Archimandrite Raphaël (Kareline). Le chotki, retour du fils prodigue.

L’Archimandrite Raphaël est un défenseur ardent de la Tradition de l’Église. Il a consacré une grande partie de sa vie longue de 90 ans ainsi que la majeure part de sa production littéraire foisonnante à la défense des dogmes et à la façon de les mettre en œuvre dans la vie de l’Église et du chrétien. Le texte ci-dessous est la traduction d’un original du Père Archimandrite Raphaël (Kareline), proposant une description poétique et spirituelle du chotki, et mis en ligne sur le site Pravoslavie.ru, le 20 janvier 2010. Quelques éléments de biographie de l’Archimandrite Raphaël sont accessibles ici.

Les chrétiens portent au poignet un fil d’or orné de perles inestimables, pour une desquelles le marchand de l’Évangile vendit sa propriété et acquit une richesse plus grande que les trésors de l’Empire. Ce cercle d’or est le chotki. Le cercle signifie symboliquement l’éternité. À travers le chotki, l’âme de l’homme entre en contact avec le monde spirituel, où l’éternité remplace le temps.
Le cercle symbolise l’infinité. Le chotki est le début du chemin spirituel, qui jamais ne se termine; il n’existe ni limite ni frontière au rapprochement de l’âme vers Dieu. Le chotki est la voix silencieuse de l’ange gardien qui éveille l’âme à la prière, l’âme plongée dans les images du monde éphémère et dans les rêves pénibles. Le chotki est le clocher silencieux qui appelle dans notre cœur nos pensées tournées vers le monde extérieur, comme le clocher de l’église appelle les gens à la prière dans l’église. Lire la Suite

Archimandrite Lazare (Abachidzé), bref portrait spirituel.

L’original russe du texte ci-dessous a été publié sur la page du réseau VK de l’Archimandrite Raphaël Kareline sous le titre Подвижник горы Кармил (Le héros de l’ascèse du Mont Carmel). Ce texte fut publié à l’occasion de l’anniversaire de la natalice du Père Archimandrite Lazare (Abachidzé) de bienheureuse mémoire (23.07.1959–17.08.2018), grand héros de l’ascèse et défenseur ardent de la Tradition de l’Église en Géorgie, dont il a déjà été question ici. L’Archimandrite Raphaël et l’Archimandrite Lazare eurent l’occasion de se rencontrer à maintes reprises.

Deux jours avant la fête de la Transfiguration, l’Archimandrite Lazare Abachidzé, éminent héros de l’ascèse et flambeau de la prière de Jésus, a atteint le terme du chemin de sa vie terrestre. Un ascète sur terre de moins et une étoile de plus dans le ciel spirituel de l’Église, qui nous éclairera depuis sa place dans l’éternité. La vie terrestre de l’Archimandrite Lazare fut un témoignage et une confession de l’Orthodoxie, qu’il prêcha avant tout par son exploit spirituel personnel. Le plus efficace et le meilleur type de prédication de l’Orthodoxie est l’acquisition de la grâce, cette lumière invisible qui agit directement sur les âmes des gens, cette force invisible qui rend la foi évidente et captive l’homme par la beauté de la lumière intérieure. Lire la Suite

Sainte Nina et le baptême de la Géorgie

Icône de Sainte Nina, égale aux Apôtres, peinte par le Starets Lazare

Le texte ci-dessous est la traduction du chapitre intitulé «Prédication de Sainte Nina au IVe siècle, Baptême de la Géorgie, le Christianisme déclaré religion d’État au Karthli» (Проповедь св. Нины в IV в., Крещение Грузии, объявление христианства государственной религией в Картли), de la première partie du long article consacré à l’histoire de l’Église Orthodoxe de Géorgie dans «L’Encyclopédie Orthodoxe» (pravenc.ru). Il s’agit d’un texte rédigé par des historiens, qui vaut évidemment plus pour les informations historiques qu’il contient que pour son style peu littéraire.

