«Grand-Père» A la mémoire du Métropolite Ioann (Snytchev) (1)

Portrait par Philippe Moskovitine

Portrait

L’original russe du texte ci-dessous a été publié en trois parties sur le site Pravoslavie.ru en novembre 2020. Son auteur, Madame Tatiana Vesselkina l’a toutefois rédigé «octobre 2005 et octobre 2020». Jeune journaliste, elle rencontra le Métropolite Ioann en 1991 et devint une de ses filles spirituelles. Elle partage donc une tranche de sa propre vie, tout en brossant progressivement un portrait du Métropolite. Le titre du premier article russe est «Дедушка», Grand-Père. C’est ainsi que les proches du Métropolite Ioann le surnommaient entre eux, vers la fin de sa vie. Lui-même eut recours à cet affectueux sobriquet pour désigner son propre père spirituel, le Métropolite Manuil (Lemechevski).

A l’aube de ma carrière de journaliste, peu après le célèbre coup d’État des années ’90, à l’époque où beaucoup d’entre nous tenaient la liberté d’expression pour plus ou moins acquise, notre journal, destiné à un public jeune, publiait certains articles dans la rubrique «Strictement personnel». Ce journal n’existe plus, mais mes souvenirs de Vladika entreraient parfaitement dans la rubrique précitée. Mon chemin vers Vladika Ioann débuta longtemps avant que je ne le rencontre. Une succession d’événements et divers rencontres au cours de deux ans et demi précédèrent ma rencontre avec Vladika, qui eut lieu pendant la lumineuse semaine pascale de 1991. Lire la Suite

Le Métropolite Ioann (Snytchev). Nombreux sont ceux qu’il amena à la foi.

Portrait par Philippe Moskovitine

Portrait

La traduction ci-dessous est celle d’un article du site Blagovest Samara, rédigé et publié le 7 décembre 2012, par Madame Ludmila Belkine. Celle-ci est allée à la rencontre de Vera Nikiforovna Pavlov, qui fit partie de l’équipe de ceux et celles qui travaillèrent pour le Métropolite Ioann (Snytchev) raconte ses souvenirs. Portrait en filigrane d’une juste qui brosse elle-même les traits d’un saint serviteur de l’Église.

