Les startsy s’en vont les uns après les autres. A la mémoire de l’Archimandrite Lazare. (2/2)

Le 4 mai 2018, nous rappelions les décès successifs depuis un an de plusieurs grands starets russes. Entre-temps est venu se rajouter celui du starets Adrian. Et cette triste série se poursuit. Le 17 août 2018, l’Archimandrite Lazare (Abachidzé) est décédé. Il était l’un des auteurs favoris de très, très nombreux fidèles; même dans leur version russe, la plupart de ses livres sont épuisés, malgré les rééditions successives. L’article original russe traduit ci-dessous a été publié le 27 août 2018 sur le site Pravoslavie.ru sous le titre «Un Prédicateur du Christianisme de la tempérance. A la mémoire de l’Archimandrite Lazare». Ce texte est dû au Hiéromoine du grand schème Valentin (Gourievitch) et à Madame Olga Orlova. Deuxième partie.

L’écrivain spirituel, l’Archimandrite Lazare (Abachidzé), est décédé.
Bétanie (Géorgie), le 20 août 2018.

La plus dangereuse des substitutions.

Combien de fautes ne se dévoilent-elles pas après un moment de silence, même dans nos habitudes et pratiques religieuses bien ancrées… Dans un autre chapitre de ses exhortations, le Père Lazare écrit : «Nous pensons nous sauver «d’une manière ou d’une autre», «en passant», «entre autres choses», tout comme nous accomplissons la plupart des choses ennuyeuses, mais indispensables ou utiles. Ou pour le dire mieux encore, nous considérons toute notre vie en l’Église, notre vie de chrétien, comme une sorte de tranquillisant spirituel, c’est-à-dire, essentiellement, une forme de somnifère qui endort le ver agaçant, notre conscience troublée, et le plus souvent aussi comme une espèce de redevance ou de don qu’il est nécessaire de payer à des moments convenus afin d’avoir le droit à une vie insouciante le reste du temps. Lire la Suite

Ukraine. Sur le blog du Moinillon . Prière pour une Église ‘une’

Le blog de Maxime ‘Journal d’un chrétien orthodoxe ordinaire’ reproduit aujourd’hui un texte mis en ligne le samedi 8 septembre sur le ‘blog du Moinillon’. Compte tenu de l’ampleur catastrophique insoupçonnée que peuvent prendre les conséquences des événements déclenchés par la décision du Patriarcat de Constantinople de faire naître en Ukraine une « Église autocéphale » il a paru opportun de reproduire ci-dessous ce texte, sans changement aucun, tous les mérites en revenant à ‘P’tit Moine’. Une seconde prière y est ajoutée à la suite, celle récitée devant l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan.
En outre, pendant quasi trois ans les introductions aux traductions mises ici en ligne ont été rédigées en s’efforçant d’éviter l’usage de la première personne du singulier. Il sera fait aujourd’hui une exception:
En tant que fidèle d’une paroisse orthodoxe grecque d’une Métropole d’Europe occidentale dépendant du Patriarcat de Constantinople, je me sens moralement co-responsable de la décision exprimée et mise en œuvre par le Patriarche Bartholomée. Dans cette situation, je demande pardon à tous nos frères et sœurs orthodoxes russes du Patriarcat de Moscou (liés à l’actuelle Église Orthodoxe d’Ukraine, seule canonique) et à toutes les Ukrainiennes et tous les Ukrainiens qui ont et qui auront à souffrir des effets de la décision en cause, alors que leur pays, et particulièrement le Donbass, est déjà un lieu d’intenses souffrances. Pardonnez-moi.

Tous les Saints de Russie, priez Dieu pour l’Église et les patriarches

Saint Michel, métropolite de Kiev, prie Dieu pour nous !
Saint Vladimir qui baptisa la Rus’, prie Dieu pour nous !
Saints Boris et Gleb, priez Dieu pour nous !
Saints Antoine et Théodose, et tous les saints des grottes de Kiev, priez Dieu pour nous !
Saint Avramy de Rostov, prie Dieu pour nous !
Saint Nikita de Novgorod, prie Dieu pour nous !
Saint Alexandre de la Néva, prie Dieu pour nous !
Saint Igor prince de Tchernigov, prie Dieu pour nous !
Saint Daniel de Moscou, prie Dieu pour nous !
Saint Vsevolod de Pskov, prie Dieu pour nous !
Saint Michel prince de Tver, prie Dieu pour nous !
Saint Serge de Radonège et tous les saints de la laure de la Trinité-Saint-Serge, priez Dieu pour nous !
Saint Alexis, métropolite de Moscou, prie Dieu pour nous !
Saint Maxime le Grec, prie Dieu pour nous !
Saint Job de Potchaev et tous les saints de la Laure de Potchaev, priez Dieu pour nous !
Saint Thaddée et tous les saints de la Laure de Sviatohorsk, priez Dieu pour nous !
Saints Serge et Herman et tous les saints de Valaam, priez Dieu pour nous !
Saints Savaty et Herman et tous les saints de Solovki, priez Dieu pour nous !
Saint Séraphim de Sarov, prie Dieu pour nous !
Saint Basile le bienheureux de Moscou, prie Dieu pour nous !
Saint Dimitri de Rostov, prie Dieu pour nous !
Saint Théophile de Kiev, prie Dieu pour nous !
Saint Amvrosy et tous les saints d’Optino, priez Dieu pour nous !
Sainte Xénia de Saint-Pétersbourg, prie Dieu pour nous !
Saint Jean de Cronstadt, prie Dieu pour nous !
Saint Jean de Shanghaï, prie Dieu pour nous !
Saint Alexis d’Ugine, prie Dieu pour nous !
Saint Koukcha d’Odessa, prie Dieu pour nous !
Tous les Saints néomartyrs et confesseurs de Russie, priez Dieu pour nous !

Saint apôtre Bartholomée, prie Dieu pour nous !
Saint Cyrille, prie Dieu pour nous !
Tous les saints, priez Dieu pour eux !
Très Sainte Mère de Dieu, prie Dieu pour eux !