Sainte Nina

Le baptême de la Géorgie et  l’affirmation du christianisme comme religion d’État sont liés à la prédication de Sainte Nina. Les informations sur ses activités dans le Karthli (Est de la Géorgie) nous sont parvenues tant à travers les tradition géorgiennes, que dans des sources écrites géorgiennes, grecques, latines, arméniennes et coptes. Dans les écrits des historiens byzantins Rufin d’Aquilée (Rufin. Hist eccl.X;10), Socrate le Scolastique, Sozomène et Saint Théodoret De Cyr (Théodoret. Hist.eccl.I;24) il est fait mention d’une «captive» prêchant le christianisme dans le Karthli (Ibérie), identifiée à Sainte Nina. Dans l’ouvrage de l’historien arménien Moïse de Khorène, on trouve mention de Nounea, l’amie des filles de Ripsimian, Saintes Ripsimia et Gaiania) (Moïse de Khorène : History. 1978. Cap. 86).
Lire la Suite

Archimandrite Raphaël (Kareline). Le Catholicos-Patriarche Melchisédech

L’Archimandrite Raphaël est un défenseur ardent de la Tradition de l’Église. Il a consacré une grande partie de sa vie longue de 90 ans ainsi que la majeure part de sa production littéraire foisonnante à la défense des dogmes et à la façon de les mettre en œuvre dans la vie de l’Église et du chrétien. Le texte ci-dessous est la traduction d’un chapitre (pp. 43 à 46) du livre (На пути из времени в вечность) de l’Archimandrite Raphaël (Kareline). L’auteur y brosse un portrait du Catholicos-Patriarche Melchisédech III, qui dirigea le Synode de l’Église Orthodoxe de Géorgie de 1952 à 1960. Plus d’informations au sujet de l’Archimandrite Raphaël sont disponibles ici.

Le Patriarche Melchisédech (Pkhaladzé) était un homme doté de dons exceptionnels. Dans toute l’histoire du Séminaire de Tbilissi, il fut le seul étudiant qui jamais ne reçu une note inférieure à l’excellence. Après, il entra à l’Académie de Théologie de Kazan. Nesmelov, le théologien célèbre remarqua les capacités hors-normes du jeune homme, et voulut que celui-ci demeurât à l’Académie et s’y engageât dans les travaux scientifiques. En tant qu’étudiant, Mikhaïl (tel était dans le monde le nom du futur patriarche) maîtrisait si bien la langue grecque qu’il traduisit Hérodote en géorgien (cette traduction est conservée à la bibliothèque de l’Université de Tbilissi), et en plus, étudiait indépendamment les mathématiques supérieures. Il développa une méthode originale de calcul de la pascalie, liée à la chronologie historique. Même avant même son ordination, en tant que professeur de mathématiques, Mikhaïl a développa également une théorie mathématique des échecs. En outre, le futur Patriarche était un compositeur d’église et laissa plusieurs œuvres musicales liturgiques, dont une hymne des Chérubins. Lire la Suite

L’Archimandrite Lazare (Abachidzé) : Ainsi eut lieu la proclamation aux enfers.

Le texte ci-dessous est la traduction d’un chapitre du livre intitulé «A l’Ombre de la Croix du Christ» (Под сенью Креста Христова), de l’Archimandrite Lazare (Abachidze), starets géorgien contemporain, décédé en 2018. Plus d’informations à son sujet sont disponibles ici. L’Archimandrite Lazare a écrit plusieurs ouvrages de théologie, concernant le péché et le salut, le plus connu est sans doute «Le péché d’Adam». La lecture de ses textes est relativement ardue, le Père Lazare s’appuyant sur un foisonnement de citations des Saints Pères de l’Église.

Le but de l’Apôtre [Paul], s’adressant aux Romains, (…) c’est, au moyen de réprimandes et de raisonnements, de faire prendre conscience aux juifs et aux païens du sentiment de culpabilité devant Dieu et du sentiment de désespoir total au sujet d’eux-mêmes et de leur soi-disant justice. Voici ce qu’il conclut à la fin de son discours accusateur envers les Juifs : «Mais quoi? Avons-nous quelque supériorité? Non, aucune; car nous venons de prouver que tous, Juifs et Grecs, sont sous le péché, selon qu’il est écrit : «Il n’y a point de juste, pas même un seul»(Rom.3;9). Et il continue en décrivant toute la profondeur de la chute de l’homme détaché de Dieu. Examinant cette accusation de l’Apôtre Paul, Saint Ephrem le Petit dit qu’ici il n’accuse pas seulement les Juifs, mais le monde entier «de sa participation au péché, afin de préparer pour tous, par avance, le chemin de la foi, par la compréhension que ni la Loi du Livre ni la loi de la conscience ne suffisent pour les perfectionner et les sauver, mais seulement la foi en Jésus-Christ (…)»1 . Lire la Suite

Saint Gabriel de Géorgie et la «Mère de la Géorgie»

L'original russe du texte ci-dessous est la traduction d'un original russe préparé par Monsieur Konstantin Tsertsvadze, publié sur le site Pravoslavie.ru le 26 août 2020 sous le titre «Ты пригодишься как игумения…» Воспоминания о старце Гаврииле (Ургебадзе).Il s'agit des souvenirs de la Mère Higoumène Ketevan (Kopaliani), du Monastère Sainte Nina, à Samtavro en Géorgie, au sujet du Saint Starets Gabriel (Ougrebadze). 