Une de mes connaissance me parla un jour de Vera Nikiforovna Pavlov ; celle-ci avait passé de nombreuses années à aider Vladika Ioann (Snytchev), alors Archevêque de Kouïbychev et Syzran. Lorsqu’il devint Métropolite de Saint-Pétersbourg et Ladoga, Vladika emmena Vera avec lui à Saint-Pétersbourg. Je décidai de rendre visite à Vera Nikiforovna, paroissienne de l’église des Saints Cyrille et Méthode, à Samara. Maintenant, avancée en âge, elle reste à la maison, mais son caractère demeure combatif, comme jadis. Les prêtres et les membres de la paroisse lui rendent visite. Dans sa chambre et dans la cuisine, les murs sont couverts d’icônes, et aussi de photographies de Vladika Ioann, comme chez beaucoup de ceux qui fréquentaient déjà les églises de Samara à l’époque soviétique. Mais c’est Vladika Ioann lui-même qui donna à Vera ses photos et même un portrait.
Vera Nikiforovna Pavlov naquit à Samara (qui s’appelait alors Kouïbychev) le 4 novembre 1926, jour de la fête de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan. Elle avait quatorze ans quand sa maman mourut et son papa travaillait de longues journées à l’usine. Vera se sentait «laissée pour compte». Alors qu’elle étudiait encore à l’école, elle travaillait aussi dans un atelier de fabrications de gaufres pour les blessés et allait à l’hôpital militaire aider à changer les pansements des blessés. Elle se retrouva à Stalingrad, nettoyant la ville après les bombardements. De retour, elle se rendit au bureau d’enrôlement de l’armée : «Envoyez-moi au front!». Elle suivit les cours de radiotélégraphiste à Moscou et devint opératrice radio sur le premier front Biélorusse, allant jusque Berlin. Mais à l’occasion du trentième anniversaire de la Victoire, les ancien radiotélégraphistes furent invités à l’administration de l’armée où on les informa que tous les documents les concernant avaient été détruits. Voici sept ans seulement, Vera Nikiforovna, après avoir écrit au Président Poutine, commença à recevoir une pension d’ancienne combattante.
– Vera Nikiforovna, comment avez-vous rencontré Vladika Ioann pour la première fois?
Je suis allée le voir le 28 février 1974, lors de l’anniversaire du décès de papa. Une connaissance venait de décéder et je ne savais si on pouvait la commémorer à l’église. Une femme m’avait suggéré d’aller poser la question à Vladika Ioann.
J’entrai : «B’jour!». Je ne sus comment réagir. La pièce d’accueil de l’éparchie, rue Lénine, était minuscule. Il me fit asseoir et répondit à ma question. Je lui remis cinq petits citrons : «Faites mémoire de mon papa». Vladika inscrivit le nom de papa dans un cahier. Depuis ce jour-là, je commençai à aller à l’église régulièrement. Lors des vigiles, dans la Cathédrale du Pokrov, Vladika me fit l’onction. Je suis sortie et j’ai pleuré. La voisine et moi observions un jeûne strict ; des pommes de terres cuites avec l’épluchure et de l’eau froide. Tel était notre zèle.
Deux ans après la première rencontre, je me rendis chez Vladika demander sa bénédiction pour un pèlerinage aux reliques de Saint Serge. Mais Vladika me devança : «Vera, va maintenant à l’atelier de prosphores. Anna y est, dis-lui que c’est moi qui t’ai envoyée». Et il me renvoya, sans plus d’explications. J’allai à la Cathédrale du Pokrov. Elle était fermée, il n’y avait personne. En face de la Cathédrale, rue des Frères Korostelev, je vis une petite maison verte et décidai d’aller y prendre renseignements. Je frappai et demandai Anna. C’était là que demeurait la responsable des prosphores. On me reçu assez étrangement. Entendant que je m’appelai Vera, ils s’intéressèrent : «C’est vous qui avez demandé à Vladika la permission de venir ici?». Il se fait que deux ans plus tôt, Vladika leur avait dit : «Vous avez déjà Liouba et Nadia avec vous; je vous enverrai Vera». Il m’avait observée pendant deux ans avant de m’envoyer cuire les prosphores. J’acquiesçai immédiatement, bien que j’étais coiffeuse et gagnais de la sorte assez bien d’argent. Je dis à Vladika : «Mais que dois-je faire? J’ai promis à Saint Serge d’aller chez lui chaque année».
