Il conversait avec les anges et voyait les démons. A la mémoire du Starets Adrian (Kirsanov).(1/2)

Texte écrit par Madame Olga Orlova, à l’occasion du quarantième jour après que l’archimandrite Adrian (Kirsanov), starets de la Laure des Grottes de Pskov, eût quitté les chemins de cette terre pour rejoindre ceux du Ciel. Le texte a été publié le 6 juin 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Plutôt que de se limiter à l’énumération de souvenirs de ce héros de l’ascèse, Madame Orlova a décidé d’introduire une dimension pratique: comment s’adresse-t-on à un starets, qu’est-ce qu’il faut pour que le Seigneur manifeste un starets et finalement, comment mener notre lutte à l’aide de leur souvenir? Et le sous-titre du texte pourrait être cet extrait: «C’est regrettable, mais les startsy s’en vont….»

C’est en imitant un saint qu’on le vénère
Saint Jean Chrysostome

Comment nos startsy devenaient des startsy, par Vladika Tikhon, Métropolite de Novosibirsk et Berdsk

Métropolite Tikhon

Alors qu’il faisait encore partie de la communauté de la Laure de la Trinité Saint Serge, le Père Adrian, avec la bénédiction du Père Spirituel de la Fraternité, le Starets Kyrill (Pavlov) exorcisait les possédés.
Ooh, je me souviens, nous étions allés à la Laure, avec ma Grand-Mère Ekatarina Stephanovna, et une de mes sœurs. Pour la première fois, je vis comment le Père Adrian exorcisait. Nous étions entrés au sous-sol de l’église principale de la Dormition. Et ce qui se passa, là, bonne mère!!! Des aboiements, des jurons… Nous nous tenions éloignés de côté, demeurant debout pour parer à toute éventualité.
En 1947, dix ans après être allé pour la première fois à la Laure, j’y retournai, car je faisais mon entrée au Séminaire de Théologie de Moscou. Je me souviens comme nous, les séminaristes, attendions, après l’office, ou même après le repas communautaire, le Père Archimandrite Cyrille et Batiouchka Adrian. Ils étaient liés, quelque chose les attachait l’un à l’autre; souvent on les voyait ensemble («Avec celui qui est pur tu te montres pur» Ps.17,26). On dit «Ne cherchez pas les saints, cherchez les doux». Ces startsy avaient une telle attitude, une simplicité d’âme, l’amour d’autrui. Et pourtant, comme le Père Cyrille et bien-sûr le Père Adrian étaient-ils alors startsy? Ils avaient tout au plus la cinquantaine. Mais dans la mesure où j’étais moi-même très jeune à l’époque, ils faisaient figure, pour moi, de vieillards pétris de sagesse, des guerriers du Christ expérimentés.
Ils étaient exigeants, tout d’abord vis-à-vis d’eux-mêmes. Ils s’imposaient des limites en toutes choses. Ils se faisaient violence. «Le Royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent» (Mt.11,12). L’ascèse purifie le cœur, alors l’homme atteint un état dépourvu de passion, et dans un cœur libéré du mal, descend la grâce. Que dit le Christ aux Apôtres lors de Ses «Paroles d’Adieu» (J.13,31;16,33) ?Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée (J.15,3). Il faut lire en permanence la Sainte Écriture; cela distinguait le Starets Kyrill et le Starets Adrian de maints autres. C’est précisément de ceux qui son purifiés par le Verbe auxquels le Seigneur commande: Restez dans la ville de Jérusalem (Lc. 24,29), avec la promesse: Vous serez revêtus de la puissance d’En-Haut (Lc.24,49).

