Le Saint Tsar Nicolas II. Un siècle aujourd’hui.

Le Saint Tsar Nicolas II
Le 17/4 juillet 2018, nous rendons grâce à Dieu en célébrant la mémoire du Saint Tsar-Martyr Nicolas II et de la Famille impériale. Voici un siècle, la nuit du 16 au 17 juillet 1918, le Saint Tsar et sa Famille, aux arrêts dans la 'Maison Ipatiev' à Ekaterinbourg, furent sortis de leur sommeil et obligés de se rassembler dans une pièce du sous-sol. Quelques instants plus tard, ils étaient massacrés. Le Tsar et les membres de la Famille impériale furent glorifiés le 20 août 2000 par le Patriarcat de Moscou. L’Église Russe hors Frontières l'avait fait dès 1981. A cette occasion sont proposées ci-dessous deux versions d'une prière au Saint Tsar. La première est intégrée à l'office composé par l'ERhF et publié dès 1982. La seconde version a été adaptée à l'évolution de certaines circonstances extérieures comme la chute du pouvoir athée en Russie.

Prière au Tsar fidèle, Nicolas II le Strastoterpets. (Version originale.)
O, Saint Strastoterpets, Tsar-Martyr Nicolas! Tu fus choisi comme Oint du Seigneur, afin de régner avec bienveillance et justice sur ton peuple et de devenir le gardien de l’Église Orthodoxe.
Avec crainte de Dieu tu accomplis ton service de Tsar et veillas sur les âmes.
Le Seigneur te mis à l’épreuve, tel l’or dans le creuset, tel le Juste Job qui endura maintes souffrances, tu souffris l’amertume des afflictions, les tortures infligées à ton âme par la perte du trône du Tsar, suivie par une mort en martyr.
Tout cela, tu l’enduras avec douceur, tel l’authentique serviteur du Christ. Et maintenant tu savoures la gloire d’En-Haut au pied du Trône du Tsar de tous, en compagnie des saints martyrs: ta Sainte Épouse la Tsaritsa Alexandra et le saint Tsarévitch Alexis, les Saintes Grandes Duchesses impériales Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, ainsi que tes fidèles serviteurs, et la Sainte Grande Duchesse Martyre Élisabeth, tous les saints martyrs impériaux et la sainte Moniale Martyre Barbara.
Aujourd’hui, grande est ton audace devant le Christ Roi pour Lequel tu souffris tout. Prie avec eux pour que le Seigneur pardonne à notre peuple son péché de n’avoir pas empêché que tu fus assassiné, toi, le Tsar Oint de Dieu, et que le Seigneur libère notre pays, la Russie, qui souffre, des féroces athées à cause de nos péchés et parce que nous nous sommes détournés de la bienveillance de Dieu, pour qu’Il restaure le trône du tsar orthodoxe, qu’Il nous accorde à l’avenir le pardon de nos péchés et nous induise dans la pratique des vertus, afin que nous conquérions l’humilité, la douceur, l’amour, et que de la sorte nous devenions dignes, comme tous ces martyrs du Règne Céleste, où, avec toi et tous les saints néo-martyrs et confesseurs de Russie, nous glorifiions le Père, le Fils et le Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Traduit du slavon.
Source

Prière au Tsar fidèle, Nicolas II le Strastoterpets. (Version adaptée.)
O, Saint Strastoterpets, Tsar-Martyr Nicolas! Tu fus choisi comme Oint du Seigneur, afin de régner avec bienveillance et justice sur ton peuple et de devenir le gardien de l’Église Orthodoxe. C’est pourquoi, avec crainte de Dieu, tu accomplis ton service de Tsar et veillas sur les âmes.
Le Seigneur te mis à l’épreuve, tel le Juste Job qui endura maintes souffrances, tu fus soumis à la diffamation, à l’amertume des afflictions, à la tromperie, la trahison, à l’éloignement de tes proches et aux tortures infligées à ton âme par la perte du pouvoir terrestre.
Tout cela, tu l’enduras pour le bien de la Russie, tel son fils fidèle, et, tel l’authentique serviteur du Christ, tu acceptas ta fin en martyr. Tu accédas au Règne des Cieux où tu savoures la gloire d’En-Haut au pied du Trône de tous les Tsars, en compagnie de ta Sainte Épouse la Tsaritsa Alexandra et les enfants impériaux, Alexis, Olga, Tatiana, Maria et Anastasia.
Aujourd’hui, grande est ton audace devant le Christ Roi. Prie pour que le Seigneur pardonne à notre peuple sa trahison, et qu’Il accorde à l’avenir le pardon de nos péchés et nous induise dans la pratique des vertus, afin que nous aspirions à l’humilité, la douceur, l’amour, et que de la sorte nous devenions dignes du Règne Céleste, où, avec toi et tous les saints néo-martyrs et confesseurs de Russie, nous glorifiions le Père, le Fils et le Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Traduit du russe.
Source

Saint Tsar-Martyr Nicolas, prie Dieu pour nous!
Saints grands et fidèles Strastoterptsy, Tsar-Martyr Nicolas, Tsaritsa-Martyre Alexandra, Tsarévitch-Martyr Alexis, Grandes Duchesses Impériales-Martyres, Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, Sainte Moniale -Martyre Grande Duchesse Élisabeth et Sainte Moniale-Martyre Barbara, et vous, tous les néo-martyrs et confesseurs de la foi de Russie, priez Dieu pour nous!

