Geronda Gabriel de Karyes. Histoires athonites

Le texte ci-dessous est issu de la traduction de deux articles, publiés le 08 février 2019 et le 23 mars 2018 sur le portail russe de l’Union des Journalistes Orthodoxes.
Geronda Gabriel de Karyes mène son podvig en ermite dans sa kelia de Saint Christodoulos, près du Monastère de Koutloumoussiou sur la Sainte Montagne, pas loin de l’endroit où vivait Saint Païssios. Il est l’un des gerondas athonites les plus connus. Certains considère qu’il est d’ores et déjà saint. Après être demeuré 23 ans sur le Mont Athos sans en sortir, Geronda Gabriel a subi depuis 2012 plusieurs interventions chirurgicales pour soigner un cancer au cerveau, qui le maintient en position allongée la plupart du temps. En 2012, quand il «se reposait» dans une maison de Thessalonique, suite à une intervention chirurgicale, plus de 20.000 personnes vinrent le voir pour recevoir sa bénédiction (par groupes de vingt). Après la dernière intervention chirurgicale, en 2018, Geronda Gabriel annonça, de retour au Mont Athos, que cette fois, il était revenu pour y mourir. Au début de l’année 2019, il semble que l’état de santé de Geronda se soit un peu amélioré.

On ne peut pas comparer les gens d’aujourd’hui à ceux d’il y a cinquante ans. Les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont faits d’une pâte complètement différente.
Ils sont complètement immergés dans l’internet et ils ont fait tant d’expériences dans leur vie. Bien souvent, ils ont essayé les narcotiques, l’alcool et la luxure. La plupart d’entre eux n’obéissaient pas à leurs parents et trouvaient cela normal. Si on force un novice pareil à s’intégrer au cadre habituel, il ne pourra pas le supporter. Ces gens malade au plus profond de leur âme, on ne peut les attirer dans la vie monastique que très progressivement. Souvent, cela prend de nombreuses années avant qu’ils n’accèdent à la véritable obéissance.
A la Sainte Montagne, il existe une tradition selon laquelle sortir de l’Athos revient à perdre sa virginité. Mais de nombreux saints sortirent, et même de nombreuses fois, de la Sainte Montagne. Nous ne savons pas comment le Seigneur organise la vie des hommes. Souvenez-vous de ce qu’écrivit Saint Nicodème l’Athonite dans l’office des Saints de l’Athos.
Nombreux sont ceux qui vinrent mener leur podvig dans le Jardin de la Mère de Dieu. Pourquoi? Parce qu’ils crurent les paroles de la Toute Sainte Mère de Dieu: celui qui viendra à la Sainte Montagne et n’en sortira pas Je serai sa Nourricière, sa Protectrice, sa Reine et son Higoumène. Un tel homme disposera de tout, ici. Et après, il aura accès au Royaume des Cieux. Et à l’heure du Jugement, Je parlerai pour lui, afin que ses péchés lui soient absous. Voilà la conception de la vie monastique sur l’Athos.
Saint Païssios l’Athonite déménagea maintes fois, sur la Sainte Montagne elle-même, mais aussi au Mont Sinaï, et en d’autres endroits. La Providence divine le conduisit sur son chemin particulier. Même si chez nous sur l’Athos, on dit: tu peux déménager tant de fois que tu veux, mais ne quitte pas la Sainte Montagne. Et finalement, au monastère, quand le moine reçoit le Grand Schème, le prêtre lui demande : tu es prêt à mourir sur le lieu même où tu es tonsuré? Et le moine doit faire le serment d’y être prêt.
Mais les héros de l’ascèse et les saints sortirent souvent, que ce soit Saint Païssios, Saint Gerassime de Kefalonie, et de nombreux autres. Il s’agit là de la Providence divine. Dans pareils cas, les saints ont toujours reçu l’instruction divine de se rendre à un certain endroit. Il ne s’agit pas d’un déplacement entrepris de sa propre volonté. Il ne s’agit pas d’une excursion.
Toujours, nous devons accueillir les errants et les pauvres. Nous avons même une ancienne chanson grecque qui dit: bonheur dans la maison qui accueille toujours les errants et les indigents. En effet, il vient obligatoirement un moment, où c’est la Panagia ou le Christ qu’on accueille sans le savoir.
Nos gerondas racontent l’histoire suivante. Un geronda vivait en un endroit retiré, seul, privé de toute consolation. Il se nourrissait seulement des fruits d’arbres poussant à proximité. Un jour, ce geronda tout simple entendit que dans le monde, certains moines accomplissaient des miracles. Il se dit alors:«Je pratique mon ascèse depuis tant d’années, et je n’ai encore rien! Et dans le monde, les pères accomplissent des miracles. Moi aussi, je vais aller dans le monde». Il rassembla ses affaires et s’en alla vers le monde. Il cheminait sur le sentier montagneux qui commence à Sainte Anne. Mais Dieu décida de l’arrêter et envoya un ange à sa rencontre. Voyant le moine, l’ange s’avança vers lui et demanda:«Geronda, où vas-tu?». Le geronda répondit : «Je vais dans le monde. Je veux aussi voir des miracles». Alors, l’ange lui répondit : «Insensé! Quel plus grand miracle souhaites-tu que Dieu accomplisse? Au moment où le monde devient fou, tu vis ici dans un endroit retiré, au milieu de la nature, et tu as tout ce qui t’est nécessaire. La nourriture te tombe dans la main. Et tu voudrais trouver plus grand miracle en allant vers les gens exténués par les soucis et la course aux richesses? Retourne sur ton lieu de podvig!»
Voici une autre histoire. Un moine, que vous connaissez tous, se rendit à la Skite Sainte Anne, auprès de Geronda Papa Yannis. Il dit au geronda:«Geronda, j’ai décidé de quitter la Sainte Montagne. Je vois beaucoup trop de choses du malin ici». Papa Yannis lui demanda:«Tu souhaite connaître mon avis ou la volonté de Dieu?» Le moine répondit:« Je veux la réponse de Dieu». Geronda Yannis se tut. Ensuite, il lui dit:«Voilà la volonté de Dieu. Tu peux entreprendre ce que tu voudras sur la Sainte Montagne. Si tu le souhaites, tu peux n’observer aucune règle. Mais veille à une chose:ne mets jamais un pieds hors de la Sainte Montagne».
Ces histoires nous offrent des exemples de patience et de prière, deux piliers de la vie monastique. Tant que nous le pouvons, nous devons demeurer ici.
Traduit du russe
Source.