Starets Adrian

Le Saint Evêque Ignace Briantchaninov qualifiait «d’êtres spirituels» ceux seulement qui avaient traversé l’expérience du renouvellement par l’Esprit Saint. Car c’est alors seulement que commence la prière authentique, la croissance et le succès spirituel. Pourquoi les startsy (ou ceux qui sont en devenir) mènent-il une ascèse spirituelle permanente? Parce que la moindre faiblesse, quelle que soit la hauteur à laquelle on se situe déjà, provoque la chute! Et sous la guidance de ceux qui sont expérimentés, les pères intensifient petit à petit leur podvig. Alors, dans leur lutte intérieure, ils réalisent que plus grand est le podvig, plus grande sera la grâce, au plus près de Dieu ils se trouveront. C’est un péché que d’aimer la robustesse du corps. L’ennemi va s’efforcer de nous inciter à vouloir manger des aliments savoureux, et puis à prendre du repos, etc… Mais l’exigence vis-à-vis de soi-même, la sévérité, les veilles prolongées, l’abstinence, la vigilance envers soi, font fuir les démons et les passions. Ce sont précisément ces qualités qui caractérisent les startsy. Tout le reste est donné par Dieu; il s’agit des fruits du podvig. Comme il est écrit: «Grâce pour grâce» (Je.1,16). Les héros de l’ascèse, leur force augmente pendant la marche, (Ps.83.8) le mystère du monde spirituel s’ouvre à eux.
Le Père Adrian conversait avec les anges et voyait les démons. Il existe une vidéo sur laquelle on le voit lui-même racontant comment, alors qu’il vit soudain un jour un démon qui rôdait, il pensa, dans sa grande simplicité : «Sans doute, le Seigneur les envoie-t-Il encore ici pour qu’ils puissent se repentir…» La qualité des âmes pures consiste à plaindre tout le monde. Mais cette fois-là, il reçut un grand coup et tout fut secoué dans la cellule. Voilà à quel point le démon haïssait pareille pensée. Alexis Kirsanov, le futur Père Adrian, tout jeune encore, vit les tréfonds de l’enfer, que lui indiquait la houlette de l’Archistratège Mikhaïl, et où seraient engloutis les athées, ceux qui pendant l’époque soviétique fermèrent les églises et les monastères, massacrant les moines, les prêtres et les diacres, et les fidèles. Et peut-être que nombreux simples collaborateurs aveuglés y tomberont aussi… Vers la fin de l’époque soviétique, en 1983, je me rendis au chevet de l’archiprêtre Alexis Demine, le confesseur de la cathédrale d’Eloxov. Je me souviens qu’il me raconta: «Le Seigneur m’a dévoilé le monde spirituel: je vois l’enfer, je vois le paradis, je sais ce qu’il y a dans le cœur de chacun. Quand je vais dans les transports, je ne regarde personne, tous les gens sont noirs. Mais quand je vais dans une église, je contemple les Orthodoxes, car c’est la beauté de Dieu». Les startsy voient la situation morale, la conscience des autres gens, parce que cela ne les affecte pas. Mais quand un pécheur a identifié chez un autre pécheur une quelconque passion, celle-ci commence à résonner, à trouver un écho; dans la paille qui est dans l’œil du voisin, nous voyons notre poutre (Mt.7,4-5), c’est-à-dire ces péchés, ces manifestations de l’existence en nous des passions, et en plus de cela, nous nous mettons à condamner et à nous sentir offensés. C’est pourquoi beaucoup de choses nous demeurent cachées, avant tout, à cause de notre indigence et notre impureté intérieures, afin que nous ne désespérions ni ne perdions courage. De la même manière, les pensées d’autrui nous demeurent cachées, sinon, nous courrions tout simplement à notre perte. Mais les startsy ne sont pas affectés par ce qui leur est révélé, car l’Esprit Saint Qui repose en eux, est impassible. Globalement, c’est dans le livre «Optina Pustin’ et son Temps» d’Ivan Mikhaïlovitch Kontsevitch que la nature et le fonctionnement du starets sont le mieux décrits. Il s’agit vraiment d’une lecture conseillée.
Je me rappelle encore d’un événement au Séminaire. Après avoir attendu que le Starets Adrian soit libéré de ses occupations, nous commençâmes notre entretien avec lui. Nous l’interrogeâmes: «Y aurait-il encore des persécutions? Comment les conditions de vie allaient-elles évoluer?» Pour sa part, il fut expulsé de la Laure. Au début, il lui fut interdit de pratiquer les exorcismes. Et puis, au bout de vingt-quatre heures, on lui donna l’ordre de débarrasser les lieux. C’était en 1947, je venais juste d’entrer au Séminaire. On expédia toutefois le Père Adrian à la Laure des Grottes de Pskov, «loin de la civilisation», comme on disait. Le Père Tikhon (Agrikov), l’auteur du remarquable libre «У Троицы окрыленные» fut au même moment chassé de la Laure de la Trinité Saint Serge. A l’époque ils étaient les deux startsy de la Laure les plus connus parmi le peuple.
Après l’expulsion du Père Tikhon, les autorités interdirent pendant sept ans que quiconque reçut ce nom lors de la tonsure. C’est seulement en 1981 que ce veto fut enfreint: pour moi, originaire de Voronège. Lors de ma tonsure monastique je reçus le nom du Saint Évêque Tikhon de Voronège. Oh oui, les autorités athées de ce temps-là craignaient jusque la simple mémoire de nos pères spirituels. Mais «toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu»(Rom.8,28). Je me souviens comment chez nous, à la Laure, nos pères spirituels, Athanase (Alafinov) et Laurent (Postnikov) rivalisaient:
– Nous sommes en compétition pour la primauté: qui de nous occupera la première place de prédicateur.
– Et comment cela fonctionne-t-il? Comment allez-vous le savoir?, demandai-je.
– C’est tout simple: c’est celui qui sera convoqué le premier au KGB.