«Mais tu iras chez Saint Serge!», répondit-il. Et pendant douze années, alors que je travaillais à l’atelier de prosphores, j’accompagnai douze fois Vladika Ioann à la Laure, le 18 juillet, pour la fête de Saint Serge. Cette première année, j’y emmenai cinq babouchkas. Zagorsk était bondé de pèlerins de tous les coins du monde. Pas de place à l’hôtellerie. Mais Vladika nous donna sa bénédiction pour que tout s’arrange. Une femme vint vers nous et nous proposa de nous installer chez elle. Vladika logeait au Séminaire. Il nous avait expliqué dans quelle église il célébrerait et nous y avons participé aux offices. Le 18 juillet au matin, le Patriarche célébra la Liturgie dans l’église de la Sainte Trinité, près des reliques de Saint Serge. Lors de mes premiers pèlerinages, c’était le Patriarche Pimène. Par la suite, ce fut le Patriarche Alexis ; après, il sortait sur le balcon de la maison à côté de l’église-réfectoire, et bénissait la foule. Après la Liturgie, Sa Sainteté le Patriarche célébrait sur la place un moleben de sanctification de l’eau. Trois grands chœurs chantaient. Il y avait du monde partout, des résidents et des étrangers. Certains se tenaient même au-delà du portail, sur la rue. La milice était de service. Nous ramenions de Zagorsk plusieurs bidons d’eau sainte.
Un jour, à Zagorsk, on me vola mon porte-monnaie qui contenait mon argent et mes billets. Vladika me donna de l’argent pour le voyage, ainsi qu’un demi-sac de prosphores à ramener à Kouïbychev, insistant pour que je ne l’abandonne nulle part, ni ne le pose sur le sol. Portant ce sac sur le dos, je me rendis aux caisses pour acheter un billet. Le lieu était rempli ; du monde devant toutes les caisses, mais je vis une caisse qui avait été ouverte pour suppléer aux circonstances, et un seul homme y faisait la file. Vingt minutes plus tard, j’avais mon billet! Par la bénédiction de Vladika j’arrivai saine et sauve à la maison, et je lui remis les prosphores en mains propres. Les prosphores de Saint Serge, il les découpait lui-même et en distribuait des parcelles aux fidèles le 21 juillet, lors de la fête de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan.
J’ai cuit entre trente et quarante mille prosphores. A l’époque, deux église seulement avaient un atelier de prosphores, celle des Saints Pierre et Paul, et celle du Pokrov. Les batiouchkas des villages venaient s’approvisionner en prosphores chez nous. On travaillait toujours en récitant la prière de Jésus.
Après trois ans de travail à l’atelier de prosphores, je décidai de partir. J’étais fatiguée. J’étais quasiment seule à pétrir à la main la masse de pâte. J’étais assise dans la pièce d’accueil de Vladika. Un assistant de Vladika, entra : «Pourquoi pleurez-vous?». Vint ensuite Rimma, qui travaillait à l’accueil : «Vera! Prends ce morceau de pastèque!». Demeurant assise, je mangeai la pastèque et séchai mes larmes. Après avoir tout mangé, j’ouvris tout grand les yeux : mais où était la peau de la pastèque? Sans m’en rendre compte, j’avais tout mangé, même la peau. Je pensai : «Pourquoi suis-je venue m’asseoir ici ? Jamais je ne quitterai Vladika». Vladika avait tout perçu, spirituellement, et il m’avait béni au moyen de cette pastèque. Vladika me débarrassa de la machine à pétrir qu’il fallait actionner à la main. Une nouvelle machine fut acquise, et tout s’arrangea.
Quand Vladika venait à l’atelier de prosphores, s’il appuyait sur la poignée de la porte en chantant «Il est digne…», cela signifiait que tout allait bien. Nous nous avancions vers lui afin de recevoir sa bénédiction, dans l’ordre de notre arrivée à l’atelier. Il allait prier devant le coin aux icônes, et ensuite, coupait le pain que nous avions cuit spécialement et nous en distribuait une part, après quoi il nous versait à chacune un verre d’eau en guise de bénédiction. Si nous nous étions querellées, Vladika ne chantait pas en entrant. Spirituellement, il voyait à l’intérieur de nous. Un jour, il entra sans chanter et dit : «Aujourd’hui, j’ai prié longuement pour vous. Il y avait tellement d’ennemis sur le toit de votre atelier! C’est à cause d’eux que vous vous êtes querellées».