1) Allocution du patriarche Bartholomée lors de la synaxe des hiérarques à Constantinople(1er septembre 2018)
2) Nomination de deux exarques du Patriarcat œcuménique à Kiev (7 septembre 2018)
3) Déclaration du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 8 septembre 2018

Sources: Blog de Maxime , Blog du Moinillon

A la prière ci-dessus peut s’ajouter celle que l’on récite devant l’icône de la Mère de Dieu de Kazan, et qui demande l’aide de Celle-ci entre autres contre schismes et hérésies. Il est vrai que ces derniers sont à l’œuvre en Ukraine depuis un certain temps, mais ce qui pourrait arriver serait bien pis encore.  La version française traduite traduite du slavon, et reproduite ci-dessous m’a été remise par un membre de notre paroisse.

Ô toute sainte Reine, Notre Dame la Mère de Dieu,
nous prosternant avec foi et amour devant ta précieuse icône, nous te prions :
ne détourne pas ta face de ceux qui accourent vers toi.
Prie ton Fils et notre Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, ô Mère pleine de compassion,
afin qu’Il nous garde dans la paix,
et qu’Il préserve Sa sainte Église contre l’incroyance, l’hérésie ou le schisme.
Car nous n’avons pas d’autre aide ni d’espoir que toi, ô très pure Vierge.
Tu es le tout puissant secours et la protectrice des Chrétiens.
Délivre tous ceux qui te prient avec amour contre les assauts du péché,
contre les attaques des hommes méchants,
contre toutes les tentations, afflictions et détresses, et contre la mort soudaine.
Accorde-nous d’avoir un esprit contrit, un cœur humble, des pensées pures,
afin que nous amendions nos vies pécheresses
et que nous obtenions la rémission de nos péchés.
De sorte que nous puissions chanter avec reconnaissance tes hauts faits,
et que nous soyons assurés du Royaume éternel.
Amen.

Starets Élie. L’éternité, on n’y échappera pas.

Crédit Photo

Le Starets Élie (Nozdrine), Archimandrite du grand schème, est né en 1932. Il commença à prier à l’âge de trois ans. Après avoir terminé l’Académie de Théologie, il entra, en 1966 dans la communauté monastique de la Laure des Grottes de Pskov, à partir de 1976, il séjourna sur la Sainte Montagne, et à la fin des années ’80, il contribua à la renaissance du Monastère d’Optina, et il en encore le père spirituel et est le confesseur de Sa Sainteté le Patriarche Kyrill.
En mai 1966, le Hiérodiacre Élie (Nozdrine) fut ordonné hiéromoine. Le 21 mai 2016 s’est déroulée la chirotonie des cinquante années de prêtrise du confesseur de Sa Sainteté le Patriarche Kyrill, l’Archimandrite du Grand Schème Élie. A l’occasion de son jubilé, le Père Élie a répondu aux questions des lecteurs du portail informatique Rublev.com. Le texte de cet entretien a été reproduit le 23 mai 2016 sur le site Pravoslavie.ru.

Père Élie, comment l’homme contemporain doit-il mener sa vie afin de sauver son âme et d’éviter les querelles avec autrui?
Avant tout, chacun doit se souvenir de l’essence de notre vie, comprendre notre foi orthodoxe. Et il faut admettre la proposition axiomatique : le Seigneur est, et notre Église Orthodoxe est. La loi de notre vie, la loi écrite, c’est la Sainte Écriture, et particulièrement le Nouveau Testament (les Évangiles, les Épîtres des Apôtres). C’est le Nouveau Testament qui fournit à notre sainte Église le fondement de notre foi et ses enseignements. Il y a également la Tradition, mais c’est une partie moins importante ; la partie fondamentale, c’est le Nouveau Testament. Et c’est vraiment au moyen de ce Nouveau Testament que nous devons diriger notre vie. Nous devons avoir la foi et participer à la vie de notre Église et observer ses règles. Qu’est-ce que cela signifie? Cela veut dire que nous devons aspirer à comprendre l’Église Orthodoxe, sa vie, son histoire, son essence. Malheureusement, bien souvent, elle nous manque, cette compréhension du sens de la vie. Son sens fondamental, c’est que nous vivions avec Dieu, selon les règles de l’Église. Et comment l’Église vit-elle? l’Église incarne notre idéal dogmatique chrétien. Comme dit le Seigneur : «Cherchez avant toute chose le Royaume des Cieux et Sa vérité». Lire la Suite

Il conversait avec les anges et voyait les démons. A la mémoire du Starets Adrian (Kirsanov).(2/2)

Texte écrit par Madame Olga Orlova, à l’occasion du quarantième jour après que l’archimandrite Adrian (Kirsanov), starets de la Laure des Grottes de Pskov, eût quitté les chemins de cette terre pour rejoindre ceux du Ciel. Le texte a été publié le 6 juin 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Plutôt que de se limiter à l’énumération de souvenirs de ce héros de l’ascèse, l’auteur a décidé d’introduire une dimension pratique: comment s’adresse-t-on à un starets, qu’est-ce qu’il faut pour que le Seigneur manifeste un starets et finalement, comment mener notre lutte à l’aide de leur souvenir? Et le sous-titre du texte pourrait être cet extrait: «C’est regrettable, mais les startsy s’en vont….»

C’est en imitant un saint qu’on le vénère
Saint Jean Chrysostome

Commencer par ce qu’il y a de plus simple. Par le Hiéromoine Joseph (Schvetzov), supérieur de la Laure des Grottes de Pskov.

