Le Starets Nicolas Gourianov vu par les habitants de son village

Traduction du texte préparé par Madame Zénaïde Beloziorova, à l’occasion du cent dixième anniversaire, le 24 mai 2019 du jour de la naissance du Père Nicolas Gourianov, ce starets glorieux, sage et clairvoyant, auprès duquel affluaient les orthodoxes du pays tout entier, en quête de conseils et d’aide. Le texte original a été mis en ligne à la date précitée sur le site Pravoslavie.ru

L’Île de Talabsk (ou Zalita). Une îlette au milieu du Lac de Pskov, calme, dont le miroir de satin étincelle sous un ciel maussade qui vient se dissoudre en lui, couleur de plomb, lourd.
Île de l’amour, île du salut, île de l’Orthodoxie.
Quand tu vis longtemps sur l’Île, ou en permanence, tu te retrouves dans cette atmosphère de miracle quotidien, et parfois, c’est terrible, tu t’habitues à cela. Lire la Suite

Le Saint Père Jean de Kronstadt ressuscita des morts.

Le texte ci-dessous est la traduction du récit d’Evguenii Vadimov, publié originellement dans le journal «Le Temps Nouveau» (Новое Время), n°2555, en 1929. Il a été repris dans le livre «Le Père Jean de Kronstadt» de I.K. Sourskii, aux pages 220-222 du chapitre 65 du tome I. La version du livre utilisée ici est celle qui fut publiée en 2008 à Moscou par les Éditions «Otchii Dom», et qui regroupe en un seul volume les deux tomes du livre écrits l’un à Paris, l’autre à Belgrade, par l’auteur. Ce récit indique qu’à travers la prière du Père Jean, le Seigneur a trouvé bon de ressusciter un mort. Un autre chapitre du même livre conte la résurrection d’un autre mort à travers le Père Jean.