Comme il aimait tout le monde, Vladika! A la Trinité, des portes jusqu’à l’ambon, tout était décoré de verdure. Tout le monde attendait Vladika. Il arriva et bénit les gens des deux côtés. Derrière lui, les fidèles prenaient la verdure pour la ramener chez eux. Il ne restait plus une brindille.
– Comment était Vladika dans ses relations?
Il était très simple. J’avais peur d’aller chez les prêtres, mais chez lui, j’y allais souvent, pour toutes sortes de questions. Un jour, il me donna sa bénédiction pour que je lui téléphone vers huit heures moins cinq. J’eus à peine le temps de l’interroger qu’il me répondait, sachant parfaitement de quoi il s’agissait. Il me félicitait toujours, le jour de ma fête onomastique, et il me donnait une bouteille de Cahors et une boîte de bonbons. La dernière fois, il me souhaita patience, humilité et douceur. Avec mon père lui-même, je n’entretins pas des relations aussi chaleureuse qu’avec Vladika.
Quand il reçut sa désignation à Piter, je suis allée chez lui : «Eh bien, Vladika, voilà que vous allez partir. Que vais-je devenir? Je n’ai d’autre père spirituel que vous». Il me couvrit d’un pan de sa mantia et dit : «Je pars. Toi, attends que je t’appelle. Si j’ai du travail pour toi là-bas, je te prendrai chez moi». Il partit donc et me téléphona bientôt. A mon tour, je me rendis à Saint-Pétersbourg.
Lorsqu’on emmena Vladika de Samara à Saint-Pétersbourg, une foule énorme l’accompagna à l’aéroport. Les gens montaient sur les clôtures, et même sur les toits. Tous les croyants de Samara se rassemblèrent. Il avait amené tellement de gens à la foi! A plusieurs reprises, il entra dans la cabine de l’avion et en ressortit. Tous criaient : «Vladika, ne pars pas!». Alors, il sortait de nouveau, se tenant à côté de l’hôtesse. Quand il faisait mine de rentrer, on criait avec force: «Vladika, bénis!». Et il bénissait une fois encore, dans toutes les directions le peuple qui se pressait. Tout le monde sanglotait. Finalement, il nous fit un grand signe de la main et entra dans l’avion, et celui-ci démarra.
Quand Vladika est parti, il nous a donné cette instruction : «Adressez-vous à Maria Ivanovna (Matoukassov), et demandez ses prières».
A Saint-Pétersbourg, Vladika me demanda de travailler à la datcha de Komarovo. Pendant les cinq années de son sacerdoce à Saint-Pétersbourg, Vladika vint à la datcha épiscopale quatre fois sen tout et pour tout, afin de s’y reposer un peu. Mais toujours, il nous faisait communiquer l’endroit où il célébrait, «pour que Vera vienne à l’office». Après celui-ci, Volodia, le chauffeur de Vladika me reconduisait à Komarovo, à 70 km.
Un homme aisé me dit un jour : «Votre Vladika, pfff… ! Une mémère est venue le trouver pour lui dire «Vladika, je veux acheter une chèvre», et il l’a emmenée dans son bureau, lui a proposé un siège et a commencé à discuter avec elle!». Je lui répondis : «quand vous achetez une voiture, vous demandez la bénédiction à Vladika. Pour la vieille dame, acheter une chèvre, c’est comme acheter une voiture, pour vous».
– Parlez-nous des offices célébrés par Vladika à Saint-Pétersbourg.
Le premier office [auquel participa Vera Nikiforovna. N.d.T.] fut célébré à la Laure Saint-Alexandre Nevski. Valentina Sergueevna Diounine et moi, ses filles spirituels de Samara, nous étions présentes. Après l’office, il invita tout le monde en bas, pour les agapes. Cent cinquante participants s’y retrouvèrent. A la fin, l’archidiacre se leva et proclama : «A notre Vladika : Mnogaia Leta!». Je sursautai : «Comment ça, ‘votre’ Vladika? C’est notre Vladika!». Je me calmai, m’assis et commençai à pleurer. Vladika ne m’avait pas vue.
Vladika célébra un de ses premiers offices dans l’église de l’icône de la Très Saine Mère de Dieu de Vladimir. Quand ce fut terminé, m’assis et demeurai dans l’église. Deux babouchkas étaient à côté de moi. L’une s’adressa à l’autre : «Qui a célébré aujourd’hui? On aurait dit un ange! Jamais je n’ai assisté à pareille célébration, comme si j’étais au Ciel». D’emblée, le peuple l’accepta. Quand il célébrait, l’église était toujours remplie de monde.