Tous nous pouvons, sinon exorciser, du moins éloigner les démons, ça, c’est sûr! Par le Starets Archimandrite du Grand Schème Élie (Nozdrine)

Starets Elie

Ahhh, que Dieu permette que tout un chacun puisse servir Dieu et vivre longuement comme le Père Adrian. J’ai rencontré pour la première fois le Père Adrian à la Laure des Grottes de Pskov dès qu’il fut transféré de la Laure de la Trinité Saint Serge. Nous nous sommes côtoyés pendant deux ans, jusqu’à ce qu’on m’envoyât au Mont Athos, en 1976. Il m’arrivait de me confesser auprès du Père Adrian, et d’assister à certaines séances de «purification». Après, il subissait la vicieuse vengeance des démons qu’il avait expulsés. Son podvig était si pénible… pour l’amour du prochain, il endurait toute cette malice satanique. Les démons reviennent chez ceux qui ne se repentent pas. C’est écrit. Lisez par exemple le livre de l’Higoumène Marc :«Les esprits mauvais et leur influence sur les gens». Mais les démons, les esprits mauvais, peuvent essayer tant qu’ils le veulent de causer du mal aux gens, ils ne peuvent rien faire sans que Dieu ne les y autorise. Sans cela, ils asserviraient tout le monde. Et il n’y a rien d’étonnant à ce que le Père Adrian parlait avec les anges. Notre Ange-Gardien se tient à côté de chacun d’entre nous. Et quand tu écris tes articles, qui te guide? Un Ange! Il faut être humble, vivre dans la prière, pour que les anges entendent et voient. Tous, nous respirons de l’air, mais le voyons-nous? Il en va de même avec les anges : ils sont invisibles et nécessaires.
Comment devient-on starets? On devient un petit vieux et voilà, on est starets. Jadis, il en allait ainsi dans la majorité des cas. Mais comme on a commencé à semer l’athéisme, beaucoup sont devenus possédés, tant les vieux que les jeunes. De toutes nos forces, nous devons essayer de vivre avec Dieu, d’accomplir la volonté de Dieu. Fût-ce un peu, le matin, le soir, avant les repas, avant d’entreprendre toute chose, prions, afin que tout se fasse avec la bénédiction de Dieu! Il faut aller à l’église, se marier, baptiser les enfants et les éduquer dans la foi: les startsy apparaîtront. Tous, nous pouvons, sinon exorciser, du moins, chasser les démons; cela ne fait aucun doute. Lève-toi, prie et le démon sortira. Confesse-toi de tout ton cœur et ils n’auront aucun pouvoir sur toi. Reçois les Saints Dons et tu seras avec Dieu. Les démons, ce sont des bandits, ils volent ce qui leur est accessible. Garde-toi par le signe de la Croix; ils en ont peur, ils ne viendront pas. Sans cesse le diable fait la guerre à Dieu et à l’homme. Il ne veut pas que les gens soient sauvés. Les démons sont rusés et débrouillards. Il ne faut rien avoir en commun avec eux. Il convient de vivre dans la justice, selon la loi de l’Évangile, afin que la grâce ne s’amenuise. (A suivre)

Traduit du russe. L’ensemble des photos provient de la source originale :
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Saint Luc de Crimée : Homélie pour la Fête de la Dormition prononcée en 1948

agios-louka-st-lukaInnombrables sont les miracles accomplis par l’intercession du Saint Archevêque et Confesseur de la Foi Luc de Crimée. Saint Luc a illuminé la Terre de Russie et il illumine aujourd’hui le monde entier. Puisse-t-il nous accompagner dans la joie sur notre chemin vers le Christ et nous donner la force de porter notre croix. Afin de nous y aider le Saint homme a prononcé ses homélies et écrit ses textes. Ce site propose la traduction d’homélies et de textes de Saint Luc, à notre connaissance inédits en langue française. L’homélie ci-dessous a été prononcée en 1947. Elle est intégrée dans le recueil intitulé «Hâtez-vous vers le Christ» (Спешите идти за Христом).