Le Père Jean lui-même, dans ses écrits rappelle humblement qu’il ressuscita un mort. Il écrit qu’il avait été invité à prié pour la guérison d’un enfant malade. Quand il arriva, le petit était déjà décédé, mais après sa prière, l’enfant se remit à vivre.
Madame O-va, une femme en vue, éclatante de santé, déjà mère de trois ou quatre enfants fut de nouveau enceinte et se préparait à être mère d’un enfant supplémentaire. Soudain, quelque chose se passa. La femme se sentit mal. Sa température s’éleva jusque 40°, une immense faiblesse et des douleurs qui lui étaient jusqu’alors inconnues la torturèrent pendant plusieurs jours. On appela évidemment de Moscou les meilleurs médecins et des sages-femmes de renom, dont on sait qu’il n’y a jamais pénurie, dans la ville de la Clinique Pigorov.
«A Dieu ne plaise ce qui se passe chez mon oncle! Me dit le matin Sacha T. Lors de notre habituelle rencontre quotidienne au manège du régiment lorsque montent les officiers. Liza est à la mort. Hier, des professeurs ont tenu conseil… Si on ne pratique pas aujourd’hui une césarienne afin d’extraire le cadavre du bébé, elle ne survivra pas. Mon oncle est au désespoir. Maman est à leurs côtés en permanence. Chez eux, c’est l’horreur et la confusion…»
Dès que prirent fins nos obligations quotidiennes au régiment, Sacha et moi hélâmes le premier cocher casse-cou qui passait et lui demandâmes de foncer jusque chez O. Dès que nous aperçûmes le majordome dans le couloir inférieur, visiblement, le désespoir et la frayeur régnaient ensemble dans la maison en ces moments.
«Pour l’instant, rien ne change, nous chuchota le serviteur âgé. La barine souffre de température élevée et d’étourdissement… Mais seulement elle n’a pas permis qu’on lui fasse une césarienne aujourd’hui… Elle n’arrête pas de réclamer le batiouchka de Kronstadt. Un télégramme a été envoyé».
Le soir même arriva une courte dépêche de Kronstadt:«J’arrive avec le courrier express. Je prie le Seigneur. Ioann Sergueev».
Le Père Jean de Kronstadt connaissait déjà la famille O. depuis longtemps et demeurait chez eux lors de ses séjours à Moscou. Appelé par télégramme, il arriva le lendemain au milieu de la journée dans l’appartement de O., rue Miasnitskaia, dans laquelle à ce moment était assemblée une foule composée de membres de la famille et de connaissances, qui attendait avec résignation et piété, dans le salon adjacent à la chambre où gisait la malade.
«Où est Liza?», demanda le Père Jean, entrant de son habituel pas pressé dans le salon. «Conduisez-moi près d’elle, et vous tous, restez ici et ne faites pas de bruit».
Le Père Jean entra dans la chambre de la mourante et ferma soigneusement derrière lui la lourde porte. Plusieurs minutes s’écoulèrent, longues, lourdes, jusqu’à compter une demi-heure. Dans le salon, la foule des proches gardait le silence, comme dans une crypte funéraire. Soudain, la porte donnant sur la chambre s’ouvrit largement avec bruit. Dans l’embrasure se tenait le vieillard aux cheveux gris, vêtu d’une tunique de prêtre dont l’avant était couvert d’un épitrachilion élimé. Il portait une barbe grise clairsemée. Son visage était inhabituellement rouge, suite à la tension des ardentes prières qui venait d’être vécue. On apercevait d’énormes gouttes de sueur. Soudain retentirent des paroles qui nous semblaient terribles, menaçantes, sorties d’un autre monde. «Il a été agréable au Seigneur Dieu d’accomplir un miracle! Prononça le Père Jean. Il Lui a été agréable d’accomplir un miracle et de ressusciter un fruit mort! Liza a mis au monde un petit garçon…»
«C’est à n’y rien comprendre du tout!… Dit d’une voix troublée l’un des professeurs, venu auprès de la malade pour pratiquer l’opération, quasiment deux heures après que le Père Jean fut reparti vers Kronstadt. L’enfant vit. Ce petit remue, la température est tombée à 36,8°. Je n’y comprends rien… J’étais convaincu, et je le suis encore à cet instant, que le bébé était mort et que l’infection s’était propagée dans le sang». Les autres étoiles de la science, dont les calèches s’étaient mises en route pour les emmener, n’y comprenaient rien, elles non plus.
Cette nuit-la, Madame O. avait rapidement et heureusement mis au monde un garçon en parfaite santé, qu’il me fut donné de rencontrer à maintes reprises chez T., rue Karetno-Sadovoï, alors qu’il était pensionnaire du Lycée Katkov.

Traduit du russe.

Père, il n’y a plus ni bois pour le feu, ni argent!

Le 10 mai/28 avril, l’Église a célébré la Mémoire du Saint Archevêque Néomartyr Hilarion (Troïtski). Le texte ci-dessous est la traduction d’une lettre de la novice Maria Egorovna au sujet de l’aide miraculeuse du Saint Hieromartyr Hilarion . Cette lettre dépourvue de fioriture fut adressée en 2014 à la rédaction de Pravoslavie.ru, qui la publia sans quasi aucune modification le 26 décembre 2014. Saint Hilarion, qui joua un rôle décisif dans l’histoire de l’Église de Russie au XXe siècle, décéda en 1929 à Saint-Pétersbourg, empoisonné par les bolcheviques, alors qu’il était hospitalisé.