Au Monastère de moniales à Samtavro, le 26 août est jour de fête; c'est le jour anniversaire de la naissance du Saint Starets Gabriel (Ougrebadze), qui fut leur père spirituel pendant les dernières années de sa vie. Lorsque l'actuelle higoumène du monastère de Samtavro Ketevan (Kopaliani) était encore dans le monde, le Starets lui dit un jour: «Que le Seigneur te bénisse, mon enfant. Tu seras Mère de la Géorgie!» Alors elle fut troublée, considérant que ce n'était pas sérieux, exagéré, une plaisanterie même, car la mère de Géorgie, on considère que c'est Sainte Nina. Mais le 13 juillet 1991, déjà moniale, elle devint higoumène du Monastère de Samtavro, et tout le monde comprit alors à quoi se référaient les paroles du Starets Gabriel : Samtavro, monastère de Sainte-Nina, est considéré comme la mère de tous les monastères, et l'higoumène de ce monastère, comme la mère de toute la Géorgie. L'higoumène Ketevan se souvient des prédictions, de la personnalité et de l'amour du Starets Gabriel.
L'Église chrétienne ressemble à un navire dont le timonier est le Christ Lui–même et le mât, la Croix Vivifiante. Qui sait combien de fois des vagues d'hérétiques ont heurté ce navire... Plus d'une fois, ces vagues menacèrent de couler l'Église Orthodoxe, mais elle demeura invincible, gardée par son Seigneur Céleste, notre Jésus–Christ. Heureux qui ne quittera pas ce navire. Ce n'est qu'à son bord que l'on pourra atteindre le ponton du Royaume des Cieux. Ainsi en dispose l'ancien paterikon. Notre père et confesseur, l'Archimandrite Gabriel, fut l'un de ceux qui, avec une foi profonde, aspiraient à ce ponton précieux. Bien sûr, nombreux sont ceux qui se souviennent du Starets fol-en-Christ à kamilavka, errant dans les rues de Tbilissi parfois pieds nus, un diadème sur la tête.

