Batiouchka Dyonisy. Vivre sous la bénédiction du Starets Élie (1/2)

Madame Rojniova

Le texte russe original de la traduction ci-dessous fut publié le 17 novembre 2017 sur la page VK de l’écrivain russe Olga Rojniova, auteur régulier du site Pravoslavie.ru, et intitulé:«Le miracle principal». Madame Rojniova s’entretient avec le Prêtre Dionysy Kouvaev, recteur de l’église de la Théophanie, à Kozelsk. Cet entretien décrit comment le Seigneur, à travers des événements extraordinaires et providentiels, a appelé toute la famille Kouvaev au service de l’Église, soit dans le sacerdoce, soit dans le monachisme. Il précise également les connaissances que le Starets Elie (Nozdrine) considère les plus importantes dans la vie, il montre en quoi consiste la force du starets, pourquoi la clairvoyance n’est pas un tour de magie permettant de voir, mais aussi, comment par l’intervention de la Providence divine une immense église fut érigée dans un village niché à côté du Monastère d’Optino Poustin’, et enfin, pourquoi le starets donna à matouchka sa bénédiction afin qu’elle subisse une opération qui n’était pas planifiée.

Père Dionysy, la Providence divine agit dans la vie de chacun, parfois de façon cachée, mais parfois, certains signes se manifestent ouvertement, ou des rencontres significatives, ou à travers des paroles lourdes de sens. Dans votre vie, de tels signes se manifestèrent-ils?

Batiouchka Dyonisy en famille

Oui, incontestablement. Je pense que chaque homme, chaque femme, peut voir et remarquer la Providence divine, pour autant que ces derniers le souhaitent. Le Seigneur nous entoure en permanence de Sa Providence, Il nous guide dans notre vie. Et si on ne s’en rend pas compte, c’est parque qu’on ne veut pas le savoir… Comment ma famille et moi-même avons-nous pris conscience de la Providence divine? Il fut un temps où nous nous tenions loin de la foi… Mais même si l’homme ne connaît pas Dieu, il arrive un moment où le Seigneur Se découvre à lui, Il l’appelle. Ce ne fut pas moi qui choisis, mais moi qui fut choisi (Je.15,16). Car il est possible que nous ne Le connaissions pas, mais il n’est pas un instant où Il ne nous connaisse.
Comment le Seigneur appela-t-il ma famille? Voici l’histoire. Le frère de ma mère, mon oncle, étudiait à ‘Université d’État de Tver. En 1990, il se rendit au Monastère d’Optino. Était-ce un pèlerinage ou simplement du tourisme, aujourd’hui, je ne m’en souviens plus. A cette époque, le monastère venait tout juste d’être rendu à l’Église; il tombait en ruines mais ceux qui participèrent alors à sa restauration se remémorent aujourd’hui ces années comme extraordinaires, imprégnées d’un élan spirituel. Le Seigneur et les Saints Starets d’Optino bénirent abondamment et comblèrent de consolations leur premier appel après les nombreuses décennies de dévastations infligées au monastère. Et mon oncle Viatcheslav (qui devint le moine Gabriel) ressentit de tout son cœur cet appel de la grâce. Il fit connaissance avec le Père Iliodore, devenu entre-temps hiérodiacre, lui ouvrit son âme et lui dévoila combien Optino avait ému son cœur. A la suite d’une pareille puissante expérience spirituelle, le jeune homme ne voulut plus retourner dans le monde. En un seul jour, toutes ses valeurs furent réorientées, tellement puissant avait été l’appel du Seigneur. Vous vous souvenez comment Il appela Ses apôtres? Ceux-ci pêchaient tranquillement, le Seigneur appela et ils lâchèrent tout, barque, filets, maison, possessions, et ils Le suivirent. Et ils le firent, remplaçant leur vie paisible par une migration incessante et dangereuse, au péril des rivières, des brigands, de leurs propres compatriotes, des païens, des déserts, de la mer, de leurs faux-frères, par une vie faite de labeurs, d’épuisement, de pauvreté, souvent, de faim et de soif, de jeûne, de froid glacial et de dénuement (2Cor.11,26-27).
En réponse à l’interpellation du jeune homme, le Père Iliodore répondit : «Rentre à la maison, prends tes affaires et reviens au monastère». Ce que fit mon oncle. Il reçut la tonsure et le nom de Gabriel, et pendant quelques années, il fut le compagnon et serviteur de cellule du Starets Higoumène du grand schème, aujourd’hui Archimandrite du grand schème, Élie (Nozdrine).
En 1991, mon oncle vint à la maison, pour nous baptiser. J’avais sept ans et mon frère quatre ans. Maman n’était pas non plus baptisée. Babouchka, notre grand-mère, croyait en Dieu et se tournait vers Lui dans les moments difficiles, mais n’avait jamais parlé de Dieu aux enfants. Éducation soviétique. Nous n’étions pas athées, mais simplement vides de spiritualité. Grâce à mon oncle, nous fûmes tous baptisés.

Et vous vous êtes tournés vers Dieu?
Pas immédiatement. Ce fut une affaire assez extraordinaire, une affaire de la Providence. Jusqu’en 1993, nous ne fréquentâmes pas l’église. Mais à Optino, mon oncle priait pour nous, et voici ce qu’il advint. En 1993, j’atteignis l’âge de neuf ans, et mon frère, six. Nous passions ensemble l’été au village, chez des parents, et notre mère demeurait à la ville. Elle travaillait dans une usine et depuis quelques mois, aucun travailleur n’avait perçu son salaire. Papa travaillait dans une entreprise, qui elle aussi retenait le salaire de ses travailleurs. Arriva le moment où à la maison, ils n’avaient plus aucune victuaille, plus rien, juste du sel. Un des voisins dans l’immeuble possédait un petit jardin, et quand ils procéda à la récolte suivante, il apporta un bassin entier de cornichons. Mes parents s’en réjouirent évidemment, et décidèrent de les conserver dans la saumure, mais pour cela il faillait y ajouter au moins l’un ou l’autre ingrédient, fut-ce de l’ail. Maman attendit donc quelques jours, en se disant qu’elle parviendrait peut-être à dénicher deux têtes d’ail quelque part. Pendant le week-end, elle décida de procéder à un grand nettoyage, pendant que les enfants étaient au village.. En rangeant les livres dans la bibliothèque, elle aperçut, glissée dans l’un des ouvrages, une reproduction d’une icône de Sainte Xénia de Pétersbourg. Par la suite, elle essaya de comprendre comment cette icône avait pu se retrouver dans un des livres des enfants, mais elle n’y parvint jamais. Et, de façon inhabituelle pour elle, maman commença à prier Sainte Xénia et lui conta toutes les difficultés inhérentes à sa situation: pas d’argent, pas de nourriture, même pas d’ail pour la saumure des cornichons, rien. La nuit suivante, la sonnerie de la porte retentit. Maman alla ouvrir. Sur le seuil se tenait son frère, le Père Gabriel. Il était venu d’Optino, en Volga, et toute la voiture était chargée de nourriture. Un sac de sucre semoule, un sac de blé concassé, etc. Il était impossible de s’attendre à une telle abondance. Le Père Gabriel raconta que lui-même n’avait pas compris pourquoi le starets, le Père Élie, lui avait donné cette bénédiction: «Va chez ta sœur et apporte-lui des victuailles». Mais mon oncle vivait alors depuis plusieurs années déjà au monastère et ne savait pas que dans le monde, le paiement des salaires était interrompu. Il demanda à Maman :
Marguerite, donne quelque nourriture au chauffeur.
Maman répondit :
Aujourd’hui, je n’avais rien que je puisse préparer.
Nous n’avons plus de thé.
Et le Père Gabriel pleura. Il venait seulement de comprendre pourquoi le starets l’avait envoyé chez sa sœur. Le Père Élie l’avait bénit pour qu’il apporte ces victuailles, et la dernière chose qu’il donna, ce fut de l’ail. Le starets avait dit : «Et apporte-lui de l’ail».
Pour maman, c’était la toute première prière de sa vie. Et elle reçut une réponse. Cette expérience spirituelle la bouleversa. Elle les voyait débarquer, les marchandises de la voiture, et pour terminer, le Père Gabriel tendit l’ail à Maman. C’était un véritable miracle : non seulement elle recevait de la nourriture, mais aussi exactement ce qu’elle avait demandé. C’était la première fois qu’elle exprimait des paroles formant une prière. Et un miracle se produisit. Par la suite, mon oncle raconta qu’il ne s’était préparé à aucun déplacement, rien ne permettait de prévoir un voyage, personne n’avait évoqué quoi que ce soit. Mais tout soudainement, après la liturgie, le starets lui avait dit :
Il faut que tu ailles chez ta sœur, chez Marguerite (Mon oncle avait deux sœurs autres que ma mère).
– Quand?
– Vas-y maintenant.
Toute la nuit, maman s’entretint avec son frère. Ils se remémoraient le passé, ils pleuraient. Le Père Gabriel lui proposa d’aller à Optino, lui expliqua où c’était. Et le lendemain matin, ils prirent tous la route du monastère avec le chauffeur.