Le pécheur observe sa situation avec effroi, et pendant ce temps, le Seigneur l’observe en tant que futur saint. C’est pourquoi il ne faut jamais juger personne sur son apparence. Parfois nous sommes troublés parce que nous ne pouvons pas faire beaucoup de grandes métanies ou jeûner strictement. Mais il faut se demander: «Que craint satan?». Pensez-vous qu’il craigne les métanies? Pensez-vous qu’il ne jeûne pas plus que nous? Il craint une chose: les pensées de pure confession et de totale obéissance. Alors, l’homme ou la femme lui est entièrement inaccessible.
Voici une histoire édifiante, qui se déroula sur la Sainte Montagne. Chez nous, sur l’Athos, vivait au Monastère Grigoriou l’Higoumène Gabriel, un geronda renommé. Vivait également là un moine zélé, qui faisait 5000 grandes métanies par jour. Mais il ni demandé ni reçu la bénédiction pour une telle ascèse. Il faisait cela sur base de son propre zèle et de sa volonté individuelle. Un jour, l’higoumène demanda par hasard à ce moine : «Père, combien fais-tu de métanies?». Le moine répondit «cinq mille». «Et qui t’a donné la bénédiction?» Évidemment, le moine ne put rien répondre à cette question. Alors, le sage higoumène lui dit «A partir d’aujourd’hui fait autant de métanies que les autres pères du monastère, trois cents». Et que pensez vous qu’il se passa? Le lendemain même, le moine alla trouver l’higoumène et avec humilité, il lui dit : «Geronda, je ne parviens pas à supporter la lourdeur de cette règle que vous m’avez imposée». «En quoi est-elle lourde?» s’étonna l’higoumène. «C’est dur pour moi de faire trois cents métanies». Encore plus étonné, l’higoumène répondit «Mais n’en faisais-tu pas cinq mille jusque maintenant?». Voilà comme est léger le podvig sans bénédiction; il fait croître notre orgueil. Le moine ne parvint pas à faire trois cents métanies, et il en perdit sa haute estime de lui-même, et devint comme tout le monde. L’orgueil le priva de nourriture, l’orgueil finit par saigner.
Traduit du russe
Source

