Le Métropolite Onuphre de Kiev et de toute l’Ukraine. Dieu m’a appelé et je suis venu. 2/2

L’entretien ci-dessous fut accordé le 17 septembre 2014 aux rédacteurs de différentes publications orthodoxes ukrainiennes, dont le portail d’informations «l’Orthodoxie en Ukraine» (Православие в Украине). Il a été traduit en russe pour le site Pravmir le même jour, et repris le 19 septembre 2014 sur le portail Pravoslavie.ru. Ce premier grand entretien était accordé par Vladika Onuphre à l’issue du premier mois écoulé après son intronisation en qualité de Métropolite de l’Église Orthodoxe d’Ukraine. Ce long entretien, présenté ici en deux parties permet de découvrir la personnalité de Vladika à travers le récit des moments et éléments importants de sa vie tels qu’il les a vécus et les rapporte lui-même. Voici la seconde partie de cet entretien, la première se trouve ici

Toujours, tant que je le pouvais, je me suis adressé à chacun avec respect.
Il y eut ensuite Tchernovitsy… Pouvez-vous raconter à quoi ressemble la Bucovine orthodoxe?
Je pense que chaque région a sa spécificité. Il en va de même de la Bucovine. Il s’agit d’un oblast multiethnique. Y vivent des Ukrainiens, des Russes, des Roumains, des Moldaves, des Juifs, des Polonais, des Géorgiens. Traditionnellement, tous y ont toujours vécu en paix. Chacun préservait ses caractéristiques, mais dans la vie commune n’apparaissait aucune rivalité, mais bien de l’entraide. Ils vivaient en toute amitié. Mais voilà, lorsque qu’apparut la perestroïka, l’éclatement de l’Union, l’oblast fut ébranlé par la vague du nationalisme: les Ukrainiens étaient les bons, les autres, n’étaient rien… Il fallut alors déployer beaucoup d’efforts pour montrer que tous étaient bons devant Dieu. Devant Dieu, il n’y a pas d’Ukrainien, de Russe, d’Américain, de Juif, de Biélorusse. Il y a des enfants. Il y a la créature de Dieu et il y a le Créateur. Le fait que nous soyons devenus des nations, ce n’est ni grâce aux vertus, ni aux péchés. La tour de Babylone fut le fruit de l’orgueil humain, et pour faire cesser cette folie, Dieu a mélangé les langues des hommes. Avant cela, tous parlaient une seule langue et se comprenaient. Un jour, je me trouvais à la Sainte Montagne, auprès d’un ermite, le Starets Joseph, pas loin de la Grande Laure. Nous discutions ensemble, lui en grec et moi en russe, avec un interprète. Nous nous entretenions encore quand il hocha la tête et dit:«Ahhh, qu’est-ce que le péché a fait de nous!Maintenant, nous avons besoin d’un interprète…». Chacun se vante de ce que sa nation est meilleure que celle des autres. Dieu n’accorde pas sa préférence à des nations, mais à des hommes! Si une nation est unanime dans son amour de Dieu, évidemment, ce sera agréable. Mais Dieu ne m’attribue pas de la valeur parce que je suis Ukrainien, ou Russe, ou autre chose, mais bien parce que j’éprouve de la crainte envers Dieu. Si j’obéis à Dieu, si je veux faire Sa volonté, je suis agréable à Dieu. Sinon, quelle que soit ma nation, je serai le dernier des derniers. Quand les mouvements nationalistes se développèrent dans l’oblast de Tchernovitsy, j’essayais autant que je le pouvais de ne pas y participer et, là où c’était possible, je tentais d’expliquer qu’il n’y avait pas de nations, pour Dieu. Pour Dieu, il y a Sa création. Il aime de la même façon le nègre, le blanc et le jaune. C’est celui qui se fera le plus humble devant Dieu, qui essaiera de vivre le plus conformément à Ses commandements, qui sera le meilleur aux yeux de Dieu. Petit à petit, tout se calma. Il demeurait quelques petits bastions, mais les gens vivent en paix et dans la concorde depuis lors.
Il est surprenant d’entendre que les gens acceptèrent des paroles de paix. Aujourd’hui, un appel à la paix, c’est une démarche ingrate…
Il faut montrer l’exemple. Le prêtre doit prêcher non seulement à l’aide de mots, mais bien à l’aide de toute sa vie. Évidemment, chaque homme doit agir ainsi, mais cela concerne les prêtres en premier lieu. Je veille toujours à ce que mes actes ne diffèrent pas de mes paroles, afin de pas vivre sur deux plans, celui des paroles, et celui des actes. Ce que je dis, j’essaie de la faire. Tant que je peux, je m’adresse à chacun avec respect. J’aime tout le monde, dans la mesure où je puis aimer, j’aide autant que je puisse aider.Les gens voient, et je pense que cela agit plus que des mots. L’homme répond toujours au respect par le respect.

Vladika Lavr

La manière dont les fidèles de Tchernovitsy vous ont laissé partir après vingt quatre ans à la tête de l’éparchie est assez incroyable. Sans cela a-t-il été dur pour vos ouailles de Bucovine…
Comment ils m’ont laissé partir… Je n’avais pas demandé cela. J’étais allé au Synode pour la session d’hiver, et je ne suis jamais revenu. Quand en février, une menace d’attaque de la Laure se précisa, ils me téléphonèrent et me demandèrent de participer à la session du Synode. J’ai célébré le dimanche matin, je me suis préparé et je suis parti. Au Synode, ils m’ont désigné pour occuper le poste de ‘Locum tenens ‘. Je ne suis pas rentré à Tchernovitsy. J’ai vécu six mois à la Laure et ensuite, je fus élu au rang que j’occupais déjà.