Le Père Élie

Le Starets Elie, Le P. Iliodore et Batiouchka Dyonisy

C’était la première fois que votre famille allait au Monastère d’Optino? Oui, toute la famille se retrouva à Optino. Mon père se fit baptiser là. Et quand nous rentrâmes à la maison, nous commençâmes à fréquenter l’église. Consciemment, nous menions une vie chrétienne, nous confessant et recevant les Saints Dons. Le Père Élie devint le père spirituel de toute ma famille. Mon frère et moi ne passions plus l’été au village, mais à Optino. On nous donnait du travail adapté aux enfants, on aidait à la préparation des prosphores, on remplissait les bouteilles d’huile. On vivait dans une tourelle. Le Père Gabriel et le Père Iliodore assurèrent notre éducation. De toute la journée, nous ne nous écartions pas, littéralement, d’une semelle, du Père Iliodore. C’est lui qui nous donna notre première règle de prière, nous apprit quels jours il fallait fréquenter l’office dès cinq heures le matin et quels jours on pouvait y aller à sept heures, quand on pouvait aller se baigner dans la source sainte.
On fréquentait aussi le Starets Élie ; il priait pour nous. La chose la plus importante dont je me souvienne, c’est que le Starets disait parfois : «Quand vous habiterez à Kozelsk...». Je ne comprenais pas comment on allait pouvoir vivre à Kozelsk, puisqu’on habitait à Kimry. Mais en 1999, quand j’eus atteint l’âge de quinze ans, nous avons réellement déménagé à Kozelsk, afin de nous rapprocher d’Optino. Et par la suite, notre vie fut toute entière placée sous la guidance et la bénédiction du Père Élie. (A suivre)

Traduit du russe

Source

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 3

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la troisième partie.
Sainte Anna Kachinskaia

Le 12 juin 1909 on restaura officiellement la célébration de la mémoire de la Sainte Princesse Anna Kachinskaia (l’épouse du Prince Mikhaïl Iaroslavitch de Tver, mort en martyr à Orel le 22 novembre 1318 et arrière-petite-fille de Vsevolod le Grand Nid). On peut lire dans le rapport du 7 novembre 1908, contresigné par le Souverain, et relatif à la seconde glorification des reliques de la Sainte: «Pendant sa vie, elle fut un modèle d’épouse et de mère chrétienne, faisant preuve d’amour chrétien envers les pauvres et les affligés, manifestant une piété discrète et supportant avec courage d’innombrables épreuves». Le Souverain manifesta un vif intérêt et une participation active dans cette procédure. Voici quelques détails de cette histoire. L’invention des reliques de la Sainte Princesse Anna Kachinskaia se déroula le 28 juillet 1649. Le 12 juin 1650, les saintes reliques furent transférées en présence du Tsar Alexis Mikhaïlovitch dans la Cathédrale de l’Ascension de Kachine. Selon une disposition adoptée par le Patriarche Ioakhim, troisième successeur du Patriarche Nikon, le Synode de 1677-1678 mit un terme à la célébration de sa mémoire. Cette disposition fut adoptée parce que la disposition des doigts de la sainte était telle qu’elle effectuait à deux doigts et non à trois doigts le signe de la croix, ce qui était tout naturel puisque le signe à trois doigts avait été institué lors du Concile de 1656 sous le Patriarche Nikon. Avant cela, dans toute la Rus’, à la différence des autres Églises d’Orient, on se signait toujours à deux doigts. Mais alors, logiquement, il eut fallu que l’Église russe se privât alors de tous ses saints, qui avaient vécu avant cette funeste réforme menant à ce raskol qui, par la suite, provoqua des chocs importants et nocifs pour la vie de l’Église et de l’État de notre Patrie. Quoi qu’il en soit, cette erreur stupide, explicable par le seul fanatisme des réformateurs et l’échauffement des passions, fut corrigée environ 260 ans plus tard sous le règne de l’Empereur Nicolas II. La restauration solennelle de la célébration de la mémoire de Sainte Anna eut lieu à Kachine, dans le Cathédrale de la Dormition et dans le rite de l’edinoverié1 . Cet événement exerça une influence sur le rapprochement vers l’Orthodoxie de Croyants du Vieux Rite, car il élimina le reproche selon lequel l’Église Orthodoxe ne glorifiait pas les saints se signant à deux doigts.

Sainte Euphrosyne de Polotsk

Le 2 mai 1910, la vieille ville de Polotsk accueillit avec solennité et en présence de la Reine des Hellènes, Olga Konstantinovna, de son Auguste frère, le Grand Duc Konstantin Konstantinovitch, de la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna et de son Altesse le Prince Igor Konstantinovitch, les saintes reliques de la Sainte Euphrosyne de Polotsk, décédée en 1173 à Jérusalem et inhumée à Kiev. La procession quitta la mère des villes russes le 19 avril. Les saintes reliques furent embarquées et voyagèrent sur le cours du Dniepr entre Kiev et Orcha, et par voie terrestre entre Orcha et Vitebsk. Des milliers de gens du peuple tenant un cierge allumé à la main s’alignaient en rangs serrés de chaque côté du chemin emprunté par la procession. A Kiev et à Polotsk, le nombre de pèlerins atteignait les vingt mille. A cette occasion, le Souverain adressa le rescrit suivant au Métropolite Flavien de Kiev: «La Divine Providence lui attribua sa fonction dans le passé; que la Sainte Princesse demeure maintenant et pour les siècles une étoile scintillante accompagnant sur son chemin tout le peuple biélorusse, lui indiquant la vérité de l’Orthodoxie. En ce jour inoubliable de la translation de Ses saintes reliques, l’esprit de piété se manifesta au sein du peuple et appela une multitude à venir vénérer la Sainte. Que cela serve de leçon à ceux qui, attachés aux activités mondaines et à la confusion spirituelle, seraient prêts à quitter la voie salvatrice de la véritable foi orthodoxe». Ce rescrit fut largement diffusé et éveilla un écho vivant au sein de la population.