Hieromoine Ioasaph

Le Père Adrian fut un starets à la sainte vie. A sa mort, il est entré au paradis. Tous ceux qui approchèrent son cercueil ressentirent la consolation, la paix, la sérénité et la joie. Il était clairvoyant. Beaucoup de choses lui furent dévoilées. Par ses prières, les gens recevaient la guérison. Mais le miracle de la clairvoyance, je ne trouve pas que ce soit surnaturel, au contraire, c’est une norme quant à la purification de soi. Le Père Adrian vivait selon l’Esprit. Tu t’approchais de lui, et avant même que tu aies dit d’où tu venais, il te disait: «Tu viens de l’endroit X, parlons un peu…» Alors que tu ne lui avais pas dit d’où tu venais et où tu allais! Mais ce n’est pas un miracle, c’est la vie courante pour le saint homme. Le véritable miracle, c’est quand des incroyants venaient parler avec le starets et qu’ils repartaient avec la foi. Voilà un authentique miracle! Et il y en eut de pareils miracles! Par ailleurs, le Père Adrian ne faisait pas partie d’une famille d’érudits, il s’exprimait toujours de façon très simple, mais ses paroles touchaient l’âme. Les gens se repentaient, ils étaient «retournés». Il savait l’avenir. Voici un événement surprenant: pendant vingt ans, il a parlé d’une guerre, et pendant les trois dernières années, quand on lui demandait: «Batiouchka, il y aura une guerre?» «Non, il n’y en aura pas». Peut-être ne voulait-il pas semer la panique,… je ne sais pas. Les gens venaient le voir, très inquiets, et il les rassurait :«Tout va bien se passer». Il essayait toujours de secouer les gens pour les débarrasser des soucis du monde, pour qu’ils commencent à se repentir, à aller à l’église, à se tourner vers la foi, à prier plus. Le centre de la vie, c’est le salut de l’âme, mais il se fait que chez nous, c’est tout le reste qui prend de l’importance, et ce qui est véritablement utile, on le fait en vitesse et n’importe comment. Ce devrait être le contraire: l’essentiel, c’est le salut de l’âme, et tout le reste, cela vient de soi, après. Il est d’ailleurs intéressant qu’il ait dit: «Ils viennent me voir, ils me demandent comment acheter, comment vendre, comment entreprendre quelque chose, mais personne ne me demande comment se repentir, comment vaincre une passion?!». Le Père Adrian n’aimait pas du tout recevoir la visite de gens non-mariés. Il en était terriblement contrarié. Ces gens venaient une ou deux fois, mais la troisième fois qu’il les voyait, il était tellement fâché qu’il ne pouvait plus recevoir d’autres visiteurs ce jour-là. Certains se disent qu’être mariés ou non, ce n’est pas très important, mais il s’avère que c’est très important. Batiouchka disait: «Pourquoi tout va de travers dans votre vie? Parce que vous n’êtes pas mariés. Ça ne change rien? Mais vous vivez sans bénédiction!» Le Starets ne parlait pas de façon directe, je pense plutôt qu’il tentait de faire comprendre que tant que les gens ne sont pas mariés, cela signifie qu’ils méprisent les Mystères de l’Église. Mais alors, à quoi bon aller prendre conseil d’un starets si on rejette les dispositions fondamentales de l’Église? Il faut commencer avec ce qui est le plus simple, ensuite, quand les questions simples sont résolues, s’il en reste qui soient plus ardues, on peut s’en occuper. Mais pour commencer, il faut accomplir les démarches prévues, et seulement après aller consulter un starets.

Suite à l’obéissance, Dieu manifeste des Startsy. Par l’Higoumène Ekaterina (Tchaïnikova), Supérieure du Monastère de l’Exaltation de la Croix à Jérusalem
Mes adieux au Père Adrian furent impromptus. Il se fit que j’arrivai à la Laure des Grottes de Pskov le jour on l’on annonça qu’il venait de décéder. Cinq hiérarques, une multitude de prêtres, de moines et de laïcs se réunirent pour les funérailles du Père Adrian; ce fut une fête de prière. Je fis mes adieux au Père Adrian dans la joie, convaincue de ce que par ses labeurs, son podvig, sa vie de juste, il participait déjà ici au Règne de Dieu, et la séparation de l’âme et du corps lui avaient ouvert dans toute sa plénitude l’expérience d’être avec Dieu.
Quelques temps avant son décès, le Père Adrian avait atteint sa 96e année. Dieu lui permit de conserver tout son esprit, de même qu’une mémoire lumineuse. Il reçut des pèlerins quasiment jusqu’à la fin, n’abandonnant pas pour autant tout le soin qu’il réservait aux moines et moniales. Un jour, je me trouvais auprès de lui, et soudain, il me remit de l’argent: «Les Sœurs construiront des cellules». Nous les avons construites. Il prenait soin des frères de la Laure dont il faisait partie avant son transfert au Monastère des Grottes de Kiev. Il versait une obole à la chapelle du cimetière et il aidait, surtout par sa prière.
Celui qui vit une vie de juste mourra comme un juste. Ce genre d’homme attend toujours la mort avec la conscience en paix. Pour eux, le souvenir de la mort est essentiel: «Souviens-toi de l’heure de la mort, et ne pèche à aucun moment». Les afflictions humaines ne les affectent pas. Par contre, ils connaissent la joie. Les héros de l’ascèse ne meurent pas, ils déménagent. Pendant leur vie et après leur mort, les hommes de Dieu continuent à établir la paix et la prospérité dans les âmes.
Mais là où plane l’absence de paix, l’inquiétude, les différends, qui toujours accompagnent les faux startsy, de quelle grâce pourrait-on parler?! Le Seigneur a dit : Je vous donne Ma paix (Je.14,27). Si la paix s’installe dans le cœur après s’être entretenu avec un starets, il s’agit d’un témoignage de ce qu’ils ont atteint dans leur cœur l’union avec notre Sauveur.
J’ai connu Batiouchka Adrian au début de l’année 1975. J’étais encore jeune. Parfois nous étions polissonnes. On se glissait chez lui pendant des «purifications», des exorcismes. Nous étions curieuses d’observer ce qui se produisait. Tant de possédés affluaient chez lui à cette époque! Quand Batiouchka commençait à lire les prières d’exorcisme, quels effets elles produisaient! Aujourd’hui, je vous parle de cela simplement, mais en moi, il s’agit de scènes qui se déroulent encore sous mes yeux…