Métropolite Nikolaos : Geronda Jérôme de Simonos Petras 2/3

Le Métropolite Nikolaos (Hadjinikolaou) de Mésogée et de Lauréotique est l’une des personnalités contemporaines marquantes de l’Église de Grèce. Diplômé de la faculté de physique de l’Université de Thessalonique, d’astrophysique à Harvard et d’ingénierie mécanique à l’Institut de technologie du Massachusetts, il a étudié ensuite la théologie au Collège de la Sainte-Croix à Boston et à la faculté de théologie de Thessalonique. Tonsuré moine en 2003, il servit au metochion du monastère de Simonos Petras pendant quinze ans. Devenu métropolite du diocèse de Mésogée, il est membre du comité de bioéthique auprès du Saint-Synode de l’Église de Grèce. Despotis Nikolaos, a écrit de nombreux ouvrages, dont un, intitulé «La Sainte Montagne, Point le plus élevé de la terre» (traduit et publié en 2016 en russe – «Святая Гора – высочайшая точка Земли» – par les Éditions du Monastère de la Sainte Rencontre à Moscou. Ce livre est le journal des visites que rendit l’auteur au Mont Athos depuis les années ’70 du siècle dernier jusqu’à nos jours). Le texte ci-dessous n’en est toutefois pas extrait, même s’il présente des événements qui y sont liés; il s’agit de la traduction d’un long texte mis en ligne dans les pages russe du site “Pemptousia”, sans date.Voici la seconde partie du texte

L’exil
En 1924, le nouveau calendrier est introduit en Grèce, et lors de la fête de l’Annonciation, le Père Jérôme célèbre au Metochion de l’Ascension, dans ce nouveau calendrier. Cela provoqua une tempête de protestations au monastère, et lorsque Geronda y revient, un groupe de moines lui interdisent l’accès à l’église pendant six mois. Mais il supporte tout cela avec calme, sans que ne soit ébranlée sa conviction que toute cette histoire était enflée artificiellement par ceux «qui étaient plongés dans la vaine gloire et s’obstinaient à édicter sans discrimination ce qui pouvait et ce ne pouvait pas être fait, considérant qu’ils avaient le droit de juger, et qui jugeaient…».
La question du calendrier d’une part, amplifié par le zèle sans discernement de certains cercles, et d’autre part le patriotisme local excessif, sur base duquel dans le monastère étaient admis uniquement des moines originaires d’Asie Mineure, mais aussi l’impassibilité et la miséricorde de Geronda et sa vie spirituelle inaccessible à la compréhension des autres pères, conduisirent à ce que l’higoumène fut exilé de sa propre communauté, ce qui «nous est odieux, même à voir» (Sagesse de Salomon, 2,15). Après avoir servi comme higoumène pendant onze ans, il fut injustement accusé de malversations financières par les frères de son monastère, de machination financière, et à la fin du mois de juin 1931, la Sainte Épistasie l’exila au Monastère de Koutloumoussiou. A l’exemple de notre Seigneur, Geronda fut «Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent; Il n’a point ouvert la bouche ». En vérité, «…parmi ceux de sa génération, qui a cru Qu’il était retranché de la terre des vivants Et frappé pour les péchés de mon peuple?» (Is.53,7-8). Les pères de Koutloumoussiou le traitèrent avec un immense amour, le prenant pour un saint. Et il leur disait qu’il soufrait à cause de ses péchés. Lire la Suite