Saint Ioasaph de Belgorod

La glorification du Saint Évêque Ioasaph de Belgorod eut lieu le 4 septembre 1911, en présence de la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna et du Grand Duc Konstantin Konstantinovitch, entourés de 150.000 pèlerins. La Souveraine Impératrice Alexandra Feodorovna et la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna offrirent la châsse et les luminaires artistiques qui éclairaient celle-ci. Sur le rapport proposant la glorification précitée, soumis par l’Ober-Procureur du Saint Synode au Souverain, le 10 décembre 1910, celui-ci apposa l’inscription suivante: «Puisse l’intercession bienveillante du Saint Évêque Ioasaph augmenter la dévotion du Pouvoir de Russie à l’ancestrale Orthodoxie, pour le bien de tout le peuple russe. J’accepte la proposition du Saint Synode avec humilité sincère et totale empathie». Le Souverain Empereur vint vénérer les saintes reliques de Saint Ioasaph de Belgorod peu de temps après leur invention.
En 1911, la vénération par l’Église de Saint Euphrosyn du Lac Bleu fut rétablie. Pendant le règne de l’Empereur Nicolas II, ce fut le second cas, après celui de la Sainte Princesse Anna de Kachine, de la seconde glorification d’un saint malencontreusement exclu du Chœur de tous les Saints de Russie lors des réformes entreprises par le Patriarche Nikon au XVIIe siècle.
Le 17 février 1913, à Moscou, furent solennellement glorifiées les reliques du Saint Hiérarque Hermogène, Patriarche de Moscou et de toute la Russie. A cette occasion, le Souverain télégraphia à la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna: «Je te remercie de te trouver dans l’enceinte du Kremlin pour l’office à la mémoire du Patriarche Hermogène. Puisse son exemple illuminer les temps présents et à venir».
Le 28 juillet 1914, on procéda à la glorification des reliques du Saint Évêque Pitirim de Tambov. Et pendant la Grande Guerre, le 10 juin 1916, le Métropolite Macaire de Moscou célébra la glorification des reliques de Saint Ioann, Métropolite de Tobolsk et de Sibérie. En conclusion du rapport qui lui fut soumis, alors qu’il exerçait les fonctions de Commandant Suprême des Forces Armées russes, le Souverain indiqua: «J’accepte avec humilité la proposition présentée par le Saint Synode, avec un sentiment de joie d’autant plus grand que j’ai foi, en ces temps d’épreuve pour la Rus’ Orthodoxe, en l’intercession du Saint Évêque Ioann Maximovitch. (Le Saint Évêque Ioann Maximovitch provenait de la noble lignée Maximovitch, à laquelle appartint également l’Archevêque Ioann d’Amérique du Nord et de San Francisco et ancien Évêque de Shangaï, profondément vénéré hors frontières).
Un trait de caractère fondamental de l’Empereur Nicolas II, dans lequel il puisa la force de Sa volonté et de Sa spiritualité, fut l’essence religieuse de sa personne. Elle trouva sa claire expression dans les deux actes suivants. Le premier fut donné par le Souverain le 12 janvier 1909 à l’occasion de la fin de l’Archiprêtre de bienheureuse mémoire, le Père Ioann de Kronstadt, déjà considéré comme un saint alors qu’il vivait encore sur cette terre, non seulement par tout le peuple de l’Église russe, mais aussi hors frontières (Le Saint et Juste Père Jean de Kronstadt le Thaumaturge fut glorifié par l’Église Russe hors Frontières en 1964): «Il plut à l’insondable Providence Divine que s’éteigne le grand luminaire de l’Église du Christ, intercesseur de la Terre de Russie, pasteur vénéré par tout le peuple, le Juste Père Ioann de Kronstadt. Nous partageons de tout cœur la grande affliction du peuple, causée par la fin de ce pasteur tellement bienfaisant et qui débordait d’amour. C’est avec une émotion particulière que reviennent à notre mémoire les jours pénibles de la maladie précédant la mort de notre Père qui repose en Dieu, l’Empereur Alexandre III, lorsque le Tsar sentant venir ses derniers instants demanda la prière, en faveur du Tsar et de la Patrie, de l’intercesseur aimé du peuple. Aujourd’hui, ayant, comme Notre peuple, perdu notre intercesseur bien-aimé, Nous sommes pénétrés du souhait d’offrir une digne expression à l’affliction que tous ensemble nous ressentons, en la commémoration annuelle du jour du décès du Père Ioann. Cette année, ce jour correspondra avec la commémoration prévue le quarantième jour suivant celui de ce décès que nous déplorons avec tristesse. Étant selon Notre propre désir spirituel et par la force des Lois Fondamentales le premier gardien dans notre Patrie des intérêts et nécessités de l’Église du Christ, Nous, ainsi que tous les Fils aimants et fidèles de Celle-ci, attendons du Saint Synode qu’il prenne la tête de cette initiative, et apporte la lumière de la consolation dans cette tristesse du peuple, et donne naissance dans tous les temps à venir à une source vivante d’inspiration pour les futurs serviteurs et primats de l’Autel du Christ, dans le cadre de l’exploit spirituel de leurs activités pastorales». Non seulement le Père Jean de Kronstadt fut présent à la fin de la vie terrestre de l’Empereur Alexandre III, mais, suite à la demande expresse du Souverain Nicolas Alexandrovitch, il concélébra également Son mariage dans l’église du Palais d’Hiver le 14 novembre 1894, et Son couronnement dans la Cathédrale de la Dormition le 14 mai 1896. (A suivre)

Traduit du russe

P. Guennadi (Belovolov) La Bienheureuse Maria, Servante d’Autel de Somino

Photo personnelle de l’Archiprêtre Guennadi sur sa page VK

Le P. Guennadi (Belovolov) est le prêtre de la paroisse rurale de Somino, un petit village éloigné de 350 km de Saint-Pétersbourg. Il est également Directeur de l’Appartement-Mémorial de Saint Jean de Kronstadt, et fut l’acteur central de la restauration du Podvorié du Monastère de Leouchino à Saint-Pétersbourg. Dans les textes ci-dessous, traduits de cinq articles qu’il publia entre 2007 et 2017, il nous présente «un exemple limpide de la dévotion populaire». (Le premier texte fut publié sur le site Ruskline.ru, les autres sur les pages personnelles du P. Guennadi). Certaines coupures ont été effectuées dans les originaux afin d’éviter les redites.