– Vladika sentit-il arriver sa fin?
Lors de sa sixième année à Piter, Vladika commanda de nombreuses reproductions de photos de lui, petites et grandes. Il lui restait environ six mois à vivre. Il savait qu’il allait partir. Ces photographies furent distribuées lors des commémorations des troisième, neuvième et quarantième jours.
Un jour, j’étais assise à table avec Vladika, et Valia (Valentina Sergueevna Diounine, fille spirituelle et médecin de Vladika et par la suite, Moniale du grand schème Barbara. N.d.A.) se mit à chanter. Ensuite, elle demanda à Vladika : «mourrai-je bientôt?». Et il répondit : «Je partirai d’abord, ensuite, tu me suivras». Elle mourut un an et demi après le décès de Vladika.
Je suis allée chez Vladika un mois avant sa mort. Il avait rassemblé tous ceux qui lui étaient proches, depuis sa médecin personnelle, et le médecin en chef de l’hôpital où il était soigné, jusqu’aux nettoyeuses. Une centaine d’hommes et femmes. Sa secrétaire Anna Stepanovna, sa secrétaire avait téléphoné à chacun pour transmettre l’invitation. Vladika se tenait à la porte pour accueillir et bénir chaque arrivant. Ensuite il célébra dans l’église domestique, et après l’office, il invita tout le monde à passer à table. Il nomma chacun par son nom en l’installant à table. Il installa à côté de lui les prêtres et le diacre qui concélébrèrent ce jour-là. Tout ce cérémonial dura quarante minutes. Ensuite Vladika s’assit, baissa la tête et dit : «J’ai vécu à Samara, j’y ai servi pendant vingt-cinq ans». Il prit une respiration. Voulut dire quelque chose, respira à nouveau. Voyant que tous avaient pris un air triste, il raconta quelque chose de drôle ; comment un jour sa barque chavira alors qu’il était occupé à pêcher. Il tomba alors à l’eau et quand il en sortit, il dût s’occuper d’enlever toutes les algues qui le recouvraient. Ensuite, pendant trois heures, il raconta ses années de service à Samara, et comment lors de son départ, il regarda la Volga à Tsarevchina et y prit congé de Samara. Samara lui était très chère. Le repas terminé, tout les convives se levèrent pour chanter «Il est digne». Vladika se plaça à côté de la porte et bénit chacun.
L’assistant qui était à ses côtés au moment de sa mort me raconta que lorsque Vladika se rendit à cette inauguration de la «Banque de Saint-Pétersbourg» à l’Hôtel Couronne du Nord, il fut pris de frissons. Il ralentit le véhicule. Lorsqu’ils arrivèrent, les participants étaient déjà à l’étage. Vladika sortit de la voiture et avança lentement. Sa respiration était sonore. Il ne parla à personne. A un moment, il s’inclina et s’effondra sur le sol, terrassé par une crise cardiaque.
Le quarantième jour, des effets personnels de Vladika furent distribués, comme bénédictions. Je reçus une icône en bois de la Résurrection du Christ, que Vladika avait lui-même découpée et peinte. Jamais, il ne s’en sépara. Même lorsqu’il alla à Jérusalem, il l’emmena avec lui.
Après la mort de Vladika, je suis allée vingt-huit fois auprès de lui, au cimetière Saint-Nicolas de la Laure Saint-Alexandre Nevski. Chaque année, j’y allais deux ou trois fois. Quand il me manquait, j’y allais. Je m’occupais de l’entretien de sa tombe, des tombes voisines, de celles de la maman et du frère du père spirituel de Vladika, le Métropolite Manuil (Lemechevski). Tout le monde me connaissait, et pendant des journées entières je racontais Vladika aux gens. Le deux novembre, jour où on commémore Vladika, des prêtres arrivaient de partout pour célébrer des pannychides devant sa tombe. Il m’arriva d’assister à onze pannychides successives. Je sortait du train et je marchais le long de la Perspective Nevski, directement au cimetière Saint-Nicolas. Et il y avait déjà du monde. Je faisait une grande métanie à Vladika de la part de Samara et des fidèles de Samara.
Traduit du russe
Source.