A propos du schisme. Il est facile de déchirer. Mais il est difficile de rapiécer.
Votre Éminence, au cours de votre vie, il y eut des exemples de réconciliation merveilleuse. Comme votre relation avec Vladika Laure, le défunt Primat de l’Église Russe hors Frontières. Pouvez-vous nous en parler, s’il vous plaît? Quel genre de personne était-il, et qu’aviez-vous en commun du point de vue spirituel?
J’ai fait la connaissance de Vladika Laure en 1995. Pour la première fois de ma vie, j’allais au Canada.Quand je m’y trouvais, je pensai :«Jetons ne fut-ce qu’un coup d’œil aux États-Unis». J’obtins un visa au Canada et je me rendis aux États-Unis. De Toronto, où je demeurais au Canada, il suffisait de parcourir 90 km pour atteindre l’endroit où commençaient les États-Unis. Et dans les environs se situe, à Jordanville, le Monastère de la Sainte Trinité de l’Église Russe hors Frontières. Un fidèle m’accompagna à Jordanville et je passai une nuitée au monastère. L’homme qui m’y conduisit était un fidèle de l’Église Russe hors Frontières, et il connaissait personnellement Vladika Laure ; il prévint Vladika de mon arrivée. On me permit de me restaurer dans le réfectoire. Je m’assis et mangeai. Pendant ce temps, des moines m’observaient. Le premier vint s’affairer à droite et à gauche, ensuite un deuxième, et puis un troisième. Correspondais-je à l’image qu’ils se faisaient des moines de l’Union soviétique, avec un pistolet automatique sous le rasson, et la carte du parti dans ma poche intérieure…?
Après le souper, Vladika Laure vint me retrouver dans ma cellule. Il était le Supérieur du Monastère de Jordanville. Il était agité et se hâtait car il devait partir. Il me posa quelques questions simples et s’en alla. Le matin, je partis à New-York visiter les églises et la ville. Je rentrai au monastère tard le soir. Lorsque le lendemain matin, je quittai Jordanville, Vladika Laure vint me faire un brin de conduite. Il était tout différent. Il ne se hâtait plus et parlait calmement, tout en m’accompagnant jusqu’à la voiture, où je pris congé de lui. Depuis lors, quand j’allai en Amérique ou au Canada, nous nous téléphonions et nous ne manquions jamais de nous rencontrer. Il arriva même que me trouvant au Canada, je n’aille pas aux États-Unis. Cette fois, c’est lui qui vint tout spécialement pour me rencontrer et converser. Les sujets que nous abordions étaient très divers, mais jamais nous n’abordâmes celui de la ré-union de l’Église . Malgré tout, nos sujets de discussion tournaient autour de ce thème. Et quand le processus de l’union de l’Église hors Frontières au plenum de l’Église Russe, Vladika Laure voulut que je sois membre de la délégation qui se visiterait chaque continent où l’Église Russe hors Frontières est présente. C’est pourquoi, avec le groupe du Patriarcat de Moscou, nous nous sommes rendus en Europe, en Amérique et en Australie. Je ne me plains pas de cette expérience, malgré que je ressentis un certain sentiment de peur, peur que nous arrivions quelque part et qu’on nous dise : «Vous êtes venus jusqu’ici, vous, les Moscoutaires. Eh bien maintenant partez! Vous êtes tous membres du parti, tous des communistes». Mais il n’en fut pas ainsi. Nous célébrâmes, quasiment partout, on me demanda de prêcher, et jamais on ne nous adressa une parole offensante.
Vladika, vous avez abordé le thème de la ré-union de l’Eglise. Sans doute ce thème concerne-t-il aussi le schisme ukrainien? En 1992, lorsqu’il se produisit, vous étiez un tout jeune hiérarque, tout juste deux ans après votre chirotonie. Aujourd’hui, vingt ans ont passé, vous avez acquis de l’expérience et voyez la situation autrement. A votre avis, quels sont les facteurs nécessaires au dépassement de ce schisme?
Vous savez, lorsque le Sauveur pria au Jardin de Gethsémani, il dit «Soyez tous un»… Dieu Lui-même a voulu que tous fussent un, mais cela ne se produisit pas. Nous sommes si obstinés… Mon souhait consiste en ce que tous soient unis, mais cette union doit avoir lieu dans le Christ. Si elle a lieu hors du Christ, sur un quelconque autre plan, quoiqu’il arrive, il n’y aura pas d’unité. En Christ, celle-ci est possible, mais ardue à créer. Il est facile de déchirer, et difficile de rapiécer.
Que devrions-nous faire, nous tous, laïcs et clercs, chacun à son niveau, pour rendre possible la restauration de l’unité?