 

Comment les néo-martyrs d’Optina ont sauvé le village de Petrovskoe.

Texte de Madame Olga Ijeniakova, publié le 21 mai 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Madame Ijeniakova est journaliste et écrivain. Parmi ses livres on en compte un au sujet de Sainte Matrone, et un autre à propos de Divieevo, et plusieurs concernant L’Église. Le récit ci-dessous nous rapporte l’intervention salutaire des Néo-martyrs du Monastère d’Optina dans le cadre d’un événement dramatique vécu très récemment par l’auteur au bord du village de Petrovskoe, dans l’Oblast de Riazan.

Cette histoire s’est déroulée voici littéralement quelques jours, le dix mai 2018, c’est pourquoi le sentiment d’émerveillement devant la grandeur de Dieu est encore tout frais et je souhaite raconter comment tout s’est passé, afin que le lecteur dise avec moi ces mots simples et précieux : Gloire à Dieu pour tout.

Entrée du village de Petrovskoe (copyrights Panoramio)

…En mars, alors qu’une épaisse couche de neige couvrait la région, j’ai acheté un lopin de terre. J’avais cherché et comparé longuement. Il fallait sans faute qu’il se trouve sur une hauteur, et que la vue donne sur le village et l’église en contrebas. J’avais rêvé de construire une petite maison, de monter une serre, creuser un puits et m’installer là pendant mon temps libre. L’endroit se situe dans le District de la Résurrection. «Vous verrez, cela vous plaira», m’avait dit l’agent immobilier qui m’y emmena dans sa voiture. Je visitai les lieux avec attention. Aucune route n’y menait et l’endroit était sauvage. Lors de la période de dégel, ce devait être inaccessible. Mais je demeurai calme, ce n’était pas un endroit pour y vivre en permanence dès maintenant. Seulement à l’avenir… entre-temps ils auront construit la route. On se tapa dans la main, l’affaire était conclue.
Un temps assez long s’écoula. Je reçus les documents de l’Administration de l’Enregistrement et choisis un jour de congé pour aller jeter un coup d’œil sur mon lopin de terre. Ceux qui connaissent la M5, que les gens de Riazan appellent «la piste», savent combien elle incite à l’horticulture et au jardinage: ici, à chaque pas, on vend des graines, des plants, des semences, et ceux qui décident de s’enraciner tout à fait dans la vie villageoise peuvent acheter des poules, des oies, des lapins, des dindes et des porcelets. A la vue de cette abondance, on comprend une vérité toute simple: le village russe vit! Et l’âme se réjouit.
Contemplant la magnificence qui m’entourait, j’imaginais déjà où je planterais mes fraisiers, mes groseilliers et des phlox en guise de clôture avec le voisin. J’aime beaucoup ces fleurs, pour leur arôme doux et leur modestie. La nature et le climat contribuaient à ma rêverie; les prés bordant la route étaient couverts de pissenlits qu’une douce brise agitait en guise de salutation aux chauffeurs de passage…
J’arrivai dans le village et commençai par entrer dans le magasin. Pour les nouveaux venus, le magasin, c’est une sorte de centre d’informations, où l’on sait tout au sujet de tout le monde. Conversant avec la vendeuse et des acheteurs, j’entendis une nouvelle désagréable: depuis longtemps, mon terrain sert de décharge. Bien sûr, comme l’assura un villageois, ce n’était pas très compliqué de le nettoyer; il suffisait de bouter le feu aux déchets. Quand il sera éteint, on pourra facilement clôturer et labourer. Maintenant, dit-il, tout le monde fait cela. A ces mots, nous nous dispersâmes et je me dirigeai vers mon terrain avec l’intention de récolter du tussilage, dont je ferais d’excellentes décoctions cet hiver. On trouve en mai beaucoup d’herbes utiles; il suffit de les sécher pour les conserver. Et puisque j’étais sur place, je décidai finalement que je devais me rendre compte de la taille de la décharge, et voir ce qu’il fallait en faire… Je découvris un feu intense dont les flammes s’élevaient à plus de trois mètres de haut. Tout brûlait: les herbes sèches de l’an dernier, des pneus de voitures et de tracteurs, des bouteilles en plastique qui fondaient, des cuves métalliques que les flammes faisaient monter en l’air. Et tout juste à côté, les voisins avaient leurs maisons en bois, leurs saunas en bois, des charrettes avec du matériel de construction. Jamais je n’avais vu chose pareille. Je composai immédiatement le numéro 112. On me répondit que pour l’instant, quatre autres incendies étaient en cours et que le camion de Neviansk ne serait pas ici avant environ une heure. A ma question demandant pourquoi une intervention immédiate n’était pas possible, on m’expliqua qu’ils étaient occupés à Neviansk mais que le travail touchait à sa fin. En clair, attendez.