Le Métropolite Ioann (Snytchev) aux yeux des startsy.

Portrait par Philippe Moskovitine

Portrait

Les deux premières citations qui suivent ont été traduites du livre intitulé «Barbarouchka» publié en 2015 à Saint-Pétersbourg par les Éditions Tsarskoe Delo. Ce livre raconte la vie de Valentina Sergueevna Diounine, qui devint la moniale du grand schème Barbara, et fut fille spirituelle du Métropolite Ioann dès 1955. Depuis lors, elle faisait partie de l’entourage permanent de celui-ci, en qualité de médecin et d’infirmière. Elle l’accompagnait dans la plupart de ses déplacements et vivait dans la petite communauté qu’il avait fondée et qui le servait fidèlement. Le livre précité est une compilation aménagée des notes qu’elle consigna dans son journal pendant quarante ans. Les passages ci-dessous montrent combien les startsy vivants à l’époque tenaient le Métropolite Ioann (Snytchev) en haute estime. Le premier extrait évoque une visite à la Laure des Grottes de Pskov. Le troisième extrait est traduit du livre «Il y eut un homme, envoyé par Dieu», (Был человек от Бога…), dans l’édition publiée en 2015 par les Éditions Tsarskoe Delo à Saint-Pétersbourg, à la page 742.

«30 mai 1992….Nous allâmes auprès des startsy. Le Père Ioann [Krestiankine. N.d.T.] nous accueillit avec joie et nous invita dans sa cellule. On me fit asseoir à côté du Père Adrian [Kirsanov.N.d.T.]. Il me dit que j’étais proche d’eux, comme de la famille, et il promit de prier pour nous, «pour que Vladika vive encore, serait-ce deux ou trois ans!1 » …le Père Ioann [Krestiankine. N.d.T.] … dit encore au sujet de notre Vladika … ‘celui-là, c’est en vérité un hiérarque de Dieu‘…» (pages 282-283)

«04 juillet 1991. Nina Stepanovna (elle est médecin et travaille en réanimation. Quelqu’un de très croyant) alla chez le Starets Nicolas (Gourianov), sur l’Île de Tabalsk (ou encore Île de Zalita) et raconta les problèmes de santé de Vladika, précisant que les médecins voulaient lui placer un stimulateur cardiaque. Le Starets Nicolas répondit : «Cela, je ne le conseillerais pas. Mais dites à la doctoresse (c’est-à-dire à moi), que ce sont des tentations que Vladika traverse. N’oubliez pas, dites-le. Vladika est un homme de bien, simple, très simple. Il est mon ami…». Il est intéressant de noter que notre Vladika n’avait jamais vu le Père Nicolas, et celui-ci dit que Vladika était son ami, et qu’il le connaissait bien». (pages 268-269).

«… le Starets Nicolas Gourianov, comme on le sait, vénérait beaucoup Vladika Ioann, et il disait aux nombreux pétersbourgeois qui venaient chez lui, sur l’île, demander des conseils spirituels, alors que le Métropolite était encore en vie : ‘Vous avez votre starets à Piter, Vladika Ioann, adressez-vous à lui‘».

Traduit du russe

Métropolite Ioann (Snytchev). La maladie.

Entretien

Le texte ci-dessous est extrait d’un entretien accordé en 1993 par la Métropolite Ioann de Saint-Pétersbourg et Ladoga à Madame Irina Vanine, correspondante du journal ‘Saint-Pétersbourg Orthodoxe’ (Санкт-Петербург Православный), à l’occasion de la visite effectuée le 10 mai 1993 par le Métropolite Ioann à l’Hôpital du Pokrov, située sur l’Île Vassilievski à Saint-Pétersbourg. L’entretien a été publié dans le numéro 10 de l’année 1999 dudit journal, et un long extrait est repris aux pages 538 et 539 du livre «Il était un homme envoyé par Dieu…» (Был человек от Бога), publié par les Éditions Tsarskoe Delo en 2015 à Saint-Pétersbourg.