Bénissez!
Moi, Elena Egorovna, nommée Maria lors de mon Baptême, je veux prévenir le monde, ainsi que vous, vénérés pères, des miracles et de l’aide de notre père Hilarion (Troïtski), le Thaumaturge. En 2005, je quittai l’église et je commençai à travailler, non pour de l’argent, mais pour la gloire de Dieu. J’accomplis mon service dans un hospice à Piter1 et je logeais dans une skite pour femmes hors de la ville. Le poêle de la skite fonctionnait au bois, mais du bois, les sœurs n’en avaient plus. Les pères me bénirent pour trouver «au Nom du Christ» une charge de bois. Je me rendis sur la tombe du Père Hilarion et je dis:«Père, il n’y a plus de bois et pas d’argent; aide-nous!». Je sortis du monastère [de Novodevitchi N.d.T.] et je fis de l’auto-stop; je n’avais plus un kopeck pour payer l’autobus. Une voiture, conduite par une femme, s’arrêta. La conductrice me demanda pourquoi je faisais de l’auto-stop et si j’avais besoin d’aide. Je lui dis que je n’avais pas d’argent et que je devais acheter du bois de chauffage, mais ne savais où je trouverais l’argent nécessaire. Elle me donna quatre mille roubles et elle me reconduisit même à la skite. Lire la Suite

Saint Jean de Kronstadt. Un témoignage remarquable provenant de l’Oblast du Don.

Le texte ci-dessous est traduit des pages 371 et 372 du livre «Le Père Jean de Kronstadt» de I.K. Sourskii (pseudonyme composé à partir du nom du village natal de Saint Jean: Soura), au chapitre 18 du tome II, intitulé «la clairvoyance du Père Jean». La version du livre utilisée est celle qui fut publiée en 2008 à Moscou par les Éditions «Otchii Dom», et qui regroupe en un seul volume les deux tomes du livre écrits l’un à Paris, l’autre à Belgrade, par l’auteur. Il s’agit vraisemblablement de la plus ancienne biographie de Saint Jean de Kronstadt, que l’auteur, un haut fonctionnaire de l’Empire de Russie, a connu personnellement, et qui a largement servit de base à la première (courte) biographie de Saint Jean de Kronstadt publiée en langue française (épuisée à ce jour) et traduite d’un original allemand écrit par Alla Selawry. D’autre extraits de cette excellente biographie, exceptionnelle source d’informations, seront traduits au cours de l’année 2019 sur le présent blog.

Ceci se passa en l’an 1902. Dans l’Oblast du Don, au village de Cheptoukhovo vivait le propriétaire terrien Nikolaï Alexandrovitch Poliakov. Son domaine était immense. On ne sait s’il lui était échu en récompense pour ses services dans l’armée , ou par héritage, de son père. C’était un homme dur et sévère, et que Dieu ne le permette, si du bétail appartenant à autrui venait à paître sur ses terres, il entrait en grande colère et punissait le propriétaire des bêtes. Ils étaient nombreux à ne plus oser le regarder en face après avoir subi pareil coup de semonce. Il ne croyait pas en Dieu, ni en ce qu’on écrivait à l’époque au sujet du Père Jean. Il ne croyait en rien dont il n’ait fait lui-même l’expérience. Lire la Suite

Deux miracles de Saint Spyridon le prosphoriste de la Laure des Grottes de Kiev.

Le texte ci-dessous est composé de la traduction de deux originaux russes. La première partie est la traduction d’un Paterikon de la Laure des Grottes de Kiev, dont les pages 280, 281 et 282 sont consacrées à Saint Spyridon. Il s’agit de «Жития и подвиги святых Киево-Печерской Лавры», publié par les Éditions du Monastère Sainte Élisabeth de Minsk en 2003 (l’édition utilisée est celle de 2011). La seconde partie est la traduction d’un texte publié sur le réseau social VK du groupe ‘Rus’ Pravoslavnaya’ le 18 août 2018, et intitulé «Miracle à la Laure des Grottes de Kiev». L’unique obédience de Saint Spyridon étant de préparer les prosphores pour la communauté, il était qualifié en russe de «prosfornik», rendu ici par le néologisme ‘prosphoriste’. Il est commémoré le 31 octobre/13 novembre).