Je me mis à hurler comme une folle, appelant au secours. Les voisins accoururent, amenant des seaux d’eau, autant dire une goutte dans l’océan. Ensemble nous travaillâmes à essayer d’étouffer le feu en frappant avec des pelles, en repoussant les braises. Mais très vite, il apparut que tout cela était vain. Je composai à nouveau le 112, on me répondit encore une fois d’attendre, et s’il vous plaît, de ne pas encombrer la ligne, car de multiples foyers faisaient rage à la rue 23…Le soir, quand je fus rentrée à la maison, je comptai sur mon écran de téléphone… J’avais appelé 46 fois.
Rapidement, nos forces s’épuisèrent. Certains voisins pleuraient, d’autres criaient. Il se précipitèrent vers leurs maisons respectives pour y rassembler leurs documents et tout ce qu’ils trouvaient de précieux, afin de les soustraire à l’incendie.
Je fixai attentivement les flammes, et sans aucun sentiment particulier, sans espoir précis, je criai «Néo-martyrs d’Optina! Hiéromoine Vassili! Moine Trophime! Moine Théraponte! S’il vous plaît, je vous en prie de toutes mes forces, aidez-nous…» Et je pensai en moi-même qu’il était bien tard et qu’il aurait fallu prier bien avant, alors que le feu commençait à se répandre, plutôt que maintenant, quand il était clair que rien ne pourrait être sauvé. Une fois encore je regardai fixement à travers les flammes, vers l’église en contrebas. Non, je ne vivrais pas ici. Comment oserais-je encore regarder les voisins dans les yeux? Et eux-mêmes, vivraient-ils encore ici?
Entre temps, un cerisier avait commencer à flamber au bord de la route. Complètement. Adieu. Il fallait que je recule ma voiture car les flammes rampantes s’approchaient des roues. Je m’assis au volant et éloignai l’auto. Quand j’en sortis je sentis la chaleur du sol à travers les semelles de mes chaussures. Le soleil au zénith brillait aveuglément. Lentement, la tête basse, j’avançai vers l’endroit où aurait pu se trouver mon portillon, et juste derrière, la maison et le puits… Je levai les yeux et je vis qu’une brise se levait, et elle poussait les éléments dans le sens opposé aux maisons. Le feu n’atteignit pas les voisins, malgré la présence d’importants treillis métalliques. Sous la nouvelle direction du vent, il n’y avait plus aucune herbe pour nourrir le feu. Les braises elles-mêmes ne volaient pas vers les jardins des voisins, où les saunas se trouvaient contre la clôture, et juste à côté, les bidons de fuel. En gros, l’incendie sévit seulement sur mon terrain, en ligne, brûlant les déchets, les caisses, les vieilles herbes. Les voisins revinrent et restaient bouche bée. C’était impossible! Malheureusement, beaucoup se mirent à proférer des gros mots. Je restai comme plantée sur place. Maintenant encore, je suis figée quand je pense encore et toujours à ce tableau, à ces flammes qui avançaient clairement en ligne, sans la moindre braise, la moindre étincelle sur le terrain voisin, à la brise fraîche qui se leva, aux sentiments qui m’habitèrent, d’abord, l’effroi et l’impuissance, ensuite, la crainte devant la grandeur de Dieu, quand il fut clair que Dieu était là et qu’Il aiderait forcément. Il est malaisé d’exprimer tout cela avec des mots. Cela doit être vécu. Quoique non, il vaut mieux pas…
J’arrivai également à la conclusion que quand tu te trouves dans une situation extrême, il est difficile de prier. En fait, prier ne vient même pas à l’esprit, mais plutôt fuir, s’inquiéter, crier, jusqu’à ce que tu comprennes que tu ne signifies rien.
Les pompiers de Neviansk arrivèrent. Il prévinrent par radio que «le foyer d’incendie venait d’être entièrement liquidé». Des gens en uniforme parcoururent l’étendue de cendres, posèrent l’une ou l’autre question et s’en allèrent. Le lendemain, j’achetai des sacs de construction, des gants, et je me mis à ramasser les déchets restants. J’y découvris entre autres plusieurs bonbonnes de mazout qui n’avaient pas explosé par miracle. Je me souvins alors que le Néo-martyr Trophime d’Optina s’y connaissait en technique et qu’il bricolait sans cesse avec des bouts de fer. On disait que ses mains sentaient toujours le mazout. Chez le moine Théraponte, sur sa table, on trouva cette note: «Si vous avez besoin de mon aide, je vous aiderai». Quant au Hiéromoine Vassili, c’est un ancien collègue, il était lui aussi journaliste de formation. En un mot, des gens proches…