«La Mère de Dieu qui jamais ne se lasse d’intercéder pour nous et dont la protection ne pouvait cesser d’être notre espérance, ne se laissa vaincre par la mort ni le tombeau, puisqu’elle est la Mère de la Vie et qu’elle a rejoint la Source de la vie : celui qui demeura dans son sein virginal» (Kondakion de la Fête, Ton 2).

Il convient de s’attarder sur le sens de ce kondakion. Inlassablement, la Toute Sainte Mère de Dieu prie pour le genre humain et inébranlable est notre espérance en Son intercession devant Son Divin Fils. La mort et la tombe ne furent pas en mesure de La retenir.
La Tradition nous apprend que lorsque les Apôtres se rassemblèrent miraculeusement autour de Son lit de mort, l’Apôtre Thomas manquait. Il arriva quelques jours après et, dans un chagrin immense, il demanda qu’on lui montrât la tombe de la Panagia. On enleva alors la grosse pierre qui fermait la tombe, à Gethsémani, où Elle avait été inhumée, selon Ses propres instructions. Et ils constatèrent que Son corps ne s’y trouvait plus. La tombe et la mort n’avaient pu La retenir car Elle était la Mère du Principe de Vie, Qui S’était réjoui dans Son sein virginal, et Qui L’avait emmenée pour la vie éternelle.

Attardons-nous sur ces derniers mots, d’une très grande importance. La mort de la Toute Sainte Mère de Dieu fut la bienheureuse Dormition, par laquelle Elle traversa directement de la mort à la vie, selon les paroles de vérité de Son Fils Divin. Le Seigneur avait annoncé : «En vérité, en vérité, Je vous le dit : celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie» (J.5,24). La mort des justes est le passage direct de la vie dans le corps, dans les circonstances terrestres, à la vie éternelle dans le Royaume de Dieu. C’est ce que nous disent également les propos de notre Seigneur Jésus Christ dans Sa parabole du riche et de Lazare : «Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli. Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; et, tandis qu’il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein…» (Lc.16,22-23). C’est donc immédiatement après sa mort que commença pour Lazare une vie bienheureuse, et pour le riche, les tourments de l’enfer.
Au chapitre 20 de l’Apocalypse de Saint Jean, nous voyons qu’il existe une première mort, et ensuite une seconde. La première, c’est la mort naturelle, qui met un terme à la vie terrestre de chaque homme et de chaque femme, et c’est cette seule mort naturelle, qui souvent est une bienheureuse dormition, qui concerne les justes. Mais les grands pécheurs, ceux qui renient Dieu, doivent s’attendre à la terrible seconde mort, la mort spirituelle à laquelle ils seront condamnés par le Christ lors de Son redoutable Jugement. Vous vous direz peut-être que toutefois, les justes eux-aussi, devront paraître lors du Jugement. Oui, ils devront se présenter. Mais pour eux, il ne s’agira pas d’un jugement, mais d’un triomphe car selon les paroles du Christ, ils ne subiront pas le jugement. Avant de prononcer Son divin verdict, le Christ séparera les brebis des boucs, et les brebis, les justes, seront placées à Sa droite et Il leur dira : «Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde» (Mat.25,34). La condamnation à la seconde mort concernera les méchants boucs.
Ce grand secret nous est révélé déjà dans la Sagesse de Salomon : «Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Et nul tourment ne les atteindra. Aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, leur départ a été tenu pour un malheur et leur voyage loin de nous pour un anéantissement, mais eux sont en paix» (Sag.3,1-3). Et le Saint Apôtre Paul dit encore : «Car le Christ est ma vie, et la mort m’est un gain. Mais s’il est utile pour mon œuvre que je vive dans la chair, je ne saurais dire ce que je dois préférer. Je suis pressé des deux côtés : j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur ; mais à cause de vous il est plus nécessaire que je demeure dans la chair» (Phil.1,21-24). Quelle merveille que cette expression de l’Apôtre ‘la mort m’est un gain’. Si nous parvenons à l’imiter, tout comme lui imita le Christ, alors toute notre vie sera en Christ, la mort sera une joie et un grand gain, et nous ne serons pas concernés par les paroles du psalmiste : «Le malheur tue le méchant» (Ps.33,22).
Puisse la mort être pour nous les Chrétiens une bienheureuse dormition, un bienheureux passage de la mort à la vie. Alors, la perspective du Jugement Dernier n’aura rien d’effrayant pour nous, car il sera effroyable seulement pour les méchants, pour les pécheurs sans repentir et pour les blasphémateurs. Quant à nous, les Chrétiens, le Fils de Dieu a dit, à la fin de son propos concernant les signes de Sa Seconde Parousie: «Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes, parce que votre délivrance approche» (Lc.21,28). Menez votre vie de manière à ce que la seconde mort ne vous concerne pas! Amen!
Traduit du russe.