La Laure des Grottes de Kiev aujourd’hui

Je pense que pour restaurer l’unité, chacun doit œuvrer à son propre salut. Alors, peut-être, cette idée pourra se réaliser de façon optimale. Toutefois, considérer qu’il y aura une union de tous, c’est irréel, une utopie. Une ré-union optimale est possible si une majorité de gens s’unissent au Christ. Mais ceci est possible à la seule condition que chacun d’entre nous commence en premier lieu par s’occuper de son propre salut. En tant que pasteur je dois penser à ceux qui se sont fourvoyés, mais avant tout, je dois me préoccuper de ceux qui sont dans le sein de l’Église. Chez nous, il arrive souvent que l’on pourchasse les gens pour qu’ils rejoignent le sein de l’Église, que l’on ferme ensuite les portes pour aller en chercher d’autres, et pendant ce temps, ceux qui sont à l’intérieur meurent de faim. La tâche primordiale de L’Église, c’est de s’occuper de ceux qui sont chez elle, veiller à ce qu’ils s’y sentent bien et qu’ils grandissent spirituellement. Nous sommes nombreux et nous nous situons à différents niveaux de perfectionnement spirituel. La tâche du prêtre consiste à comprendre à quel niveau de compréhension spirituelle se trouve chaque homme et femme, et de les aider chacun à atteindre le niveau suivant. L’Église doit d’abord aider ceux qui se trouvent à l’intérieur de son enceinte à devenir meilleurs. Et ensuite seulement, s’il reste suffisamment d’énergie, aller pêcher ceux qui courent dans le désert… Nous devons faire ce que nous pouvons. La mesure du remplissage de nos églises correspond à la volonté de Dieu!
Comment l’Église peut-elle alors remplir sa mission, si quasi tous les prêtres ont de nombreux paroissiens et que la force d’annoncer la Bonne Nouvelle ne suffit tout simplement pas?
Le prêtre prêche chaque semaine, et lors de chaque fête, et les portes de l’Église sont ouvertes à tous. Ceux qui veulent peuvent entrer et écouter la Bonne Nouvelle. Répandre Celle-ci ne signifie pas que chaque dimanche et jour de fête, le prêtre doive parcourir les marchés quand ils sont remplis de monde, ou aller le samedi au stade lorsqu’on y joue au football. La Bonne Nouvelle s’accomplit dans l’église. Et quand le Sauveur vint sur terre, il allait essentiellement dans les synagogues, où les gens se rassemblaient, et il y enseignait. Il arriva qu’il enseigne au désert, mais les gens venaient à Lui pour l’écouter, et Il parlait pour eux. Soyez attentifs au fait que ce n’est pas le Christ qui allait vers les gens, c’étaient ceux-ci qui allaient vers le Christ.
On pourrait se demander pourquoi le prêtre ne va pas là où on ne l’attend pas. Le fait est que je puis aller n’importe où, je ne suis d’aucune utilité aux gens qui ne veulent pas m’écouter, malgré que je leur adresse des paroles utiles et bonnes. Si l’homme est prêt à recevoir la parole de Dieu, il va, il cherche un endroit où il pourra l’entendre. Mais aller pêcher ceux qui ne veulent pas écouter, c’est tout simplement travailler «dans le vide». Les gens doivent être prêts à accepter la bonne parole. Et les prêtres ne cessent de prêcher, dans les églises.
Quels sont les problèmes réels de notre Église, et quels sont, selon vous les faux problèmes?
Le vrai problème de l’Église, c’est l’augmentation des péchés parmi les gens, et notamment, les clercs. Les fidèles, vivant dans ce monde, sont en relation avec le monde et se salissent par le péché. Le second problème de l’Église, c’est qu’aujourd’hui, les gens en sont arrivés à un point de dégradation spirituelle tel qu’ils tentent de rendre légales les règles que Dieu a condamnées. Il ne peut en être ainsi.
Un faux problème monté en épingle, est, par exemple, celui de l’enrichissement matériel du clergé, des églises. Si on peut construire une très belle église, qu’on la construise, et si on ne le peut, qu’on construise plus modestement. Mais tout ce qui n’a de valeur qu’en cette vie terrestre ne doit pas constituer de problème pour nous.
Votre Éminence, il vous arrive de vous rendre dans la périphérie, dans les villages, dans les petites villes. Ils vivent un autre problème : il n’y a que peu de gens dans les églises. Jadis, au début des années ’90, ils étaient nombreux à s’y rendre. Comment remplir à nouveau nos églises, et comment soutenir de façon plus générale, les gens des paroisses éloignées? En votre qualité de Primat de l’Église Orthodoxe d’Ukraine, que considérez-vous comme tâche prioritaire dans l’avenir proche, afin d’apporter un soutien à la vie en l’Église?
Les gens délaissent l’église quand ils se tournent vers les éléments de ce monde, cherchent à s’adapter au cours de la vie contemporaine, à s’enrichir, à occuper des postes importants. Ils pensent qu’ils trouveront plus d’avantages pour eux-mêmes dans le monde que dans l’Église. Cela les détache de l’Église. Celle-ci ne garantit pas de capital terrestre, elle promet la richesse éternelle. La destination de l’homme n’est pas la vie sur terre, mais le Royaume des Cieux. Le chemin terrestre correspond à un laps de temps court, au cours duquel nous devons manifester au maximum notre amour pour Dieu, à travers les épreuves, les différentes tentations. Mais le tourbillon de la vie terrestre broie les gens, et ils oublient leur destination originelle. On commence à courir après les fantômes de la richesse, de la gloire, et on quitte L’Église.
Nous devons faire ce que nous pouvons. Pour ce qui est de remplir nos églises, tout est entre les mains de Dieu. C’est tout de même Dieu Lui-même qui mène l’homme au salut. Nous demandons qu’Il soit miséricordieux envers nous tous. Mais chacun obtient seulement la quantité de miséricorde qu’il est capable de recevoir.