Saint Néo-martyrs d’Optina, Vassili, Théraponte et Trophime, priez pour nous!

Traduit du russe
Source

Saint Jean de Kronstadt. Entretien autobiographique (2/2)

St Jean de Kronstadt

Le texte ci-dessous est la deuxième partie de la traduction d’un chapitre du livre «L’Archiprêtre Ioann Sergueev de Kronstadt» (Протоиерей Иоанн Сергиев Кронштадтский), recueil d’articles de divers auteurs, publié en 1943 à Kharbin par les éditions de la «Fraternité Saint Jean le Théologien» (« Братство св. Иоанна Богослова »). Le titre original complet du chapitre est «Entretien autobiographique avec les pasteurs de Sarapoul» (Автобиографическая беседа с сарапульскими пастырями). L’ouvrage ne précise pas la date à laquelle fut tenu cet entretien, dont la traduction est proposée ici en deux parties.

A ce moment, les propos du Père Jean furent interrompus par un des auditeurs.
Très vénéré Père Jean, enseignez-nous comment nous devons agir quand tous nos efforts déployés pour chasser l’ennemi hors de nous-même, de le vaincre par nous-même, ne mènent à rien. Alors surgit, involontairement, le découragement, la volonté faiblit et les mains reculent devant l’ouvrage. Est-il convenable dans ce cas de recourir à la méthode qui consisterait à essayer de n’accorder aucune attention à l’ennemi intérieur, un peu comme si on crachait sur lui?
Le Père Jean répondit vivement :
-«Oui, oui, voilà ce qu’il faut faire: il faut répéter avec ardeur le nom de Jésus Christ, et, au moyen d’un repentir profond et secret, dédaigner les ennemis invisibles, ne leur accorder aucune attention, ne pas s’occuper d’eux et considérer toutes leurs tentatives comme un mauvais rêve. Il ne faut jamais se décourager lors d’une forte tentation. Le Seigneur est toujours tout proche de nous et prêt, dès que nous répétons Son nom, à nous protéger et chasser les ennemis invisibles qui nous combattent. Il nous a dit à travers son Prophète: «Et invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai, et tu me glorifieras» [Ps.49,15 N.d.T.].»
Batiouchka, permettez-nous de vous demander encore ceci. Souvent on éprouve un sentiment très pénible à la vue de la victoire du mal. Comment, à l’aide de quoi, peut-on vaincre cette forme de découragement?
-«En effet, on éprouve un sentiment extrêmement pénible à la vue du mal qui triomphe. Il m’arrive souvent de ressentir cela. Le plus dur en cela, c’est la conscience de l’impuissance du zèle du prêtre; souvent, on est bien forcé de l’admettre. On peut se consoler dans ces cas en réalisant qu’il s’agit d’une situation passagère, envoyée par la Providence Divine dans un but particulier, connu de Dieu seulement, et tôt ou tard le mal sera vaincu et le bien triomphera. Dans de tels cas, il faut se fortifier au moyen de la prière. N’oubliez pas une seconde que le Seigneur est très miséricordieux et prompt à nous entendre. Toujours, Il tend l’oreille à notre prière et très vite, Il accède à nos demandes et nous aide, pour autant que nous nous en remettions intégralement à Sa sainte et parfaite volonté.»
S’adressant à tous ses auditeurs, le Père Jean reprend son propos.
-«Je vous le dis à tous, Pères bien-aimés, la prière doit être notre compagne permanente. Je maintiens toujours en moi une attitude de prière permanente; je rends grâce, je loue et je glorifie notre Dieu Bienfaiteur en tous lieux de Sa domination. La prière, c’est la vie de mon âme. Sans la prière, je ne peux pas être. Pour soutenir en moi cet inclinaison permanente à la prière et la relation à la grâce de Dieu, j’essaie de célébrer aussi souvent que je peux, si possible chaque jour, et de communier aux Saints Corps et Sang du Christ, et chaque fois je puise à cette source sacrée une richesse de forces puissantes pour mes multiples travaux pastoraux.
Pour ma relation de prière avec Dieu, j’ai recours aux prières prévues dans le trebnik. Ce livre constitue une énorme richesse, à laquelle chacun peut puiser ce qui lui est nécessaire, en fonction de ses multiples besoins et de ses respirations de prières vers Dieu. Dans ce livre, l’Église, comme une mère aimante, s’est efforcée de rassembler tout ce dont nous pouvons avoir besoin dans les circonstances de la vie.
Pendant mon temps libre, lorsque je ne suis pas occupé par mes activités liturgiques et pastorales, je lis les Saintes Écritures, Ancien et Nouveau Testaments, et particulièrement le Saint Évangile, la précieuse bonne nouvelle de notre salut. En lisant, j’essaie de méditer chaque élément, chaque phrase, même certains mots et expressions. Ainsi, suite à cette attitude attentive envers ces livres saints, les riches pensées foisonnent et cette richesse constitue pour les homélies un fondement tel qu’aucun prédicateur n’est en mesure d’épuiser ces profondeurs divines. Et quand il s’agit de prononcer l’homélie, par exemple à propos de la lecture quotidienne des Saintes Écritures, on ne sait quelle idée sélectionner comme base de l’homélie; toutes sont tellement édifiantes. Et comme l’âme humaine est divinement révélée dans les Écritures, on dirait qu’il n’est aucune situation de l’âme qui n’y trouve son écho. Mais cette richesse incommensurable échappe à une lecture superficielle et insuffisamment méditative des Saintes Écritures. Mais pour ne pas décrocher de la vie actuelle, quand j’ai quelques minutes de libre, je lis l’un ou l’autre périodique contemporain.»
Un des participants s’adresse alors au Père Jean.