Métropolite Nikolaos : Geronda Jérôme de Simonos Petras 1/3

Le Métropolite Nikolaos (Hadjinikolaou) de Mésogée et de Lauréotique est l’une des personnalités contemporaines marquantes de l’Église de Grèce. Diplômé de la faculté de physique de l’Université de Thessalonique, d’astrophysique à Harvard et d’ingénierie mécanique à l’Institut de technologie du Massachusetts, il a étudié ensuite la théologie au Collège de la Sainte-Croix à Boston et à la faculté de théologie de Thessalonique. Tonsuré moine en 2003, il servit au metochion du monastère de Simonos Petras pendant quinze ans. Devenu métropolite du diocèse de Mésogée, il est membre du comité de bioéthique auprès du Saint-Synode de l’Église de Grèce. Despotis Nikolaos, a écrit de nombreux ouvrages, dont un, intitulé «La Sainte Montagne, Point le plus élevé de la terre» (traduit et publié en 2016 en russe – «Святая Гора – высочайшая точка Земли» – par les Éditions du Monastère de la Sainte Rencontre à Moscou. Ce livre est le journal des visites que rendit l’auteur au Mont Athos depuis les années ’70 du siècle dernier jusqu’à nos jours). Le texte ci-dessous n’en est toutefois pas extrait, même s’il présente des événements qui y sont liés; il s’agit de la traduction d’un long texte mis en ligne dans les pages russe du site “Pemptousia”, sans date.

Geronda Jérôme, originaire du berceau des saints d’Asie Mineure, était un homme qui concentrait en lui maintes rares vertus et des facultés et dons uniques. Le monde, enfoncé dans le péché et assoiffé de recherche spirituelle trouva en lui un père. Il sut écouter et comprendre le monde, l’étreindre avec douceur, lui indiquer le chemin, lui montrer une issue, l’inspirer, lui donner espoir, lumière, amour et grâce divine. Le monde trouva en lui celui qui témoigna par ses sages paroles, ses actes bons sa paix intérieure secrète.
L’humble Père Jérôme, higoumène de Simonos Petras pendant une dizaine d’années, se singularise, parmi les personnages les plus significatifs, importants, qui ont marqué l’histoire de ce monastère. Originaire d’Asie Mineure, berceau des saints, il grandit en sainteté dans le vignoble de la Panagia, dans les fleurs des vertus et les fruits du sacerdoce, au Metochion de l’Ascension. Lire la Suite

Entretien avec l’Higoumène Makrina (Vassopoulou) (1921-1995).

C’est le 4 juin 1995 que décéda l’Higoumène Makrina (Vassopoulou) de bienheureuse mémoire, supérieure du Saint Monastère de l’icône de la Panagia Odigitria à Portaria (Volos). Le prêche ci-dessous, prononcé à l’occasion du début d’une année nouvelle, est l’un des plus marquants de cette Sainte Mère. Il a été publié en 2005 dans les pages russes du site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi

Jadis vivait un Abba avec ses disciples dans une ascèse sévère. A courte distance du lieu de leurs exploits ascétiques se trouvait une kelia en ruines. Et voilà qu’un jour se présenta un autre abba, qui demanda à pouvoir vivre dans la kelia délabrée. Il dit: «Abba, pourrais-tu me donner cette kaliva, afin que je vive à proximité de vous?» Le geronda lui répondit: «Pourquoi ne te la donnerais-je pas? Que Dieu bénisse, prends-la!». Et l’autre abba s’installa à cet endroit. L’abba nouvellement arrivé était un grand connaisseur de l’âme humaine, et les gens venaient le voir sans cesse. Le premier abba, voyant que les gens défilaient auprès de l’autre geronda et personne ne venait auprès de lui, ne put s’accommoder de la situation. Au bout d’un certain temps, il dit à l’un de ses disciples: «Va dire à cet abba qu’il doit quitter la kaliva et s’en trouver une autre pour y demeurer, car j’ai besoin de celle-ci». Il répondit:
-Bénissez, Père! Lire la Suite

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 1

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre “De la Mort à la Vie”. Voici la première des quatre parties.