Métropolite Athanasios. La Grâce descend dans le cœur qui rend grâce. (3/3)

Les éditions du Monastère de la Présentation au Temple viennent de publier un nouveau livre de son Éminence le Métropolite Athanasios de Limassol, intitulé «Сохраним душу живой» (Gardons notre âme vivante), développant un enseignement de la pratique de l’essence de l’Orthodoxie dans la vie quotidienne et surtout dans la famille. Comme de coutume, le site Pravoslavie.ru, lié au Monastère a mis en ligne le 24 mai 2018 quelques extraits de ce nouveau livre. Voici la traduction de la troisième partie de l’un des chapitres de l’ouvrage.

Photo Diakonima

Nous rendons grâces à Dieu parce qu’Il S’est fait Homme, parce qu’Il nous a rendus dignes de nous tenir à Ses côtés, parce qu’Il nous a aimé, et nous Lui rendons grâces pour tout le reste. Savez-vous que ce qu’il y a de plus important, c’est de rendre grâces à Dieu pour les épreuves que nous devons endurer? Savez-vous combien c’est important? Il vient réellement un moment, et s’il vient, il vaut mieux qu’il intervienne pendant notre vie et non après notre mort, pour rendre grâces à Dieu pour tous les malheurs de notre vie. Savez-vous quand? Quand nous manifestons notre patience, quand nous prions et quand nous glorifions Dieu, alors la douleur dans notre cœur s’adoucit et devient agréable. Le poison se fait alors médecine, l’amer devient doux et ensuite se produit ce dont parle le Prophète David : «C’est un bien pour moi, que Tu m’aies humilié, pour que j’apprenne Tes jugements»1 . C’est un bien que Tu aies permis que je devienne malade afin que je sois affligé, vaincu, brisé, car c’est là un bien précieux pour moi. Mais quand faisons-nous cela? Uniquement lorsque nous sentons en notre vie la main bienfaisante de Dieu. Quand le médecin nous opère, nous ressentons la douleur et il est rare que nous disions merci! C’est après que l’on dit au médecin, merci de m’avoir opéré! Quand on a mal partout, on n’a pas l’esprit saturé de gratitude… Mais quand l’opération est terminée, quand nous nous rétablissons, lorsque le danger est passé, alors seulement, nous disons:
– Merci, docteur! Vous m’avez vraiment aidé et je vais retrouver la santé!
Nous remercions quand nous nous sentons mieux portants. Ce serait très bien si nous remerciions le médecin pendant nos souffrances, pendant l’opération. Rendre grâces à Dieu. Remercier pendant que nous nous trouvons plongés dans l’opération pédagogique de Dieu, pendant que nous ressentons la douleur, l’affliction, pendant que le sang coule. Vous savez combien il est important que l’homme dise alors «Gloire à Dieu!». L’Église souligne toujours l’exemple du Juste Job qui endura maintes souffrances, et Saint Jean Chrysostome dit: «Oh, bienheureuse voix de Job! Quand Job est-il devenu saint? Lorsque ses enfants moururent, lorsqu’il perdit toutes ses possessions, quand on le méprisa, quand son épouse le rejeta, quand il souffrit, et qu’il dit «Que le Nom de Dieu soit béni!» C’est vraiment alors qu’il devint saint et dit «Que le Nom de Dieu soit béni!», et non lorsque tout était parfait autour de lui. Quand tout va bien pour nous, c’est facile de dire «Gloire à Dieu». Et malheur à nous si nous ne le disons pas!
Imaginez que tout va bien pour vous, et vous ne dites pas «Gloire à Dieu!». Cela en dit long au sujet de votre ingratitude. Mais dans votre vie, tout s’effondre, vous ressentez la douleur, mais trouvez en vous la force de dire: «Gloire à Dieu!», alors, vous êtes réellement saint. Vous avez trouvé la clef, et malgré qu’elle soit petite, cette clef vous ouvrira une grande porte. Cette clef ouvre la porte du Règne de Dieu, où tout est saint.
Abba Isaac le Syrien dit: «Les lèvres qui remercient pour tout reçoivent la bénédiction de Dieu. Le cœur dans lequel vit la gratitude reçoit la grâce». Il ajoute également qu’aucun don de Dieu ne s’épanouira sinon celui pour lequel nous aurons exprimé notre gratitude.
Geronda Ephrem de Katounakia, un des piliers de l’Église, raconte qu’un jour, Geronda Joseph l’Hésychaste soupira et dit: «Ah, combien d’années m’a-t-il fallut pour découvrir le secret de la grâce!» Geronda Ephrem était encore jeune; il n’osa pas demander quel était ce secret. Le temps s’écoula et quelques années plus tard, il posa la question, et Geronda Joseph répondit: «La gratitude. Voilà le secret de la grâce». Vous voulez réussir dans la vie spirituelle? Apprenez à rendre grâces à Dieu pour tout.