Batiouchka, au cours de vos voyages incessants dans toute la Russie, dans tant de maisons, vous changez continuellement de concélébrants. Et il arrive souvent que ceux-ci commettent des erreurs, qu’il se produise de la confusion entre eux. Et vous faites comme s’il n’en était rien; vous levez juste les yeux, mais quelques secondes plus tard, vous êtes de nouveau plongé dans la concentration de la prière. Dites-nous, s’il-vous-plaît, comment vous parvenez à réaliser cela?
Le Père Jean répondit:
– «Seulement par habitude, je suis habitué à prier toujours. Lorsqu’une attitude devient pour l’homme une habitude, il retrouve très rapidement cette attitude. J’ai intégré l’attitude de la prière continuelle, et donc, je peux très rapidement me concentrer dans la prière.»
Un participant intervient.
Batiouchka, dites-nous quelle règle de prière vous observez avant de célébrer la liturgie et avant vos multiples travaux qui vous prennent énormément de temps, et de gros efforts de volonté.
– «Dans ce cas, j’accomplis la règle habituelle de prière prescrite par l’Église à ceux qui vont recevoir la sainte communion. Dans les cas où il m’est impossible de respecter la règle, par manque de temps ou par une autre raison, je raccourcis la règle, mais je lis immanquablement les prières avant la sainte communion. Cela dit, je suis d’avis que Dieu n’attend pas de nous des prières longues et nombreuses, celles-ci ne Lui sont pas particulièrement agréables, mais des prières attentives et ardentes prononcées par toute notre âme. Mieux vaut donc lire une petite quantité de prières, avec une attention totale et un cœur tendre, qu’une grande quantité, à la hâte et distraitement. Mais ce qui m’exalte fortement et me canalise vers la prière avant la célébration de la Divine Liturgie, c’est la lecture du canon des matines. Je lis toujours moi-même le canon des matines. Quelle richesse ici, quel contenu profond, quels merveilleux exemples de la foi ardente en Dieu, de la patience dans les afflictions; l’Église nous présente quotidiennement la fidélité au devoir face aux tourments les plus cruels. A travers la lecture des canons, l’âme se pénètre petit à petit des sentiments et du comportement élevés des justes que glorifie l’Église, elle vit parmi les commémorations de l’Église et ainsi, elle s’accoutume à la vie de l’Église. Je peux dire que j’ai été éduqué à la vie de l’Église par ces lectures, c’est pourquoi je conseille à celui qui souhaite sincèrement acquérir la richesse spirituelle, d’accorder une attention très sérieuse à la lecture des canons de l’Octoèque, des Ménées et du Triode. Et je vous dis, chers Pères: si n’importe lequel d’entre vous se met avec assiduité à la lecture quotidienne des canons, il éprouvera tout ce que je viens de vous dire maintenant; à travers l’intérêt attentif qu’il portera à cette lecture, il s’élèvera quotidiennement dans la vie spirituelle et progressera dans l’imitation de saints ou du chœur des saints qui plurent à Dieu et qui défileront jour après jour sous son regard spirituel.
Voilà, chers Pères et Frères, je vous ai dévoilé mon âme, je vous ai fait voir sa physionomie afin que vous puissiez voir comment j’ai atteint ce que vous voyez en moi. Ma vie est une lutte longue, opiniâtre et constante contre moi-même, lutte que je continue à mener maintenant, avec le renfort incessant de la grâce divine. Chacun de vous peut atteindre pareils résultats pour autant qu’il se surveille sans cesse, obstinément, afin de lutter contre son vieil homme et contre les esprits du mal, et devenir enfin, avec l’aide de la grâce de Dieu, un luminaire qui brûle non pas sous le boisseau, mais sur le chandelier. Je vous le souhaite sincèrement, de toute mon âme.
Tout ce que je viens de vous dire, je ne l’avais pas préparé; j’ai dit seulement ce que le Seigneur a déposé dans mon âme. Je vous remercie pour votre attitude aimante envers moi, manifestée pendant mon court séjour ici, dans votre ville, et je suis très content d’avoir eu, avec la bénédiction de Vladika, la possibilité de m’entretenir avec vous.»
Le Père Jean termina ainsi son intervention, mais les participants lui demandèrent d’évoquer encore certaines questions brûlantes. Il s’agissait avant tout des tâches du clergé contemporains. Le Père Jean répondit qu’il devenait de plus en plus compliqué d’accomplir l’œuvre du Christ dans la société contemporaine: d’une part, la vie du peuple et ses implications deviennent de plus en plus difficiles et d’autre part, les ennemis de l’Église, dans leur tentative d’ébranler ce pilier séculaire, ce support de la vérité, recourent à des méthodes nouvelles plus subtiles. C’est pourquoi les prêtres contemporains, artisans de l’œuvre du Christ sur cette terre, ont non seulement besoin d’une formation élargie et variée, mais doivent faire preuve d’une grande et sage prudence ainsi que de fermeté dans la fidélité à leur devoir afin de rester dignes de paître le troupeau que Dieu leur a confié. Exposant sa vision des différents aspects de la vie contemporaine, Batiouchka insista particulièrement sur la tendance des meneurs autoproclamés du peuple à divertir celui-ci au moyen du théâtre, etc. Batiouchka a qualifié de tels divertissements de «maladie de la société». Il s’agit d’un signe évident de l’appauvrissement de l’esprit, d’une compréhension pervertie de la vie, et de l’absence d’autres intérêts, plus sérieux et précieux. Et ce qui est le plus surprenant en cela, c’est que cette intelligentsia, ayant troqué le vrai sens de la vie pour des balivernes étincelantes, s’efforce d’inoculer ses vues au peuple qui ne comprend rien à leur passe-temps favori. Notre peuple a besoin d’éducation, pas de petits jeux. Voilà un vaste champ pour l’activité pastorale: enseigner au peuple à passer son temps sérieusement, sainement, conformément à l’état d’esprit chrétien.
Traduit du russe.