Toute âme remplie de la grâce de Dieu, simple et au cœur pur, étrangère au mal et à la flatterie, encline à parfaire la pureté et la simplicité, est telle la demeure de Dieu Lui-Même. Ainsi, le Saint Apôtre dit: «Dieu a choisi ce qui est fou dans le monde pour confondre les sages; Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts» (1Cor.1,27). Notre Saint Père Spyridon faisait partie du nombre de ces élus de Dieu. Lire la Suite

Il conversait avec les anges et voyait les démons. A la mémoire du Starets Adrian (Kirsanov).(2/2)

Texte écrit par Madame Olga Orlova, à l’occasion du quarantième jour après que l’archimandrite Adrian (Kirsanov), starets de la Laure des Grottes de Pskov, eût quitté les chemins de cette terre pour rejoindre ceux du Ciel. Le texte a été publié le 6 juin 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Plutôt que de se limiter à l’énumération de souvenirs de ce héros de l’ascèse, l’auteur a décidé d’introduire une dimension pratique: comment s’adresse-t-on à un starets, qu’est-ce qu’il faut pour que le Seigneur manifeste un starets et finalement, comment mener notre lutte à l’aide de leur souvenir? Et le sous-titre du texte pourrait être cet extrait: «C’est regrettable, mais les startsy s’en vont….»

C’est en imitant un saint qu’on le vénère
Saint Jean Chrysostome

Commencer par ce qu’il y a de plus simple. Par le Hiéromoine Joseph (Schvetzov), supérieur de la Laure des Grottes de Pskov.

Hieromoine Ioasaph

Le Père Adrian fut un starets à la sainte vie. A sa mort, il est entré au paradis. Tous ceux qui approchèrent son cercueil ressentirent la consolation, la paix, la sérénité et la joie. Il était clairvoyant. Beaucoup de choses lui furent dévoilées. Par ses prières, les gens recevaient la guérison. Mais le miracle de la clairvoyance, je ne trouve pas que ce soit surnaturel, au contraire, c’est une norme quant à la purification de soi. Le Père Adrian vivait selon l’Esprit. Tu t’approchais de lui, et avant même que tu aies dit d’où tu venais, il te disait: «Tu viens de l’endroit X, parlons un peu…» Alors que tu ne lui avais pas dit d’où tu venais et où tu allais! Mais ce n’est pas un miracle, c’est la vie courante pour le saint homme. Le véritable miracle, c’est quand des incroyants venaient parler avec le starets et qu’ils repartaient avec la foi. Voilà un authentique miracle! Et il y en eut de pareils miracles! Par ailleurs, le Père Adrian ne faisait pas partie d’une famille d’érudits, il s’exprimait toujours de façon très simple, mais ses paroles touchaient l’âme. Les gens se repentaient, ils étaient «retournés». Il savait l’avenir. Voici un événement surprenant: pendant vingt ans, il a parlé d’une guerre, et pendant les trois dernières années, quand on lui demandait: «Batiouchka, il y aura une guerre?» «Non, il n’y en aura pas». Peut-être ne voulait-il pas semer la panique,… je ne sais pas. Les gens venaient le voir, très inquiets, et il les rassurait :«Tout va bien se passer». Il essayait toujours de secouer les gens pour les débarrasser des soucis du monde, pour qu’ils commencent à se repentir, à aller à l’église, à se tourner vers la foi, à prier plus. Le centre de la vie, c’est le salut de l’âme, mais il se fait que chez nous, c’est tout le reste qui prend de l’importance, et ce qui est véritablement utile, on le fait en vitesse et n’importe comment. Ce devrait être le contraire: l’essentiel, c’est le salut de l’âme, et tout le reste, cela vient de soi, après. Il est d’ailleurs intéressant qu’il ait dit: «Ils viennent me voir, ils me demandent comment acheter, comment vendre, comment entreprendre quelque chose, mais personne ne me demande comment se repentir, comment vaincre une passion?!». Le Père Adrian n’aimait pas du tout recevoir la visite de gens non-mariés. Il en était terriblement contrarié. Ces gens venaient une ou deux fois, mais la troisième fois qu’il les voyait, il était tellement fâché qu’il ne pouvait plus recevoir d’autres visiteurs ce jour-là. Certains se disent qu’être mariés ou non, ce n’est pas très important, mais il s’avère que c’est très important. Batiouchka disait: «Pourquoi tout va de travers dans votre vie? Parce que vous n’êtes pas mariés. Ça ne change rien? Mais vous vivez sans bénédiction!» Le Starets ne parlait pas de façon directe, je pense plutôt qu’il tentait de faire comprendre que tant que les gens ne sont pas mariés, cela signifie qu’ils méprisent les Mystères de l’Église. Mais alors, à quoi bon aller prendre conseil d’un starets si on rejette les dispositions fondamentales de l’Église? Il faut commencer avec ce qui est le plus simple, ensuite, quand les questions simples sont résolues, s’il en reste qui soient plus ardues, on peut s’en occuper. Mais pour commencer, il faut accomplir les démarches prévues, et seulement après aller consulter un starets.