Starets Adrian

Le Père Adrian chassait réellement les démons. Et ils vociféraient, l’insultaient, essayaient de lui arracher la barbe, ils le frappaient jusqu’au sang. Voilà comment les démons le maltraitaient. Et Batiouchka n’accordait pas la moindre attention à toute cette frénésie. Sa diction n’était pas claire, il n’articulait pas nettement, mais la puissance de ses prières mettait les démons en fureur; ils aboyaient, ils miaulaient, ils grognaient et certains se tortillaient comme des serpents… Certains lançaient des propos indécents, jusqu’à l’obscénité, et toujours d’une voix inhumaine. Nous étions jeunes et trouvions tout cela intéressant… Bien que parfois la frousse nous saisissait. Nous sentions que nous étions en contact avec cette puissance invisible qui tourmentait les gens, en règle générale, ceux qui calomniaient Dieu, qui dénigraient le nom de Dieu, se considérant supérieurs, plus dignes que les autres. Parmi les possédés, en fait, on comptait beaucoup de scientifiques, certains étaient même renommés, on y voyait beaucoup d’enseignants. A l’école de la Laure, une enseignante s’appelait Zoé, je ne me souviens plus de son patronyme. Elle souffrait tellement de possession! Nous interrogeâmes Batiouchka: «Pourquoi?». Et il répondit: «Elle a blasphémé». Les démons la tyrannisèrent jusqu’à sa mort. Batiouchka avait dit que le Seigneur lui offrirait une amélioration, mais ne lui donnerait pas la guérison complète.
Il existe des gens que le rituel d’exorcisme des esprits malins n’aide pas. On lit dans l’Évangile: «Cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne.»(Mt. 17,21). J’ai rendu visite au Père Adrian peu de temps avant sa mort. Nous nous rappelâmes combien il souffrit en aidant ces possédés. Et il me dit ceci: «Oui, j’essayais de chasser les démons. Mais les possédés partaient guéris et recommençaient à pécher! Et le démon expulsé amenait dans le possédé sept esprits pires que lui (Mt.12,45). Celui qui se repentait, et se tenait à l’écart du péché, le Seigneur lui donnait une vie nouvelle. Mais celui qui retombait dans la fornication, la débauche et l’ivrognerie, il redevenait possédé.» Nous vivions depuis notre enfance à la Laure des Grottes, parmi les startsy, mais nous ne comprenions pas que nous vivions parmi des saints ; nous ne comprenions pas qui ils étaient. C’étaient des startsy tels que l’Archimandrite Ioann Khrestiankin, l’Archimandrite Théophane (Maliavko), l’Archimandrite Adrian (Kirsanov), l’Archimandrite du Grand Schème Pimène (Gavrilenko), l’Higoumène du Grand Schème Savva (Ostanenko), mon père spirituel. Voilà le bouquet de fleurs spirituelles qui ornait alors le Monastère des Grottes de Pskov! Quel que fut le starets auquel vous vous adressiez, il vous menait à Dieu. Mais nous vivions comme cela, sans penser qu’il pût en être autrement. Je me souviens, dès que finissaient les cours, nous, les enfants, nous esquissions vite fait nos devoirs, nous lancions notre farde dans un coin, et filions au monastère. C’était un endroit où on sentait la présence de la grâce. J’étais très attirée par le monastère. J’y arrivais comme à la maison! Là, un starets s’occupait à une chose, un autre allait son chemin, un troisième sortait de l’église… Tu approchais et tu recevais la grâce de partout.
A cette époque, il n’existait quasiment aucune littérature spirituelle, on vivait avec les homélies de nos batiouchkas et leurs instructions, leurs conseils: aimer Dieu, être assidu à l’église, recevoir les Mystères…
Les paroles des startsy, c’était la norme, la règle de vie. Il n’y avait en nous aucune malice, aucun doute : «Batiouchka a-t-il dit vrai?….» Jamais nous ne mettions les startsy à l’épreuve. Aujourd’hui, il arrive qu’on aille interroger un batiouchka, puis un deuxième, puis un troisième, et ensuite, on soupèse ce qui a été dit, on trie… Pour nous, c’était impensable! Le Seigneur manifestait les startsy grâce à l’obéissance.
Aujourd’hui, on commence à geindre: «Il n’y a plus de startsy. Les startsy nous abandonnent!» La panique se répand: «Mais comment allons-nous vivre, comment pourrons-nous être sauvés?». Souvenons-nous que les startsy eux-mêmes vivaient dans l’observance des commandements que nous connaissons tous, dans l’Évangile! Et chacun, chacune, essayons, fût-ce un petit peu, d’imiter les startsy. Et que se passera-t-il? Voulons-nous être sauvés exclusivement par la prière d’autrui? Le starets prie pour moi, et tout ira bien…? Mais nous devons œuvrer nous-mêmes! Prier un peu. Pleurer devant Dieu. Et le Seigneur nous aidera. Oui, les startsy sont nos intercesseurs. Leur prière sera entendue, pensons-nous. Mais efforçons-nous d’aller à Dieu. Pour que le Seigneur écoute nos prières. Le Seigneur écoute la prière des justes: quand nous Lui obéissons et accomplissons Ses commandements évangéliques, alors, Il nous écoute, et exauce les demandes de nos prières. Chacun, nous sommes appelés à la sainteté (1Pi.1,16).
D’où provient ce désarroi: «Nous sommes perdus» ? Non, nous ne sommes pas perdus! Dieu est miséricordieux. Il enverra des justes. Il n’existe pas un seul village où ne vive un juste. «Seigneur, et s’il y a dix justes, Tu sauveras la ville?…» demanda Abraam au Seigneur avant qu’une pluie de feu ne réduisît Sodome en cendre. «Je ne la détruirai point, à cause de ces dix justes»(Gen.18,20-33), répondit le Seigneur… Tout le problème résida en ce qu’on ne trouva pas pareils justes…
C’est regrettable, mais les startsy s’en vont. Toutefois, dire qu’il nous abandonnent n’est pas correct. Ils ne nous abandonnent pas. S’ils avaient de l’amour pour nous pendant leur vie, alors, maintenant qu’ils sont dignes du Règne Céleste, ils sont nos dignes représentants devant le Trône de Dieu. Leur amour pour nous est éternel et parfait, et il grandit dans des proportions impensables.
Nous devons avoir honte de ne pas répondre à cet amour et cela doit nous inciter à nous corriger. Bien sûr, nous allons à l’église. Bien-sûr, nous nous confessons, et nous communions même aux Saints Dons du Christ. Mais comme des pécheurs, nous retombons dans le péché, nous retournons nous confesser, nous nous repentons à nouveau… Mais à quoi bon, si c’est pour pécher à nouveau…?
Les startsy vivaient autrement. Mais c’est maintenant seulement que vous prenez conscience de ce qu’il s’agissait d’authentiques saints. Même alors que l’Église militante ici sur terre ne les a pas encore glorifiés, s’ils ont plu à Dieu, ils sont glorifiés dans les Cieux. Et ils implorent la miséricorde divine pour nous quand nous le leur demandons dans nos prières.
L’âme chrétienne sent où se déversent les piliers de la grâce, et elle s’y précipite. Quelle joie que de revenir encore et encore au Monastère des Grottes de Pskov, car là reposent tellement de saints! Vénérons-les et implorons, et efforçons-nous de conserver la grâce de l’Esprit Saint.