Je vis le Père Gabriel pour la première fois sur l'Avenue Roustaveli dans les années '80 du siècle dernier. Levant les mains vers le ciel, il criait : «Géorgiens! Réveillez-vous, voyez ce qui se passe en Géorgie, dans quel état se trouve la tombe de Sainte Chouchanik! L'église de Metekh doit-elle accueillir ce théâtre?!»
Le Starets sanglotait bruyamment, souffrant du sort du peuple et de l'Église. Certains s'arrêtaient en l'écoutant avec sympathie, d'autres souriaient avec scepticisme. Après cet événement, j'ai visité l'église de Metekh et le tombeau de Sainte Chouchanik. Et en effet, des équipements de théâtre étaient éparpillés sur la tombe de la Sainte.
Un jour, je me suis approchée de lui pour recevoir une bénédiction. «Que le Seigneur te bénisse, mon enfant. Tu seras la mère de la Géorgie!», s'exclama le Starets. Je fus troublée, j'ai trouvé qu'il s'agissait d'une exagération guère sérieuse, une blague même, puisque la mère de la Géorgie, on considère que c'est Sainte Nina. Après un certain temps, avec l'aide de Dieu, sa Sainteté m'accorda la tonsure monastique. Et quelques années plus tard, le Catholicos-Patriarche dut nommer une higoumène au monastère pour femmes de Samtavro. Je fis part de mes craintes au Père Gabriel; j'avais peur que cette lourde croix ne me soit imposée. Le Starets me réconforta: «Ne t'inquiète pas, petite sœur et mère. La grâce de Dieu descendra sur toi. Ne refuse pas; si le Patriarche bénit, cela signifie qu'il y a la volonté de Dieu. Le rang d'higoumène non seulement exalte, mais il humilie aussi. L'un est donné pour le perdition, l'autre pour le salut. Si l'higoumène s'humilie, elle est sur le chemin du salut».
Un jour, je sortis du Monastère de Samtavro, et me rendis auprès de l'Archimandrite du grand schème Vitali (Sidorenko) et de l'Higoumène du grand schème Seraphima (Diatchenko), pour des mantias. Ils m'accueillirent avec amour. Quand j'entrai, le Père Vitali me fit une grande métanie et s'assit à même le sol. Je pensais que le Père Vitali devait être un fol-en-Christ. Quand la Mère Seraphima apporta une mantia, le Père Vitali sauta sur pieds, prit brusquement la mantia des mains de la Mère Seraphima, me passa lui-même le vêtement et me remit comme cadeau une icône de la «Très Sainte Mère de Dieu-Higoumène». Une copie de cette icône fut faite par la moniale Nina (Koutateladze), mais l'icône reçue se trouve encore et toujours dans ma cellule. Le Père Vitali (Sidorenko) fit don au monastère de l'icône du Proto-Martyr Étienne. Et le Métropolite Daniel, alors père spirituel du monastère, nous a transmis la volonté du Starets: chaque soir après les vêpres, contournez l'église avec l'icône, en procession. Cette bénédiction est encore accomplie quotidiennement à ce jour. Père Gabriel et Père Vitali étaient liés par leur proximité spirituelle, par la similitude de leurs exploits ascétiques. En signe de compréhension mutuelle et de vénération mutuelle, ils échangèrent leurs croix pectorales. L'Archimandrite du grand schème Vitali repose à Tbilissi, dans la clôture de l'église du Saint Prince Alexandre Nevski, et l'Higoumène du grand schème Seraphima trouva le lieu de son dernier repos dans notre monastère à Samtavro.
Le 13 juillet 1991, jour de la fête des douze apôtres, Sa Sainteté le Catholicos-Patriarche Élie II, me bénit pour devenir Higoumène du Monastère de Samtavro, m'éleva au rang d'higoumène et me remit une crosse et une croix richement décorée. Ainsi, la prophétie du Starets se réalisa: en effet, Samtavro, le monastère de Sainte Nina, est considéré comme la mère de tous les monastères, et son higoumène, comme la mère de toute la Géorgie.
Le Père Gabriel se distinguait par une grâce particulière. Il voyait l'image de Dieu en chacun et ne faisait de distinction au profit de personne. Toujours il sympathisait avec les faibles et était étonnamment doux; il se considérait comme le dernier des pécheur et nous appelait tous à l'humilité. Il a souvent enseigné que «Devant Dieu, tous les péchés sont comme des petits cailloux. Il n'y a pas de péché dans le monde qui soit supérieur à la miséricorde du Seigneur».
Un jour, quand j'étais moniale, le Père Gabriel ferma les portes du réfectoire, y retenant les moniales, et il me dit d'apporter un bassin et de laver les mains de tout le monde. Après avoir accompli la bénédiction, je me suis approchée de lui, tenant le bassin d'eau sale dans mes mains. Le Starets m'a regardé et m'a dit de boire cette eau. J'ai demandé, confuse, «Toute?». «Oui, à fond!», répondit-il en russe. Pas le temps de réfléchir, j'ai dû boire. Alors, il m'a prise dans ses bras, m'a bénie et a dit: «Tu conviendras comme higoumène…». Il n'y avait pas un moment où le Père Gabriel ne pensait pas à Dieu. Il a toujours enseigné à dire la prière avec crainte et vénération. Parfois, il imitait: «Tara-ta-ta-ta, ra-ta-ta-ta ... tu pries, tu jures ou tu lis le journal?! Comme la mitrailleuse de Chapaev! Réfléchis donc à Qui tu t'adresses quand tu pries, à Qui tu parles. Le Seigneur est toujours présent auprès de nous, invisiblement».