Suite à l’obéissance, Dieu manifeste des Startsy. Par l’Higoumène Ekaterina (Tchaïnikova), Supérieure du Monastère de l’Exaltation de la Croix à Jérusalem
Mes adieux au Père Adrian furent impromptus. Il se fit que j’arrivai à la Laure des Grottes de Pskov le jour on l’on annonça qu’il venait de décéder. Cinq hiérarques, une multitude de prêtres, de moines et de laïcs se réunirent pour les funérailles du Père Adrian; ce fut une fête de prière. Je fis mes adieux au Père Adrian dans la joie, convaincue de ce que par ses labeurs, son podvig, sa vie de juste, il participait déjà ici au Règne de Dieu, et la séparation de l’âme et du corps lui avaient ouvert dans toute sa plénitude l’expérience d’être avec Dieu.
Quelques temps avant son décès, le Père Adrian avait atteint sa 96e année. Dieu lui permit de conserver tout son esprit, de même qu’une mémoire lumineuse. Il reçut des pèlerins quasiment jusqu’à la fin, n’abandonnant pas pour autant tout le soin qu’il réservait aux moines et moniales. Un jour, je me trouvais auprès de lui, et soudain, il me remit de l’argent: «Les Sœurs construiront des cellules». Nous les avons construites. Il prenait soin des frères de la Laure dont il faisait partie avant son transfert au Monastère des Grottes de Kiev. Il versait une obole à la chapelle du cimetière et il aidait, surtout par sa prière.
Celui qui vit une vie de juste mourra comme un juste. Ce genre d’homme attend toujours la mort avec la conscience en paix. Pour eux, le souvenir de la mort est essentiel: «Souviens-toi de l’heure de la mort, et ne pèche à aucun moment». Les afflictions humaines ne les affectent pas. Par contre, ils connaissent la joie. Les héros de l’ascèse ne meurent pas, ils déménagent. Pendant leur vie et après leur mort, les hommes de Dieu continuent à établir la paix et la prospérité dans les âmes.
Mais là où plane l’absence de paix, l’inquiétude, les différends, qui toujours accompagnent les faux startsy, de quelle grâce pourrait-on parler?! Le Seigneur a dit : Je vous donne Ma paix (Je.14,27). Si la paix s’installe dans le cœur après s’être entretenu avec un starets, il s’agit d’un témoignage de ce qu’ils ont atteint dans leur cœur l’union avec notre Sauveur.
J’ai connu Batiouchka Adrian au début de l’année 1975. J’étais encore jeune. Parfois nous étions polissonnes. On se glissait chez lui pendant des «purifications», des exorcismes. Nous étions curieuses d’observer ce qui se produisait. Tant de possédés affluaient chez lui à cette époque! Quand Batiouchka commençait à lire les prières d’exorcisme, quels effets elles produisaient! Aujourd’hui, je vous parle de cela simplement, mais en moi, il s’agit de scènes qui se déroulent encore sous mes yeux…