A propos des langues étrangères, de l’internet et de la mobilisation.
Pour terminer, quelques questions brèves. Quel est le saint qui vous est le plus proche ?
J’aime tous les saints. Mais quant aux œuvres des saints pères, leur héritage, alors, Saint Basile le Grand et Saint Ignace Briantchaninov me plaisent beaucoup. J’aime mon protecteur céleste, qui intercède pour moi devant Dieu. Je vénère Saint Serge, qui m’a accueilli dans son monastère, quand j’étais «un blasphème pour le monde et une humiliation pour les gens». Je suis également reconnaissant envers les saints de la Laure de Grottes de Kiev, qui par leurs prières me protègent tellement, moi le pécheur.
Quels sont les lieux que vous préférez, en Ukraine et dans le monde ?
Un lieu particulier où je préférerais particulièrement me trouvez plutôt qu’ailleurs, il n’y en a pas. Mais, l’endroit où je me sens le plus à l’aise, c’est là où je suis né, dans l’Oblast de Tchernovitsy. J’aime y séjourner.
De tels lieux dans le monde, je n’en vois pas, sinon l’Athos et Jérusalem. Je suis allé à maintes reprises en Amérique, au Canada, en Allemagne, et une fois en Australie. Chaque pays, chaque continent recèle ses propres beautés, mais ce n’est que cette terre.
Quand avez-vous appris l’anglais?
J’ai décidé de l’apprendre lors de mon premier séjour au Canada. J’avais de bonnes bases, de l’école, de l’université, du séminaire, de l’académie. Mais là, on nous disait que de toute façon, nous ne pourrions pas le parler. Plus tard, quand j’ai commencé à étudier la langue, les règles apprises jadis me furent fort utiles. Dans l’avion qui m’emmenait vers le Canada, je fus accosté par un Canadien qui commença à me parler. J’ai pu lui répondre quelques mots. A ce moment-là, mon cerveau travaillait à toute vitesse, au point que je me souvins de tout, même des mots qu’on apprend en première année d’anglais (sourire). Et je compris alors qu’il était nécessaire de connaître la langue, car alors, on se sent plus libre. Quand on ne connaît pas la langue, on voyage avec la tête dans un sac.
Quelles autres langues connaissez-vous?
Le roumain, et un peu de grec. Je connaissais pas mal le grec, mais en l’absence de pratique, on oublie ce qu’on savait.
Vous utilisez un téléphone mobile? L’internet? Vous regardez la télévision? Par quel canal recevez-vous l’information?
Je regarde la télévision. J’utilise épisodiquement les téléphones mobiles. Mais je n’en ai pas. L’internet, très rarement. Je recours de préférence aux imprimés qui sont préparés à mon attention.
Et je suis extrêmement allergique au téléphone! A la Laure de la Trinité Saint Serge, j’assumais l’obédience d’auxiliaire de cellule du Supérieur, et je devais répondre aux appels téléphoniques. Le téléphone sonnait si souvent que je finis par ressentir une sorte de tension électrique. Depuis lors, j’utilise le téléphone de manière à ne pas en avoir besoin.
Pour ce qui est de l’utilisation de l’internet, j’aimerais dire que des raisons professionnelles peuvent nécessiter son utilisation ; on peut alors l’utiliser pour son accomplir son travail. Mais s’il s’agit de passe-temps, alors, je recommanderais, particulièrement aux jeunes, de ne pas trop regarder de ce côté. L’internet exerce sur eux une influence très négative. Nombreux sont ceux qui s’adressent à moi et aux prêtres parce que leurs enfants en sont devenus sérieusement malades. Les jeunes enfants sont incapables de se contrôler, et ils passent leur temps sans mesure aucune devant l’internet. Il leur arrive quelque chose d’incompréhensible. Ils se détachent de la réalité et vivent dans un monde virtuel. Leur psychisme en souffre, et on rencontre de très graves maladies physiques qui en découlent. Je conseille aux jeunes gens de lire plus, les Saintes Ecritures, des livres, les journaux et d’écouter ceux qui répandent la bonne parole. Ainsi il vaut mieux qu’ils utilisent moins souvent ces outils électroniques.
Pour terminer, votre Eminence, nous vous demandons le mot de la fin pour nos lecteurs. La guerre est entrée dans notre maison par les écrans de télévision, à travers les haut-parleurs et les communiqués des journaux. Les gens commencent à se préparer : ils acquièrent des armes, ils apprennent à prodiguer les premiers soins. L’heure est sans doute également à la mobilisation spirituelle, et cette mobilisation n’est pas moins importante que la préparation à la guerre. Que devons-nous faire, nous Chrétiens, que devons-nous mobiliser en premier lieu ?
Nous devons nous affermir spirituellement. Car les temps ne sont pas simples ;ils appellent à la responsabilité. Et chaque homme, chaque femme, a ses propres tentations, en plus des épreuves communes à la société. Pour traverser toutes ces épreuves, l’homme doit être spirituellement fort, ferme. Cette fermeté spirituelle s’acquiert par la prière. Les bonnes actions, c’est bien, mais la prière, c’est plus important. Il est nécessaire que les gens accordent plus de temps à la prière, qu’ils s’adressent personnellement à Dieu. Dans la prière, l’homme peut se réaliser intégralement ; présenter à Dieu son repentir, sa gratitude, Lui demander ce dont il a besoin, demander que Dieu le protège sut tous les sentiers de sa vie. L’homme peut obtenir tout pour lui-même dans sa relation à Dieu ; dès lors, il convient d’accorder une attention particulière à la prière.
Traduit du russe
Source.

Saint Jean de Kronstadt et le Monastère de Pioukhtitsk

Saint Jean de Kronstadt fut le protecteur de nombreuses communautés monastiques, mais tout particulièrement de trois monastères féminins, le Monastère Saint Jean de Rila, à Saint-Pétersbourg, où reposent aujourd’hui ses reliques, celui de Leouchino et celui de Pioukhtitsk. Il a déjà été question sur le présent blog du saint monastère de Leouchino et de sa célèbre higoumène, Mère Taïssia. Le texte ci-dessous concerne donc le monastère de Pioukhtitsk, situé aujourd’hui en Estonie. Il est la traduction des page 57 à 60 du livre «Le Monastère de Pioukhtitsk et son protecteur, le Saint et Juste Jean de Kronstadt» («Пюхтицкая обитель и ее покровитель святой праведный Иоанн Кронштадтский»), édité par le monastère, en 2008.