«… Nous savons que les maladies sont envoyées en tant que punitions, en tant que pansements destinés à guérir l’homme. Parfois donc la maladie elle-même est curative. Elle conduit au repentir. Mais ceux qui vont chez les thérapeutes sans penser aux causes spirituelles de leur maladie veulent être débarrassés de celle-ci au plus vite.
Mais l’Église dit que le fondement du rétablissement de la santé, c’est le repentir. Et quand l’homme travaille intérieurement, spirituellement, sur lui-même, se pose alors cette question : la guérison complète est-elle nécessaire? Car il est tout de même vrai que parfois, il est tout simplement nécessaire de vivre en permanence avec une dose d’infirmité naturelle, afin d’interrompre le mouvement du péché.
Il m’est arrivé d’observer que quand l’homme est délivré de la maladie par la prière, rapidement, il retombe dans le péché. La nature humaine est très faible, c’est pourquoi, parfois il vaut mieux vivre avec la maladie. (…)
Le miracle de la guérison peut provenir d’ailleurs que de Dieu, tout comme la maladie peut arriver non seulement pour des raisons naturelles ou être envoyée par Dieu comme un rappel à l’ordre, mais aussi suite à une attaque diabolique. Dans ce cas, il est nécessaire de recourir à l’intervention de l’Église. Dans l’Évangile, il est dit, au sujet de la femme courbée : «cette fille d’Abraham, que satan tenait liée depuis dix-huit ans» (Luc 13,16). Il s’agit précisément d’une maladie diabolique, et seule la force de Dieu permet de s’en débarrasser.
(…) Je pourrais dire qu’à cause de mes nombreux péchés, mon corps est infirme. Je ne puis me vanter de ma santé. Des infirmités j’en ai, et elles sont nombreuses. La première d’entre elles, c’est le diabète, que j’ai depuis plus de trente ans, je souffre du cœur1, d’une tension artérielle trop élevée, et de problèmes de circulation sanguine. Et j’en ai encore beaucoup d’autres.
Je considère la médecine de façon très positive, car il est dit, tant dans les Saintes Écritures que chez les Saints Pères qu’il ne faut pas négliger les médecins car ils sont donnés par Dieu. Le don de soigner est un don reçu de Dieu, et les médicaments proviennent de la nature, que Dieu créa. Ils nous aident à faire sortir la maladie de notre organisme. C’est pourquoi j’éprouve un grand respect envers le travail des médecins et je bénis ceux-ci afin qu’ils mettent tout en œuvre pour le bien des hommes.»
Traduit du russe.

Métropolite Ioann (Snytchev). Russie

Portrait par Philippe Moskovitine

Portrait

Dans le texte ci-après, l’Archiprêtre Guennadi Belovolov relate un événement qu’il vécut avec le Métropolite Ioann (Snytchev), en mai 1993 . Ce récit fut publié pour la première fois le 1er novembre 2005, dans une publication du Podvorié de Leouchino, à Saint-Pétersbourg, dont le Père Guennadi (déjà connu à travers plusieurs traductions sur le présent blog, disponibles ici) fut recteur. Le texte est repris à la page 542 du livre «Il était un homme envoyé par Dieu», publié en 2015 par les éditions Tsarskoe Delo à Saint-Pétersbourg.