Starets Adrian

Le Père Adrian chassait réellement les démons. Et ils vociféraient, l’insultaient, essayaient de lui arracher la barbe, ils le frappaient jusqu’au sang. Voilà comment les démons le maltraitaient. Et Batiouchka n’accordait pas la moindre attention à toute cette frénésie. Sa diction n’était pas claire, il n’articulait pas nettement, mais la puissance de ses prières mettait les démons en fureur; ils aboyaient, ils miaulaient, ils grognaient et certains se tortillaient comme des serpents… Certains lançaient des propos indécents, jusqu’à l’obscénité, et toujours d’une voix inhumaine. Nous étions jeunes et trouvions tout cela intéressant… Bien que parfois la frousse nous saisissait. Nous sentions que nous étions en contact avec cette puissance invisible qui tourmentait les gens, en règle générale, ceux qui calomniaient Dieu, qui dénigraient le nom de Dieu, se considérant supérieurs, plus dignes que les autres. Parmi les possédés, en fait, on comptait beaucoup de scientifiques, certains étaient même renommés, on y voyait beaucoup d’enseignants. A l’école de la Laure, une enseignante s’appelait Zoé, je ne me souviens plus de son patronyme. Elle souffrait tellement de possession! Nous interrogeâmes Batiouchka: «Pourquoi?». Et il répondit: «Elle a blasphémé». Les démons la tyrannisèrent jusqu’à sa mort. Batiouchka avait dit que le Seigneur lui offrirait une amélioration, mais ne lui donnerait pas la guérison complète.
Il existe des gens que le rituel d’exorcisme des esprits malins n’aide pas. On lit dans l’Évangile: «Cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne.»(Mt. 17,21). J’ai rendu visite au Père Adrian peu de temps avant sa mort. Nous nous rappelâmes combien il souffrit en aidant ces possédés. Et il me dit ceci: «Oui, j’essayais de chasser les démons. Mais les possédés partaient guéris et recommençaient à pécher! Et le démon expulsé amenait dans le possédé sept esprits pires que lui (Mt.12,45). Celui qui se repentait, et se tenait à l’écart du péché, le Seigneur lui donnait une vie nouvelle. Mais celui qui retombait dans la fornication, la débauche et l’ivrognerie, il redevenait possédé.» Nous vivions depuis notre enfance à la Laure des Grottes, parmi les startsy, mais nous ne comprenions pas que nous vivions parmi des saints ; nous ne comprenions pas qui ils étaient. C’étaient des startsy tels que l’Archimandrite Ioann Khrestiankin, l’Archimandrite Théophane (Maliavko), l’Archimandrite Adrian (Kirsanov), l’Archimandrite du Grand Schème Pimène (Gavrilenko), l’Higoumène du Grand Schème Savva (Ostanenko), mon père spirituel. Voilà le bouquet de fleurs spirituelles qui ornait alors le Monastère des Grottes de Pskov! Quel que fut le starets auquel vous vous adressiez, il vous menait à Dieu. Mais nous vivions comme cela, sans penser qu’il pût en être autrement. Je me souviens, dès que finissaient les cours, nous, les enfants, nous esquissions vite fait nos devoirs, nous lancions notre farde dans un coin, et filions au monastère. C’était un endroit où on sentait la présence de la grâce. J’étais très attirée par le monastère. J’y arrivais comme à la maison! Là, un starets s’occupait à une chose, un autre allait son chemin, un troisième sortait de l’église… Tu approchais et tu recevais la grâce de partout.
A cette époque, il n’existait quasiment aucune littérature spirituelle, on vivait avec les homélies de nos batiouchkas et leurs instructions, leurs conseils: aimer Dieu, être assidu à l’église, recevoir les Mystères…