Пюхтицкая обитель и ее покровитель святой праведный Иоанн КронштадтскийComme en témoignent les annales du monastère, en 1893, «le vénéré et honorable intercesseur de Kronstadt, le Père Archiprêtre Jean Ilitch Sergueev fut l’un des plus importants donateurs du monastère, auquel il offrit neuf mille roubles en argent liquide ». Cette année-là, à deux reprises, les onze mai et onze novembre, le Père Archiprêtre Jean Ilitch Sergueev de Kronstadt rendit visite au monastère. Chaque fois, il célébra les matines et la Divine Liturgie. Voyant en toutes choses ordre et splendeur, il souhaita placer sous la direction de la vénérable Mère Higoumène ses filles spirituelles, qui s’intégrèrent à la communauté comptant une cinquantaine de sœurs». Ses lettres de recommandations à l’Higoumène Barbara furent conservées. L’une d’entre elles est consacrée à la troisième higoumène de Pioukhtitsk : «Vénérée Mère Higoumène Barbara! Je t’envoie une nouvelle brebis pour le troupeau qui t’a été confié par le Seigneur : Anna Korovnikova, une jeune fille vertueuse, pure, douce et obéissante, ma fille spirituelle pour qui je prie en intercesseur. Accueillez-la et introduisez-la honnêtement dans l’enceinte de votre Sainte Communauté. Votre fervent intercesseur devant Dieu. L’Archiprêtre Jean Sergueev. 9 septembre 1893.

Icône de la Mère de Dieu de Pioukhtitsk

Anna Alexeevna Korovnikova, la future Higoumène Ioanna, naquit le 21 août 1867 à Kronstadt. Ses parents étaient le staroste de la Cathédrale Saint André, Alexis Ksénofontovitch, et son épouse Paraskeva Nikititcha. Anna fut baptisée en la Cathédrale Saint André par le Père Jean (de Kronstadt), le huitième jour qui suivit sa naissance. Elle devint orpheline quelques jours après sa naissance. Le 4 septembre 1867, son père décéda, à l’âge de 52 ans. La petite fille de deux semaines demeura avec sa maman veuve et son frère aîné, Mikhaïl, âgé de dix-neuf ans.
La moniale Ioasafa (Maliarova) raconte : «Quand il voyait la future higoumène dans l’église, alors qu’elle n’était encore qu’une petite fille, le Père Jean lui disait souvent «Tiens bon, sœur, tiens bon, sœur!». C’était bien longtemps avant qu’elle n’entre au monastère. Anna devint donc la fille spirituelle du Père Jean de Kronstadt. Le 13 août 1893, avec la bénédiction de celui-ci, elle fut reçue au monastère de Pioukhtitsk, observant tout au long de sa vie les instructions de son grand père spirituel. Matouchka conserva soigneusement les livres du Père Jean, qu’il avait offert en tant que bénédictions à sa filleule. Elle les emmena quand elle entra au monastère, elle y puisa de la force pendant les années les plus pénibles de son existence, lorsque Dieu la jugea digne de la crosse d’higoumène. Ces précieux livres (…) portant la dédicace de leur auteur (…) sont encore conservés aujourd’hui au monastère dans la chambre-mémorial du Saint Père Jean de Kronstadt.

Récit de la septième supérieure du Monastère de la Dormition de la Mère de Dieu de Pioukhtitsk, l’Higoumène Barbara (Trophimova)

Monastère de Pioukhtitsk

«Lorsque j’entrai au Monastère, en 1952, le jour de la fête de Saint Seraphim de Sarov, je fus accueillie par l’Higoumène, Mère Raphaïla. Elle me conduisit à la cellule de la staritsa, Mère Iraïde (Sergueeva), l’un des plus anciennes sœurs «barbarides», ainsi désignait-on les soeurs entrées au Monastère lors de l’higouménat de la première Mère Barbara de Pioukhtitsk. A l’époque où elle était encore jeune fille, ici, sur la montagne de la Mère de Dieu, Celle-ci apparut à cette staritsa. Elle était venue ici pour la première fois, âgée de quatorze ans, en pèlerinage. Il y eut tant de monde qu’on célébra en plein air, et après la Liturgie, on dormit à même le sol, au pied de l’église. Les uns dormaient, les autres priaient. Certains lisaient l’acathiste. Partout, des cierges brûlaient.
Mère Iraïde raconta: «Je m’étais assoupie. Soudain, j’ouvre les yeux, et je regarde. Devant moi se tient une grande Dame majestueuse, si grande, si belle, et toute vêtue de noir. Je m’éveille complètement en entendant ce qu’Elle me dit, et je prends même peur. Elle me parle d’une voix caressante, s’inclinant vers moi : «Irina, Ma fille, veux-tu servir chez moi?». Et moi de répondre : «J’aimerais tant y aller». «Tu le voudrais? Alors, viens, maintenant, tu seras servante chez Moi». Je sentis que c’était la Très Sainte Mère de Dieu, et je n’osai en parler à personne.

St Jean de Kronstadt

Je vécus avec cette staritsa une demi-année. Elle me raconta comment Batiouchka Jean avait prédit à la Mère Higoumène Barbara la construction d’une superbe nouvelle basilique à Pioukhtitsk. Il avait eu accès à la vision de la nouvelle basilique. Matouchka Barbara accompagnait souvent Batiouchka Jean dans sa promenade jusqu’à la source, au-delà de la colline, que l’on nomme désormais la ‘colline de Batiouchka’. Un jour, alors qu’ils revenaient de la source, Batiouchka regarda soudain fixement vers l’endroit où s’élève aujourd’hui la basilique et dit : «Matouchka Barbara, Matouchka Barbara quelle majestueuse basilique, chez vous sur la colline». Matouchka lui répondit : «Batiouchka, elle serait peut-être très bien, la nouvelle basilique, mais il ne peut en être question». Comme s’il n’avait pas entendu ses paroles, Batiouchka répéta une fois encore : «Matouchka Higoumène! Regardez donc, quelle majestueuse basilique, chez vous sur la colline! L’antichrist ne pourra jamais y toucher! Je pense que la Basilique de Pioukhtitski durera jusqu’à la Seconde Parousie!».
Un jour, Matouchka Barbara marchait à côté de Batiouchka Jean, dans le cimetière. Soudain, celui-ci ôta son couvre-chef et s’inclina devant les tombes en disant : «Combien n’y a-t-il de reliques incorrompues qui reposent ici… »
Traduit du russe.