Starets Adrian, prie Dieu pour nous!

Traduit du russe. L’ensemble des photos provient de la source originale :
Source

Il conversait avec les anges et voyait les démons. A la mémoire du Starets Adrian (Kirsanov).(1/2)

Texte écrit par Madame Olga Orlova, à l’occasion du quarantième jour après que l’archimandrite Adrian (Kirsanov), starets de la Laure des Grottes de Pskov, eût quitté les chemins de cette terre pour rejoindre ceux du Ciel. Le texte a été publié le 6 juin 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Plutôt que de se limiter à l’énumération de souvenirs de ce héros de l’ascèse, Madame Orlova a décidé d’introduire une dimension pratique: comment s’adresse-t-on à un starets, qu’est-ce qu’il faut pour que le Seigneur manifeste un starets et finalement, comment mener notre lutte à l’aide de leur souvenir? Et le sous-titre du texte pourrait être cet extrait: «C’est regrettable, mais les startsy s’en vont….»

C’est en imitant un saint qu’on le vénère
Saint Jean Chrysostome

Comment nos startsy devenaient des startsy, par Vladika Tikhon, Métropolite de Novosibirsk et Berdsk

Métropolite Tikhon

Alors qu’il faisait encore partie de la communauté de la Laure de la Trinité Saint Serge, le Père Adrian, avec la bénédiction du Père Spirituel de la Fraternité, le Starets Kyrill (Pavlov) exorcisait les possédés.
Ooh, je me souviens, nous étions allés à la Laure, avec ma Grand-Mère Ekatarina Stephanovna, et une de mes sœurs. Pour la première fois, je vis comment le Père Adrian exorcisait. Nous étions entrés au sous-sol de l’église principale de la Dormition. Et ce qui se passa, là, bonne mère!!! Des aboiements, des jurons… Nous nous tenions éloignés de côté, demeurant debout pour parer à toute éventualité.
En 1947, dix ans après être allé pour la première fois à la Laure, j’y retournai, car je faisais mon entrée au Séminaire de Théologie de Moscou. Je me souviens comme nous, les séminaristes, attendions, après l’office, ou même après le repas communautaire, le Père Archimandrite Cyrille et Batiouchka Adrian. Ils étaient liés, quelque chose les attachait l’un à l’autre; souvent on les voyait ensemble («Avec celui qui est pur tu te montres pur» Ps.17,26). On dit «Ne cherchez pas les saints, cherchez les doux». Ces startsy avaient une telle attitude, une simplicité d’âme, l’amour d’autrui. Et pourtant, comme le Père Cyrille et bien-sûr le Père Adrian étaient-ils alors startsy? Ils avaient tout au plus la cinquantaine. Mais dans la mesure où j’étais moi-même très jeune à l’époque, ils faisaient figure, pour moi, de vieillards pétris de sagesse, des guerriers du Christ expérimentés.
Ils étaient exigeants, tout d’abord vis-à-vis d’eux-mêmes. Ils s’imposaient des limites en toutes choses. Ils se faisaient violence. «Le Royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent» (Mt.11,12). L’ascèse purifie le cœur, alors l’homme atteint un état dépourvu de passion, et dans un cœur libéré du mal, descend la grâce. Que dit le Christ aux Apôtres lors de Ses «Paroles d’Adieu» (J.13,31;16,33) ?Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée (J.15,3). Il faut lire en permanence la Sainte Écriture; cela distinguait le Starets Kyrill et le Starets Adrian de maints autres. C’est précisément de ceux qui son purifiés par le Verbe auxquels le Seigneur commande: Restez dans la ville de Jérusalem (Lc. 24,29), avec la promesse: Vous serez revêtus de la puissance d’En-Haut (Lc.24,49).