La Bienheureuse Maria de Somino

Voici peu, le 2 décembre a marqué l’anniversaire du décès de la grande héroïne de l’ascèse et de la dévotion, la bienheureuse Servante du Sanctuaire, Maria de Somino. Elle mena son combat ascétique, son podvig, pendant trente-trois années, dans l’église des Saints et Prééminents Apôtres Pierre et Paul, de la paroisse la plus éloignée de l’éparchie de Saint-Pétersbourg1, celle du village de Somino, dans le Raïon de Boksitogorsk. Elle vécut jusqu’à l’âge de 82 ans. Pendant ces temps d’athéisme, il était malaisé de trouver des serviteurs de sanctuaire parmi les hommes, et dans de nombreuses églises, ces ‘femmes-myrrhophores’ de l’époque recevaient la bénédiction du recteur pour servir au sanctuaire. La bienheureuse Maria servit avec la bénédiction de l’Higoumène Nicolas (Kouzmine), recteur de l’église de Somino, et par la suite, Supérieur de la Mission Spirituelle Russe à Jérusalem.
On sait aussi que Maria de Somino avait acquis les dons de clairvoyance et de discernement. (…) De nos jours, tous les bons Orthodoxes de Boksitogorsk et de Tikhvine considèrent que Maria de Somino est une bienheureuse. Lors de l’anniversaire de son décès, des pèlerins sont venus des villes et villages environnants, et un car de pèlerins est même venu de Saint-Pétersbourg.
Évidemment, il faut une bonne mémoire pour se rappeler des activités de cette juste. La Bienheureuse Maria (Maria Trophimovna Orekhova), cette héroïne russe de l’ascèse et de la piété, naquit en 1923, dans la ville de Kamychine, le long de la Volga, dans le Gouvernorat de Tsaritsyne (aujourd’hui, Oblast de Volgograd) et décéda en 2006. Toute sa vie, elle observa la vœu de virginité, même si elle ne reçut pas la tonsure monastique. La Bienheureuse entretenait des liens spirituels, ainsi qu’une correspondance avec de nombreux ‘batiouchkas’ vénérés, dont le recteur de l’église de la Très Sainte Mère de Dieu «Coupe intarissable», de l’Usine ATI, l’Archiprêtre Ioann Mironov, qui lui écrivit souvent à l’occasion des fêtes.
On sait également que la Bienheureuse Maria participa à la Grande Guerre Patriotique et travailla ensuite de longues années dans le Nord de la Russie comme poseuse de traverses dans la construction des voies de chemins de fer, où elle fut blessée à la colonne vertébrale et pensionnée comme invalide. La juste d’heureuse mémoire reçut des décorations de l’État, et vint s’installer à Somino où elle s’acheta un poulailler et s’y installa tout simplement, avec la bénédiction de Batiouchka. Elle vivait paisiblement, humblement, dans son poulailler-cellule. La Bienheureuse dédia toute sa vie à Dieu. Elle fit partie des innombrables héros de l’ascèse de notre temps, limpide exemple de la dévotion et de la piété populaire. La Bienheureuse Maria jouissait du don de consoler, et était clairvoyante. De très nombreux témoins se rappellent qu’elle avait le don de discernement; dans de nombreux cas, elle dévoilait des péchés secrets, des afflictions cachées, et les vices dissimulés des gens. Suite à cela, beaucoup la craignaient.

Pannychide sur la Tombe de la Bienheureuse Maria

La Bienheureuse fut inhumée derrière le sanctuaire où elle servit. Avant l’inhumation, son cercueil demeura trois jours dans l’église, et nonobstant le fait qu’on était en hiver, à la veille de la Fête de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu, et qu’il fallait donc chauffer l’église, on ne constata absolument aucune trace de corruption du corps. La dernière accolade à la Bienheureuse fut donnée selon la règle pascale: on l’embrassait trois fois sur ses joues roses et vermeilles , tièdes, comme quand elle vivait. J’avais quinze ans de sacerdoce et j’avais célébré de très nombreux offices de funérailles, mais c’était la première fois de ma vie que je me trouvais face à une telle réelle incorruptibilité.

Vision de Maria la Servante d’Autel, à la Sainte Montagne.

La Bienheureuse Maria de Somino m’apparut en songe sur le Mont Athos, pendant la nuit de l’Élévation de la Sainte Croix du Seigneur. Nous logions à la Skite Saint André. Je n’ai pas l’habitude d’avoir des songes. Là, je vis en rêve la Servante du Sanctuaire Maria, qui accomplit son obédience pendant trente-trois ans. (…) Elle conserva sa virginité mais ne devint pas moniale, alors que cela lui fut proposé à plusieurs reprises. Lorsque je fus ordonné, elle fut ma première Servante du Sanctuaire et m’aida de la sorte pendant quatorze ans. Dans le village, on la disait bienheureuse. Elle décéda le 2 décembre 2006 à 82 ans. Comme elle avait été inhumée derrière le sanctuaire, j’allais souvent prier devant sa tombe, mais ces derniers temps, je m’y étais rendu moins souvent. Et voilà qu’elle se tenait devant moi dans mon rêve. Elle s’avança vers moi en souriant. J’étais ébahi et je lui demandai :«Mais Maria, tu es morte?!». Son sourire s’épanouit plus encore et elle répondit: «Je suis vivante, oui!». Et elle ajouta: «Ceux qui viennent vers moi, sur ma tombe, ils me voient vivante». Je me détournai quelque peu et quand je me retournai, elle avait disparu. A ce moment, je m’éveillai. Je racontai immédiatement mon rêve à André, un compagnon de pèlerinage qui connaissait Maria et qui vénérait sa mémoire. Il me dit : «Vraiment, Maria n’était pas n’importe qui si elle apparaît en songe à la Sainte Montagne». Rentré à Somino, la première chose que je fis fut d’aller à la tombe de Maria. Ayant prié, j’embrassai la croix. J’entendis alors une voix intérieure qui me disait : «Tu vois maintenant, pas n’importe qui, hein!». Seigneur accorde le repos à l’âme de Ta Bienheureuse Servante Maria. Je demande à mes amis et lecteurs de prier pour elle.

Quatre histoires à la mémoire de Maria de Somino.

Aujourd’hui, le 2 décembre, voilà dix ans déjà que décéda la Servante du Sanctuaire Maria. Nous avons célébré une liturgie et une pannychide à cette occasion. Ces dix ans se sont écoulés rapidement et il nous semble que Maria s’en est allée tout récemment. Voici le récit de quelques événements et tableaux la concernant.
Question à la Bienheureuse

Maisonnette de la Bienheureuse Maria

Un jour j’étais assis dans une pièce de ma maison de prêtre et je buvais du thé. La fenêtre donnait largement sur la rue et je voyais les passants. J’étais devenu un observateur involontaire de la vie du village. Cette fois, Maria apparut, dans la rue vide. Elle avançait tout doucettement, portant un seau vide, vers le puits proche de l’église. Elle trouvait que l’eau y était bonne et elle conseillait à tous d’aller s’y approvisionner. Maria marchait à son allure habituelle, penchée vers l’avant, suite à sa blessure à la colonne vertébrale, tenant sa main libre derrière le dos.
Je la regardai et pensai: «Maria, qui es-tu? Dans le village, on raconte tant de choses à ton sujet! Es-tu une femme de Dieu ou une petite vieille comme les autres?» Comme je pensais cela à part moi, je dis soudain à haute voix: «Maria, tu pourrais répondre! Qui es-tu donc?». Je ne sais pourquoi, au même moment, je traçai un signe de croix sur elle, la bénissant à travers la fenêtre. Quelle ne fut pas ma surprise quand, exactement au moment où je prononçais les paroles de bénédiction et la bénissais, elle s’arrêta, posa son seau sur le sol, se tourna du côté de ma maison, leva la tête vers l’église,fit un large signe de croix et fit une métanie. Elle reprit son seau et alla le remplir. Extérieurement, il ne s’était rien produit de particulier, mais je dus admettre que cela me surprit car c’était la réponse à ma question. Poursuivant le dialogue indirect avec elle, je dis alors spontanément: «Voilà donc qui tu es,… même si j’aurais de toutes façons pu le deviner par moi-même…» Dix ans ce sont écoulés. Bientôt, dix autres, en puis dix encore… Nous ne sommes pas éternels. Certains s’en vont dans l’oubli, d’autres entrent dans l’éternité. Il faudrait écrire l’histoire de Maria, tant que certains s’en souviennent encore et peuvent raconter. On doit conserver la mémoire de tels héros de l’ascèse. Je pense que de tels bienheureux, bientôt, il n’y en aura plus. Leur temps est passé. Des temps nouveaux arrivent, mais différents. Voici encore quelques anecdotes au sujet de la Bienheureuse Maria.

Tu seras septième

L’église de Somino. Auteur V. Zagarskikh : https://vk.com/id10711065

Quand j’arrivai à Somino pour la première fois en tant que prêtre, c’était en 1992, Maria me dit, dans l’église: «Entre. Tu seras le septième…». On dit que les gens n’aiment pas quand on les assimilent à des chiffres. On conserve encore des dessins animés sur ce thème, datant de l’époque soviétique. Je réagis intérieurement, un peu à la manière du héros de ces dessins animés, mais je me gardai de le montrer. «Qu’est-ce que cela signifie, septième, Maria?» «Ce que cela signifie? Voici presque vingt ans que j’aide à l’autel. Et j’ai déjà vu défiler six prêtres. Cela veut dire que tu seras le septième». «Alors, c’est bien d’être septième. Sept, c’est un bon chiffre. Dans une semaine, il y a sept jours, il n’en est pas de huitième… Mais pour moi, toi, tu seras la première». Elle eut un rire de satisfaction. Il se fit que pour Maria, je fus le septième et le dernier.