Un jour, le Monastère Sainte-Nina reçut la visite de l'Higoumène Georgia du Monastère Saint-Jean-le-Précurseur de Jérusalem. Je la connaissais du Monastère de Pioukhtitsa. Mère Georgia souhaitait rencontrer son Père Gabriel. Elle conversa longuement avec le Starets. En sortant en larmes de la cellule de celui-ci, elle dit joyeusement: «vous avez un vrai starets, vous êtes au paradis».
Le père n'acceptait pas les louanges humaines. Quand celles-ci se présentaient, il passait à la folie-en-Christ, forçant à y mettre fin. Mais si quelqu'un venait humblement lui demander conseil, il le conseillait avec une sagesse toute biblique. Si quelqu'un avait besoin de fortifier sa foi, le Père Gabriel se mettait à parler des miracles qui lui étaient survenus. Un jour nous avons visité l'église construite par le Père lui-même. Il nous raconta: «Le toit était percé et je pleurais: qu'allaient devenir les icônes? Il aurait fallu plusieurs mètres cubes de matériaux de construction pour la réparation, et les fonds je n'en disposais pas. J'étais très inquiet et j'ai prié Dieu d'envoyer de l'aide. Soudain, un inconnu apparut, qui s'avéra être ingénieur. Il regarda les icônes, puis dit avec étonnement: 'c'est étrange, j'étais très pressé, mais une certaine force m'a fait entrer ici. Et vous savez ce que cette icône me demande maintenant? Offrez quelques mètres cubes de bois de construction au starets'». Le Starets lui montra l'icône du Sauveur devant laquelle il priait Dieu pour recevoir de l'aide. Réjoui, l'ingénieur promit d'offrir tout ce qui était nécessaire et il tint parole. 
Les témoins de jéhovah et autres hérétiques, le Starets les appelait les démons visibles, les messagers de satan, et interdisait de nourrir des querelles avec eux, comme il est écrit dans l'Évangile «ne donnez pas de perles aux chiens et ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu'ils ne les piétinent de leurs pieds, se retournent contre vous et vous déchirent» (Math.7: 6).
Saint Gabriel était vraiment sage et pauvre. Ce qui lui était le plus nécessaire, il l'offrait même avec joie à son prochain. Un jour, après la Liturgie, j'ai rencontré le Starets Gabriel dans l'escalier. Il me regardait, ainsi que ma mantia, avec chaleur et dit : «Je n'ai même pas un tel manteau». J'ai immédiatement ôté ma mantia et l'ai remise au Starets. Plus tard, j'ai appris qu'il avait donné ce manteau à la défunte moniale du grand schème Nina (Dachniani). Quelques temps plus tard, le Starets Gabriel m'a demandé de lui donner un second manteau. Naturellement, je l'ai fait, et la moniale Paraskeva le suspendit dans un coin de la tour. Par la suite, je n'y ai plus prêté attention. Et aujourd'hui, je remercie le Seigneur d'avoir enterré le Starets Gabriel dans ce manteau. À cette époque, le Starets recevait souvent la visite de sa mère Barbara. Après la mort du Père Gabriel, elle resta définitivement au monastère. Après un certain temps, il fut décidé de lui conférer la tonsure monastique et le nom d'Anna. Son vêtement fut préparé par les matouchkas du monastère. L'office fut célébré par le Père Savva Kouchava. Lors de la tonsure, je l'ai couverte de la mantia, je l'ai amenée à l'ambon et j'ai prononcé les paroles à sa place, parce qu'elle était déjà très âgée et ne pouvait pas le faire seule. J'ai donc dû prendre les vœux une deuxième fois.
Le 22 mai 2000, le jour de la fête de notre Saint Père Chio de Mgvime, les religieuses du monastère de Sainte Nina l'Égale-aux-Apôtres se sont rendues à Chio-Mgvime pour vénérer les reliques du Saint. La liturgie fut célébrée par le Métropolite Daniel. Le molieben devant la tombe du saint fut célébrée par le Catholicos-Patriarche Élie II. Pendant qu'on préparait la table, je suis montée au réfectoire, depuis le balcon duquel sont clairement visibles l'iconostase et les fresques de l'église. J'ai lu la prière de Jésus sur le chotki et j'ai involontairement pensé au Père Gabriel. Soudain, très haut dans le ciel, une fresque s'alluma, au-dessus d'elle était une inscription en ancien géorgien, que j'ai eu du mal à décrypter: «Saint Gabriel le Géorgien». Il avait dans ses mains une icône de la Très Sainte Mère de Dieu. Les icônes préférées du Père Gabriel, celles des Megalomartyres Chouchanik et Ketevan étaient visibles à proximité. Je fus saisie d'un sentiment incroyable! Combien de fois avais–je visité Chio-Mgvime, et jamais je n'avais remarqué ces icônes. Il était impossible de dissimuler ma joie. J'ai parlé de ce que j'ai vu à l’Évêque Mikhaïl. Il a admis que le Starets m'avait montré un miracle. 
Le Père Gabriel, qui m'est apparu comme 'Gabriel de Géorgie', m'a fait ressentir sa protection. Cette vision a encore renforcé ma foi en l'immortalité de l'âme. J'ai trouvé un consolateur et un intercesseur pour nous dans la personne de notre Starets-fol-en-Christ.

Traduit du russe
Source