Nous sommes accablés par la multiplication des méfaits et de l’indifférence de notre époque; les intérêts mondains se concentrent de plus en plus autour d’un individualisme ostensible et d’une cupidité agressive. Dans cette atmosphère dominée par une telle cupidité, quel sens peuvent encore avoir des concepts comme l’immortalité et l’infini? Les adhérents de la vaine gloire et du matérialisme y sont enchaînés et font preuve de la plus grande méfiance envers tout ce qui est éternel. Emprisonnés dans les dures entraves du temps et de l’espace, ils refusent toute comparaison, et peut-être à cause de la force d’inertie des habitudes, ils ne peuvent rien intégrer qui soit supérieur au temps ou à l’espace, rien d’éternel. Ils considèrent de telles pensées comme des envahisseurs étrangers auxquels ils résistent. L’adepte de l’humanisme nomme cela une violence à l’encontre de sa liberté et son impardonnable insolence. Son corps étant immergé dans la matière, la force de la pesanteur le lie à l’espace et au temps, dans son esprit, coupé de toute idée d’éternité, il fuit les théories de l’éphémère et de l’éternel, car il les considère trop complexes. Il est effrayé par le gouffre qui sépare le temps et l’éternité, considérant qu’il est impossible de le franchir, n’ayant ni la capacité, ni la force serait-ce d’y poser son regard. Le coupable de tout cela est l’ennemie vigilante et impitoyable de l’homme, la mort; elle transforme tout ce qu’elle approche en éphémère et en transitoire, se riant de tout l’éternel et de l’infini. L’humaniste, enfoncé dans le monde des éléments, tente au moyen de ses organes des sens périssables d’analyser, erronément, l’homme comme être périssable, se moquant de l’idée même d’éternité.