Pour quelle raison tenta-t-on d’éloigner Maria de l’autel?

Je ne prétends pas que Maria fut un modèle d’obéissance angélique. Elle faisait bien des choses «à sa mode», même à l’autel. J’eus bien du mal à la convaincre de certaines choses. De plus, elle n’était pas très agréable envers quelques paroissiens, avec d’autres, elle faisait même preuve d’hostilité. J’ai essayé de la réconcilier avec eux, et il en résultat de sa part un surcroît d’animosité envers eux. Je baissai les bras, ne sachant que faire. Certains habitants me dirent ouvertement: je pourrais et je voudrais aller à l’église, mais je n’irai pas à cause de votre Maria. Elle ne me permettra pas d’entrer. L’idée me vint alors qu’il ne convenait pas qu’une femme serve à l’autel. Cela doit être réservé à un homme. Il faudrait parvenir à l’éloigner. Cela correspondrait aux canons, et il y aurait moins de tentations. Évidemment, je ne racontais rien de tout cela à Maria. J’appelai mon père spirituel et lui fit part de mon intention d’éloigner Maria de l’autel. Mais il répondit immédiatement qu’il s’agissait d’une chose plus sérieuse que ce que j’imaginais et qu’il faudrait au préalable interroger Batiouchka Ioann (Krestiankine). Je compris que le Starets Ioann la connaissait.

Le Starets Ioann

Quelque temps plus tard, mon père spirituel me rapporta sa conversation téléphonique avec le Starets Ioann, qui lui avait demandé de me dire que tant que Maria servira à l’autel, je célébrerai dans l’église. Si je l’éloigne de l’autel, on m’éloignera de cette église. L’église de Somino, au plus j’y célébrais, au plus elle me plaisait, et je ne souhaitais pas qu’on m’en éloigne pour m’envoyer Dieu sait où. Après cela, je posai un regard différent sur Maria. Il m’avait été permis de comprendre qu’un lien invisible me reliait à elle, comme à l’ange gardien de l’église de Somino. Les paroles du Starets Ioann Krestiankine s’accomplirent avec précision. Tant que Maria servit à l’autel, je célébrai dans l’église. Mais le Starets n’avait rien dit de ce qui se passerait après Maria. Après elle, j’ai célébré et encore célébré et je continue à célébrer depuis dix ans. Visiblement, dans l’église, Maria continue à prier pour moi.

Quel Batiouchka est bon?

Père Guennadi à côté de la Tombe de la Bienheureuse Maria

Maria classait les gens en deux catégories: les prêtres et les autres. Les prêtres, elle les vénérait et les aimait de tout son cœur. Elle demandait les prières de tous les batiouchkas. A chacun d’eux, elle ne manquait pas de remettre sa petite liste de noms à commémorer, toujours emballée dans quelque billet de banque. Elle souriait toujours aux batiouchkas et plaisantait avec eux comme avec de vieilles connaissances. Parfois, je l’interrogeais : «Comment se fait-il que tu connaisses ce Batiouchka?». C’était la première fois qu’on le voyait. Elle considérait que tous les prêtres étaient bons. N’en disait-elle que du bien? «Ce Batiouchka, il est bien». «Et celui-là?», demandais-je. «Celui-là, il est bien». «Et untel?», questionnai-je. «Il est bien». «Et lequel est mauvais?». «Les batiouchkas, ils sont tous biens». Je la contredis : «Non, Maria, je sais que moi, je suis un mauvais prêtre». «Non, Batiouchka, tu n’en sais rien. Tu es un bon batiouchka. Tous les batiouchkas sont biens. Je prie pour eux. Et je prie pour toi». Et en effet, elle récitait chaque soir une prière particulière pour tout le clergé.
Un jour, des paroissiens me racontèrent qu’à Somino servit un batiouchka, le Père N., qui avait un penchant affirmé pour les spiritueux. Quand il avait bu plus que de raison, il lui arrivait d’offenser Maria par des paroles grossières et même de lever la main sur elle. Un jour, j’orientai la conversation vers ce sujet et demandai : «Et le Père N., il lui arrivait de t’offenser?». Elle se tut, réfléchit et finit par répondre : «Non, Batiouchka, le Père N. ne m’a pas offensée. Il était bon. Je te répète que tous les prêtres sont bons; ils servent Dieu». Ainsi, jamais je ne l’entendis prononcer fut-ce un mot jugeant même un seul prêtre.
Ses rapports avec tout le reste des gens variaient selon les mérites qu’elle attribuait à chacun. Elle en aimait certains et entretenait des relations plus que critiques avec d’autres. Elle s’autorisait des propos franchement désagréables, qu’elle infligeait à la face de son interlocuteur. Dès lors, d’aucuns préféraient éviter son voisinage. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’aujourd’hui, dix ans plus tard, même ceux qu’elle offensa et rudoya, s’inclinent avec amour devant elle et racontent comme Maria les aimait.

Comment la Bienheureuse Maria de Somino morigéna un iconographe.