Saint Isaac le Syrien dit que le cœur qui sans cesse rend grâces à Dieu fait descendre la grâce de Dieu sur l’homme. Et au contraire, ce qui attire la tentation dans l’âme de l’homme, ce sont les murmures, les ronchonnements, dans le cœur. Le Saint explique: «Dieu supporte toutes les faiblesses de l’homme, mais ne supporte pas l’homme qui murmure sans arrêt et le punit, le laissant tomber dans la tentation». Littéralement, il nous dit : «Écoutez, ne vous tourmentez pas, et si vous voulez mener à bien votre vie spirituelle et être béni, apprenez à remercier Dieu pour tout». Mais nous faisons le contraire. Immédiatement, nous commençons à murmurer :
– Pourquoi dois-je sans cesse affronter la tentation? Pourquoi suis-je chargé d’afflictions? Pourquoi tout se passe-t-il contrairement à ce que je souhaite?
Parce que nous murmurons sans cesse, et ces récriminations transforment le bien en mal. Lorsque Jésus a guéri une dizaine de lépreux, un seul a fait demi-tour pour venir remercier Dieu. Le Christ dit alors :
– J’en ai guéri dix! Et un seul est revenu?
Et qui était-il? Un étranger, un non-juif.
– Mais où sont les neuf autres? Où sont-ils partis?
Ils ne revinrent pas remercier Dieu.
Je ne veux pas vous assommer plus longtemps, mais j’insiste sur la nécessité de rendre grâces à Dieu. Car il s’agit de la clé importante dans notre vie spirituelle. Depuis toutes ces années que je vous parle, vous n’avez jamais entendu que je vous enseignait quand manger des aliments avec de l’huile végétale, quand manger sans huile, quand manger des fruits de mer, quand manger du poisson. Tout cela fait partie du cadre extérieur. Oui, nous respecterons tout cela, nous devons observer le jeûne; il s’agit d’une forme qui protège l’essence. Mais ce dont je veux vous parler, ce sont des clefs de la vie spirituelle. Pourquoi ? Parce que, malheureusement, nous avons appris à observer seulement la forme, et il est déplorable que nous soyons depuis tant d’années dans l’Église et que nous n’ayons pas encore acquis les traits et les caractéristiques de l’homme de Dieu, et nous ne sommes pas semblables à notre Père. Si nous sommes les enfants de notre Père Céleste, alors comment se fait-il que nous soyons si différents de Lui? Dieu est Lumière, et Il dit : «Je fais toutes choses nouvelles»(Apoc.21,5). Dieu vit dans l’inaccessible lumière, Il est lumière, amour, paix, Il donne la joie, la gratitude. «Rendez grâces pour tout» (1Thes.5,18), dit l’Apôtre.
L’essence de l’Église, c’est la Sainte Eucharistie, et elle nous appelle instamment à remercier le Seigneur, Qui nous donne pareille grâce, pareille liberté. Nous sommes les enfants libres de Dieu. Aujourd’hui, tout le monde parle de liberté, de joie. Mais où trouver tout cela sinon dans l’Église? Est-il possible que l’homme de Dieu n’ait pas la joie, ni la gratitude, ni la paix? Cela veut dire qu’il se passe quelque chose, cela signifie que sa vie spirituelle a été jusqu’ici insatisfaisante. On ne peut manger une nourriture trop salée. Il se passe la même chose avec nous. Nous sommes tous ici des gens relativement liés à l’Église. Que chacun s’observe soi-même, plutôt que de scruter les autres, pour trouver ce qui nous manque le plus et quelle image nous offrons aux autres. Quelle est cette image? L’image du Règne de Dieu venu sur terre et montrant que l’Église du Christ est l’espoir du monde. Les gens nous demandent:
– Mais où est cet espoir? Qui incarne cet espoir? Si nous sommes des gens tellement difficiles et ingrats, comment pourrions-nous donner espoir aux autres? Avec des paroles? Non.
Nous devrons répondre devant Dieu non seulement de ce qui nous a perdu, mais aussi de ce que nous avons piétiné devant les autres cette image de Dieu. Nous devons réellement être tels que la ville dont parle le Christ: «Une ville située sur une montagne ne peut être cachée …elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison»(Mat.5,14).
Permettons à Dieu d’agir en nous et reconnaissons ce secret de la gratitude. Rendons dignement et justement grâces au Christ. Pourquoi et quand? Quand notre cœur commencera à penser d’abord aux choses célestes et non aux choses terrestres. Nous devons rendre grâces à Dieu pour tous les grands dons spirituels qu’Il nous a donnés, et ensuite Le remercier pour tous les biens terrestres. Alors la gratitude transfigurera notre caractère.
Traduit du russe
Source.

