Le texte ci-dessous est deuxième partie de la traduction d’un original russe intitulé «10 лет рядом с блаженной Катенькой», de Nika Grigorian, régente du chœur de l’église Saint Alexandre Nevski (la principale église russe de la ville) à Tbilissi entre 1994 et 2004. C’est à proximité de cette église que vécut la Bienheureuse Ekaterina, au sujet de laquelle Madame Grigorian, qui entretint des contacts étroits avec elle, partage ses nombreux souvenirs qui brossent le portrait de Katienka, une folle-en-Christ géorgienne de notre époque, fille spirituelle des startsy de Glinsk. L’original russe a été publié sur le site Pravoslavie.ru le 10 décembre 2021.

On sait peu de choses sur la vie de Katienka, sur l’endroit d’où elle provenait. Quand on l’interrogea au sujet de son âge, elle répondit qu’elle naquit dans une famille paysanne en 1934 (le deux septembre, semble-t-il), dans un village de Sibérie où vivant autour d’une entreprise d’exploitation forestière. Le père buvait abondamment et battait son épouse. Au détour d’une phrase, Katia fit allusion au fait que le père battit la mère à coups de pieds alors qu’elle était enceinte de Katia. Elle-même fut donc battue avant d’être venue au monde. Je ne sais rien d’autre ni à propos de son enfance, ni au sujet de sa vie ultérieure.Les seules informations proviennent d’une matouchka fort âgée qui avait encore connu les startsy de Glinsk. Avant de commencer son podvig de folle-en-Christ, Katia chanta dans un chœur, puis elle mena un autre podvig avec des startsy dans les monts du Caucase. Pendant une période, elle marchait en toujours en silence, les yeux tournés vers le sol et ne regardant personne. Puis elle disparut quelque part, apparemment erra. Elle m’a dit elle-même qu’elle avait l’habitude de l’errance, disant d’elle-même qu’elle était une errante. J’ai compris des paroles de Katia, qu’elle était allée dans des monastères russes, y compris à la Laure de la Trinité-Saint Serge.

Le Starets Vitali

La matouchka précitée m’a dit que Katia connaissait bien le Starets Vitali (Sidorenko). Quand elle disparut, il fut très inquiet pour elle et essaya de la retrouver, mais sans succès. Et elle fit son apparition à Tbilissi dans l’église Saint Alexandre Nevski immédiatement après la mort du bienheureux starets Vitali, et elle vécut près de l’église. Dans la cour de l’église, il y avait un bâtiment d’un étage, sur le côté duquel était attaché un escalier en métal menant à une petite plate-forme accrochée au mur, et dont l’espace permettait à une seule personne de s’asseoir. C’est là que notre Katioucha installa sa demeure. Elle accrocha au-dessus des vieux paletots et avec des bouts de tapis, elle se fit un couchage. Nous avons appelé ce logement «Le bungalow de Katia». L’héroïne de l’ascèse habitait donc avec patience et humilité ce «bungalow», situé juste au-dessus des toilettes publiques avec toutes leurs propriétés caractéristiques, ouvert à la pluie, et au vent, au froid de l’hiver, et à la chaleur de l’été.
Parfois, on permettait à Katia de passer la nuit dans l’église; il y avait toujours quelqu’un de garde pour la nuit. Quand le froid se faisait intense, l’une ou l’autre de ses «proches» l’emmenait chez elle pour la nuit. Elle n’aimait pas en abuser, elle acceptait d’y aller seulement dans des cas très extrêmes. Les dernières années, quand Katia fut devenue infirme, on lui attribua une pièce de l’église, où elle passait la nuit, et où elle décéda.
Parfois, Katia elle-même demandait à certains de la loger pour la nuit, soit à cause du froid, et soit pour une raison inconnue. Peut-être était-ce nécessaire pour cette personne elle-même. Un jour, elle vint chez moi en visite, mais j’aborderai ce sujet ultérieurement.
Katia s’habillait quasiment de la même manière à toutes les saisons: un paletot d’hiver, un imperméable d’été, une jupe descendant juste sous les genoux et une blouse. Aux pieds, bottes de feutres l’hiver, et l’été soit des baskets soit des tennis. Elle portait toujours des bas de coton simples. Ses cheveux coupés courts étaient couverts d’un châle, épais en hiver, et léger en été. Elle attachait son foulard comme les novices dans les monastère (avec le front couvert). Il arrivait qu’au-dessus du foulard, elle plante un ridicule chapeau. Elle avait alors un air comique. Katia portait presque toujours un sac en tissu fait maison, cousu grossièrement d’une piqûre grossière. Ces sacs (du genre sac à provisions), elle en changeait souvent, parfois elle les donnait à quelqu’un. La taille du sac pouvait être grande ou minuscule, l’intérieur était bourré de toutes sortes de chiffons, entre lesquels il pouvait y avoir un petit pain ou l’une ou l’autre victuaille, par exemple, une bouteille de lait, des paquets. Dans ce bagage, elle fourrait de tout. Elle ramassait quelque chose, l’enfonçait dans le sac, déplaçant ce qui s’y trouvait pour faire de la place. Elle transportait souvent du fil à coudre, des aiguilles, des ciseaux pliants, du fil de coton embobiné. Beaucoup de ces choses se retrouvèrent chez moi : une collection de chiffons, de sacs de différents calibres, de serviettes en tissu, une bobine de fil, des aiguilles, quelques petits ciseaux pliants et même du parfums. Étrangement, elle ne me laissait pas porter de sac ordinaire à bandoulière et elle n’aimait pas les sacs en plastique. Elle m’obligeait à tout mettre dans un sac en tissu.