La Maisonnette en février 2018

En ce samedi des défunts, je voudrais faire mémoire de notre bienheureuse Servante du Sanctuaire Maria. Lorsqu’il m’arrive d’être triste, je pense à elle, et je ressens de la joie au cœur. Mais cette fois, ce n’est pas parce que je suis triste que je souhaite parler d’elle, mais pour commémorer en ce jour celle qui plut à Dieu. Elle aimait beaucoup les samedis des défunts. Surtout celui de la Trinité. Elle s’efforçait de communier à ces occasions, alors qu’habituellement, peu de gens le font ces jours-là.
Je me souviens du jour où Maria donna ses instructions à un iconographe (dont je tairai le nom). Un beau jour, un iconographe renommé voulut venir me voir, à la paroisse de Somino. Je me réjouissais d’autant plus de la visite de cet hôte qu’à cette époque, je n’avais ni voiture, ni permis, alors que lui se déplaçait dans un vieux camping-car, et qu’il put m’emmener jusqu’à ma lointaine paroisse. Chemin faisant, nous eûmes largement le temps de causer de l’église, des paroissiens, et bien entendu, de la Bienheureuse Maria. Mes récits l’intéressèrent car il la vénérait depuis longtemps. «Et je vais donc pouvoir parler à votre Bienheureuse? Peut-être pourra-t-elle prier pour m’aider à trouver des commandes. Aujourd’hui, les temps sont durs. Il faut peindre, peindre, et puis, ça ne rapporte rien…» Il commença à se plaindre de la vie pénible des iconographes. «Oui, vous pourrez sans doute lui parlez, mais soyez prudent…», l’ai-je prévenu. Après quatre heures de route, nous atteignîmes Somino. Je ne sais quelle intuition avertissait Maria de mes arrivées et la poussait à m’attendre chaque fois près de l’église. C’était souvent ainsi, j’arrivais et elle se tenait sur le replat devant l’église, bien plantée sur ses jambes, les mains comme d’habitude, derrière le dos, le visage illuminé par un large sourire plissé dans lequel disparaissaient ses yeux et ornementé par les quelques rares dents qui lui restaient. Je pensais alors, voici l’ange-gardien terrestre de l’église de Somino, qui sait tout sans devoir en être averti.
Cette fois, à peine étions-nous sortis de la voiture que nous vîmes Maria, venue nous attendre sur le bout de pré à côté de l’église. Mais j’observais immédiatement que lorsqu’elle aperçut le célèbre iconographe, le sourire disparut de son visage. Il me chuchota: «C’est ça, votre Bienheureuse?» et avança vers elle. Il sourit d’un air doucereux, observant son visage. Il la toucha, voulant passer son bras derrière elle et lui poser sa main sur l’épaule pour lui donner l’accolade. Malheureusement, j’avais oublié de le prévenir de ce que Maria aimait le moins au monde, c’est qu’on la touchât. Elle repoussa catégoriquement cette tentative et commença à s’irriter et s’énerver, sur le point d’entamer une querelle. Seuls ceux qui lui étaient les plus proches étaient autorisés à lui donner l’accolade et l’embrasser. Je faisais partie de ces privilégiés. Elle repoussa sévèrement le bras de l’homme et dit : «C’est quoi ces manières?» Plutôt refroidit, l’iconographe répondit : «Eh bien Mariouchka, je suis iconographe, je peins des icônes». «Ne me regarde pas avec des yeux pareils. De toutes façons, tu ne deviendras jamais riche». Lui et moi fûmes ébahis par cette réplique, puisqu’en chemin, il venait de me m’expliquer combien il lui était nécessaire de gagner assez bien d’argent. Nous nous regardâmes sans rien dire. Un silence gênant s’installa. Maria restait plantée là, immobile comme un mur. L’iconographe célèbre rompit le silence: «Maria, prie au moins pour moi». «Oui, je prie pour tous. Batiouchka priera pour toi. Pourquoi m’as-tu interpellée?». Une femme qui avait partagé le voyage avec nous lui dit, derrière lui :«Donne-lui un peu d’argent, et elle priera». Il tira de sa poche un billet de cent roubles et voulut le fourrer dans la main de Maria. Elle retira sa main comme si elle s’était brûlée. «Et pourquoi ça?» «Pour que tu pries pour moi, Maria» «V’la qu’tu penses qu’j’ai jamais vu de l’argent! J’ai le mien et j’ai pas besoin du tien. T’en as plus besoin que moi!» Et le billet de cent roubles resta dans la main de l’iconographe. J’essayai de détendre l’atmosphère et dit à Maria que demain, il y aurait une liturgie et des invités à la maison pour le thé. «Pourquoi elle est si dure? Impossible de parler avec elle.» «J’avais dit que c’était possible, mais qu’il fallait être prudent». Que voulut dire la Bienheureuse Maria de Somino à l’iconographe? C’est à vous de juger. Sur le chemin du retour, il se garda bien de parler de commandes. Il me laissa les cent roubles, pour que je prie pour lui. Et donc, depuis lors, je prie pour lui, selon l’instruction de Maria. Il n’est pas devenu riche. Maria l’avait annoncé. Et pourtant, il peint énormément d’icônes, et elles sont belles. Certaines sont placées au Podvorié de Leouchino. A Somino, nos vieilles icônes nous suffisent. Éternelle mémoire à la Bienheureuse Servante du Sanctuaire Maria.

La maisonnette de Maria

L’intérieur de la Maisonnette de la Bienheureuse Maria

(…) A ce jour, personne n’a jamais rien écrit à propos de la maisonnette de la Bienheureuse Maria. Elle vient d’ouvrir ses portes pour la première fois aux visiteurs, à l’occasion de la Fête des Saints Pierre et Paul.(…) Au sens spirituel, il s’agit d’un événement des plus importants dans la vie du village, et de notre Fête, car il ne s’agit pas de l’inauguration d’une quelconque nouvelle bâtisse, mais de l’ouverture de notre sanctuaire. En effet, la Bienheureuse Maria est à Somino ce que la Bienheureuse Matrone est à Moscou. Chez nous, à Somino, on dit: «Vous à Moscou, vous avez Matrone, nous, à Somino, nous avons Maria». (…)
Elle me raconta plus d’une fois comment elle se retrouva à l’autel de l’église de Somino. (…) Un jour, alors qu’elle travaillait dans le Nord et vivait au village de Tchagoda dans l’Oblast de Vologodsk, elle vint à Somino participer à la Liturgie de la Fête de la Trinité. Cela se passa dans les années ’70, quand l’Higoumène Nicolas Kouzmine était recteur de l’église. Au moment de l’office, le Père Nicolas sortit du sanctuaire et, regardant l’église, il aperçut Maria, debout avec son rameau de bouleau, et lui dit: «Maria, viens avec moi dans le sanctuaire, tu vas m’aider…» Elle fut extrêmement surprise qu’il l’appelât par son prénom, car elle ne le connaissait pas, et il ne la connaissait pas.
Il pénétra dans le sanctuaire et fit une grande métanie. Ensuite, il lui dit: «Prends l’encensoir et allume-le avec des braises du poêle…» «Mais comment pourrais-je aider; je ne connais pas l’office?» «Tu apprendras tout. J’ai besoin de toi à l’autel…». Depuis ce jour, qu’elle considérait comme le plus important dans sa vie, elle servit 33 ans dans le sanctuaire. Elle vénérait la Fête de la Trinité comme une «Pâques verte» et disait d’elle-même: «Je viens de la Trinité!». Quand je lui demandai un jour quand tombait sa fête onomastique, elle répondit :«A la Trinité».«Maria, quel est le jour de ta naissance?» «A la Trinité…». Il m’arriva de lui demander «Pardonne ma curiosité, Maria, quel est ton nom de Famille?» «Troïtskaia. Je l’ai déjà dit, je viens de la Trinité». Son nom était Orekhova. Parfois je l’appelais ainsi: Maria Troïtskaia.
Maria venait de Tchagoda pour participer aux offices. Mais l’autobus arrivait à la dernière minute et il eût fallu arriver au sanctuaire plus tôt que le prêtre. Elle s’enquit de la vente éventuelle d’une maison à Somino. Mais une maison normale revenait à plusieurs milliers de roubles. «Aie, ça c’est cher!» «De combien d’argent disposes-tu?» «Eh ben, j’ai cent roubles…» «Mais que veux-tu acheter pour cent roubles?» Quelqu’un dit qu’il avait un poulailler, vide, avec un petit jardinet et qu’il était prêt à le lâcher pour cent roubles. Elle acheta le poulailler, l’enduit de glaise, y installa un poêle et y vécut trente ans. On lui attribua même un numéro cadastral. J’ai souvent été invité dans la maisonnette de Maria. Elle me paraissait sortir tout droit d’un conte. Malgré son exiguïté, elle était accueillante et agréable. Maria aimait beaucoup sa maisonnette, elle aimait y recevoir des invités, et leur servir du thé. On conserve encore son petit samovar.
Lorsqu’elle mourut, il s’avéra que de son vivant, elle avait pris soin d’établir un testament léguant sa maisonnette à l’église. J’avoue que je ne savais que faire de la maisonnette. Mais les gens qui affluaient lors de notre foire annuelle avancèrent une suggestion. Certains s’intéressaient à la vie de Maria. Pourquoi ne pas les accueillir là où elle vivait, puisqu’elle aimait recevoir des hôtes? On remit la maison en ordre, elle fut nettoyée, et lavée, car personne n’y avait vécu pendant dix ans. Cela fut pris en charge particulièrement par la «compagne de cellule» de Maria, Nina Pavlovna, qui avait pris soin d’elle jusqu’au tout dernier de ses jours et qui pleure chaque fois qu’elle s’arrête devant sa petite tombe, aujourd’hui encore. La maisonnette se mit à revivre sous les yeux de tous. Pour la fête, je demandai que l’on accroche au mur une grande photographie de Maria, pour que ceux qui ne la connaissaient pas vissent son visage. Et il est suffisamment parlant. La maisonnette demeure ouverte pendant toute la foire. Ils sont nombreux à venir observer la mystérieuse isba, surtout ceux qui connurent Maria. Ils se souvenaient alors d’elle, de ses paroles. Nina Pavlovna les accueillait tous, et leur racontait avec amour les histoires de Maria. Chacun recevait une photo de Maria. Beaucoup déposaient leur obole dans la marmite; l’argent était destiné à la réparation du toit fortement endommagé. Les bourrasques et tempêtes de l’année avaient tordu les tôles.