Le Métropolite Onuphre de Kiev et de toute l’Ukraine. Dieu m’a appelé et je suis venu. 1/2

L’entretien ci-dessous fut accordé le 17 septembre 2014 aux rédacteurs de différentes publications orthodoxes ukrainiennes, dont le portail d’informations «l’Orthodoxie en Ukraine» (Православие в Украине). Il a été traduit en russe pour le site Pravmir le même jour, et repris le 19 septembre 2014 sur le portail Pravoslavie.ru. Ce premier grand entretien était accordé par Vladika Onuphre à l’issue du premier mois écoulé après son intronisation en qualité de Métropolite de l’Église Orthodoxe d’Ukraine. Ce long entretien, présenté ici en deux parties permet de découvrir la personnalité de Vladika à travers le récit des moments et éléments importants de sa vie tels qu’il les a vécus et les rapporte lui-même. Le style des réponses de Son Éminence est accueillant, ouvert, manifestant de l’intérêt, empreint de légèreté et d’un humour bon. Peu de mots sont nécessaires pour transmettre la sagesse. Et n’importe quel thème est abordé avec calme et préparation. Notre conversation chargée en émotion dura une heure et demie, passant d’un sujet à un autre, et elle a pris fin non par manque de questions, mais parce que le temps s’était écoulé à toute vitesse.(…)

Mon père-prêtre était respecté même par les dirigeants soviétiques locaux.
Votre Éminence, nous savons que votre père était prêtre. Y eut-il d’autres prêtres dans votre famille?
En effet, je né dans la famille d’un prêtre. Le frère de mon père fut également prêtre. Il célébrait dans notre village, quand la Bucovine était encore occupée par les Roumains. Mon père fut ordonné à l’époque soviétique. Lire la Suite

Le Saint Tsar Nicolas II et Saint André de Crète

Le Saint Tsar Nicolas II
 
Dans un texte intitulé «A la Mémoire du Dernier Tsar», l'Archimandrite Konstantin Zaïtsev développe une série de réflexions au sujet du sens spirituel et eschatologique de la vie et de la mort en martyr du Tsar Nicolas II, et de sa Famille. Dans un passage de ce texte, l'Archimandrite Konstantin, largement traduit sur ce blog, dans la section «Nicolas II», attire l'attention du lecteur sur une «coïncidence» pour le moins significative : le meurtre sauvage du Saint Tsar et de sa Famille a été perpétré le 4/17 juillet, jour où l'on célèbre la mémoire de Saint André de Crète. Dans un texte paru le 19 mars 2013 sur le blog «Journal d'un Orthodoxe Ordinaire», on lit, à propos du Grand Canon de Saint André de Crète: «...Saint André, se basant sur son expérience pastorale, sonde l'abîme de la décadence morale et existentielle de l'homme qui s'est détourné de Dieu. Les exemples cités, à partir de l'Ancien ou du Nouveau Testament, sont très nombreux, ce qui fait que le Grand Canon, en plus de l'incitation à une auto-psychanalyse qu'il nous propose et de l'exhortation qu'il nous adresse à nous réveiller et à nous repentir avant que le point de non-retour ne soit atteint...». 
La «décadence morale et existentielle» de la société russe en 1918 n'est plus à prouver. La société, le peuple de Russie s'était «détourné de Dieu», en faveur des chimères sanglantes de la révolution. Le lien entre la mort en martyr du Saint Tsar Nicolas II et de sa Famille et «l'exhortation.... à nous réveiller et à nous repentir avant que le point de non retour ne soit atteint» est l'un des éclairages de la réflexion du Père Archimandrite Konstantin.

Comment la Russie récompensa-t-elle son Souverain qui de son cœur pur, l’aima plus que sa propre vie? Elle le paya au moyen de calomnies. Il était d’une haute moralité, et on parlait de sa dépravation. Il aimait la Russie, et on parlait de trahison. Même des gens qui lui étaient proches répétaient ces calomnies, se rapportant mutuellement des rumeurs et des conversations. Sous l’influence de l’intention malveillante des uns et de la débauche des autres, les bruits se répandirent et commencèrent à refroidir l’amour pour le Tsar. Ensuite, on a commencé à parler de danger pour la Russie, et de la manière de se défaire de ce danger inexistant, et au nom d’un soi-disant sauvetage de la Russie, on commença à dire qu’il faudrait éloigner le Tsar. La malice calculatrice fit son oeuvre:elle éloigna la Russie de son Tsar, pendant les instants terribles à Pskov, il resta seul… Effroyable abandon du Tsar… Mais ce n’est pas lui qui abandonna la Russie, c’est la Russie qui l’abandonna, lui qui aimait la Russie plus que sa propre vie. Voyant cela, et dans l’espoir que son effacement volontaire apaiserait et dompterait les passions populaires qui avaient été éveillées, le Souverain renonça au trône… Éclata alors la jubilation de ceux qui voulaient la chute du Souverain. Les autres se turent. S’en suivit l’arrestation du Souverain, et la suite des événements était inévitable… Le Souverain fut assassiné, et la Russie se tut… Quel grand péché que de porter la main sur l’Oint de Dieu… La moindre des participations à pareil péché ne demeurera pas impunie. Nous dirons avec affliction : «Son sang retombe sur nous et sur nos enfants». Mais nous nous souviendrons que ce crime fut commis le jour où nous fêtons la mémoire de Saint André de Crète, qui nous appelle au plus profond des repentirs… Mais notre repentir doit être complet, sans la moindre auto-justification, sans la moindre réserve, en condamnant tout le mal dès son début… Oui, tout le mal contemporain de la Russie porte d’une certaine manière en lui la culpabilité du meurtre du Tsar: ceux qui n’en furent pas les complices directs furent complices par le tolérèrent.