Saint Tsar Nicolas II. «En Mémoire du Dernier Tsar» (1)

Le Saint Tsar Nicolas II
Le long texte «En mémoire du Dernier Tsar» fut publié en 1943 à Kharbine, dans le magazine «Pain céleste» ("Хлебе Небесном"). Il constitua par la suite un chapitre, aux pages 264-302, du livre Чудо русской истории. (Le Miracle de l'Histoire russe), publié au Monastère de Jordanville en 1970, réédité à Moscou en 2000 et aujourd'hui malheureusement introuvable, écrit par l'Archimandrite Konstantin (Zaïtsev) (1887-1975). Kyrill Iosiphovitch Zaïtsev naquit à Saint-Pétersbourg. Fonctionnaire au Département du Sénat, dès le coup d’État de 1917, il partit d'abord à Moscou, et ensuite, au Sud de la Russie, à Paris, et à Kharbine, en Mandchourie, où il enseigna à l'Université. Après le décès de son épouse, il fut ordonné prêtre, en Chine, pays qu'il quitta en 1949, en compagnie de Saint Jean (Maximovitch). Installé d'abord en Californie, dès 1949, il s'en éloigna et rejoignit la communauté de Jordanville où il enseigna au Séminaire et reçut la tonsure monastique et le nom de Konstantin, en décembre de la même année. Il dirigea les revues ««Православная Русь» (La Rus' Orthodoxe), «Православная жизнь» (La Vie Orthodoxe), «The Orthodox Life» , et Православный путь» (La Voie Orthodoxe). Il exerça une activité pastorale d'envergure et participa amplement à la contribution majeure de l’Église Russe hors Frontières en matière de théologie, d'histoire de la Russie et d'histoire de la culture russe. A notre connaissance, ce long texte de grande valeur, parfois ardu, n'a pas été traduit et publié en français à ce jour. Il sera proposé ici en entier, mais fractionné.

La Russie et le Tsar
«Grandeur et décadence de l’Empire Romain» ; c’est ainsi que Montesquieu intitula jadis sa célèbre étude des causes de la chute du grandiose modèle culturel, politique et étatique, du monde de l’Antiquité. C’est sous semblable intitulé que l’on pourrait rédiger aujourd’hui l’étude du destin de la Russie, à cette différence, que, sans doute, plus grande encore, et certainement plus terrible, fut la chute du corps de l’Empire, après celles de la première et de la deuxième Rome, plus terrible par la rapidité de son renversement, réellement instantané, et par la profondeur de la chute, radicalement insondable. Lire la Suite

Métropolite Athanasios. La Grâce descend dans le cœur qui rend grâce. (2/3)

Les éditions du Monastère de la Présentation au Temple viennent de publier un nouveau livre de son Éminence le Métropolite Athanasios de Limassol, intitulé «Сохраним душу живой» (Gardons notre âme vivante), développant un enseignement de la pratique de l’essence de l’Orthodoxie dans la vie quotidienne et surtout dans la famille. Comme de coutume, le site Pravoslavie.ru, lié au Monastère a mis en ligne le 23 mai 2018 quelques extraits de ce nouveau livre. Voici la traduction de la deuxième partie de l’un des chapitres de l’ouvrage.

