâce à mon affectation sur le «Shtandart», il me fut donné de percevoir la vie simple du Souverain et de la Souveraine, comme celle d’un homme et d’une femme, entourés de leurs enfants qui les adulaient, qui profitaient de brèves périodes de repos au sein du réseau des îles côtières (l’archipel constitué de petites îles et écueils rocheux séparés par d’étroits hauts-fonds que séparent des détroits étriqués1 ), sur le «Shtandart», accablés de bien plus de soucis et de tristesses que maints de leurs sujets. Ces chagrins que, peut-être, ils ne révélaient à personne, étaient souvent visibles sur le «Shtandart». Mais ce qui sautait aux yeux plus que tout, et ils en avaient une conscience aiguë dans leur vie pratique, c’était qu’ils ne vivaient pas pour eux-mêmes, que tout ce luxe ne leur était pas destiné, mais qu’eux-mêmes et tout ce qui les entourait appartenaient à la Russie, servaient son bien-être et sa gloire. Combien d’entre nous, pécheurs, sans parler des «idéalistes» de la révolution, pouvons-nous dire sincèrement que nous vivons pour la Russie ? Guère, évidemment. Et qui, et comment comprennent-ils leur service? Leur compréhension est-elle fidèle? Pareil service est-il utile à la Russie ? Toutes ces questions dépassent mes compétences ainsi que le but des présentes notes. Mais le fait que le Souverain et la Souveraine vivaient à travers la Russie et pour la Russie et non pour eux-mêmes, cela, je l’ai vu personnellement, pendant mon service sur le «Shtandart» et je ne puis m’abstenir de le souligner. Les deux mois que j’ai passés à proximité de la Famille du Tsar fourmillent de souvenirs. Certains sont tellement étourdissants que ce me serait pécher que de les taire. De plus, leur vie sur le «Shtandart» est connue d’assez peu de gens. Lire la Suite

Saint Jean de Kronstadt. Les Royaumes terrestres vacillent faute de foi et de respect de loi.

Le texte ci-dessous est la traduction d’une homélie prononcée le 06/19 mai 1907 par Saint Jean de Kronstadt. C’est ce jour de l’année que naquit, en 1868, le Saint Tsar-Martyr Nicolas II. Le saint pasteur de Kronstadt ne manquait jamais à cette occasion de prononcer à l’intention des fidèles des paroles rappelant l’importance essentielle que revêtait à ses yeux le pouvoir du Tsar, et le fondement spirituel de cette importance. Évidemment, les paroles des saints transcendent le temps, et celles que l’on peut lire ci-après peuvent certainement s’appliquer aux «royaumes terrestres» de notre époque. L’homélie ci-dessous est extraite du livre «De l’Église et du Jugement Dernier», Moscou, Sébastopol, 2018, éditions de la «Société ecclésisastico-historique», pp. 368 à 372. («О Церкви и Страшном Суде»).

La Russie et l’Église fêtent solennellement en ce jour l’anniversaire de la naissance du Tsar de toutes les Russie, couronné par Dieu pour régner. La Russie et l’Église prient le Tsar des tsars, le Roi des rois, pour le succès et les victoires de notre Tsar terrestre, pour sa longévité, sa santé, et son salut, et pour que le Seigneur se hâte à lui venir en aide et l’assiste en toutes choses, et qu’Il soumette à ses pieds tous ses ennemis et perfides rivaux. J’adresse à vous tous, en tant que membres de la famille humaine, cette question: que signifient ces deux paroles: la parole et le commandement du Créateur au premier homme, et la parole mensongère et tentatrice du meurtrier de l’homme, le diable? Notez les conséquences pour l’homme de l’une et l’autre de ces paroles. De quoi s’agit-il essentiellement? L’une est parole de vie, de joie de vivre, créatrice. L’autre est mensonge, rêverie, assombrissement délétère. Lire la Suite

Geronda Grigorios de Dochiariou. «Ne soyez pas des poules mouillées» 2/2

Traduction d’un texte préparé par Madame Olga Orlova et publié le 30 octobre 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Il propose un portrait vivant de l’ancien higoumène du saint Monastère de Dochiariou, sur le Mont Athos. Geronda Grigorios est parti rejoindre la foule des saints moines qui chantent éternellement les louanges du Seigneur au pieds de Son trône, le 2019. Voici la seconde partie du texte. La première est ici.

Que répondit Geronda au Patriarche Bartholomeos au sujet des Russes ? (par le moine du grand schème Valentin (Gourievitch), père spirituel du Monastère Donskoï à Moscou). (Suite)

Geronda protégeait le monachisme féminin, mais adoptait une attitude très sévère envers la présence de femmes dans les monastères masculins. Un exemple illustre cette attitude très sévère. Je me souviens que lors de notre entretien dans l’arkhondarikon, il s’adressa soudain à moi :
-Chez vous, au monastère, il y a des femmes ?
-Il y en a. Confirmai-je.
-Mais que font-elles chez vous? S’emporta-t-il?
Je répondis :
-Elles nettoient l’église, à la cuisine, elles lavent les pommes de terres, elles préparent la nourriture, elles font la lessive. Elles travaillent au potager, sèment les légumes dans les serres, les plantent et les entretiennent dans les plates-bandes. Elles arrosent les fleurs…
-Et vous pourriez m’inviter dans votre monastère? Demanda-t-il à brûle pourpoint.
-Evidemment, je ne suis pas le supérieur, mais venez! Lui répondis-je. Nous vous accueillerons avec plaisir. Lire la Suite

L’Évêque Arsène (Jadanovski) de Serpoukhov: Le Père Jean de Kronstadt. (6)

Alexandre Ivanovitch Jadanovski, dont le père était prêtre, naquit dans l’Éparchie de Kharkov, le 6 mars 1874. Hésitant devant l’orientation qu’il allait donner à sa vie, il écrivit, sans trop d’espoir de recevoir une réponse à Saint Jean de Kronstadt, lui demandant sa bénédiction pour devenir moine. Il reçut une réponse enthousiaste du Saint Pasteur de toute la Russie, et fut tonsuré en 1899. Vicaire de l’Éparchie de Moscou, il fut le dernier supérieur du Monastère du Miracle, au Kremlin, à Moscou. A cette époque il lui fut donné de rencontrer régulièrement le Saint Père Jean de Kronstadt, de concélébrer avec lui, de converser avec lui. Vladika Arsène fut condamné à mort, et fusillé le 27 septembre 1937, au polygone de Boutovo, pour avoir «fondé et organisé une organisation [sic] illégale et contre-révolutionnaire de clercs monarchistes». Il a laissé de nombreux écrits, dont, son autobiographie, son journal, plusieurs écrits biographiques, et ses souvenirs du Père Jean de Kronstadt. Voici la sixième et dernière partie de la traduction de ce texte. Les parties précédentes se trouvent ici.

Le Père Jean jouissait du don des larmes. On pouvait souvent le constater lorsqu’il célébrait la Divine Liturgie, pendant sa prière intérieure de repentir et lors de ses contemplations spirituelles. Ces larmes, disait-il n’endommageaient pas sa vue. «Toi, Seigneur, Tu as voulu que je ne craigne pas de verser devant Toi des larmes de repentir et de tendresse, car elles n’affaiblissent pas, mais purifient et renforcent ma vue. Les larmes de ce monde, larmes de tristesse terrestre affaiblissent et finissent par aveugler complètement l’homme qui pleure abondamment, mais les larmes de grâce produisent l’effet contraire. Pour cela et pour tout ce qui est bon, gloire à Dieu». Lire la Suite