La Bienheureuse Maria de Somino

Quand j’entrai dans la maisonnette de Maria, le brouhaha de la foire s’interrompit immédiatement pour faire place à la quiétude et au calme. Je me suis assis sur son petit divan, me souvenant de nos conversations, de son service à l’autel pendant quatorze ans. Je ne voulais plus quitter l’endroit. «Tu vois, Maria, elle est bien utile ta maisonnette. Et vois combien d’hôtes y viennent…» On est accueilli avec une telle chaleur chez la Bienheureuse Maria, la Servante du Sanctuaire!
Bien entendu, tout le monde ne connut pas, ni ne connaît la Bienheureuse Maria. Il faudrait recueillir les récits à son propos et éditer une brochure….

Traduit du russe.

Source 1, Source 2, Source 3, Source 4, Source 5

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 2

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions.  Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est extrait du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg. Voici la seconde partie.
Sainte Princesse Olga Égale aux Apôtres

Toutefois, au neuvième siècle de son existence, après l’essor étincelant du XIVe au XVIe siècle, la croissance spirituelle de la Sainte Rus’ s’interrompit, avec la Période des Troubles. Nous retiendrons à ce propos l’observation pertinente de l’Évêque Nathanaïl, selon laquelle le signe le plus fiable de l’épanouissement spirituel ou, au contraire, de la chute spirituelle de la société, du peuple ou de l’État est la présence ou l’absence de saints pendant une période donnée de l’histoire. Cette remarque trouve une confirmation intéressante dans l’icône, rare, des «Saintes Femmes Russes» représentée parmi les fresques de l’église du Monastère, féminin, de la Théophanie, à Kostroma. Cette icône présente une procession de trente trois saintes femmes russes, emmenée par la Sainte Princesse Olga Égale aux Apôtres, et dont vingt-neuf appartiennent à la lignée des Riourikides. Toute l’histoire de la Rus’ de Kiev et de la Rus’ de Moscou est résumée dans cette icône, dont la procession est close par Sainte Xénia de Pétersbourg et la Sainte Princesse Anastasia (Dimitrievna). La dernière date mentionnée sur la fresque est 1604, année de la glorification de Sainte Juliane de Mouromsk, située à l’antépénultième place de la procession. Après une période de trois siècles d’essor spirituel qui produisit une abondance de saints dans le peuple de Russie, le XVIIe siècle s’avéra particulièrement pauvre en nouveaux saints. Aucun n’apparut pendant la seconde moitié de ce siècle. Survint ensuite la période des réformes néfastes et insensées de Pierre 1er, qui écrasèrent la Sainte Rus’. Mais il faut souligner que celle-ci fut détruite avec une telle facilité par Pierre car dès le début de la Période des Troubles, les cercles des élites moscovites avaient déjà abandonné leurs anciens idéaux. Néanmoins, il fut le premier à lever la main sur le «Saint des Saints» du peuple russe, le premier à ronger ses racines et à ébranler un ordre puissant, et vieux de huit siècles, dans lequel la Sainte Rus’ fut créée et prospéra. Il anéantit l’unité entre le souverain et le peuple, et jamais plus, on ne réussit à la rétablir. La richesse spirituelle nationale s’était accumulée au cours des siècles, alors que les succès matériels étaient atteints en peu de temps. En soumettant le progrès spirituel à la tendance au matérialisme et en ouvrant largement la porte à l’influence occidentale pernicieuse, le Tsar Pierre construisit un «géant aux pieds d’argile» qui s’effondra en moins de deux cents ans.
Pour l’Église, le chaotique XVIIIe siècle fut moins favorable encore. En 1721, un oukaze de Pierre 1er supprimait le patriarcat et instituait le Saint Synode Exécutif. Parmi toutes les Églises Orthodoxes autocéphales, l’Église Russe fut la seule Église Locale Orthodoxe à ne pas avoir à sa tête un hiérarque-primat. Les semences empoisonnées venues d’Occident commencèrent bientôt à germer en Terre de Russie. C’est là qu’il faut chercher les racines de la prédominance allemande dans les cercles dirigeants, l’apparition et la diffusion de l’influence maçonnique, du soulèvement du mouvement révolutionnaire décembriste, du nihilisme de la terreur et des autres calamités qui s’abattirent sur notre Patrie en ces derniers siècles.
Toutefois, au XIXe siècle, intervint dans la vie de l’Église Russe un notable assainissement que certains historiens qualifient même d’essor de la vie ecclésiastique en Russie. Au cours des quatre règnes des Tsars du XIXe siècle, sept saints furent glorifiés et on institua la célébration de l’Assemblée des Saints de Volhynie. Et cette heureuse reprise ne s’éteignit pas mais, au contraire, s’amplifia au cours des années qui suivirent. De 1896 à 1916, c’est-à-dire pendant vingt années du règne de l’Empereur Nicolas II, l’Église Orthodoxe Russe s’enrichit d’un nombre de nouveaux saints et de fêtes ecclésiastiques officielles plus important que pendant tout le XIXe siècle.

Saint Théodose de Tchernigov

Le premier à connaître la glorification, en 1896, fut le Saint Évêque Théodose de Tchernigov. En 1897 on institua la célébration de la mémoire du Saint Prêtre Martyr Isidore de Youriev et ses 72 compagnons, noyés par les latins, et au début du XXe siècle fut fixée la célébration de la mémoire, et la procession avec les saintes reliques, de Saint Job de Potchaev. L’an 1903 fut marqué par les célébrations solennelles à l’occasion de la glorification de Saint Seraphim le Thaumaturge de Sarov, rehaussées de la présence du Souverain et de la Famille Impériale, de l’Impératrice Douairière Maria Feodorovna et de nombreux autres membres de la famille impériale, des hiérarques, des prêtres et une foule gigantesque de pèlerins. Le Monastère de Sarov est niché dans l’épaisseur des forêts du Gouvernorat de Tambov, à une centaine de verstes de la ligne de chemin de fer la plus proche. C’est pourtant une foule de plus de trois cent mille hommes et femmes de tous les coins de la Russie qui y afflua, surtout des paysans, qui acclamèrent bruyamment le Tsar. La translation des saintes reliques de Saint Seraphim, de l’église des Saints Zosime et Sabbas à l’église principale de la Dormition de la Mère de Dieu, se déroula le 18 juillet, le deuxième jour de la célébration de la glorification. Le cercueil fut porté par le Souverain, le Grand duc Serge, et d’autres Grands-Ducs et membres du haut clergé. Le soir tombant, la procession avançait au milieu de rangs serrés de pèlerins tenant des cierges allumés. «En sortant de l’église, écrivit l’un des participants, nous nous sentîmes en vérité dans un autre temple. Le peuple qui bondait l’enceinte du monastère se tenait dans un pieux silence; chacun avait à la main un cierge allumé. Beaucoup s’étaient mis à genoux et priaient tournés vers l’église. Quand nous quittâmes l’enceinte du monastère, ce fut un tableau pareil, mais encore plus superbe, grandiose: la foule du peuple y était beaucoup plus grande encore, et tous tenaient aussi des cierges allumés, certains en tenaient tout un faisceau. Et il régnait un calme tel que pas une ondulation ne remuait les flammes des cierges. C’était, littéralement, un peuple de pèlerins. Des hymnes s’élevaient de différents endroits. Des groupes de pèlerins, de pèlerines psalmodiaient divers hymnes de l’Église. Comme on ne pouvait voir ceux qui chantaient, on aurait pu imaginer que le son des hymnes descendaient des cieux… Le milieu de la nuit était passé, et les chants ne diminuaient pas.»
Le troisième jour des célébrations, après la liturgie, l’Archevêque Dimitri de Kazan, commença son prêche: «Le monastère isolé propre à l’exploit ascétique s’est transformé en une ville surpeuplée. La silencieuse forêt de Sarov, toujours déserte, résonne d’émotions et de conversations, de mouvements et de bruits. Mais ce ne sont pas les bruits de l’agitation du monde… C’est un élan puissant, la manifestation irrésistible et saine de l’esprit de piété dont vit et que respire la Rus’ Orthodoxe».
Les célébrations de Sarov renforcèrent la foi du Souverain en son peuple. Il voyait autour de lui, toute proche, une foule innombrable, animée par des sentiments identiques aux siens, et lui exprimant solennellement sa fidélité. Il voyait les paysans, les hiérarques et les clercs, et la noblesse, et il ne pouvait lui sembler que les troubles qui l’avaient inquiété l’année précédente puissent être autre chose qu’un phénomène accessoire, extérieur, purement urbain, alors que le cœur de la Russie battait à l’unisson avec celui de son Souverain.