Saint Jean de Kronstadt. Entretien autobiographique (1/2)

Le texte ci-dessous est la première partie de la traduction d’un chapitre du livre «L’Archiprêtre Ioann Sergueev de Kronstadt» (Протоиерей Иоанн Сергиев Кронштадтский), recueil d’articles de divers auteurs, publié en 1943 à Kharbin par les éditions de la «Fraternité Saint Jean le Théologien» (« Братство св. Иоанна Богослова« ). Le titre original complet du chapitre est «Entretien autobiographique avec les pasteurs de Sarapoul» (Автобиографическая беседа с сарапульскими пастырями). L’ouvrage ne précise pas la date à laquelle fut tenu cet entretien, dont la traduction est proposée ici en deux parties.

«Tout le monde sait que je suis né dans le Gouvernorat d’Arkhangelsk et que j’ai terminé le cycle d’études de l’Académie de Théologie de Saint-Pétersbourg. Dès la fin de mes études, j’ai occupé à Kronstadt la place qui est encore la mienne aujourd’hui: prêtre à la Cathédrale Saint André. C’est une ville militaire; à chaque pas, on croise des soldats, des matelots, des artisans des chantiers navals, etc… Les matelots passent la plus grande partie de leur temps en mer, sur leur vaisseau, et quand ils débarquent, ils veulent profiter au maximum de leur temps libre, en tirer le plus de plaisirs. Voilà pourquoi dans les rues, on peut toujours rencontrer des gens ivres et entendre toutes sortes d’horreurs. Lire la Suite

Starets Élie. La Renaissance d’Optina est due aux prières.

Photo : Ruskline.ru

Le 22 janvier 2018, l’Archimandrite Venedikt (Penkov), Supérieur d’«Optina Poustine»1 depuis 1990, s’en est allé vers le Seigneur. Mémoire éternelle et «Царствие небесное!» (On notera que le Starets Kyrill (Pavlov)2 et le Starets Naum (Baïborodine), tous deux Pères spirituels et confesseurs à la Laure de la Trinité Saint Serge sont décédés respectivement le 20 février 2017 et le 13 octobre 2017, et que le Starets Alexandre, Higoumène du Monastère de la Dormition de Tikhvine, s’en est allé vers la paix éternelle à l’âge de 90 ans, le 26 avril 2017. Et le Starets Adrian (Kirsanov de la Laure des Grottes de Pskov est décédé le 30 avril 2018 à 97 ans. Le peuple orthodoxe de Russie a perdu en moins d’un ans cinq très grands startsy auprès desquels il ne cessait d’affluer, à la recherche de la consolation et de la guérison).  Dans le texte ci-dessous, le Starets Élie (Nozdrine) (aujourd’hui dans sa 87e année), qui fut rappelé de la Sainte Montagne dans les années ’80 pour devenir père spirituel et confesseur de la Communauté du Désert d’Optina, évoque les débuts de la renaissance de ce monastère d’exception. Ce texte fut publié à l’origine dans le Magazine Pokrov, et repris sur le site Pravoslavie.ru le 29 février 2016.

L’Histoire du «Désert d’Optina» est connue de tous; il connut son âge d’or au XIXe siècle, lorsqu’il fut l’arène où les grands starets d’Optina réalisaient leurs exploits ascétiques: Nectaire, Macaire, Ambroise. Ce dernier, tout particulièrement, éleva Optina à un niveau de vie spirituelle et à une puissance d’attraction des âmes des fidèles pareils à ceux des monastères de Saint Serge de Radonège et de Saint Seraphim de Sarov.
Le peuple russe vénère et aime particulièrement le monachisme; il est attiré par ces oasis spirituelles où il puise une expérience marquée par la grâce. D’autant plus aujourd’hui, alors que la vie est saturée de tant d’anxiétés, de tentations et de peines. Où aller, après la Laure de la Trinité Saint Serge? Au XIXe siècle, Optina accueillit de nombreux visiteurs. Les starets de ce siècle n’étaient pas, comme les héros de l’ascèse de jadis, séparés du monde par les murs de la clôture monacale. Et dans l’agitation maussade d’un mode de vie délétère, surtout dans les villes, les âmes aspiraient à un pareil terreau spirituel, afin de confesser leurs péchés et de se remplir de joie et de paix.
Non seulement s’y pressaient des gens du peuple, mais des personnalités du monde d’une haute éducation et formation artistiques, comme Dostoïevski, Gogol et Tolstoï, ne voyaient pas d’objection à venir participer à ce festin spirituel. La sœur de Léon Tolstoï, Maria, menait son combat ascétique à Chamordino, où le Starets Ambroise venait de fonder une communauté monastique de femmes. Quand Tolstoï allait saluer sa sœur, il passait par Optina, mais il n’écouta pas la voix de la confession orthodoxe, il ne se rangea pas aux conseils du Starets Ambroise, qui s’entretenait avec lui et voulait sauver son âme. Le mental arrogant du Comte ne cherchait que le rationnel. Ce fut la maladie de tout le XXe siècle. Plus tard, quand on eût saccagé Optina, dans l’église de Saint Jean le Précurseur, on installa un musée Léon Tolstoï, dont le buste trônait au centre, à la place de l’analoï. L’apostasie, la destruction des communautés et des églises et la profanation des objets sacrés se retourna contre la Russie sous la forme de l’attaque d’Hitler, que le Seigneur choisit d’utiliser comme instrument. Et combien souffrirent et moururent en martyrs dans le berceau de la révolution? Huit cent milles, dont mon père, rien que dans le golodomor.
Tant que les monastères existaient, les starets d’Optina réalisaient leurs exploits ascétiques dans la skite et le désert; ils priaient et protégeaient ceux-ci de tout mal. Mais quand cesse la prière et la vie en Christ, l’existence commence à se figer. Et ainsi, elle se figea, se rétracta. Le communisme sema l’infection athée. Il ne restait plus guère de croyants. Et la vie en Russie s’atrophia. Jadis, on avait des milliers de monastères, les gens priaient, vivaient pieusement. Chaque bonne action, et d’autant plus la prière, a une signification non seulement individuelle, pour toi, mais sociale, et cosmique. Pas seulement la prière du moine ou du starets, celle de tout homme. N’importe quelle grand-mère ignorée de tous peut être si proche de Dieu et sa prière si vivante et puissante que Dieu s’attendrit et vivifie le monde. Optina fut dévasté à l’époque soviétique. Tous ceux entre les mains desquels tombait un livre des starets implorait le Seigneur, avec force soupirs, de faire renaître la communauté. En 1987, le monastère fut rendu à l’Église Orthodoxe de Russie. C’était un tableau effroyable qui occasionna beaucoup de peine à tous ceux qui aiment le Seigneur, et qui vénèrent Ses sanctuaires en leur cœur. Églises détruites, tombes des starets profanées… Le Seigneur Lui-même convia à faire renaître le monastère. Le processus démarra subitement, avec l’arrivée de l’Archimandrite Euloge (Smirnov. En 1988, il fut désigné en qualité de supérieur du Désert d’Optina. Il est maintenant Évêque de Sousdal. N.d.l.Réd.). Plein de ferveur, il releva la vie spirituelle et restaura les bâtiments. Vladika s’employa avec zèle à faire renaître la vie spirituelle du monastère. Les offices étaient très longs. Lui-même ne manquait jamais aucun office, depuis celui du milieu de la nuit jusqu’à celui des complies, sous aucun prétexte. Et il célébrait lui-même la liturgie. Les premiers offices furent célébrés dans l’église de l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir, située dans le bâtiment d’entrée. Bien que celui-ci eût été démoli jusqu’aux fondations, on commença à le reconstruire rempli d’un fort espoir, signe de ce que la Très Sainte Mère de Dieu participait à la restauration du monastère. Le 3 juin 1988, jour de la fête de l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir, on y célébra la première liturgie. On ne parvint pas à faire entrer tous les participants dans l’église; il y faisait étroit, même pour les frères et novices encore peu nombreux. Beaucoup durent rester dans la cour.