Traduit du russe Source

Saint Jean de Kronstadt. Un témoignage remarquable provenant de l’Oblast du Don.

Le texte ci-dessous est traduit des pages 371 et 372 du livre «Le Père Jean de Kronstadt» de I.K. Sourskii (pseudonyme composé à partir du nom du village natal de Saint Jean: Soura), au chapitre 18 du tome II, intitulé «la clairvoyance du Père Jean». La version du livre utilisée est celle qui fut publiée en 2008 à Moscou par les Éditions «Otchii Dom», et qui regroupe en un seul volume les deux tomes du livre écrits l’un à Paris, l’autre à Belgrade, par l’auteur. Il s’agit vraisemblablement de la plus ancienne biographie de Saint Jean de Kronstadt, que l’auteur, un haut fonctionnaire de l’Empire de Russie, a connu personnellement, et qui a largement servit de base à la première (courte) biographie de Saint Jean de Kronstadt publiée en langue française (épuisée à ce jour) et traduite d’un original allemand écrit par Alla Selawry. D’autre extraits de cette excellente biographie, exceptionnelle source d’informations, seront traduits au cours de l’année 2019 sur le présent blog.

Ceci se passa en l’an 1902. Dans l’Oblast du Don, au village de Cheptoukhovo vivait le propriétaire terrien Nikolaï Alexandrovitch Poliakov. Son domaine était immense. On ne sait s’il lui était échu en récompense pour ses services dans l’armée , ou par héritage, de son père. C’était un homme dur et sévère, et que Dieu ne le permette, si du bétail appartenant à autrui venait à paître sur ses terres, il entrait en grande colère et punissait le propriétaire des bêtes. Ils étaient nombreux à ne plus oser le regarder en face après avoir subi pareil coup de semonce. Il ne croyait pas en Dieu, ni en ce qu’on écrivait à l’époque au sujet du Père Jean. Il ne croyait en rien dont il n’ait fait lui-même l’expérience. Lire la Suite

Geronda Gabriel de Karyes. Histoires athonites

Le texte ci-dessous est issu de la traduction de deux articles, publiés le 08 février 2019 et le 23 mars 2018 sur le portail russe de l’Union des Journalistes Orthodoxes.
Geronda Gabriel de Karyes mène son podvig en ermite dans sa kelia de Saint Christodoulos, près du Monastère de Koutloumoussiou sur la Sainte Montagne, pas loin de l’endroit où vivait Saint Païssios. Il est l’un des gerondas athonites les plus connus. Certains considère qu’il est d’ores et déjà saint. Après être demeuré 23 ans sur le Mont Athos sans en sortir, Geronda Gabriel a subi depuis 2012 plusieurs interventions chirurgicales pour soigner un cancer au cerveau, qui le maintient en position allongée la plupart du temps. En 2012, quand il «se reposait» dans une maison de Thessalonique, suite à une intervention chirurgicale, plus de 20.000 personnes vinrent le voir pour recevoir sa bénédiction (par groupes de vingt). Après la dernière intervention chirurgicale, en 2018, Geronda Gabriel annonça, de retour au Mont Athos, que cette fois, il était revenu pour y mourir. Au début de l’année 2019, il semble que l’état de santé de Geronda se soit un peu amélioré.