Le Saint Tsar Nicolas transportant les reliques de St Seraphim de Sarov

Les journées de Sarov produisirent une impression plus forte encore sur la Souveraine Impératrice Alexandra Feodorovna. Jamais elle n’avait vu chose pareille, jamais elle n’avait été témoin d’une foi aussi ardente et enflammée, jamais elle n’avait participé à une cérémonie ecclésiale et populaire d’une solennité aussi grandiose, jamais elle n’avait expérimenté et vécu un élan spirituel aussi élevé. Les explications et arguments qu’elle avait entendus de la bouche du Tsarévitch Nicolas Alexandrovitch alors qu’ils étaient fiancés devenaient réalité, ces arguments qui avaient balayé ses hésitations et emporté sa décision de changer de religion, de s’unir à la Sainte Orthodoxie. Ce monde spirituel avait pris forme devant elle. Le jour de la glorification de Saint Seraphim de Sarov, Tsar et Tsaritsa furent convaincus, par ce qu’ils virent, qu’ils formaient une unité insécable avec la foule du grand peuple russe, et que sur la voie de leurs aspirations communes de collaborer étroitement à la construction de l’État, surgissaient des perturbations, celles-ci étaient provoquées par des interférences suscitées par des éléments extérieurs. Dans le Désert de Sarov se dévoila concrètement devant eux le tableau de l’authentique Sainte Rus’ dans sa divine beauté spirituelle. (A suivre)

Traduit du russe.

Source

Métropolite Athanasios. En toutes choses soyez attentifs (2/2)

Le texte ci-dessous est la traduction de la seconde partie d’un entretien du Métropolite Athanasios de Limassol publié le 20 mars 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Le Métropolite Athanasios y développe une des dimensions du fondement de la vie spirituelle du Chrétien orthodoxe : l’attention permanente qu’il convient de maintenir vis-à-vis de soi-même, mais également envers notre environnement humain et matériel. Il souligne particulièrement l’importance de cet environnement sur la vie spirituelle.
Je pourrais vous raconter beaucoup d’histoires semblables, mais ce n’est pas le moment. Je souhaite simplement vous dire d’être attentif à ce que vous conservez à la maison, à ce que vous portez sur vous et à ce que vous conservez dans votre environnement. Je suis allé dans toutes sortes de maisons et il m’est arrivé d’y voir des symboles démoniaques, des signes magiques, des masques, des statues bouddhistes. Soyez prudents car il ne s’agit pas de simples décorations ou souvenirs. Tout comme une icône du Christ n’est pas une décoration. Elle rayonne la grâce du Christ, tout comme la Croix rayonne la grâce. Saint Jean Chrysostome dit que si dans une maison se trouve l’Évangile, celui-ci la protège et transmet la grâce à toute la maison. De la même manière, là où se trouvent des objets, des livres et des images rayonnant une énergie démoniaque, ils agissent malheureusement sur notre environnement. On en vient aujourd’hui à ce que disaient les Pères voici des siècles; la science s’exprime clairement à ce sujet. Elle analyse, entre autres, aujourd’hui les effets des dessins animés sur l’homme. Lire la Suite

Le Saint Tsar Nicolas II : Son activité ecclésiale. 1

Le Saint Tsar Nicolas II
Eugène E. Alferev (1908-1986) est un historien de l'émigration russe, ingénieur de profession, né dans une famille noble. Il quitta la Petrograd dès octobre 1917 et alla s'établir à Kharbin', ensuite à Paris, à Shanghai et aux États-Unis, où il entra au service de l'ONU, à Genève, d'où enfin il retourna aux États-Unis. Il passa les seize dernières années de sa vie tout à côté du Monastère de la Sainte Trinité de Jordanville. Il y reçut le titre se doyen du Séminaire, avec une charge administrative. Et il fut inhumé, ainsi que son épouse dans le cimetière du monastère. Il consacra dix ans de sa vie à écrire un livre rétablissant la vérité au sujet du «Tsar-Martyr», à l'encontre de l'image d'un autocrate, et donc dictateur, en «fin de cycle», sanguinaire par moment (1905), mais aussi, impréparé, faible, hésitant, mal entouré, malchanceux, retranché dans sa vie familiale aux valeurs devenant désuètes, manquant d'inspiration, prenant de mauvaises décisions. Durant ces dix ans il fut frappé par une sévère maladie et écrivait à l'aide d'un dispositif spécial fixé à sa main recroquevillée, entouré par les prières, les conseils spirituels et les soins des moines. Le livre fut édité en 1983. Son titre était «Император Николай II как Человек Сильной Воли» L'Empereur Nicolas II en tant qu'homme à la ferme volonté, et son sous-titre : «Материалы для составления Жития Св. Благочестивейшего Царя-Мученика Николая Великого Страстотерпца» «Matériaux destinés à l'élaboration d'une Vie du Pieux Tsar-Martyr, le Grand Strastoterpets Nicolas». Le texte ci-dessous est le début du chapitre XV du livre, intitulé : «L'Activité ecclésiastique de l'Empereur Nicolas II. La Sainte Rus'. Le rempart apostolique du bien sur terre. Le souhait du Souverain de rétablir le patriarcat et sa disposition à renoncer au service monarchique et à prendre sur lui le podvig du trône patriarcal». Compte tenu de la longueur du chapitre, la traduction sera proposée en quatre ou cinq parties. Compte tenu de sa taille, l'appareil de notes du texte original russe n'a pas été traduit. Elles font largement appel aux travaux de l'historien de l’Église N. Talberg.

Parmi les immenses mérites qui reviennent à l’Empereur Nicolas II dans les différents domaines de la vie de l’État, ceux acquis par son activité dans la vie de l’Église prennent une dimension exceptionnelle. Si la révolution n’y avait mis un terme, son règne serait entré dans l’histoire de l’Église Orthodoxe russe, comme le plus lumineux depuis les temps de la Sainte Rus’ et aurait ainsi établi un lien entre la Russie du XXe siècle et la pieuse Sainte Rus’ de nos ancêtres. Et si les hommes de haut calibre, dignes de leur Tsar, l’Oint de Dieu, n’étaient devenus une denrée fort rare, comme nous le verrons plus bas, Nicolas II aurait été l’exemple inégalé d’un podvig monarchique d’une beauté spirituelle inusitée. Lire la Suite