En haut de l’escalier, le logis de la Bienheureuse Katia

Un jour à l’époque où je ne considérais pas encore Katia de façon sérieuse, la situation suivante survint. Une des sœurs dit une bêtise, et toutes, y compris Katia qui était présente, nous éclatâmes de rire. Alors, je gaffai et dis sottement à cette sœur : «Tu vois quelle idiotie tu as dite, même Katia trouve cela risible». Soudain, Katienka rit aux éclats, très fort et dit d’une gaîté feinte: «Oui, parce que Katia est une petite sotte, ha ha ha!». Je ressentis une telle honte que je ne peux la décrire avec des mots. Alors j’ai demandé pardon à Katioucha, et elle a souri chaleureusement, timidement, très gentiment. Il était clair que j’étais pardonnée.
Katia se parlait souvent à elle-même, tout en gesticulant. Parfois, elle criait, et même pendant l’office elle pouvait faire du bruit en s’indignant de quelque chose. Ce comportement donnait à certains l’impression qu’elle n’était pas elle-même, qu’elle était possédée. Cette opinion à son sujet était partagée par une de mes connaissances de longue date, qui devint prêtre. Pour me convaincre de sa justesse, un jour, tenant sa croix en main, il s’est approché de Katia et l’a largement bénie d’un large signe de croix. Elle a bondi, hurlé et a commencé à s’indigner. En fait, elle se jouait de lui de façon géniale. En effet, il me dit avec un sourire indulgent «Tu vois comment elle est terrorisée par la Croix?». J’ai gardé le silence, rien n’avait été prouvé puisque Katioucha l’avait voulu ainsi.
En général, les nombreuses bizarreries dans le comportement de Katia étaient très similaires à celles décrites dans la littérature spirituelle au sujet de la vie des bienheureuses matouchkas (folles-en-Christ), en particulier à Diveevo.
Parfois, il advenait que Katia ne veuille pas me laisser aller à l’église. Elle disait: «N’y vas pas, rentre chez toi». Un jour, elle a même dit qu’il y avait un «énorme neuf-têtes» dans l’église.

La Bienheureuse Katia dans l’église

Une fois, pendant le Canon Eucharistique lui-même, Katia monta au chœur et me tira par la manche: «Rentre chez toi, ne reste pas ici». J’ai essayé de répliquer: comment abandonner mon service au moment le plus critique? Mais elle insista avec un air très inquiet, avec le sentiment que quelque chose me menaçait. J’ai dû me soumettre et demander à Artiom de me remplacer jusqu’à la fin de la liturgie. Une autre fois, Katia me rencontra le matin à l’entrée, m’arrêta ne me permettant pas d’entrer dans l’église. J’ai commencé à lui demander: «Katioucha, qu’en est-il de la liturgie? Il n’y a personne pour me remplacer aujourd’hui. Je promets que je ne parlerai à personne en entrant. J’irai directement au chœur, j’accomplirai mon service et m’enfuirai tout de suite!». Elle ne m’a pas laissé entrer pendant longtemps, mais ensuite Matouchka Élisabeth apparut, et nous avons, difficilement, persuadé Katia. A contrecœur je l’ai laissée.

(A suivre)
Traduit du russe

Bienheureuse Matouchka Katia, prie Dieu pour nous!

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