Starets Adrian

Le Saint Evêque Ignace Briantchaninov qualifiait «d’êtres spirituels» ceux seulement qui avaient traversé l’expérience du renouvellement par l’Esprit Saint. Car c’est alors seulement que commence la prière authentique, la croissance et le succès spirituel. Pourquoi les startsy (ou ceux qui sont en devenir) mènent-il une ascèse spirituelle permanente? Parce que la moindre faiblesse, quelle que soit la hauteur à laquelle on se situe déjà, provoque la chute! Et sous la guidance de ceux qui sont expérimentés, les pères intensifient petit à petit leur podvig. Alors, dans leur lutte intérieure, ils réalisent que plus grand est le podvig, plus grande sera la grâce, au plus près de Dieu ils se trouveront. C’est un péché que d’aimer la robustesse du corps. L’ennemi va s’efforcer de nous inciter à vouloir manger des aliments savoureux, et puis à prendre du repos, etc… Mais l’exigence vis-à-vis de soi-même, la sévérité, les veilles prolongées, l’abstinence, la vigilance envers soi, font fuir les démons et les passions. Ce sont précisément ces qualités qui caractérisent les startsy. Tout le reste est donné par Dieu; il s’agit des fruits du podvig. Comme il est écrit: «Grâce pour grâce» (Je.1,16). Les héros de l’ascèse, leur force augmente pendant la marche, (Ps.83.8) le mystère du monde spirituel s’ouvre à eux.
Le Père Adrian conversait avec les anges et voyait les démons. Il existe une vidéo sur laquelle on le voit lui-même racontant comment, alors qu’il vit soudain un jour un démon qui rôdait, il pensa, dans sa grande simplicité : «Sans doute, le Seigneur les envoie-t-Il encore ici pour qu’ils puissent se repentir…» La qualité des âmes pures consiste à plaindre tout le monde. Mais cette fois-là, il reçut un grand coup et tout fut secoué dans la cellule. Voilà à quel point le démon haïssait pareille pensée. Alexis Kirsanov, le futur Père Adrian, tout jeune encore, vit les tréfonds de l’enfer, que lui indiquait la houlette de l’Archistratège Mikhaïl, et où seraient engloutis les athées, ceux qui pendant l’époque soviétique fermèrent les églises et les monastères, massacrant les moines, les prêtres et les diacres, et les fidèles. Et peut-être que nombreux simples collaborateurs aveuglés y tomberont aussi… Vers la fin de l’époque soviétique, en 1983, je me rendis au chevet de l’archiprêtre Alexis Demine, le confesseur de la cathédrale d’Eloxov. Je me souviens qu’il me raconta: «Le Seigneur m’a dévoilé le monde spirituel: je vois l’enfer, je vois le paradis, je sais ce qu’il y a dans le cœur de chacun. Quand je vais dans les transports, je ne regarde personne, tous les gens sont noirs. Mais quand je vais dans une église, je contemple les Orthodoxes, car c’est la beauté de Dieu». Les startsy voient la situation morale, la conscience des autres gens, parce que cela ne les affecte pas. Mais quand un pécheur a identifié chez un autre pécheur une quelconque passion, celle-ci commence à résonner, à trouver un écho; dans la paille qui est dans l’œil du voisin, nous voyons notre poutre (Mt.7,4-5), c’est-à-dire ces péchés, ces manifestations de l’existence en nous des passions, et en plus de cela, nous nous mettons à condamner et à nous sentir offensés. C’est pourquoi beaucoup de choses nous demeurent cachées, avant tout, à cause de notre indigence et notre impureté intérieures, afin que nous ne désespérions ni ne perdions courage. De la même manière, les pensées d’autrui nous demeurent cachées, sinon, nous courrions tout simplement à notre perte. Mais les startsy ne sont pas affectés par ce qui leur est révélé, car l’Esprit Saint Qui repose en eux, est impassible. Globalement, c’est dans le livre «Optina Pustin’ et son Temps» d’Ivan Mikhaïlovitch Kontsevitch que la nature et le fonctionnement du starets sont le mieux décrits. Il s’agit vraiment d’une lecture conseillée.
Je me rappelle encore d’un événement au Séminaire. Après avoir attendu que le Starets Adrian soit libéré de ses occupations, nous commençâmes notre entretien avec lui. Nous l’interrogeâmes: «Y aurait-il encore des persécutions? Comment les conditions de vie allaient-elles évoluer?» Pour sa part, il fut expulsé de la Laure. Au début, il lui fut interdit de pratiquer les exorcismes. Et puis, au bout de vingt-quatre heures, on lui donna l’ordre de débarrasser les lieux. C’était en 1947, je venais juste d’entrer au Séminaire. On expédia toutefois le Père Adrian à la Laure des Grottes de Pskov, «loin de la civilisation», comme on disait. Le Père Tikhon (Agrikov), l’auteur du remarquable libre «У Троицы окрыленные» fut au même moment chassé de la Laure de la Trinité Saint Serge. A l’époque ils étaient les deux startsy de la Laure les plus connus parmi le peuple.
Après l’expulsion du Père Tikhon, les autorités interdirent pendant sept ans que quiconque reçut ce nom lors de la tonsure. C’est seulement en 1981 que ce veto fut enfreint: pour moi, originaire de Voronège. Lors de ma tonsure monastique je reçus le nom du Saint Évêque Tikhon de Voronège. Oh oui, les autorités athées de ce temps-là craignaient jusque la simple mémoire de nos pères spirituels. Mais «toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu»(Rom.8,28). Je me souviens comment chez nous, à la Laure, nos pères spirituels, Athanase (Alafinov) et Laurent (Postnikov) rivalisaient:
– Nous sommes en compétition pour la primauté: qui de nous occupera la première place de prédicateur.
– Et comment cela fonctionne-t-il? Comment allez-vous le savoir?, demandai-je.
– C’est tout simple: c’est celui qui sera convoqué le premier au KGB.