Savez-vous comment changer quelqu’un? Je me souviens d’un couple qui vint me demander la confession. Un couple très âgé; ils devaient avoir environ quatre-vingt-cinq ans. Je dis au grand-père :
– Peut-être dis-tu parfois quelques gros mots à ton épouse?
– Oh non, Geronda! Jamais nous ne nous querellons!
– Comment est-ce possible, après tant d’années? Elle ne t’a jamais rien fait de mal, jamais rouspété? Rien! Comment, mais comment est-ce possible? Lire la Suite

Métropolite Athanasios. La Grâce descend dans le cœur qui rend grâce. (1/3)

Les éditions du Monastère de la Présentation au Temple viennent de publier un nouveau livre de son Éminence le Métropolite Athanasios de Limassol, intitulé «Сохраним душу живой» (Gardons notre âme vivante), développant un enseignement de la pratique de l’essence de l’Orthodoxie dans la vie quotidienne et surtout dans la famille. Comme de coutume, le site Pravoslavie.ru, lié au Monastère a mis en ligne le 23 mai 2018 quelques extraits de ce nouveau livre. Voici la traduction de la première partie de l’un des chapitres de l’ouvrage.

Le Prêtre clame : « Rendons grâce à Dieu ! »
L’Assemblée répond : « Cela est digne et juste ! »

Imaginez un homme épuisé, malheureux, désorienté, que l’on découvre soudainement et que l’on conduit à un palais en lui disant : Regarde, ce palais appartient à ton père. Il est à toi, c’est ton héritage. Jusqu’à cet instant, était épuisé, affamé, vêtu de hardes, un pauvre homme. Maintenant, le voilà soudain héritier d’une immense richesse et il se réjouit de ce confortable palais. Son cœur déborde littéralement de gratitude et de reconnaissance envers celui qui lui a transmis cet héritage.
La même chose se produit avec nous. Quand nous voyons Dieu, quand nous nous tenons devant Lui, la première réaction de notre cœur, c’est la gratitude: «Rendons grâce à Dieu». Nous répondons: «Cela est digne et juste!...», c’est-à-dire qu’il est digne et juste de Le remercier. Souvent nous avons parlé d’eucharistie, (dont la racine signifie en grec ‘remercier’), mais nous devrions passer à l’acte, encore et encore, car la gratitude envers Dieu est chose très importante. Nous constatons que la Divine Liturgie est aussi nommée ‘Sainte Eucharistie’ (c’est-à-dire, sainte gratitude, saint remerciement), cela signifie que l’homme doit en permanence exprimer ses remerciements à Dieu. Au moment où commence la partie principale de la Divine Liturgie, l’Église nous invite à exprimer intérieurement notre gratitude; elle ne nous demande pas d’éprouver de la crainte ni de tressaillir:’Maintenant commence la Divine Liturgie et malheur à vous! Malheur à vous, car vous êtes des pécheurs! Pensez à l’enfer, aux tourments, à la colère de Dieu, pensez que vous irez tous en enfer!’ Rien de tout cela. Pareilles pensées, semblables sentiments n’ont pas leur place dans la vie spirituelle, ils ne nous orientent pas vers une juste relation à Dieu. Quelle devrait être notre relation à Dieu? Nous sommes les enfants de Dieu et nous devons remercier notre Père Céleste. Évidemment, nous savons cela, nous savons aussi que nous sommes des pécheurs et non de bons enfants de Dieu. Celui qui pense être bon ne cultive pas intérieurement une disposition à rendre grâce à Dieu. Et en même temps, celui qui pense être un homme mauvais, remercie Dieu beaucoup plus sincèrement. Le tropaire qui nous prépare à la Nativité du Christ annonce que nous nous trouvons dans les ténèbres spirituelles, et que la Lumière descend sur nous, et nous devons dès lors Le remercier plus encore. Si seulement nous étions justes et bons, nous dirions : «Nous sommes bons, et il est naturel que Dieu soit à nos côtés!» Lire la Suite