Église de la skite Sainte Anna

Chez l’homme, le sentiment d’immortalité n’est pas le fruit d’un enseignement ou d’un endoctrinement, mais son état intérieur. L’homme doit souffrir son immortalité à travers la communion à l’immortalité du Seigneur Qu’il suit. Mais pour retrouver son immortalité, il doit se considérer lui-même immortel, car son but essentiel, le point de convergence de ses intérêts, c’est le Christ, le seul éternel et immortel. Sans cette immortalité et cette éternité, il ne s’agit que de concepts extérieurs que l’on assimile mais qui demeurent dépourvus de sens. Il est possible que les générations précédentes possédaient ce ressenti. Dans notre génération, celui-ci s’est affaibli de façon effrayante, et nous en recevons le signal dans les tendances étranges de la vie humaine. La vraie mission consiste à rallumer en soi ce ressenti qui s’est éteint et de rectifier notre conscience polluée. Toutefois, les hommes ne peuvent réaliser cela avec tous les moyens et les philosophies dont ils disposent. Seul Dieu en est capable, Qui Lui-même s’incarna, immortellement, dans les sensations humaine et la conscience humaine de soi, et unit les natures divine et humaine en une nature divino-humaine et transmit à l’insignifiance humaine une part de Ses propriétés divines, l’infinitude, l’immortalité et l’éternité.
C’est donc de cette façon que le Christ Dieu-Homme, en Sa Personne, a posé un pont entre le temps et l’éternité, et restauré le lien entre eux. C’est pourquoi seul l’homme qui s’unit organiquement avec le Christ Dieu-Homme et Son Corps, l’Église, se sent lui-même à l’intérieur des limites de l’immortalité et de l’éternité.
C’est uniquement dans le Christ que notre nature passe du temporel à l’éternel; elle ne se sent plus mortelle mais immortelle, non pas divisée et limitée dans le temps, mais entière et éternelle. L’Église est l’hypostase éternellement vivante du Christ l’Homme-Dieu, Son hypostase, dans le présent et dans l’éternité, l’hypostase divino-humaine, l’esprit et le corps divino-humains. La définition de l’Église, sa vie, son but, son esprit, ses principes, ses méthodes, tout ce qui la constitue, lui est donné par le Christ Dieu-Homme.
Il est juste d’affirmer que la mission de l’Église est l’union organique et personnelle de tous ses membres avec la Personne du Christ Homme-Dieu, la transfiguration de leurs sentiments spirituels en ressenti et connaissance divino-humains du Christ, afin que toute leur vie se déploie dans et avec le Christ, pour qu’ils ne vivent pas pour eux-mêmes, mais pour que le Christ vive en eux. (Gal. 2,20). C’est à travers l’Église que le Christ donne aux fidèles l’immortalité et l’éternité, faisant d’eux des participants à Sa nature divine (2Pier.1,4). La mission de l’Église consiste également en ce que chacun de ses membres acquière la conscience de ce que la situation normale de la personne humaine est l’immortalité et l’éternité, et non le trajet de cette vie temporelle. L’homme est un voyageur qui chemine vers l’immortalité, l’éternité et les promesses divines. Bien que l’Église se trouvât à l’intérieur des limites du temps et de l’espace, comme elle est divino-humaine, tout en existant en ce monde, en même temps, elle est hors de celui-ci (cfr. J. 18,36). Elle se trouve en ce monde afin de sublimer cette affliction dont elle est elle-même issue.
Selon les termes de notre grand théologien, le Saint Père Justin (Popovitch), «l’Église est œcuménique, catholique, divino-humaine, éternelle, et c’est donc un blasphème inexcusable contre le Christ et contre le Saint Esprit, que de faire de l’Église une institution nationale»1. L’objectif supra national, universel de l’Église englobe toute l’humanité. Il s’agit d’unir dans le Christ tous les gens indépendamment de leur nationalité, race ou situation sociale. Il n’y a plus ni juifs ni païens, ni esclave ni homme libre, ni sexe masculin ou sexe féminin, car tous sont un dans le Christ et, «Christ est tout et en tous»(Col.3,11) (A suivre)
Traduit du russe
Source.

 

Métropolite Athanasios. La Grâce descend dans le cœur qui rend grâce. (3/3)

Les éditions du Monastère de la Présentation au Temple viennent de publier un nouveau livre de son Éminence le Métropolite Athanasios de Limassol, intitulé «Сохраним душу живой» (Gardons notre âme vivante), développant un enseignement de la pratique de l’essence de l’Orthodoxie dans la vie quotidienne et surtout dans la famille. Comme de coutume, le site Pravoslavie.ru, lié au Monastère a mis en ligne le 24 mai 2018 quelques extraits de ce nouveau livre. Voici la traduction de la troisième partie de l’un des chapitres de l’ouvrage.