«Un jour, Vladika Ioann devait intervenir à la Maison du Cinéma… Celle-ci accueillait la première projection d’un film orthodoxe, et je devais également intervenir au cours de la soirée.
Sachant que Vladika serait présent, j’arrivai en avance afin de l’accueillir. Mais malgré que je sois arrivé trente minutes en avance, je fus surpris de voir que Vladika se trouvait déjà dans une sale de réunion de l’administration. Il m’invita à sa table et nous discutâmes du contenu de nos interventions respectives, et de l’ordre dans lequel nous allions intervenir.
Vladika avait l’air un peu souffrant, et tout naturellement, je lui demandai : «Vladika, comment va votre santé?» Il se figea soudain. Une pause eut lieu. Presque une minute. Il me sembla qu’il n’avait pas même entendu ma question. Je pensai : peut-être devrais-je répéter la question, mais est-ce convenable ?
Et soudain, Vladika dit : «Oui, ma santé, … et alors? L’essentiel, c’est tout de même la santé de la Russie».
J’avoue avoir été abasourdi par pareille réponse. La question, somme toute assez générale de ma part, avait engendré une réponse tellement profonde, complètement dépourvue de formalisme et d’étiquette. Et je sentis que pour Vladika, il en allait réellement ainsi, l’essentiel, c’était la santé de son pays, de son peuple, la santé de la Russie. Et lui, s’il était malade, c’était de la maladie et des misères de la Russie. Pour lui le concept d’une vie personnelle détachée de la vie de son troupeau, de son peuple, n’existait pas. Et s’il était Métropolite de Saint-Pétersbourg, on aurait pu l’appeler, en vérité, le pasteur de Toute la Russie.
Traduit du russe

Le Métropolite Ioann, Saint Philarète de Moscou et Saint Mitrophane de Voronège

Écrits

Le Métropolite Ioann commença à rédiger au cours des années 1960′ une monumentale monographie du Saint Métropolite Philarète (Drozdov) de Moscou, intitulée «Vie et activités du Métropolite Philarète» («Жизнь и деятельность митрополита Филарета»), publiée pour la première fois en 1994 par les éditions «Russkii Leksikon» à Toula. Pour la présente traduction, on s’est référé au texte publié en 1997 par les éditions «Samara Orthodoxe». Cette œuvre du Métropolite Ioann demeure une référence en la matière, et elle fut un des éléments qui alimenta son amitié fraternelle et étroite avec Sa Sainteté le Patriarche Alexis II de bienheureuse mémoire, ce dernier ayant rédigé une thèse de fin de premier cycle à l’Académie, intitulée «Le Métropolite Philarète sous son aspect de dogmatiste». Les deux textes ci-dessous, (extraits des pages 348-349 et 368-369 de l’édition de 1997) lèvent le voile sur l’activité d’historien de l’Église du Métropolite Ioann. Ils n’ont à ce jour pas été traduits en français. Leur aspect apparemment anecdotique ne dissimule pas la fidélité de Saint Philarète aux dogmes de l’Église face aux sollicitations du pouvoir impérial lorsque celles-ci s’opposaient à sa conscience orthodoxe, ni son obéissance toute monastique. Comme on le lira, ces attitudes caractérisèrent également le Saint Évêque Mitrophane de Voronège, qui vécut au XVIIe siècle, et elles furent d’ailleurs aussi des traits de caractère saillants du Métropolite Ioann, auteur du texte.

En mémoire de l’époque inoubliable d’Alexandre Ier, et en mémoire de la calamité endurée par la Patrie , récompensée par la victoire, la gloire et le relèvement de Moscou, l’Empereur Nicolas Ier décida d’ériger dans la vieille capitale un portail triomphal. L’idée du monarque reçut le plein assentiment du Métropolite de Moscou. Le 17 août 1829, Philarète se rendit, accompagné de son clergé, sur les lieux où allait être érigé le monument, et y célébra un molieben solennel sur les fondations de celui-ci. Et il prononça ensuite une homélie remarquable quant à la signification du portail pour les générations à venir. «Ce monument, souligna-t-il, est une prédication silencieuse, qui d’une certaine façon peut être supérieure aux prédications que l’on prononce, car elle ne s’interrompt jamais, et ainsi, elle finit par pénétrer jusqu’au cœur du peuple et de toutes les générations à venir. Le monument est un livre qu’il n’est pas nécessaire de rechercher dans les bibliothèques, car il se dresse sur la route, et le liront ceux-là même qui ne pensaient pas le découvrir». Lire la Suite