Optina Église de l’Entrée de la Mère de Dieu au Temple

Après commença la restauration de l’église de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu, l’église principale du monastère. Ses murs tenaient encore, mais complètement défigurés, et le sol était jonchés de pièces et morceaux de machines agricoles. De l’église de Kazan, il ne demeurait également que les murs. Elle était dans un était effrayant. Un orifice béait dans le mur Est, celui du sanctuaire. C’est par là que les voitures entraient, quand une manière de toit existait encore. On y avait jeté toutes sortes de fûts dégoûtants et d’autres objets. Avant le transfert de propriété du monastère à l’Église, c’est l’école d’agriculture de Kozelsk qui en disposait. A l’époque du transfert, on voyait encore des élèves dans tous les coins. Des civils vivaient là. Autour du monastère, on avait construit un amoncellement de bâtiments agricoles, des entrepôts et des poulaillers. Ce ne fut pas une mince affaire que de nettoyer tout ça. C’est à grand peine qu’on convainquit les habitants à déménager au-delà des saintes portes du monastère. Une route passait dans le monastère, et le trafic l’empruntait. Un jour, Vladika Euloge ferma le passage à cette succession incessante de véhicules, pour que la communauté dispose de son propre espace fermé. Mais pendant la nuit, les habitants vinrent scier le cadenas. On leur construisit une résidence; certains acceptèrent d’y emménager, d’autres achetèrent un logement, mais certains demeurèrent dans la skite exigeant de pouvoir y occuper un appartement.
De nombreux croyants, pauvres, apportèrent leurs oboles, qui permirent de joindre les deux bouts. Il fallait reconstruire tout le monastère. On trouva des maçons, des artisans; on les paya pour leur travail. Le Seigneur envoya des bienfaiteurs. Toujours, le monastère disposa de ce dont il avait besoin. Pour faire renaître la skite, il fallut racheter la chaumière qu’avait habitée Saint Ambroise d’Optina, et payer la somme réclamée par son nouveau propriétaire, ce qui fut fait. Au bout de deux jours, il a ramené l’argent. Il avait en songe entendu une voix lui dire: «Recompte l’argent». Il compta à nouveau et constata que c’était beaucoup plus que ce qu’il avait réclamé. Le Seigneur est bienveillant; en toutes choses, Il s’empresse d’aider les frères, qui ont pu trouver les gens qui les aideraient, financièrement, et aussi concrètement.
Et la renaissance a eu lieu; ce fut un miracle. Aujourd’hui, des milliers de pèlerins viennent à Optina, y trouvent la consolation et la joie, dans la prière, en se tenant devant Dieu pendant les offices, en vénérant les saintes reliques. Le monastère n’est, peut-être, pas encore idéalement aménager, aujourd’hui. De nombreux travaux sont toujours en cours, et les pères sont en permanence au bord de l’exténuation. Mais les gens affluent. Le Seigneur a dit: «Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux» (Mat.18,20). C’est d’autant plus le cas lorsqu’à Optino, des milliers de pèlerins se rassemblent pour les fêtes ou pour Pâques.
En 1993, à Pâques, trois frères d’Optina moururent en martyrs, le hiéromoine Vassili et les moines Théraponte et Trophime. Voici ce que j’en sais et ce que j’ai vu.
Il est sûr que ce fut un meurtre commandé, et préparé spécifiquement dans le but d’empêcher la renaissance du Désert d’Optina. Ils étaient nombreux pour cette abomination, ils cassaient les éclairages et envoyaient des pierres dans les fenêtres. Ce meurtre était une mission. Quelqu’un doit avoir payé pour qu’il soit commis.
Cette atrocité a été intentionnellement perpétrée à Pâques, afin d’enténébrer la joie de la fête. C’était déjà comme ça avant, particulièrement pendant les premières années qui suivirent la révolution. Avant les grandes fêtes, la voyouterie allait bon train autour des églises. Quand j’étais à Saratov, ils ont lancé des fumigènes dans la Cathédrale de la Trinité. Les jeunes étaient empêchés d’aller à l’église, pour qu’ils perdent la foi. Comme cette fois-là: le meurtre devait servir à détourner de la perfection de la voie monastique ceux qui sont en chemin dans la foi chrétienne. L’office du milieu de la nuit était terminé. On se préparait déjà aux matines et à la liturgie de la