Tous nous pouvons, sinon exorciser, du moins éloigner les démons, ça, c’est sûr! Par le Starets Archimandrite du Grand Schème Élie (Nozdrine)

Starets Elie

Ahhh, que Dieu permette que tout un chacun puisse servir Dieu et vivre longuement comme le Père Adrian. J’ai rencontré pour la première fois le Père Adrian à la Laure des Grottes de Pskov dès qu’il fut transféré de la Laure de la Trinité Saint Serge. Nous nous sommes côtoyés pendant deux ans, jusqu’à ce qu’on m’envoyât au Mont Athos, en 1976. Il m’arrivait de me confesser auprès du Père Adrian, et d’assister à certaines séances de «purification». Après, il subissait la vicieuse vengeance des démons qu’il avait expulsés. Son podvig était si pénible… pour l’amour du prochain, il endurait toute cette malice satanique. Les démons reviennent chez ceux qui ne se repentent pas. C’est écrit. Lisez par exemple le livre de l’Higoumène Marc :«Les esprits mauvais et leur influence sur les gens». Mais les démons, les esprits mauvais, peuvent essayer tant qu’ils le veulent de causer du mal aux gens, ils ne peuvent rien faire sans que Dieu ne les y autorise. Sans cela, ils asserviraient tout le monde. Et il n’y a rien d’étonnant à ce que le Père Adrian parlait avec les anges. Notre Ange-Gardien se tient à côté de chacun d’entre nous. Et quand tu écris tes articles, qui te guide? Un Ange! Il faut être humble, vivre dans la prière, pour que les anges entendent et voient. Tous, nous respirons de l’air, mais le voyons-nous? Il en va de même avec les anges : ils sont invisibles et nécessaires.
Comment devient-on starets? On devient un petit vieux et voilà, on est starets. Jadis, il en allait ainsi dans la majorité des cas. Mais comme on a commencé à semer l’athéisme, beaucoup sont devenus possédés, tant les vieux que les jeunes. De toutes nos forces, nous devons essayer de vivre avec Dieu, d’accomplir la volonté de Dieu. Fût-ce un peu, le matin, le soir, avant les repas, avant d’entreprendre toute chose, prions, afin que tout se fasse avec la bénédiction de Dieu! Il faut aller à l’église, se marier, baptiser les enfants et les éduquer dans la foi: les startsy apparaîtront. Tous, nous pouvons, sinon exorciser, du moins, chasser les démons; cela ne fait aucun doute. Lève-toi, prie et le démon sortira. Confesse-toi de tout ton cœur et ils n’auront aucun pouvoir sur toi. Reçois les Saints Dons et tu seras avec Dieu. Les démons, ce sont des bandits, ils volent ce qui leur est accessible. Garde-toi par le signe de la Croix; ils en ont peur, ils ne viendront pas. Sans cesse le diable fait la guerre à Dieu et à l’homme. Il ne veut pas que les gens soient sauvés. Les démons sont rusés et débrouillards. Il ne faut rien avoir en commun avec eux. Il convient de vivre dans la justice, selon la loi de l’Évangile, afin que la grâce ne s’amenuise. (A suivre)

Traduit du russe. L’ensemble des photos provient de la source originale :
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Métropolite Athanasios. La Grâce descend dans le cœur qui rend grâce. (3/3)

Les éditions du Monastère de la Présentation au Temple viennent de publier un nouveau livre de son Éminence le Métropolite Athanasios de Limassol, intitulé «Сохраним душу живой» (Gardons notre âme vivante), développant un enseignement de la pratique de l’essence de l’Orthodoxie dans la vie quotidienne et surtout dans la famille. Comme de coutume, le site Pravoslavie.ru, lié au Monastère a mis en ligne le 24 mai 2018 quelques extraits de ce nouveau livre. Voici la traduction de la troisième partie de l’un des chapitres de l’ouvrage.