Photo Diakonima

Nous rendons grâces à Dieu parce qu’Il S’est fait Homme, parce qu’Il nous a rendus dignes de nous tenir à Ses côtés, parce qu’Il nous a aimé, et nous Lui rendons grâces pour tout le reste. Savez-vous que ce qu’il y a de plus important, c’est de rendre grâces à Dieu pour les épreuves que nous devons endurer? Savez-vous combien c’est important? Il vient réellement un moment, et s’il vient, il vaut mieux qu’il intervienne pendant notre vie et non après notre mort, pour rendre grâces à Dieu pour tous les malheurs de notre vie. Savez-vous quand? Quand nous manifestons notre patience, quand nous prions et quand nous glorifions Dieu, alors la douleur dans notre cœur s’adoucit et devient agréable. Le poison se fait alors médecine, l’amer devient doux et ensuite se produit ce dont parle le Prophète David : «C’est un bien pour moi, que Tu m’aies humilié, pour que j’apprenne Tes jugements»1 . C’est un bien que Tu aies permis que je devienne malade afin que je sois affligé, vaincu, brisé, car c’est là un bien précieux pour moi. Mais quand faisons-nous cela? Uniquement lorsque nous sentons en notre vie la main bienfaisante de Dieu. Quand le médecin nous opère, nous ressentons la douleur et il est rare que nous disions merci! C’est après que l’on dit au médecin, merci de m’avoir opéré! Quand on a mal partout, on n’a pas l’esprit saturé de gratitude… Mais quand l’opération est terminée, quand nous nous rétablissons, lorsque le danger est passé, alors seulement, nous disons:
– Merci, docteur! Vous m’avez vraiment aidé et je vais retrouver la santé!
Nous remercions quand nous nous sentons mieux portants. Ce serait très bien si nous remerciions le médecin pendant nos souffrances, pendant l’opération. Rendre grâces à Dieu. Remercier pendant que nous nous trouvons plongés dans l’opération pédagogique de Dieu, pendant que nous ressentons la douleur, l’affliction, pendant que le sang coule. Vous savez combien il est important que l’homme dise alors «Gloire à Dieu!». L’Église souligne toujours l’exemple du Juste Job qui endura maintes souffrances, et Saint Jean Chrysostome dit: «Oh, bienheureuse voix de Job! Quand Job est-il devenu saint? Lorsque ses enfants moururent, lorsqu’il perdit toutes ses possessions, quand on le méprisa, quand son épouse le rejeta, quand il souffrit, et qu’il dit «Que le Nom de Dieu soit béni!» C’est vraiment alors qu’il devint saint et dit «Que le Nom de Dieu soit béni!», et non lorsque tout était parfait autour de lui. Quand tout va bien pour nous, c’est facile de dire «Gloire à Dieu». Et malheur à nous si nous ne le disons pas!
Imaginez que tout va bien pour vous, et vous ne dites pas «Gloire à Dieu!». Cela en dit long au sujet de votre ingratitude. Mais dans votre vie, tout s’effondre, vous ressentez la douleur, mais trouvez en vous la force de dire: «Gloire à Dieu!», alors, vous êtes réellement saint. Vous avez trouvé la clef, et malgré qu’elle soit petite, cette clef vous ouvrira une grande porte. Cette clef ouvre la porte du Règne de Dieu, où tout est saint.
Abba Isaac le Syrien dit: «Les lèvres qui remercient pour tout reçoivent la bénédiction de Dieu. Le cœur dans lequel vit la gratitude reçoit la grâce». Il ajoute également qu’aucun don de Dieu ne s’épanouira sinon celui pour lequel nous aurons exprimé notre gratitude.
Geronda Ephrem de Katounakia, un des piliers de l’Église, raconte qu’un jour, Geronda Joseph l’Hésychaste soupira et dit: «Ah, combien d’années m’a-t-il fallut pour découvrir le secret de la grâce!» Geronda Ephrem était encore jeune; il n’osa pas demander quel était ce secret. Le temps s’écoula et quelques années plus tard, il posa la question, et Geronda Joseph répondit: «La gratitude. Voilà le secret de la grâce». Vous voulez réussir dans la vie spirituelle? Apprenez à rendre grâces à Dieu pour tout.