fête. Le Hiéromoine Vassili partit confesser à la skite du Saint Précurseur. Les moines Trophime et Théraponte avaient commencé à mettre en branle les cloches du monastère. Le meurtrier était ivre. Il a vivement mené son affaire. D’abord, il a tué au couteau les moines qui sonnaient, ensuite il s’est jeté sur le Père Vassili. Une femme a raconté qu’elle avait vu une bête s’écarter des victimes en courant et franchir le mur de clôture du monastère. Les corps des moines Trophime et Théraponte furent transportés à Kozelsk. Le Père Vassili, mourant, fut amené dans l’église de l’Entrée au Temple, où il gisait sur le sol, se vidant de son sang. Son état n’avait rien à voir avec le tragique effroi d’une fin inattendue. Son visage était très calme. Il ne gémissait pas, faisant tout juste comprendre, comme le font les enfants, qu’il souffrait. Je le vis mourir; son visage rayonnait de paix. Il est évident que le hiéromoine Vassili avait été choisi comme victime par les meurtriers. Mais pour Trophime et Théraponte, la mort n’était pas non plus inattendue; elle ne prit aucun des trois moines au dépourvu. Après la nuit pascale, élevant leur prière, et appelant à prier pour la paix, ils s’en allèrent calmement. Nous avons demandé à la morgue de Kozelsk d’épargner aux corps des moines Trophime et Théraponte, la procédure de l’autopsie. Nous avons ensuite inhumé nos frères. Humainement, ce fut un moment particulièrement pénible dans l’histoire d’Optina. Comment est-il possible d’élever la mains sur un frère? Pourquoi avoir assassiné des moines? Ils n’avaient jamais levé le petit doigt sur qui que ce fût. Ils ne pratiquaient que les bonnes actions. C’est sûr que cette atrocité était dirigée contre tout le monastère, avec comme objectif de faire éclater la famille de la communauté spirituelle: certains ne résisteraient pas, d’autres renonceraient à rejoindre la communauté, d’autres partiraient. C’était cela, le plan de cette attaque démoniaque contre le mode de vie institué par Dieu. Voilà comment se trahit le dessein envieux du diable envers ceux qui cherchent le salut, la haine démoniaque de ceux qui marchent à la suite du Christ. Nous avons érigé une chapelle sur la tombe des victimes de ce triple meurtre; ce sont des martyrs. Les gens viennent à la tombe des frères, ils leur parlent et leur demandent d’intercéder, et ces gens sentent l’aide de la prière des martyrs. Leur âme se tient auprès de Dieu. «Éternelle Mémoire et Royaume des Cieux!» au hiéromoine Vassili et au moine Trophime et au moine Théraponte.
Traduit du russe
Source.

Métropolite Athanasios de Limassol: La Prière 4/4

Dans le texte mis en ligne le 15 janvier 2014 dans sa version russe sur le site Pravoslavie.ru, le Métropolite Athanasios de Limassol transmet, à travers des exemples tirés de sa vie, de son expérience, un long enseignement au sujet de l’importance de la prière, et surtout de la prière pour autrui. Compte tenu de la longueur de la version russe, la traduction française a été proposée en quatre parties, dont voici la dernière. Les trois premières se trouvent ici.

Que génère la mise en pratique de l’amour, au moyen de la prière, de la charité, du soutien et de tout acte d’amour? Les bénéfices spirituels. Nous voyons la futilité de tout ce qui est humain, nous voyons la vanité de cette vie, de l’homme, et nous finissons par nous dire : «Qu’est-ce qui a encore un sens en cette vie que nous vivons? Que nous restera-t-il en fin de compte?». Souvent, nous nous plaignons : «Un tel ou une telle m’a offensé, il ou elle m’a accusé injustement! Lui est riche et moi je suis pauvre! Il a pris ce qui m’appartenait!», et toutes ces choses qui nous préoccupent chaque jour. Et puis, nous pensons, mais tout cela va avoir une fin, absolument tout. Tous nous allons nous retrouver devant le Christ, et là, nous verrons qui est sage et qui ne l’est pas, qui a réussi et qui a échoué, qui est vraiment riche, et qui est réellement pauvre. Que dit l’Apocalypse ? Parce que tu es pauvre et nu, viens, afin que Je te donne la richesse, Ma richesse, Mes vêtements blancs et Mes possessions. Ce que tu possèdes est faux, éphémère, sans valeur, futile. Tu es nu, pauvre, mort, tu portes un nom, tu te crois vivant, mais tu es mort. Lire la Suite