On ne peut pas comparer les gens d’aujourd’hui à ceux d’il y a cinquante ans. Les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont faits d’une pâte complètement différente.
Ils sont complètement immergés dans l’internet et ils ont fait tant d’expériences dans leur vie. Bien souvent, ils ont essayé les narcotiques, l’alcool et la luxure. La plupart d’entre eux n’obéissaient pas à leurs parents et trouvaient cela normal. Si on force un novice pareil à s’intégrer au cadre habituel, il ne pourra pas le supporter. Ces gens malade au plus profond de leur âme, on ne peut les attirer dans la vie monastique que très progressivement. Souvent, cela prend de nombreuses années avant qu’ils n’accèdent à la véritable obéissance.
A la Sainte Montagne, il existe une tradition selon laquelle sortir de l’Athos revient à perdre sa virginité. Mais de nombreux saints sortirent, et même de nombreuses fois, de la Sainte Montagne. Nous ne savons pas comment le Seigneur organise la vie des hommes. Souvenez-vous de ce qu’écrivit Saint Nicodème l’Athonite dans l’office des Saints de l’Athos.
Nombreux sont ceux qui vinrent mener leur podvig dans le Jardin de la Mère de Dieu. Pourquoi? Parce qu’ils crurent les paroles de la Toute Sainte Mère de Dieu: celui qui viendra à la Sainte Montagne et n’en sortira pas Je serai sa Nourricière, sa Protectrice, sa Reine et son Higoumène. Un tel homme disposera de tout, ici. Et après, il aura accès au Royaume des Cieux. Et à l’heure du Jugement, Je parlerai pour lui, afin que ses péchés lui soient absous. Voilà la conception de la vie monastique sur l’Athos.
Saint Païssios l’Athonite déménagea maintes fois, sur la Sainte Montagne elle-même, mais aussi au Mont Sinaï, et en d’autres endroits. La Providence divine le conduisit sur son chemin particulier. Même si chez nous sur l’Athos, on dit: tu peux déménager tant de fois que tu veux, mais ne quitte pas la Sainte Montagne. Et finalement, au monastère, quand le moine reçoit le Grand Schème, le prêtre lui demande : tu es prêt à mourir sur le lieu même où tu es tonsuré? Et le moine doit faire le serment d’y être prêt.
Mais les héros de l’ascèse et les saints sortirent souvent, que ce soit Saint Païssios, Saint Gerassime de Kefalonie, et de nombreux autres. Il s’agit là de la Providence divine. Dans pareils cas, les saints ont toujours reçu l’instruction divine de se rendre à un certain endroit. Il ne s’agit pas d’un déplacement entrepris de sa propre volonté. Il ne s’agit pas d’une excursion.
Toujours, nous devons accueillir les errants et les pauvres. Nous avons même une ancienne chanson grecque qui dit: bonheur dans la maison qui accueille toujours les errants et les indigents. En effet, il vient obligatoirement un moment, où c’est la Panagia ou le Christ qu’on accueille sans le savoir.
Nos gerondas racontent l’histoire suivante. Un geronda vivait en un endroit retiré, seul, privé de toute consolation. Il se nourrissait seulement des fruits d’arbres poussant à proximité. Un jour, ce geronda tout simple entendit que dans le monde, certains moines accomplissaient des miracles. Il se dit alors:«Je pratique mon ascèse depuis tant d’années, et je n’ai encore rien! Et dans le monde, les pères accomplissent des miracles. Moi aussi, je vais aller dans le monde». Il rassembla ses affaires et s’en alla vers le monde. Il cheminait sur le sentier montagneux qui commence à Sainte Anne. Mais Dieu décida de l’arrêter et envoya un ange à sa rencontre. Voyant le moine, l’ange s’avança vers lui et demanda:«Geronda, où vas-tu?». Le geronda répondit : «Je vais dans le monde. Je veux aussi voir des miracles». Alors, l’ange lui répondit : «Insensé! Quel plus grand miracle souhaites-tu que Dieu accomplisse? Au moment où le monde devient fou, tu vis ici dans un endroit retiré, au milieu de la nature, et tu as tout ce qui t’est nécessaire. La nourriture te tombe dans la main. Et tu voudrais trouver plus grand miracle en allant vers les gens exténués par les soucis et la course aux richesses? Retourne sur ton lieu de podvig!»
Voici une autre histoire. Un moine, que vous connaissez tous, se rendit à la Skite Sainte Anne, auprès de Geronda Papa Yannis. Il dit au geronda:«Geronda, j’ai décidé de quitter la Sainte Montagne. Je vois beaucoup trop de choses du malin ici». Papa Yannis lui demanda:«Tu souhaite connaître mon avis ou la volonté de Dieu?» Le moine répondit:« Je veux la réponse de Dieu». Geronda Yannis se tut. Ensuite, il lui dit:«Voilà la volonté de Dieu. Tu peux entreprendre ce que tu voudras sur la Sainte Montagne. Si tu le souhaites, tu peux n’observer aucune règle. Mais veille à une chose:ne mets jamais un pieds hors de la Sainte Montagne».
Ces histoires nous offrent des exemples de patience et de prière, deux piliers de la vie monastique. Tant que nous le pouvons, nous devons demeurer ici.
Traduit du russe
Source.

Le pécheur observe sa situation avec effroi, et pendant ce temps, le Seigneur l’observe en tant que futur saint. C’est pourquoi il ne faut jamais juger personne sur son apparence. Parfois nous sommes troublés parce que nous ne pouvons pas faire beaucoup de grandes métanies ou jeûner strictement. Mais il faut se demander: «Que craint satan?». Pensez-vous qu’il craigne les métanies? Pensez-vous qu’il ne jeûne pas plus que nous? Il craint une chose: les pensées de pure confession et de totale obéissance. Alors, l’homme ou la femme lui est entièrement inaccessible.
Voici une histoire édifiante, qui se déroula sur la Sainte Montagne. Chez nous, sur l’Athos, vivait au Monastère Grigoriou l’Higoumène Gabriel, un geronda renommé. Vivait également là un moine zélé, qui faisait 5000 grandes métanies par jour. Mais il ni demandé ni reçu la bénédiction pour une telle ascèse. Il faisait cela sur base de son propre zèle et de sa volonté individuelle. Un jour, l’higoumène demanda par hasard à ce moine : «Père, combien fais-tu de métanies?». Le moine répondit «cinq mille». «Et qui t’a donné la bénédiction?» Évidemment, le moine ne put rien répondre à cette question. Alors, le sage higoumène lui dit «A partir d’aujourd’hui fait autant de métanies que les autres pères du monastère, trois cents». Et que pensez vous qu’il se passa? Le lendemain même, le moine alla trouver l’higoumène et avec humilité, il lui dit : «Geronda, je ne parviens pas à supporter la lourdeur de cette règle que vous m’avez imposée». «En quoi est-elle lourde?» s’étonna l’higoumène. «C’est dur pour moi de faire trois cents métanies». Encore plus étonné, l’higoumène répondit «Mais n’en faisais-tu pas cinq mille jusque maintenant?». Voilà comme est léger le podvig sans bénédiction; il fait croître notre orgueil. Le moine ne parvint pas à faire trois cents métanies, et il en perdit sa haute estime de lui-même, et devint comme tout le monde. L’orgueil le priva de nourriture, l’orgueil finit par saigner.
Traduit du russe
Source