Saint Isaac le Syrien dit que le cœur qui sans cesse rend grâces à Dieu fait descendre la grâce de Dieu sur l’homme. Et au contraire, ce qui attire la tentation dans l’âme de l’homme, ce sont les murmures, les ronchonnements, dans le cœur. Le Saint explique: «Dieu supporte toutes les faiblesses de l’homme, mais ne supporte pas l’homme qui murmure sans arrêt et le punit, le laissant tomber dans la tentation». Littéralement, il nous dit : «Écoutez, ne vous tourmentez pas, et si vous voulez mener à bien votre vie spirituelle et être béni, apprenez à remercier Dieu pour tout». Mais nous faisons le contraire. Immédiatement, nous commençons à murmurer :
– Pourquoi dois-je sans cesse affronter la tentation? Pourquoi suis-je chargé d’afflictions? Pourquoi tout se passe-t-il contrairement à ce que je souhaite?
Parce que nous murmurons sans cesse, et ces récriminations transforment le bien en mal. Lorsque Jésus a guéri une dizaine de lépreux, un seul a fait demi-tour pour venir remercier Dieu. Le Christ dit alors :
– J’en ai guéri dix! Et un seul est revenu?
Et qui était-il? Un étranger, un non-juif.
– Mais où sont les neuf autres? Où sont-ils partis?
Ils ne revinrent pas remercier Dieu.
Je ne veux pas vous assommer plus longtemps, mais j’insiste sur la nécessité de rendre grâces à Dieu. Car il s’agit de la clé importante dans notre vie spirituelle. Depuis toutes ces années que je vous parle, vous n’avez jamais entendu que je vous enseignait quand manger des aliments avec de l’huile végétale, quand manger sans huile, quand manger des fruits de mer, quand manger du poisson. Tout cela fait partie du cadre extérieur. Oui, nous respecterons tout cela, nous devons observer le jeûne; il s’agit d’une forme qui protège l’essence. Mais ce dont je veux vous parler, ce sont des clefs de la vie spirituelle. Pourquoi ? Parce que, malheureusement, nous avons appris à observer seulement la forme, et il est déplorable que nous soyons depuis tant d’années dans l’Église et que nous n’ayons pas encore acquis les traits et les caractéristiques de l’homme de Dieu, et nous ne sommes pas semblables à notre Père. Si nous sommes les enfants de notre Père Céleste, alors comment se fait-il que nous soyons si différents de Lui? Dieu est Lumière, et Il dit : «Je fais toutes choses nouvelles»(Apoc.21,5). Dieu vit dans l’inaccessible lumière, Il est lumière, amour, paix, Il donne la joie, la gratitude. «Rendez grâces pour tout» (1Thes.5,18), dit l’Apôtre.
L’essence de l’Église, c’est la Sainte Eucharistie, et elle nous appelle instamment à remercier le Seigneur, Qui nous donne pareille grâce, pareille liberté. Nous sommes les enfants libres de Dieu. Aujourd’hui, tout le monde parle de liberté, de joie. Mais où trouver tout cela sinon dans l’Église? Est-il possible que l’homme de Dieu n’ait pas la joie, ni la gratitude, ni la paix? Cela veut dire qu’il se passe quelque chose, cela signifie que sa vie spirituelle a été jusqu’ici insatisfaisante. On ne peut manger une nourriture trop salée. Il se passe la même chose avec nous. Nous sommes tous ici des gens relativement liés à l’Église. Que chacun s’observe soi-même, plutôt que de scruter les autres, pour trouver ce qui nous manque le plus et quelle image nous offrons aux autres. Quelle est cette image? L’image du Règne de Dieu venu sur terre et montrant que l’Église du Christ est l’espoir du monde. Les gens nous demandent:
– Mais où est cet espoir? Qui incarne cet espoir? Si nous sommes des gens tellement difficiles et ingrats, comment pourrions-nous donner espoir aux autres? Avec des paroles? Non.
Nous devrons répondre devant Dieu non seulement de ce qui nous a perdu, mais aussi de ce que nous avons piétiné devant les autres cette image de Dieu. Nous devons réellement être tels que la ville dont parle le Christ: «Une ville située sur une montagne ne peut être cachée …elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison»(Mat.5,14).
Permettons à Dieu d’agir en nous et reconnaissons ce secret de la gratitude. Rendons dignement et justement grâces au Christ. Pourquoi et quand? Quand notre cœur commencera à penser d’abord aux choses célestes et non aux choses terrestres. Nous devons rendre grâces à Dieu pour tous les grands dons spirituels qu’Il nous a donnés, et ensuite Le remercier pour tous les biens terrestres. Alors la gratitude transfigurera notre caractère.
Traduit du russe
Source.