Photo Diakonima

Nous rendons grâces à Dieu parce qu’Il S’est fait Homme, parce qu’Il nous a rendus dignes de nous tenir à Ses côtés, parce qu’Il nous a aimé, et nous Lui rendons grâces pour tout le reste. Savez-vous que ce qu’il y a de plus important, c’est de rendre grâces à Dieu pour les épreuves que nous devons endurer? Savez-vous combien c’est important? Il vient réellement un moment, et s’il vient, il vaut mieux qu’il intervienne pendant notre vie et non après notre mort, pour rendre grâces à Dieu pour tous les malheurs de notre vie. Savez-vous quand? Quand nous manifestons notre patience, quand nous prions et quand nous glorifions Dieu, alors la douleur dans notre cœur s’adoucit et devient agréable. Le poison se fait alors médecine, l’amer devient doux et ensuite se produit ce dont parle le Prophète David : «C’est un bien pour moi, que Tu m’aies humilié, pour que j’apprenne Tes jugements»1 . C’est un bien que Tu aies permis que je devienne malade afin que je sois affligé, vaincu, brisé, car c’est là un bien précieux pour moi. Mais quand faisons-nous cela? Uniquement lorsque nous sentons en notre vie la main bienfaisante de Dieu. Quand le médecin nous opère, nous ressentons la douleur et il est rare que nous disions merci! C’est après que l’on dit au médecin, merci de m’avoir opéré! Quand on a mal partout, on n’a pas l’esprit saturé de gratitude… Mais quand l’opération est terminée, quand nous nous rétablissons, lorsque le danger est passé, alors seulement, nous disons:
– Merci, docteur! Vous m’avez vraiment aidé et je vais retrouver la santé!
Nous remercions quand nous nous sentons mieux portants. Ce serait très bien si nous remerciions le médecin pendant nos souffrances, pendant l’opération. Rendre grâces à Dieu. Remercier pendant que nous nous trouvons plongés dans l’opération pédagogique de Dieu, pendant que nous ressentons la douleur, l’affliction, pendant que le sang coule. Vous savez combien il est important que l’homme dise alors «Gloire à Dieu!». L’Église souligne toujours l’exemple du Juste Job qui endura maintes souffrances, et Saint Jean Chrysostome dit: «Oh, bienheureuse voix de Job! Quand Job est-il devenu saint? Lorsque ses enfants moururent, lorsqu’il perdit toutes ses possessions, quand on le méprisa, quand son épouse le rejeta, quand il souffrit, et qu’il dit «Que le Nom de Dieu soit béni!» C’est vraiment alors qu’il devint saint et dit «Que le Nom de Dieu soit béni!», et non lorsque tout était parfait autour de lui. Quand tout va bien pour nous, c’est facile de dire «Gloire à Dieu». Et malheur à nous si nous ne le disons pas!
Imaginez que tout va bien pour vous, et vous ne dites pas «Gloire à Dieu!». Cela en dit long au sujet de votre ingratitude. Mais dans votre vie, tout s’effondre, vous ressentez la douleur, mais trouvez en vous la force de dire: «Gloire à Dieu!», alors, vous êtes réellement saint. Vous avez trouvé la clef, et malgré qu’elle soit petite, cette clef vous ouvrira une grande porte. Cette clef ouvre la porte du Règne de Dieu, où tout est saint.
Abba Isaac le Syrien dit: «Les lèvres qui remercient pour tout reçoivent la bénédiction de Dieu. Le cœur dans lequel vit la gratitude reçoit la grâce». Il ajoute également qu’aucun don de Dieu ne s’épanouira sinon celui pour lequel nous aurons exprimé notre gratitude.
Geronda Ephrem de Katounakia, un des piliers de l’Église, raconte qu’un jour, Geronda Joseph l’Hésychaste soupira et dit: «Ah, combien d’années m’a-t-il fallut pour découvrir le secret de la grâce!» Geronda Ephrem était encore jeune; il n’osa pas demander quel était ce secret. Le temps s’écoula et quelques années plus tard, il posa la question, et Geronda Joseph répondit: «La gratitude. Voilà le secret de la grâce». Vous voulez réussir dans la vie spirituelle? Apprenez à rendre grâces à Dieu pour tout.
Saint Isaac le Syrien dit que le cœur qui sans cesse rend grâces à Dieu fait descendre la grâce de Dieu sur l’homme. Et au contraire, ce qui attire la tentation dans l’âme de l’homme, ce sont les murmures, les ronchonnements, dans le cœur. Le Saint explique: «Dieu supporte toutes les faiblesses de l’homme, mais ne supporte pas l’homme qui murmure sans arrêt et le punit, le laissant tomber dans la tentation». Littéralement, il nous dit : «Écoutez, ne vous tourmentez pas, et si vous voulez mener à bien votre vie spirituelle et être béni, apprenez à remercier Dieu pour tout». Mais nous faisons le contraire. Immédiatement, nous commençons à murmurer :
– Pourquoi dois-je sans cesse affronter la tentation? Pourquoi suis-je chargé d’afflictions? Pourquoi tout se passe-t-il contrairement à ce que je souhaite?
Parce que nous murmurons sans cesse, et ces récriminations transforment le bien en mal. Lorsque Jésus a guéri une dizaine de lépreux, un seul a fait demi-tour pour venir remercier Dieu. Le Christ dit alors :
– J’en ai guéri dix! Et un seul est revenu?
Et qui était-il? Un étranger, un non-juif.
– Mais où sont les neuf autres? Où sont-ils partis?
Ils ne revinrent pas remercier Dieu.
Je ne veux pas vous assommer plus longtemps, mais j’insiste sur la nécessité de rendre grâces à Dieu. Car il s’agit de la clé importante dans notre vie spirituelle. Depuis toutes ces années que je vous parle, vous n’avez jamais entendu que je vous enseignait quand manger des aliments avec de l’huile végétale, quand manger sans huile, quand manger des fruits de mer, quand manger du poisson. Tout cela fait partie du cadre extérieur. Oui, nous respecterons tout cela, nous devons observer le jeûne; il s’agit d’une forme qui protège l’essence. Mais ce dont je veux vous parler, ce sont des clefs de la vie spirituelle. Pourquoi ? Parce que, malheureusement, nous avons appris à observer seulement la forme, et il est déplorable que nous soyons depuis tant d’années dans l’Église et que nous n’ayons pas encore acquis les traits et les caractéristiques de l’homme de Dieu, et nous ne sommes pas semblables à notre Père. Si nous sommes les enfants de notre Père Céleste, alors comment se fait-il que nous soyons si différents de Lui? Dieu est Lumière, et Il dit : «Je fais toutes choses nouvelles»(Apoc.21,5). Dieu vit dans l’inaccessible lumière, Il est lumière, amour, paix, Il donne la joie, la gratitude. «Rendez grâces pour tout» (1Thes.5,18), dit l’Apôtre.
L’essence de l’Église, c’est la Sainte Eucharistie, et elle nous appelle instamment à remercier le Seigneur, Qui nous donne pareille grâce, pareille liberté. Nous sommes les enfants libres de Dieu. Aujourd’hui, tout le monde parle de liberté, de joie. Mais où trouver tout cela sinon dans l’Église? Est-il possible que l’homme de Dieu n’ait pas la joie, ni la gratitude, ni la paix? Cela veut dire qu’il se passe quelque chose, cela signifie que sa vie spirituelle a été jusqu’ici insatisfaisante. On ne peut manger une nourriture trop salée. Il se passe la même chose avec nous. Nous sommes tous ici des gens relativement liés à l’Église. Que chacun s’observe soi-même, plutôt que de scruter les autres, pour trouver ce qui nous manque le plus et quelle image nous offrons aux autres. Quelle est cette image? L’image du Règne de Dieu venu sur terre et montrant que l’Église du Christ est l’espoir du monde. Les gens nous demandent:
– Mais où est cet espoir? Qui incarne cet espoir? Si nous sommes des gens tellement difficiles et ingrats, comment pourrions-nous donner espoir aux autres? Avec des paroles? Non.
Nous devrons répondre devant Dieu non seulement de ce qui nous a perdu, mais aussi de ce que nous avons piétiné devant les autres cette image de Dieu. Nous devons réellement être tels que la ville dont parle le Christ: «Une ville située sur une montagne ne peut être cachée …elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison»(Mat.5,14).
Permettons à Dieu d’agir en nous et reconnaissons ce secret de la gratitude. Rendons dignement et justement grâces au Christ. Pourquoi et quand? Quand notre cœur commencera à penser d’abord aux choses célestes et non aux choses terrestres. Nous devons rendre grâces à Dieu pour tous les grands dons spirituels qu’Il nous a donnés, et ensuite Le remercier pour tous les biens terrestres. Alors la gratitude transfigurera notre caractère.
Traduit du russe
Source.