Les paroles des startsy, c’était la norme, la règle de vie. Il n’y avait en nous aucune malice, aucun doute : «Batiouchka a-t-il dit vrai?….» Jamais nous ne mettions les startsy à l’épreuve. Aujourd’hui, il arrive qu’on aille interroger un batiouchka, puis un deuxième, puis un troisième, et ensuite, on soupèse ce qui a été dit, on trie… Pour nous, c’était impensable! Le Seigneur manifestait les startsy grâce à l’obéissance.
Aujourd’hui, on commence à geindre: «Il n’y a plus de startsy. Les startsy nous abandonnent!» La panique se répand: «Mais comment allons-nous vivre, comment pourrons-nous être sauvés?». Souvenons-nous que les startsy eux-mêmes vivaient dans l’observance des commandements que nous connaissons tous, dans l’Évangile! Et chacun, chacune, essayons, fût-ce un petit peu, d’imiter les startsy. Et que se passera-t-il? Voulons-nous être sauvés exclusivement par la prière d’autrui? Le starets prie pour moi, et tout ira bien…? Mais nous devons œuvrer nous-mêmes! Prier un peu. Pleurer devant Dieu. Et le Seigneur nous aidera. Oui, les startsy sont nos intercesseurs. Leur prière sera entendue, pensons-nous. Mais efforçons-nous d’aller à Dieu. Pour que le Seigneur écoute nos prières. Le Seigneur écoute la prière des justes: quand nous Lui obéissons et accomplissons Ses commandements évangéliques, alors, Il nous écoute, et exauce les demandes de nos prières. Chacun, nous sommes appelés à la sainteté (1Pi.1,16).
D’où provient ce désarroi: «Nous sommes perdus» ? Non, nous ne sommes pas perdus! Dieu est miséricordieux. Il enverra des justes. Il n’existe pas un seul village où ne vive un juste. «Seigneur, et s’il y a dix justes, Tu sauveras la ville?…» demanda Abraam au Seigneur avant qu’une pluie de feu ne réduisît Sodome en cendre. «Je ne la détruirai point, à cause de ces dix justes»(Gen.18,20-33), répondit le Seigneur… Tout le problème résida en ce qu’on ne trouva pas pareils justes…
C’est regrettable, mais les startsy s’en vont. Toutefois, dire qu’il nous abandonnent n’est pas correct. Ils ne nous abandonnent pas. S’ils avaient de l’amour pour nous pendant leur vie, alors, maintenant qu’ils sont dignes du Règne Céleste, ils sont nos dignes représentants devant le Trône de Dieu. Leur amour pour nous est éternel et parfait, et il grandit dans des proportions impensables.
Nous devons avoir honte de ne pas répondre à cet amour et cela doit nous inciter à nous corriger. Bien sûr, nous allons à l’église. Bien-sûr, nous nous confessons, et nous communions même aux Saints Dons du Christ. Mais comme des pécheurs, nous retombons dans le péché, nous retournons nous confesser, nous nous repentons à nouveau… Mais à quoi bon, si c’est pour pécher à nouveau…?
Les startsy vivaient autrement. Mais c’est maintenant seulement que vous prenez conscience de ce qu’il s’agissait d’authentiques saints. Même alors que l’Église militante ici sur terre ne les a pas encore glorifiés, s’ils ont plu à Dieu, ils sont glorifiés dans les Cieux. Et ils implorent la miséricorde divine pour nous quand nous le leur demandons dans nos prières.
L’âme chrétienne sent où se déversent les piliers de la grâce, et elle s’y précipite. Quelle joie que de revenir encore et encore au Monastère des Grottes de Pskov, car là reposent tellement de saints! Vénérons-les et implorons, et efforçons-nous de conserver la grâce de l’Esprit Saint.

Starets Adrian, prie Dieu pour nous!

Traduit du russe. L’ensemble des photos provient de la source originale :
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